C’est la rentrée

L’été est fini, la rentrée est là : c’est le moment de prendre les bonnes décisions pour cette année :

Rejoignez-nous !

La Schola Saint Maur c’est à la fois :

– Un ensemble vocal dédié au chant grégorien,

– Une école d’initiation à la prière liturgique latine et grégorienne, que ce soit la Messe ou la liturgie des heures.

– Un lieu de réflexion théologique et spirituelle sur la liturgie romaine, son passé et son futur.

Oui, mais je ne suis pas « tradi »…

Et bien cela tombe très bien parce que nous non plus… au sens courant du terme ; notre objectif n’est en effet pas de militer pour les anciennes formes du rite romain. Nous croyons que la belle liturgie est le patrimoine de toute l’Église, et en particulier des paroisses, au profit desquelles nous intervenons à des occasions précises ou régulièrement, avec l’objectif de rendre accessible le chant propre de la liturgie romaine.


Oui, mais je ne comprends pas le latin…

Pour nous rejoindre, il n’est pas nécessaire d’être agrégé de Latin. La pratique du latin liturgique permet en douceur d’apprivoiser cette belle langue et d’être en contact de façon concrète avec l’Ecriture sainte qui constitue le chant grégorien en quasi exclusivité. Vous serez surpris de voir, après un peu de pratique, comme cette langue devient naturellement une langue de prière. En mettant ces mots latins sur une mélodie grégorienne, vous entrerez naturellement dans la langue de l’Eglise.

Oui, mais je n’ai pas de voix, ou je chante faux

Notre objectif à la Schola Saint Maur n’est certainement pas de faire de vous un professionnel de la voix ! Vous allez voir que le chant grégorien et ses échelles naturelles vont vous permettre de placer petit à petit, par la pratique, votre voix pour la louange divine. Et nous ne cherchons rien de plus… Et nous connaissons très peu de gens qui chantent absolument faux sans rémission


Oui, mais je ne sais pas lire la notation grégorienne.

Ce n’est pas un problème : vous allez très vite vous rendre compte que la fameuse notation « carrée » qui fait si peur aux débutants est en réalité beaucoup plus simple que la notation musicale moderne. La question de la notation du chant grégorien ne doit de toutes façons pas vous effrayer… L’art grégorien ne peut de toutes façons pas se laisser enfermer dans la seule notation.

Oui, mais pour bien exécuter du chant grégorien, il faut des années et des années de pratique

C’est vrai et faux à la fois. C’est vrai pour les pièces difficiles, complexes, « mélismatiques ». C’est faux pour le répertoire commun qui est en fait un chant populaire. Ne vous en faites pas : le chant grégorien s’adapte à l’exécutant ; un débutant peut très bien réussir à chanter dès la première séance une pièce simple, des litanies, un Kyrie ou un Agnus Dei. Sans être un virtuose, il y a aussi la psalmodie qui est une musique simple mais qui est justement probablement le coeur de l’art grégorien.

Oui, mais le chant grégorien, c’est pour les moines.

Non, c’est une idée reçue : le chant grégorien, s’il est aujourd’hui particulièrement conservé et pratiqué par les Bénédictins, est en réalité un répertoire pour les lieux de culte séculiers (cathédrales, basiliques, collégiales). Il est tout à fait adapté pour les paroisses et exécutable par les laïcs. Nous l’expérimentons depuis plusieurs années ! Nous ne chantons pas pour « singer » les moines… L’ambiance de notre groupe est sérieuse quand il le faut, mais sait également être très conviviale !


Oui, mais je n’ai pas le temps.

A la Schola saint Maur, nous sommes tous très occupés : beaucoup d’étudiants et de jeunes professionnels très pris par leurs différents devoirs d’état. Mais nous comprenons petit à petit que la liturgie est aussi le centre de notre vie chrétienne, son sommet et sa source (Cf. Vatican II). Nous croyons aussi que pour paraphraser Saint Benoît, qu’il ne faut rien préférer à l’amour du Christ, tout en ne préférant rien à l’œuvre de Dieu (c’est à dire à la liturgie). C’est un beau programme, qui est parfois exigeant –pourquoi mentir ! – mais qui, en nous mettant en contact avec la source de la prière et de la Foi de l’Église, nous le rend au centuple.

Oui, mais vous n’acceptez pas les femmes.

Si ! Notre chœur est mixte, et nous alternons les voix. Certains d’entre nous pratiquent même le chant grégorien…En couple ! Il y a même des fiancés qui profitent ensuite des services de la schola pour le jour de leur mariage !


Super ! Quand – est ce qu’on commence ?

Nous avons une répétition une fois par semaine, le mardi soir à 20.45, d’une durée d’environ 1h30 , pour des engagements (interventions dans des paroisses et autres lieux de culte) environ une fois par mois. Pour davantage de précisions, un site web (http://www.scholasaintmaur.net ), et un email : contact@scholasaintmaur.net et un numéro de téléphone : 06 62 34 30 09 !

A bientôt !

Se former au chant grégorien en France

Plusieurs initiatives apparaissent un peu partout en France pour la formation au chant grégorien. Nous nous en réjouissons et nous nous devions d’en dire quelques mots :

– Le stage annuel du choeur grégorien de Nantes, que nous connaissons bien (Cf. « le stage de chant grégorien de Nantes vu par un débutant« ) dirigé par le RP Dom Xavier Perrin, prieur de l’abbaye Sainte Anne de Kergonan, avec l’intervention de Xavier Chancerelle, chef de choeur de nantes et la participation de Bernard Pinot, directeur du choeur « Cum iubilo » de Saint Nazaire. Les 27 et 28 octobre 2012, Maison « le Fort », Franciscaines Missionnaires de Marie, 28, rue du Fort,44100 NANTES.  Contact : choeurgrego.nantes@free.fr ou Association Grégorienne de Nantes, 2 rue des Franciscains – 44300 NANTES, Tél : 02 40 59 89 30 ou 02 40 33 15 09, Courriel : gregornantes@yahoo.fr

Le P. Perrin, prieur et maître de choeur de l’abbaye Sainte Anne de Kergonan, et le dernier CD enregistré par le choeur des moines.

– Cycle de chant grégorien dans le diocèse de Nanterre :cette formation animée par Claire Balanant (que nous connaissons bien pour une participation commune à diverses aventures dans  le diocèse de Nanterre !) s’adresse à tous les chanteurs et chefs de chœur du diocèse : il s’agit de découvrir la richesse de ce corpus musical. Aujourd’hui, ces pièces grégoriennes, du Kyriale et du Propre, nourrissent toujours la foi de ceux qui les écoutent et de ceux qui les chantent ; leur apport spirituel est d’une grande richesse. Les samedis de 10h à 12h : 13 octobre, 24 novembre, 8 décembre 2012, 12 janvier, 2 février, 16 février et 6 avril 2013. Lieu Notre-Dame des Airs, 13 av. Alfred-Belmontet, 92210 Saint-Cloud. 30€ pour le cycle. Tel : 01 41 38 12 54 / 06 87 15 77 72 ou  musique@92.catholique.fr. Bulletin d’inscription ici.

– L’ensemble Vox In Rama (de Frédéric Rantières, que nous connaissons bien pour sa participation à notre propre stage de formation dans le Cantal) s’adressent à toute personne désireuse de découvrir le chant grégorien dans son langage musical et rhétorique originel. Il n’y a aucune exigence de niveau préalable, le cours répondant aux attentes de chacun selon sa culture et sa motivation personnelle. Chaque session se conclura par une séance de chant dans une belle acoustique (église, temple, etc.) de la Seine-et-Marne.Pour ceux qui le souhaitent, cette formation donnera accès à la schola grégorienne de Fontainebleau qui chantera pour la liturgie du diocèse. Contact : frederic.rantières@wanadoo.fr / 06 10 85 30 98 / www.voxinrama.com) Inscription pour les formations à Versailles et à Fontainebleau.

– L’institut de Musique sacrée de Lyon proposait également une initiation au chant grégorien en 2011-2012, qui sera probablement renouvelée cette année (IMSL – 15 rue Sala – 69002 Lyon) avec Romain Bockler : Après un Master de Recherche en Acoustique, Romain Bockler se tourne vers le chant et intègre la classe de Chant Musique Ancienne au C.N.S.M.D. de Lyon (Classe de Marie Claude Vallin). Il participe à de nombreuses productions et formations professionnelles à Royaumont, Ambronay ou à l’Arsenal de Metz. En choeur, il se produit avec de nombreux ensembles professionnels tels que le Choeur Britten (Dir : Nicole Corti), Ôm (Dir : Manuel Simonnet), Temps Relatif (Dir : Luc Denoux). Romain Bockler a co-fondé l’ensemble EPSILON spécialisé dans la polyphonie vocale du XVIème siècle. Il est également membre de l’ensemble I sospiranti soutenu par le centre culturel de rencontres d’Ambronay et se produit régulièrement comme soliste. IMS de Lyon propose un cours initiation et un cours approfondissement. La plaquette de présentation est disponible ici.

– Plus modestement, nous signalons quant à nous que la branche Saint Etienne de la schola saint Maur proposera désormais au début de chaque répétition des rappels et des précisions concernant les techniques d’interprétation, la modalité, la sémiologie, le rythme, la liturgie romaine et la spiritualité du chant grégorien, afin de faciliter l’intégration des débutants au choeur. Les supports pédagogiques de chacune de ces courtes interventions, sous forme de fiches, seront distribuées aux partitcipants et rendues disponibles sur notre site web. Les fiches et l’enseignement seront une synthèse pédagogique accessible composée principalement grâce aux ressources suivantes dont nous recommandons la consultation et l’achat et qui seront citées  :

Pour rappel nos répétitions à Saint Etienne ont lieu tous les mardi, à 20.45, à la cure de la cathédrale. Les débutants, hommes et femmes,  sont acceptés et seront initiés au chant grégorien au travers des supports pédagogiques mentionnés. Nous vous attendons nombreux. Nos engagements liturgiques (messes, office divin) sont mensuels, à la cathédrale même, à la Grand’Eglise de Saint Etienne ou occasionnellement, hors de Saint Etienne ou du diocèse.

Interprétation : une réflexion intéressante : Mocquereau vs Pothier ?

Comme certains le savent, il y a des « chikayas » entre écoles interprétatives, y compris à l’intérieur de la tradition dite « monastique » d’interprétation.

Nous avons quant à nous essayé de résumer notre vision de tout cela dans un long article et aussi ici. Nous y renvoyons nos lecteurs.

Pour approfondir cette réflexion, je vous propose deux enregistrements historiques (merci à wdtprs de les avoir mentionnés).

Dom Mocquereau, 1904 (choeur du séminaire français de Rome) :

Dom Pothier, 1904 (choeur des bénédictins du monastère de Saint Anselme à Rome) :

Voilà : vous pouvez voter ; vous préférez la vision de dom Mocquereau ou celle de dom Pothier ?

(!!!)

Initiation aux manuscrits liturgiques

Certains choristes se posent toujours la question, malgré les efforts importants du chef de choeur, de ce qu’on appelle les manuscrits, les notations, Laon, Saint Gall, Hartker, l’antiphonaire, le collectaire, le graduel, etc…
Et bien, internet est très riche, en particulier d’une explication exhaustive et en ligne, qui vous aidera à prendre vos repères :

C’est ici !

Et après avoir soigneusement consulté les explications, vous pourrez même tester vos connaissances là !

Jean-Baptiste Lebigue (aut.), Initiation aux manuscrits liturgiques , Paris-Orléans, IRHT, 2007 (Ædilis, Publications pédagogiques, 6)
[En ligne] http://aedilis.irht.cnrs.fr/liturgie/

Une fois que vous serez à l’aise avec tout ça il restera deux publicaitons de référnec eà consulter :
– Les institutions liturgiques de Dom Guéranger.
– Le Dictionnaire de théologie dogmatique, liturgique, canonique et disciplinaire de l’abbé Migne en 4 volumes, 1850-1851.
– Le codex Antiphonarium officii de Hartker Saint Gall 390 et 391)
-le site web de restitutions de l’office nocturne Gregofacsimil

Bonne lecture !

Mgr Grenesche revient sur le motu proprio


Le motu proprio … Querit semper, bien sûr !

Le site chiesa espresso nous donne le texte de la conférence prononcée par Mgr Juan-Miguel Ferrer Grenesche, sous-secrétaire de la Congrégation du culte divin et à ce titre collaborateur direct du Cardinal préfet. Espagnol comme lui, originaire du diocèse de Tolède où le Cardinal Canizares-Llovera fut archevêque, expert dans le rite mozarabe, il apporte des précisions sur les orientations de la Congrégation du culte divin en ce qui concerne ce que nous aimons nommer le « nouveau mouvement liturgique ». Cette conférence a été prononcée à Lecce (Italie) le 19 mai 2012.

LES NOUVELLES MISSIONS DE LA CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN
EN MATIÈRE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE SACRÉE
APRÈS LE MOTU PROPRIO « QUÆRIT SEMPER » DE BENOÎT XVI

par Juan-Miguel Ferrer Grenesche

Chacun sait avec quelle insistance le Saint-Père Benoît XVI a voulu donner, depuis le début de son pontificat, une place centrale à l’application correcte et authentique des enseignements du concile Vatican II. […]

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le motu proprio « Quærit semper », publié au mois d’août 2011, par lequel le Saint-Père Benoît XVI a voulu concentrer encore davantage le travail de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements sur ses compétences spécifiquement liturgiques. Il affirme dans ce texte :

« Dans les circonstances présentes, il est apparu approprié que la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements s’attache principalement à donner une nouvelle impulsion à la promotion de la sainte liturgie dans l’Église, conformément au renouveau voulu par le concile Vatican II, à partir de la constitution ‘Sacrosanctum Concilium' ». […]

La première conséquence du motu proprio « Quærit semper » a été l’élaboration d’un nouveau règlement interne pour la congrégation afin d’adapter la structure de celle-ci aux priorités indiquées par le Saint-Père, ainsi que le transfert d’une partie de ses compétences en matière de discipline des sacrements – en ce qui concerne le sacrement de l’ordre, il s’agit des cas de nullité de l’ordination et, en ce qui concerne le sacrement du mariage, il s’agit des cas de mariage « conclu et non consommé » – au tribunal de la Rote Romaine par création, au sein de celui-ci, d’une « section administrative ».

Notre congrégation, née de la fusion renouvelée de la congrégation pour le culte divin (ou pour la liturgie) avec celle de la discipline des sacrements, était composée de quatre sections ou services :

– le service liturgique I ;
– le service liturgique II ;
– le service matrimonial ;
– le service sacerdotal.

Le nouveau règlement, même s’il est encore en attente de confirmation par la secrétairerie d’état, prévoit le maintien de quatre sections, pour ne pas modifier les effectifs, mais qui seront en principe les suivantes :

– le service liturgique I;
– le service liturgique II;
– le service disciplinaire, dans lequel sont réunies les compétences en matière de discipline liturgique et toutes celles qui concernent les sacramentaux ;
– le service des arts et de la musique liturgiques.

En tout cas, quelle que soit la configuration finale de ce service des arts et de la musique, on prévoit qu’il s’occupera avec une certaine différenciation de compétences des questions de musique et des questions d’architecture, de peinture, de sculpture et de ce que l’on appelle les arts mineurs.

Cela rendra nécessaire la nomination d’une série de collaborateurs externes ou de consulteurs, ayant des compétences spécifiques dans ces domaines.

Dans le domaine spécifique de la musique sacrée, des relations spécifiques seront de nouveau établies au niveau institutionnel avec l’Institut Pontifical de Musique Sacrée, ainsi qu’avec l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes et avec d’autres associations et institutions qui travaillent dans le domaine de la musique liturgique, que ce soit du point de vue scientifique ou du point de vue académique, ou dans la perspective de la création de nouvelles musiques ou bien dans celle de la pastorale.

En ce qui concerne les objectifs ou défis immédiats, je voudrais en signaler quelques-uns qui sont certainement évidents :

a. Actualiser et compléter la série des livres de musique pour la liturgie en latin, que ce soit en ce qui concerne la sainte messe, ou pour l’office divin, les sacrements et les sacramentaux. Une fois que cet objectif aura été atteint, il conviendra probablement de réaliser une édition complète et plus facilement utilisable de beaucoup de ces matériaux, sous la forme d’une sorte de « liber usualis ».

b. Il semble également urgent de rassembler et de préciser les diverses normes et les orientations du magistère pontifical le plus récent en matière de musique sacrée, afin d’offrir un texte de base destiné à un guide pour le chant et la musique des célébrations liturgiques qui pourra être utilisé par les diverses conférences épiscopales, auxquelles revient la tâche d’élaborer des guides et des répertoires pour leurs pays respectifs.

Un tel guide, en ce qui concerne le chant grégorien, devra surmonter les oppositions entre les critères purement paléographiques et les critères pastoraux. Il devra également, en relation avec le dicastère compétent, poser les problèmes de l’utilisation du grégorien selon les éditions antérieures à 1962 dans ce que l’on appelle la « forme extraordinaire » du rite romain.

c. Avec l’aide des institutions académiques et pastorales compétentes, il sera nécessaire de promouvoir, au moins dans les langues modernes les plus importantes ou les plus répandues, en harmonie avec les critères présentés dans un guide adapté, des modèles de nouvelles compositions qui aident à vérifier les propositions théoriques et à les discerner au niveau local.

Un doute subsiste quant à la meilleure stratégie à adopter pour parvenir à un tel résultat. Pour le moment, on attend que les nouveaux organismes institués au sein de la congrégation, les membres et les consulteurs, confrontent leurs points de vue à ce sujet, depuis l’édition de répertoires destinés aux célébrations internationales jusqu’à l’organisation de prix ou de concours internationaux de composition, à des cours pour compositeurs, chefs d’orchestre et interprètes, et à beaucoup d’autres propositions concrètes qu’il faut évaluer.

Le Cardinal Canizares, don Bruno Attuyt Mgr Rey et Mgr Ferrer à Saint Raphaël pour le congrès "Europe Basilique"


Pour récapituler, il est évident que, pour reconsidérer la question de la musique dans les célébrations liturgiques, la congrégation doit, en faisant siens les enseignements du pape Benoît XVI et de ses prédécesseurs immédiats en la matière, garantir :

1. la préparation d’outils actualisés et officiels pour pouvoir célébrer en chantant la liturgie romaine en latin ;

2. la clarté et la facilité pour la célébration du rite romain selon la forme ordinaire en langue vernaculaire, en chantant tout ou partie de l’ordinaire et/ou du propre de la messe ou de l’office divin sur des mélodies grégoriennes ou polyphoniques fondées sur le texte liturgique en latin ;

3. l’existence de critères actualisés permettant d’appliquer les principes de progression définis dans « Musicam sacram », aussi bien pour la célébration en latin que pour la célébration en langue vernaculaire (guide) ;

4. l’existence d’un cadre normatif sûr et répondant à l’objectif de créer des répertoires nationaux adaptés, destinés à prendre progressivement une valeur officielle, de telle sorte que l’emploi d’autres chants nécessite une autorisation « ad casum » à obtenir auprès de l’ordinaire concerné : cela faisant également partie du futur guide.

Avec cela […] j’espère que l’application du motu proprio « Quærit semper » représentera pour la musique sacrée une nouvelle étape de splendeur et de beauté : sans elle, la liturgie se verrait privée de l’un de ses éléments d’expression les plus éloquents et les plus substantiels.

Mgr Ferrer salue don Bruno Attuyt, curé de Saint Raphaël (Var). Le Cardinal Canizares-Lovera, préfét de la congrégation du culte divin est au premier plan.

Le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia. Et il est apparu à Simon, alléluia

Alors que nous fêtons Pâques, proposons une réflexion sur le répons du temps pascal :

Surrexit Dominus vere, * alleluia, alleluia. Et apparuit Simoni, alleluia alleluia.

C’est ce que proclame l’Eglise romaine pendant 50 jours. Surrexit Dominus vere. Pour croire que le Christ est mort crucifié, personne n’a besoin de la Foi. Plusieurs sources contemporaines à cette évènement historique le mentionnent : la crucifixion n’est niée que par certaines idéologies qui refusent de s’appuyer sur les sources historiques recoupées. Même l’absence du corps de Jésus au tombeau au matin de Pâques, ne suffit pas à établir la foi de l’Église, ni d’ailleurs le témoignage de Marie-Madeleine (Lc 24,22-24):

Sed et mulíeres quaedam ex nostris terruérunt nos, quae ante lucem fuérunt ad monuméntum et, non invénto córpore eíus, venérunt dicéntes se étiam visiónem angelórum vidísse, qui dicunt eum vívere. Et abiérunt quidam ex nostris ad monuméntum et ita invenérunt, sicut mulíeres dixérunt, ipsum vero non vidérunt.

Stulti et tardi corde ad credentium ! Comme nous sommes et restons lents à croire ! Car la résurrection est un dogme de Foi : nous recourrons à la Révélation pour forger notre conviction : c’est l’enseignement apostolique qui nous enjoint à le croire, un enseignement appuyé sur le témoignage des femmes – en premier lieu la Vierge Marie à qui, selon la tradition apostolique, le Christ ressuscité apparaît en premier, mais aussi celui de Marie-Madeleine ; et ce témoignage des femmes consacré comme la vérité par l’enseignement ex cathedra de Pierre, à qui le Christ ressuscité enjoint par trois fois, d’être le pasteur de l’Eglise.

Dom Guéranger, l’année liturgique :

Jésus se montre à ses disciples rassemblés, le soir même de sa résurrection; et il les aborde en leur souhaitant la paix. C’est le souhait qu’il nous adresse à nous-mêmes dans la Pâque. En ces jours il rétablit partout la paix : la paix de l’homme avec Dieu, la paix dans la conscience du pécheur réconcilié, la paix fraternelle des hommes entre eux par le pardon et l’oubli des injures. Recevons ce souhait de notre divin ressuscité, et gardons chèrement cette paix qu’il daigne nous apporter lui-même. Au moment de sa naissance en Bethléhem, les Anges annoncèrent cette paix aux hommes de bonne volonté ; aujourd’hui Jésus lui-même, ayant accompli son œuvre de pacification, vient en personne nous en apporter la conclusion. La Paix : c’est sa première parole à ces hommes qui nous représentaient tous. Acceptons avec amour cette heureuse parole, et montrons-nous désormais, en toutes choses, les enfants de la paix. L’attitude des Apôtres dans cette grande scène doit aussi exciter notre attention. Ils connaissent la résurrection de leur maître ; ils se sont empressés de la proclamer à l’arrivée des deux disciples d’Emmaüs ; que leur foi est faible cependant ! La présence soudaine de Jésus les trouble; s’il daigne leur donner ses membres à toucher, afin de les convaincre, cette expérience les émeut, les remplit de joie; mais il reste encore en eux je ne sais quel fond d’incrédulité. Il faut que le Sauveur pousse la bonté jusqu’à manger devant eux, afin de les convaincre tout à fait que c’est bien lui et non un fantôme. Cependant ces hommes, avant la visite de Jésus, croyaient déjà et confessaient sa résurrection ! Quelle leçon nous donne ce fait de notre Évangile! Il en est donc qui croient, mais d’une foi si faible que le moindre choc la ferait chanceler ; qui pensent avoir la foi, et qui l’ont à peine effleurée. Sans la foi cependant, sans une foi vive et énergique, que pouvons-nous faire, au milieu de cette lutte que nous avons à soutenir constamment contre les démons, contre le monde et contre nous-mêmes ? Pour lutter, la première condition est d’être sur un sol résistant ; l’athlète dont les pieds posent sur le sable mouvant ne tardera pas d’être renversé. Rien de plus commun aujourd’hui que cette foi vacillante, qui croit jusqu’à ce qu’arrive l’épreuve de cette foi constamment minée en dessous par un naturalisme subtil, qu’il est si difficile de ne pas aspirer plus ou moins, dans l’atmosphère malheureuse qui nous entoure. Demandons avec instance la foi, une foi invincible, surnaturelle, qui devienne le grand ressort de notre vie tout entière, qui ne cède jamais, qui triomphe toujours au dedans de nous-mêmes comme à l’extérieur; afin que nous puissions nous approprier en toute vérité cette forte parole de l’Apôtre saint Jean :

Haec est victória, quae vicit mundum: fides nostra. (1 Jn 5,4)

 

Un éclairage éxégétique : (Le Messie et son prophète, P. EM Gallez)

Après que Jésus eut disparu à leurs yeux, les deux disciples s’en revinrent de près de ‘Emmaüs à Jérusalem, et, selon le grec,

“et ils trouvèrent les Onze rassemblés ainsi que ceux qui étaient avec eux,

disant que réellement notre Seigneur s’est éveillé et qu’il a été vu par Simon”. (Luc 24,33-34)

Qui sont les « disant » ? Les « Onze » ou les deux pèlerins de ‘Emmaüs ? Si l’on en croit Marc 16,13, il s’agit clairement des seconds. La traduction française rend bien l’ambiguïté du texte grec de Luc, dont les manuscrits se répartissent entre les deux compréhensions possibles, exprimées en deux cas grammaticaux différents : certains indiquent λέγοντας-legontas – auquel cas les « disant » sont les Apôtres –, et d’autres λέγοντες-legontes – auquel cas il s’agit des pèlerins. En araméen, aucune hésitation n’est possible du fait de la structure orale balancée du texte, comme on va le voir : les « disant » du verset 34 sont les deux pèlerins. Ce n’est pas un hasard si le Codex « de Bèze » ou D05 s’accorde ici avec le texte Pešitta – il essaie toujours de suivre le texte araméen, autant quant à sa littéralité et que selon sa récitation.

Il faut savoir que, depuis le VIe siècle (pour ce qui est de la Pešittô ou texte araméen occidental) et le 8e siècle (pour ce qui est de la Pešitta orientale dite « irakienne »), des indications paratextuelles complexes de rythme (balancements à deux ou à trois membres) et de structure (indication des parties, etc.), ont été ajoutées au texte écrit. Elles permettent d’accéder aujourd’hui encore à l’état de « l’Evangile » primitif c’est-à-dire tel qu’il était proclamé, ce qui est précieux pour nous qui n’avons pas l’idée de ce qu’était l’oralité et qui ne connaissons que les mises par écrit officielles des évangiles. Ce travail scientifique de présentation du texte araméen selon ces indications « orales » a été publié (éd. Cariscript, 2010) ; il recoupe ce que les spécialistes de l’oralité avaient déjà mis en lumière à la suite de Marcel Jousse. Ceci s’avère particulièrement pertinent pour le long récit des « pèlerins de ‘Emmaüs », dont la fin se présente ainsi selon l’araméen :

Et ils se dirent l’un à l’autre :

N’étaient-ils pas pesants [1] nos cœurs en nous quand il parlait avec nous sur la route

et qu’il nous interprétait les Ecritures ? (v.32)

Et ils se relevèrent aussitôt et retournèrent à Jérusalem

Et ils trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux. (v.33)

Alors ils dirent :

En vérité, Notre Seigneur s’est relevé et il s’est fait voir à Šimon. (v.34)

Et ils rapportèrent aussi ce qui se passa sur la route

et comment ils le reconnurent quand il rompit le pain (v.35)

Partout dans le Nouveau Testament araméen, les structures sont binaires lorsqu’il s’agit de témoignages direct, tandis qu’elles sont ternaires dans des phrases ou des exposés théologiques. Pourquoi binaires ? Parce qu’en justice, que ce soit dans le monde hébraïque biblique ou dans l’empire perse (c’est-à-dire dans tout le monde araméen), le témoignage ne vaut que s’il est double. Il faut deux témoins, qui parlent l’un après l’autre, en commençant par le plus âgé – le moins âgé venant ensuite compléter ce qui vient d’être dit, selon son point de vue à lui. Tel est exactement l’objet du récit conservé oralement et mis par écrit en araméen par Luc. Nous avons là les paroles de deux témoins, les pèlerins de ‘Emmaüs : le premier est celui qui est nommé, Šimon, et l’autre a déjà été nommé peu auparavant en Luc 24,18 : c’est Qalyopa. Et c’est ce Qalyopa (dont le nom désignant simplement le métier d’épicier a été transposé en Cléopas en grec) qui dit aux Apôtres et aux autres réunis au Cénacle : “Et il s’est fait voir à Šimon”. Les paroles qui ont été dites par l’un ou par l’autre sont facilement identifiables (en bleu ou en marron).

L’apparition à Simon -Pierre : non en Lc 24,34 mais en 1 Co 15 + Lc 24,12

Certains commentateurs travaillant uniquement sur le grec ont parfois pensé que le « Šimon » évoqué là en Luc serait Simon-Pierre (bizarrement appelé Simon au lieu de Pierre comme il l’est ailleurs). Comme, dans sa lettre aux Corinthiens, Paul évoque une apparition à Pierre (1Co 15,5-8), ils font un rapprochement, inexact en l’occurrence car il ne peut s’agir de celle aux pèlerins de ‘Emmaüs. À quelle autre apparition Paul fait-il donc allusion ?

Regardons d’abord attentivement ce passage difficile de Paul, qui reprend une proclamation primitive bien balancée (hormis l’explicitation qu’il a ajoutée plus tard), On constate une fois encore que sa clef de lecture est fournie par l’araméen, langue dans laquelle Paul a sans doute écrit cette lettre vu que ses destinataires à Corinthe étaient majoritairement de langue maternelle araméenne :

Il s’est fait voir par Képhas [c’est-à-dire Pierre], puis par les Douze. (v.5)

Ensuite, il s’est fait voir par plus de 500 frères à la fois

dont la plupart demeurent encore et quelques-uns sont morts – (v.6)

Ensuite, il s’est fait voir par Jacob, puis par πασιν-pasin (tous ?) les apôtres. (v.7)

En dernier de tous (παντων-pantôn) comme à un enfant posthume, il s’est fait voir par moi aussi. (v.8)

Voilà qui réoriente la recherche vers de nouvelles questions : où, dans le Nouveau Testament, parle-t-on d’une apparition à Pierre seul ? Et aussi :

De quelles apparitions à Képhas et à Jacques seuls Paul parle-t-il ?

Pourquoi les apôtres sont-ils mentionnés deux fois, la première fois comme « Douze » et la seconde avec l’adjectif “πας-pas” ? Pourquoi cette redondance ? Et si Paul ne veut pas dire deux fois la même chose (ce qui est évident), quelle est la différence entre “Képhas puis les Douze” (v.5), et “Jacob puis tous les Apôtres” (v.7) ?

À quel titre exactement Paul se place-t-il en Apôtre supplémentaire (v.8) ?

On peut comprendre qu’au verset 5, certains copistes grecs aient cru bon de transformer « Douze » en « Onze ». Pourquoi « douze » et non pas « onze », comme l’aurait écrit un journaliste qui aurait compté le nombre d’Apôtres présents à ce moment-là, Judas étant mort ? Certes, les Apôtres n’avaient pas encore élu Matthias comme nouveau « douzième » : ils ne l’éliront à la place de Judas que peu avant la Pentecôte (Actes 1,26). En fait, dans le style oral qui est celui des évangiles (et auquel il faut toujours être attentif), on actualise souvent les personnages dont parle le récit. Matthias avait été un disciple ayant suivi Jésus et les Apôtres depuis la deuxième année de la vie apostolique de Jésus ; il était évidemment avec les onze apôtres dans le temps qui a suivi la Résurrection. Dans le langage du récit, on le comptait au titre qu’il recevra peu après, et on ne dira pas : les « Onze » plus celui qui n’était pas encore le « douzième », mais « les Douze à qui le Ressuscité est apparu ».

C’est donc une erreur que d’imaginer qu’au verset 7, l’adjectif « pasin-tous » désignerait les Apôtres au sens de « tous /au complet » par opposition au verset 5 (où des copistes grecs indiquent « onze ») ; et, de toute façon, Matthias n’a été élu qu’après les quarante jours des apparitions. Il faut chercher ailleurs la raison du parallélisme anti-thétique entre le verset 5 qui parle des « Douze » et le verset 7. Cette raison apparaît quand on cherche ce qui se rapporte aux apparitions à Pierre et à Jacques seuls.

Au temps des memoriae apostolorum – les douze « mémoires » ou témoignages des apôtres qui ont circulé un moment, y compris sous forme écrite –, une apparition était mentionnée à Jacques seul (ou à « Jacob le Juste » comme il sera surnommé plus tard). En tant que cousin de Jésus, ce Jacques fils d’Alphée devenait en quelque sorte son successeur comme Fils de David, raison qui justifie qu’il se retrouva bientôt à la tête de l’Eglise de Jérusalem, qui était l’Eglise-Mère (et non Pierre). Mais aurait-il pu revendiquer puis assumer une telle mission de son propre chef ? Et comment se fait-il qu’elle ait été acceptée par tous sans aucune discussion ? Il paraît impensable que cette mission n’ait pas résulté d’un ordre de Jésus lui-même, au cours de ses apparitions. On comprend alors pourquoi, dans la phrase qui suit ce verset 7, Paul parle de lui-même et se met en avant comme un « treizième apôtre » : comme à Jacques, une apparition personnelle fut à l’origine de sa mission particulière, mais elle est « post-Pentecôte ».

On ne possède pas le contenu de la memoria Jacobi ou témoignage de Jacques qui parlait nécessairement de l’apparition personnelle qu’il a eue, et dont saint Jérôme reproduit un passage tiré de « l’évangile – écrit-il – appelé “selon les Hébreux” et que j’ai traduit récemment en grec et latin, et qu’Origène utilise » [2] ; on sait que cet « évangile selon les Hébreux » est basé, non sans déformations, sur celui de Matthieu, et on peut penser que le passage suivant qui y a été inséré (cité selon saint Jérôme) ne reproduit pas correctement non plus le témoignage de Jacques :

“ Quand le Seigneur eut donné le linceul au serviteur du prêtre, il vint à Jacques et lui apparut. Celui-ci avait juré de ne plus manger de pain depuis l’heure où il but au calice du Seigneur jusqu’à ce qu’il le voie relevé d’entre ceux qui dorment. Le Seigneur [lui] dit presque tout de suite : [Apporte] une table et du pain… Il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à Jacob le Juste et lui dit : Mon Frère, mange ton pain car le Fils de l’Homme s’est relevé d’entre ceux qui dorment. ”

Le fait que le Christ soit dit apporter lui-même son linceul à un serviteur (inconnu par ailleurs), puis être apparu à Jacques, est très bizarre et contredit les évangiles, puisque le linceul est resté dans le tombeau jusqu’à ce que les Apôtres y descendent : ces « Hébreux » (appelés ailleurs « ébionites » et « nazaréens ») prétendaient-ils posséder le vrai linceul du Christ ? Ce passage (connu seulement en latin) traduit un texte araméen qu’il est difficile de reconstituer en l’état actuel – et espérons provisoire – des connaissances. L’important dans l’immédiat, c’est l’affirmation d’une apparition à Jacques « le Juste », même si les circonstances indiquées par le texte sont loin d’être claires.

La question de l’apparition à Pierre seul est plus simple, même si elle ne ressort pas des évangiles… dans leur traduction en grec : elle apparaît au contraire dans le texte araméen de la Pešitta en Luc 24,12 ! Selon le grec, ce verset indique qu’après avoir couru au tombeau vide et vu les linges seuls, Pierre serait benoîtement « retourné chez lui en admirant [3] ce qui était arrivé » ; rien ne suggère une apparition mais plutôt que l’apôtre serait rentré en Galilée – tout en restant à Jérusalem selon la suite du texte. Or l’araméen indique tout autre chose : il « s’en alla en admirant en lui-même ce qui [lui] était arrivé ».

La signification est toute autre : Pierre vient d’avoir une courte vision lumineuse du Seigneur, avant que Jean ne descende à son tour au tombeau – Jn 20,6-8 indique en effet que Jean a attendu en haut des marches avant d’y rejoindre Pierre. À la suite d’une telle vision de lumière, Pierre a dû se demander si celle-ci était « réelle » (au sens de matérielle), ou bien si elle était comme celle de Moïse et d’Elie qu’il eut en même temps que Jacques et Jean lors de la Transfiguration (cf. Mt 17,3 ou Lc 9,30) ; d’ailleurs, une interrogation semblable vint à l’esprit des autres apôtres au soir, lors de la première apparition au Cénacle :

“Ils pensaient voir un esprit” (Lc 24,37).

D’où vient la différence entre le texte grec et celui en araméen de Luc 24,12 ? Simplement d’une inversion entre les mots « en admirant » et « vers [en, chez] lui-même ». Cette inversion, qui est la seule explication possible, est évidente : il s’agit d’une erreur typique de copiste opérant sur une traduction en grec, et spécialement d’un copiste qui, comme presque tous les copistes professionnels de l’Empire gréco-romain, ne connaît pas le texte des évangiles par cœur. Les traductions anglaises ont d’ailleurs opté pour le bon ordre des mots. Dans leurs traditions, les Eglises Grecques ont gardé le souvenir de l’apparition lumineuse à Pierre. Dans sa seconde homélie sur la Résurrection, Grégoire de Nysse écrit :

“ Pierre, ayant vu de ses propres yeux, mais aussi par hauteur d’esprit apostolique que le Tombeau était illuminé, alors que c’était la nuit, le vit par les sens et spirituellement ”.

Jean Damascène, dans ses Chants liturgiques, parlant du miracle de la lumière au Saint Tombeau le Samedi Saint, évoque son origine :

“ Pierre, s’étant rapidement approché du Tombeau, et ayant vu la Lumière dans le Sépulcre, s’effraya ”.

1Co 15,5-7 : une synthèse primitive des apparitions des « quarante jours »

En rassemblant les diverses données – sans oublier le fait que « toïs ápostoloïs pasin » signifie en 1Co 15,7 non « aux apôtres tous ensemble » mais plutôt « à chacun des Apôtres » (l’adjectif « pas » en grec peut avoir ce sens de tout-un-chacun) –, le passage de Paul prend tout à coup un sens très fort, à la fois rigoureusement chronologique et théologique. Et il n’offre plus aucun rapport avec le récit des pèlerins de ‘Emmaüs. En voici la traduction commentée :

Il s’est fait voir à Pierre [au tombeau], et à sa suite [araméen bathreh [4]] aux Douze

[réunis au Cénacle]

(c’est-à-dire à Jérusalem, où ils restent jusqu’au dimanche après Pâques, après quoi ils entreprennent leur parcours de remémoration) (v.5)

Ensuite, il s’est fait voir à plus de 500 frères à la fois

dont la plupart demeurent encore et quelques-uns sont morts

(au bout de la Galilée, sur le mont Hermon, où ils arrivent après 2 semaines et où ils restent une semaine encore [Mt 17,1 ; 28,16]) (v.6)

Ensuite, il s’est fait voir à Jacob, et à sa suite à chacun des [autres] apôtres

[en vue de leur spécifier une mission]

(durant les 11 jours de leur retour vers Jérusalem, la veille de l’Ascension) (v.7)

En dernier de tous comme à un enfant posthume, il s’est fait voir à moi aussi [en vue de ma mission].

(quatre ans plus tard, sur le chemin de Damas) (v.8)

 

La reconstitution chronologique du sens de ce passage n’a rien d’arbitraire ; elle s’impose par le rapprochement entre ses structures et les indications diverses qui sont rapportées à la fin des évangiles et dans les Actes – mais il faut savoir, bien sûr, ce qu’est un « parcours de remémoration », typique des civilisations et de systèmes oraux. Le 30 juin 2009, la chaîne France 2 diffusait une émission mettant en scène la chanteuse Zazie qui était reçue dans un village perdu en pleine jungle de Papouasie occidentale ; les habitants ont l’habitude ancestrale de construire leurs huttes communautaires en haut des arbres, à plus de dix mètres du sol : dépaysement garanti [5] ! L’intérêt de l’émission était de montrer les liens qui se sont tissés peu à peu entre les autochtones, qui ont une culture purement orale, et Zazie. À la fin du reportage (qui a été diffusé plusieurs fois), on assiste aux adieux très forts entre la chanteuse et les aborigènes, et ceux-ci lui disent : « Après votre départ, nous retournerons sur les lieux où nous sommes passés ensemble pour nous souvenir !» – c’est-à-dire en vue de fixer communautairement les souvenirs en allant sur place et en construisant là, ensemble, le discours-souvenir qui sera retenu et répété dans l’avenir.

Tel est exactement ce que les Apôtres et les disciples ont fait après sept jours passés à Jérusalem. Ils ont retrouvé Jésus ressuscité au sommet du mont Hermon, là où il leur avait donné rendez-vous, en ce lieu le plus septentrional d’où le regard embrasse au delà de la terre d’Israël (Mt 28,16 ; 17,1). Puis, sur le chemin du retour, Jésus apparaît à chacun pour lui fixer sa mission respective, c’est-à-dire la direction du monde où il devra aller, à deux exceptions près : à Jacques « le Juste », il est demandé de ne pas bouger (de fait, il restera à Jérusalem jusqu’à son assassinat en 62) ; et Jean, qui était tenu en réserve par rapport aux missions à cause de son jeune âge et à qui Jésus avait confié sa mère à la croix : en quelque sorte, il avait déjà reçu sa « mission ». Quand on connaît ces missions apostoliques qui se sont réparti le monde et que les Apôtres ont accomplies, l’envoi par Jésus ressuscité paraît avoir été le facteur indispensable et déterminant. La place à part donnée à Jacques avant les autres apôtres en ce verset 7 de 1Co 15 devient alors très significative : Jacques est cité en premier lieu parce que lui aura à rester sur place. Et au verset suivant, Paul peut alors affirmer qu’il a également reçu une mission particulière de la part de Jésus (même si son apparition à lui n’est pas celle du ressuscité comme tel mais de celui qui est monté aux Cieux et qui se manifeste à distance – lui seul le voit) ; il est un apôtre, non comme les Douze qui se tournaient vers les communautés hébreues mais qui va résolument vers les païens. Quand il écrit 1Co vers 56-57 soit 22 ans plus tard, il méritait bien ce titre d’apôtre des païens qui résume sa mission.

Les structures de l’oralité évangélique permettent de comprendre des événements et même des passages textuels qui, sans cela, resteraient obscurs.

NOTES

[1] L’adjectif araméen yaqir, pesants, reprend le mot même qui apparaît au verset 25 : « Ô sans intelligence et pesants de cœur à croire à ce que dirent les Prophètes » (Lc 24,25).

À cet endroit, yaqir est rendu en grec par bradeis, lents, ce qui peut passer (Jésus leur reprocherait leur lenteur à croire), mais qui convient beaucoup moins bien quand les deux disciples racontent eux-mêmes l’événement (Lc 24,32) : ils auraient l’air de s’excuser. Les traducteurs grecs (qui travaillent surtexte) ont pensé que leur copie de la Pešitta devait avoir une erreur, et ils ont lu délibérément yaqid (brûlants) au lieu de yaqir – la différence entre ces deux termes tient à une seule lettre, ou plus exactement à un seul point, en haut [r] ou en bas [d ] –: « Notre cœur n’était-il pas brûlant quand il nous parlait ?» Le sens exact de la « pesanteur du cœur » leur échappait.

Cependant, le Codex de Bèze, qui, généralement, suit rigoureusement la Pešitta, indique lui : Οὐχὶ ἡ καρδία ἦν ἡμῶν κεκαλυμμένη c’est-à-dire « notre coeur n’était-il pas couvert ?», ce qui est une traduction fidèle au sens araméen. Car telle est la signification de « lourd de cœur ». Dans toute mentalité orale (et populaire), le cœur est le siège de la mémoire (on dit : « apprendre par cœur ») et par le fait même de l’intelligence ; un « cœur lourd », c’est un cœur qui ne comprend pas, qui est couvert ! On le voit ailleurs, dans un contexte explicite quant au sens de yaqir ; en Mc 8,17 /Mt 16,9 , les traducteurs rendent à juste titre yaqir par πεπωρωμενος c’est-à-dire « ayant été endurci »:

« Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le cœur endurci ?… Ne vous souvenez-vous pas (Mc 8,17.18b) » ?

[2] Jérôme, De viris illustribus, 2 – PL 23, 611F.

[3] Le verbe employé en grec, thaumazô, ne peut pas être traduit par « s’étonner », comme osent le faire certaines traductions françaises : il faudrait que le complément soit au génitif ; or, il est à l’accusatif et, dans ce cas, le verbe signifie « admirer quelque chose ». Tel est bien le sens de la phrase, conformément à l’araméen.

[4] L’adverbe bathreh a un sens chronologique (après) autant que didactique (à la suite de –), à la différence de batharken ou de bathar halein où le sens est strictement chronologique (qui vient après). Ceci explique que certains manuscrits grecs, au lieu de traduire simplement par eita, indiquent kai meta tauta (et après / à la suite de cela) pour rendre la nuance. N’oublions pas qu’à Corinthe, la majorité des premiers chrétiens sont des juifs dont la langue maternelle et culturelle est l’araméen – ils étaient assez impliqués dans les activités commerciales, tout comme à Rome. Plus que probablement, la lettre que Paul leur destine ait été écrite en araméen avant le grec.

[5] http://www.elle.fr/elle/Loisirs/Sorties/News/Zazie-a-toujours-la-cote-aupres-du-public/%28gid%29/919014/%28affichage%29/avis/%28listing%29/all.

Il faut exclure les femmes du lavement des pieds le jeudi saint

On nous demande des idées sur la question du rite du lavement des pieds, le jeudi saint. Oui, il faut exclure les femmes de ce rite liturgique, c’est très clair.

Lotio pedum

10. Completa homilia proceditur, ubi ratio pastoralis id suadeat, ad lotionem pedum. 11. Viri selecti deducuntur a ministris ad sedilia loco apto parata. Tunc sacerdos (deposita, si necesse sit, casula) accedit ad singulos, eisque fundit aquam super pedes et abstergit, adiuvantibus ministris.

Il n’y a absolument aucun doute qu’il s’agit de personne de sexe masculin uniquement. Le problème qu’on a avec ce point particulier, c’est que c’est beaucoup trop axé sur une approche valorisant  uniquement la question du geste de chartié du Christ. C’en est un à ne pas douter, mais c’est aussi  un geste qui est surtout rituel. On  du mal à imaginer historiquement que les apôtres arrivent sales au banquet pascal, qui est une occasion unique dans l’année juive où l’on fait le mémorial du passage de la mer rouge. Et ce d’autant qu’on sait par l’Evangile que ce repas rituel a été soigneusement préparé.

Cf. Mt 26,17-19 :  17 Prima autem Azymórum accessérunt discípuli ad Iésum dicéntes: “Ubi vis parémus tibi comédere Pascha?” 18 Ille autem dixit: “Ite in civitátem ad quendam et dícite ei: ‘Magíster dicit: Tempus meum prope est; apud te fácio Pascha cum discípulis meis.’” 19 Et fecérunt discípuli, sicut constítuit illis Iésus, et paravérunt Pascha.
Mc 14,12-16 : 12 Et primo die Azymórum, quando Pascha immolábant, dicunt ei discípuli eíus: “Quo vis eámus et parémus, ut mandúces Pascha?” 13 Et mittit duos ex discípulis suis et dicit eis: “Ite in civitátem, et occúrret vobis homo lagóenam aquae baíulans; sequímini eum 14 et, quocúmque introíerit, dícite dómino domus: ‘Magíster dicit: Ubi est reféctio mea, ubi Pascha cum discípulis meis mandúcem?’ 15 Et ipse vobis demonstrábit cenáculum grande stratum parátum; et illic paráte nobis.” 16 Et abiérunt discípuli et venérunt in civitátem et invenérunt, sicut díxerat illis, et paravérunt Pascha.
Lc 22,8-13 : 8 Et misit Petrum et Ioánnem dicens: “Eúntes paráte nobis Pascha, ut manducémus.” 9 At illi dixérunt ei: “Ubi vis parémus?” 10 Et dixit ad eos: “Ecce, introeúntibus vobis in civitátem, occúrret vobis homo amphóram aquae portans; sequímini eum in domum, in quam intrat. 11 Et dicétis patri famílias domus: ‘Dicit tibi Magíster: Ubi est deversórium, ubi Pascha cum discípulis meis mandúcem?’ 12 Ipse vobis osténdet cenáculum magnum stratum; ibi paráte.” 13 Eúntes autem invenérunt, sicut dixit illis, et paravérunt Pascha.

Les apôtres ne peuvent donc pas être arrivés « crasseux » au banquet, il ne faut pas faire l’interprétation littérale du rite que célèbre le Christ par le lavement des pieds.

Il faut tout de même rappeler la signification du rite du lavement des pieds : le geste que fait le Christ le jeudi saint n’est pas seulement le signe d’un service ordinaire rendu à chacun, mais signifie un service sacerdotal fait in persona Christi. Les apôtres ne comprennent pas et Pierre le premier ; et c’est ce que dit le Christ à Pierre :

« Quod ego fácio, tu nescis modo, scies autem póstea ».

C’est ainsi dans tout rituel signifiant : il n’est pas à expliquer avant de le célébrer, mais compréhensible après qu’il l’ait été. Ce geste rituel est un geste qui participe à l’institution du sacerdoce ministériel. Le caractère « sacerdotal » du geste du lavement des pieds est bien souligné par la parole du Christ à Pierre :

«Si non lávero te, non habes partem mecum » (Jn 13,8  )

a une signification tirée directement de la tradition juive. L’acte du lavement des pieds est un rituel de préconsécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l’eau. »). Mais de quelle « part » parle donc Jésus ? C’est une « part », qui renvoie  directement et exclusivement aux Lévites : le mot est employé uniquement

dans Dt 10:9 « C’est pourquoi Lévi n’a ni part ni héritage avec ses frères: C’est Yahweh qui est son héritage, comme Yahweh, ton Dieu, le lui a dit ».,

12:12, « Et vous vous réjouirez en présence de Yahweh, votre Dieu, vous, vos fils et vos filles, vos serviteurs et vos servantes, et le Lévite qui sera dans vos portes, car il n’a reçu ni part ni héritage avec vous. » 14:27-29 « Tu ne délaisseras pas le Lévite qui sera dans tes portes, car il n’a ni part ni héritage avec toi. »,

et 18:1-2. « Les prêtres lévitiques, la tribu entière de Lévi, n’auront ni part ni héritage avec Israël; ils se nourriront des sacrifices de Yahweh faits par le feu et de son héritage. Ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères; Yahweh est leur héritage, comme il leur a dit. ».

En parlant de cette « part avec lui », le Christ a un langage explicitement lévitique, sacerdotal. Il préconsacre les apôtres, qui reçoivent lors de la même soirée, la plénitude du sacrement de l’ordre (c’est à dire l’épiscopat). Cela est tout à fait conforme à l’idée relevée dans le Psaume 15 chanté le jeudi aux complies dans le rite romain : Dominus pars hereditatis meae et calicis mei: tu es qui detines sortem meam. Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe, c’est Toi qui m’assures mon lot.

De sorte que le Christ, lorsqu’il dit à Pierre, Si non lavero te, non habes partem mecum, il lui dit surtout : si Je ne te lave pas, tu ne deviendras jamais un de Mes prêtres.
Donc de la même façon qu’il n’y a pas de femmes diacres, prêtres, ou évêques, il ne peut pas y avoir de femmes au lavement des pieds, et ce au delà même de la question de la faute de goût que cela représenterait ou de la gêne toute légitime pour un prêtre de faire ce genre de geste sur des femmes. En tant qu’homme marié, je crois que je verrai d’un mauvais œil un autre homme laver les pieds de ma femme et ma femme verrait d’un mauvais oeil le fait que je lave les pieds d’une autre….

Evidemment tout ce genre de réflexion commence à disparaître lorsqu’on a des femmes qui accomplissent des ministères liturgiques, (acolytat ou lectorat), les gens ne comprennent plus et perdent la sève de l’Évangile, en plus qu’un minimum de retenue et de bon goût afférent à leur statut de curé. Et il y a aussi derrière cela le militantisme pour le lavement des pieds des femmes une pression sous entendue, consciente ou inconsciente, pour l’ordination des femmes.

Évidemment, il est tout à fait préférable que l’idée du lavement des pieds se fasse dans une optique pour le curé liée au fait qu’il choisit (viri selecti) des hommes pour donner cette signification. Il est préférable que ce soit des homes mûrs (viri probati) et non pas des enfants :

Cf Jn 15,16 « Non vos me elegístis, sed ego elégi vos et pósui vos, ut vos eátis et fructum afferátis, et fructus vester máneat, ut quodcúmque petiéritis Patrem in nómine meo, det vobis. »

Par exemple ceux des hommes qui auront une charge en lien avec le ministère du curé, dans le cadre liturgique ou non.

Cependant, si ce n’est pas faisable, de l’usage de confier le ministère d’acolyte aux jeunes garçons, on peut inférer l’idée que c’est justement eux qui ceux le mieux préparés à recevoir le lavement des pieds, et ce d’autant plus qu’ils sont dans le sanctuaire dans la bonne tenue (l’aube). Et cela souligne d’autant plus l’idée évangélique du Christ qui se fait serviteur de ceux qui le servent.
L’usage à Rome est de pratiquer ce rite uniquement avec des hommes, en aube – qui est la tenue du ministre

cf. IGMR 336. Vestis sacra omnibus ministris ordinatis et institutis cuiusvis gradus communis est alba, circa lumbos cingulo astringenda

dans le sanctuaire (et non pas en soutane/ surplis), ce qui montre bien le caractère de « ministre » lié à cet usage. Très souvent – mais pas toujours, il s’agit de prêtres qui du coup évidemment, concélèbrent au jeudi saint, et sont donc non seulement en aube mais aussi en chasuble.

Chanter la messe – 3ème partie

Nous reprenons ici la présentation et le commentaire de cet article sur le chant des propres de la Messe du site « New Liturgical Movement. »

Vous trouverez ici la première partie, et là la deuxième partie.


Pour autant, si tout ce que j’ai dit auparavant est exact, pourquoi le Missel de la forme ordinaire contient-il les antiennes d’introït et de communion ? Et pourquoi  sont elles si souvent différentes de celles indiquées dans le Graduel romain ? La réponse la plus claire provient d’une déclaration de Paul VI en 1969 (…). Comme Paul VI l’explique, la décision prise de réviser les antiennes d’entrée et de communion pour les « Messes sans chants ». Cette décision fut fondée en partie sur une étude parue en 1968.

La Préface générale du missel romain (PGMR) a toujours affirmé que l’antienne tirée du Graduale Romanum est le choix à privilégier pour le chant d’entrée et de communion. (…).

L’article de Jeff Ostrowski amène des précisions sur les pratiques afférentes au États-Unis, qui ont une incise absolument non-conforme à l’usage du rite romain dans « leur » PGMR. Nous y reviendrons plus loin. Regardons cependant la PGMR en vigueur en France, celle qui est l’édition typique (en latin) et sa traduction soit par Cérémoniaire .net (souvent plus précise) soit celle de la CEF (approuvée par Rome) plus officielle :

48. Peragitur autem a schola et populo alternatim, vel simili modo a cantore et populo, vel totus a populo vel a schola sola. Adhiberi potest sive antiphona cum suo psalmo in Graduali romano vel in Graduali simplici exstans, sive alius cantus, actioni sacræ, diei vel temporis indoli congruus, cuius textus a Conferentia Episcoporum sit approbatus.

Si ad introitum non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitatur sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote, qui potest etiam in modum monitionis initialis (cf. n. 31) eam aptare.

Traduction : ceremoniaire.net

48. Il est exécuté alternativement par la schola et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la schola seule. On peut employer ou bien l’antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale Romanum soit dans le Graduale Simplex ; ou bien un autre chant accordé au caractère de l’action sacrée, du jour ou du temps dont le texte est approuvé par la Conférence des Évêques.

Si l’on n’a pas de chant d’introït, l’antienne marquée au Missel est récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur ou, à défaut, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter à la manière d’une monition d’ouverture.

Traduction : CEF

48. Il est exécuté alternativement par la chorale et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la chorale seule. On peut utiliser ou bien l´antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale romanum soit dans le Graduale simplex; ou bien un autre chant accordé à l´action sacrée, au caractère du jour ou du temps, et dont le texte soit approuvé par la Conférence des évêques.

S’il n’y a pas de chant pour l´entrée, on fait réciter l´antienne que propose le Missel, soit par les fidèles, soit par certains d´entre eux, soit par un lecteur ou, autrement, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter sous forme de monition d’ouverture.

Le chant de communion

87. Pro cantu ad Communionem adhiberi potest aut antiphona ex Graduali romano sive cum psalmo sive sola, aut antiphona cum psalmo e Graduali simplici, aut alius cantus congruus a Conferentia Episcoporum approbatus. Cantatur sive a schola sola, sive a schola vel cantore cum populo.

Si autem non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitari potest sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote postquam ipse communicavit, antequam Communionem distribuat fidelibus.

Traduction ceremoniaire.net

87. Pour le chant de communion, on peut prendre ou bien l’antienne de Graduale Romanum, soit avec un psaume soit seule, ou bien l’antienne avec le psaume de Graduale simplex, ou encore un autre chant approprié approuvé par la Conférence des Évêques. Le chant est exécuté soit par la schola seule, soit par la schola ou le chantre avec le peuple.

Si toutefois il n’y a pas de chant, l’antienne marquée au Missel peut être récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur, sinon par le prêtre lui-même après qu’il a communié et avant qu’il ne distribue la Communion aux fidèles.

Traduction CEF :

87. Pour le chant de communion, on peut prendre soit l´antienne du Graduale romanum, avec ou sans psaume, soit l´antienne avec son psaume du Graduale simplex, ou un autre chant approprié approuvé par la Conférence des évêques. Le chant est exécuté soit par la chorale seule, soit par la chorale ou le chantre avec le peuple.

S´il n´y a pas de chant, l´antienne proposée dans le Missel peut être dite soit par les fidèles, soit par quelques-uns d´entre eux, soit par un lecteur ou, à défaut, par le prêtre, après avoir lui-même communié et avant qu’il ne distribue la communion aux fidèles.

Comme on le sait, la PGMR permet un choix pour le chant après la première lecture. On peut chanter le psaume responsorial ou le Graduel (attention ici de ne pas confondre le chant qu’on appelle le « graduel » qui est dans le graduel romain). Paul VI mentionnait (dans la citation de 1969 plus haut) que le psaume responsorial était une bonne option aux messes sans chant. [Notons : il s’agit bien d’une option pour les messes sans chant. Cela signifie bien que pour les messes avec chant, ce sera le répons graduel qui sera la bonne option…] Mais que dire de l’alleluia et de l’offertoire ? Pourquoi ces propres qui ne furent pas révisés pour les messes lues, comme le chant d’entrée (introït) et l’antienne de communion ? On peut seulement spéculer, et ci-dessous voici quelques possibilités. L’alléluia peut être omis s’il n’est pas chanté (selon la PGMR) parce qu’à la messe lue ça n’a pas de sens pour un prêtre de réciter l’alléluia alors qu’il fait une procession pour lire l’Évangile. De même, l’antienne d’offertoire peut être omise (selon la PGMR) parce que cette antienne est censée être chantée pendant que le prêtre reçoit les oblats et il ne peut pas en même temps lire une antienne d’offertoire en faisant cela. Bien plus, comme on le sait lorsqu’on étudie la liturgie, beaucoup de prières d’offertoires ont été supprimées dans la liturgie post conciliaire, et c’est même une des différences majeures entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire, et donc peut être faudrait il que nous nous étonnions pas de voir que l’antienne d’offertoire elle aussi n’a pas survécu.

Nous commentons cette hypothèse de Jeff Ostrowski en rappelant que les antiennes d’offertoire ne disparaissent de toute façons pas du Graduel romain. Qu’à la simplification des rites d’offertoire effectués par le prêtre (qui réalise non plus tout l’offertoire comme auparavant, mais une preparatio donorum, comme l’indique le missel)  ne correspond une amplification des gestes d’offertoire par les autres participants à la liturgie, puisque le Missel de Paul VI prévoit ad libitum une procession d’offertoire, pour indiquer justement la fameuse participatio actuosa à la liturgie du reste du clergé mais aussi de l’assemblée. Et que justement, le chant a pleinement sa place dans cette participation, et spécialement le chant de l’antienne d’offertoire. Ce serait une erreur de considérer que l’orgue peut toujours se substituer au chant au moment de l’offertoire, indépendamment bien sûr de la virtuosité de l’interprète, et spécialement à certaines célébrations dans l’année où le répertoire grégorien propose de véritables monuments culturels de la liturgie. Je pense en particulier au (récent) 2ème dimanche per annum, avec le Iubilate Deo magnifique du 1er mode, qui pourrait littéralement être inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. 

Par ailleurs, on aura noté, dans le texte de la PGMR latine, le mot « vel a schola sola« . Il n’est pas du tout exclu, par le missel romain actuel, le chant des propres par une schola seule. Bien au contraire, c’est même quelque chose d’envisagé tout à fait officiellement, sans qu’il y ait besoin en aucune façon de s’en justifier. Et cela ne remet jamais en cause un principe de « participatio » qui marque la liturgie depuis le mouvement liturgique (l’expression « actuosa participatio » est de S. Pie X, et elle est canonisée par Vatican II). 

Enfin, il est intéressant de noter une dernière chose : à la messe lue, on peut omettre l’alléluia parce que le prêtre ne peut pas la dire en processionnant. C’est ce qu’entend expliquer Jeff Ostrowski. C’est très intéressant parce que ça signifie de façon claire que ce n’est jamais le prêtre ou le diacre qui lit l’Évangile (ou à la messe chantée, qui chante l’Évangile…) qui chante l’alléluia ou son verset. Ou en tout cas s’il le fait, c’est que la messe est alors  une messe lue.

A suivre…