Stage de l’été 2007 à Solesmes

052014_1600_Sriespcialc3.jpgA l’occasion de notre stage d’été à Solesmes du 15 au 19 août derniers, Dom Saulnier nous a accordé un peu de temps pour nous parler de l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, de l’eschatologie dans la liturgie, et du motu proprio Summorum pontificum.

 Voici les notes que j’ai prises :

Commentaires sur le chant grégorien dans l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis

 Cette exhortation apostolique fait suite au synode des évêques sur l’Eucharistie. Benoît XVI y reprend à son compte les propositions faites par les Pères.

Deux paragraphes de Sacramentum Caritatis parlent du chant grégorien dans la deuxième partie, « Eucharistie, mystère à célébrer » : le n°42, sur le chant liturgique, dans le chapitre « Ars celebrandi », et le n°62, sur la langue latine, dans le chapitre « Actuosa participatio ».

 Le mot latin ars nous a donné les mots artiste et artisan. L’artiste et l’artisan sont ceux qui font quelque chose. La liturgie est le service, ou le travail public de l’Eglise.Citant saint Augustin, Benoît XVI écrit que chanter, c’est exprimer sa joie, son amour. La joie est un fruit de l’amour. Elle est ce qu’on éprouve quand on possède ce qu’on aime.Le Pape rappelle qu’un cantique n’équivaut pas à un autre. Un chant liturgique est fait pour un jour, et pour une action. Le chant doit s’intégrer dans la forme propre de la liturgie. Il ne s’agit pas de donner un concert.

De ce point de vue, le chant grégorien est une référence, un exemple en matière de musique liturgique.Comme on est familier à un espace qu’on connaît, on doit s’approprier les temps liturgiques, et le chant y participe.

 Dans les grandes célébrations, le Pape reprend la demande des Pères synodaux, dans la ligne du concile Vatican II : « excepté les lectures, l’homélie et la prière des fidèles, il est bon que ces célébrations soient en langue latine ». De manière plus générale, le Pape exhorte à la formation des prêtres et à l’éducation des fidèles dans ce sens. Il n’est pas question de nostalgie ici, mais de poursuivre ce qui a été promulgué par Vatican II.

 Le congrès annuel de l’association musicale sainte Cécile et un article récemment paru dans la revue des monastères m’ont donné l’occasion de traîter la question de la place du chant grégorien dans la liturgie.Il ne s’agit pas de conserver un patrimoine en péril. Au contraire, lors du concile Vatican II, l’Eglise se prononça pour la première fois en donnant au chant grégorien la première place. Ce que dit un concile œcuménique a un caractère définitif. Après 2000 ans d’expérience, l’Eglise a promu le chant grégorien comme chant propre de la liturgie. C’est seulement au XIIIe siècle que le chant romain a été abandonné à Rome. L’Eglise possède aussi un héritage de chant polyphonique. Le chant grégorien a disparu par un effet pervers imprévu du concile de Trente. C’est seulement en 1908 qu’il a repris sa place. Avant 1908, il n’y avait jamais eu de livre unique pour toute l’Eglise catholique de rite romain. Le phénomène de centralisation de la liturgie culmine avec saint Pie X. Sur la question de la réforme liturgique, il faut se rappeler que des changements plus radicaux que ceux engagés par le concile Vatican II ont eu lieu par le passé : par exemple au IIIe siècle, le passage du grec au latin dans la liturgie romaine, ou au temps de Charlemagne, l’importation de la liturgie romaine en Gaule, qui fut l’occasion de changements profonds dans la musique et dans les gestes.

 Vatican II donne au chant grégorien la première place, puis mentionne deux autres genres parce qu’ils sont menacés : le chant polyphonique, comme par exemple dans les œuvres de Palestrina, et les cantiques populaires, souvent méprisés. L’Eglise est ouverte à toutes les formes de chant liturgique. Mais il faut remarquer que dans l’Eglise, les premières places sont rarement des places de pure représentation. Une première place dans la liturgie indique un rôle plus important à jouer. Le chant grégorien a une mission prophétique : il permet de chanter d’une seule voix à travers toutes les cultures. Il permet à chacun de chanter dans une autre langue que la sienne, ce qui nous fait prendre conscience que nous appartenons à un groupe plus grand que notre communauté locale. Le chant grégorien a aussi une mission pédagogique : il est le type d’une musique liturgique accomplie, réussie. Le chant grégorien est un exemple vivant. De la même manière qu’on est plus facilement converti par l’exemple d’un saint que par les discours d’un docteur en théologie, le grégorien est un exemple de sainteté dans la musique. Celui qui écoute et qui chante une pièce de grégorien est marqué par l’expérience de la Parole exprimée par la musique.

Pour conclure, le chant grégorien a à accomplir un mystère de communion. C’est pour cela qu’il doit avoir la première place.

Commentaires sur le motu proprio Summorum Pontificum

 Tout d’abord quelques rappels généraux :

 –         Un motu proprio est un acte du Pape, « de son propre mouvement », c’est un document juridique.

         Il ne s’agit pas du plus haut degré du magistère ordinaire, et l’infaillibilité pontificale n’est pas en jeu ici.

         Parmi les derniers documents et actes du Saint Père, ce motu proprio n’est pas le plus important. La lettre du Pape aux catholiques Chinois, par exemple, est d’importance beaucoup plus grande pour l’Eglise.

         Le Pape a la responsabilité de l’unité de l’Eglise, et Benoît XVI est par ailleurs très attaché à la liturgie.

Pour ce qui est du contenu, ce motu proprio est en forme de dispense, adressée aux fidèles de « certaines régions », c’est-à-dire tout spécialement de France, d’Allemagne, de Suisse et des Etats-Unis.Benoit XVI distingue la forme « ordinaire » et la forme « extraordinaire » de la lex orandi, de l’unique rite romain. Pour ne pas se tromper sur le sens de cette distinction, il faut comprendre par « ordinaire » ce qui appartient à l’ordre des choses, et donc par extraordinaire ce qui en sort.Il peut être utile de remarquer ici que la sainteté se vit dans l’ordinaire, et que l’Eglise se méfie en général de l’extraordinaire. Dans un ordre d’idées différent, l’éducation d’un enfant doit être ordinaire pour réussir. Mais « ordinaire » n’est pas équivalent à « normal » : l’ordre est dans les choses, il est intrinsèque. La norme est extrinsèque, elle est prononcée par l’homme sur les choses. Cette distinction est nécessaire, car nous n’y sommes pas habitués. Nous avons aujourd’hui un droit essentiellement extrinsèque, c’est-à-dire qu’un droit existe parce qu’il est prononcé (Mais a-t-on le droit de vivre parce qu’on le dit, ou tout simplement parce qu’on vit ?).

Jean-Paul II avait demandé aux évêques de répondre largement à ceux qui demandaient la messe avec le missel de 1962. En pratique, le Pape accepte que la question soit réglée au niveau des curés. Ni Jean-Paul II n’a voulu hier ni Benoit XVI ne veut aujourd’hui que des fidèles quittent la communion de l’Eglise pour des questions de forme. Sur cette question, nous constatons un phénomène caractéristique en occident à notre époque : les minorités opprimées sont soutenues. Et les moyens modernes de communication, les médias et Internet jouent un rôle important. Dans ce contexte, il est primordial de savoir penser par soi-même, et d’aller aux sources au lieu d’écouter ce qu’on dit. Ce texte prouve une fois de plus que les fidèles attachés au missel de 1962 ne sont pas une minorité opprimée par l’Eglise.

         Et le chant grégorien ?

Le motu proprio ne parle pas du chant grégorien. Le chant grégorien est attaché à la forme ordinaire, dans la ligne de sa promulgation depuis le concile Vatican II comme chant propre de la liturgie romaine.

Commentaires sur l’eschatologie dans la liturgie

L’Evangile du 29è dimanche du temps ordinaire est celui du juge inique et de la veuve importune (Luc, 18). Il y est question de la prière. Jésus fait le commentaire suivant : « Ecoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet! Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? » En effet, nous demandons, mais sommes-nous attentifs à ce que Dieu demande ? L’expression « quand il viendra » a une dimension eschatologique. Le Fils de l’Homme veut trouver la foi sur la Terre quand il viendra.

Nos actions aujourd’hui préparent et annoncent aussi le retour du Christ. Nous recevons déjà aujourd’hui la grâce. Nous annonçons le retour du Christ. C’est le sens de l’antienne « O sacrum convivium » de Saint Thomas d’Aquin, qui a composé tout l’office de la Fête-Dieu :

O Sacrum convivium, in quo Christus sumitur: recolitur memoria passionis eius; mens impletur gratia et futurae gloriae nobis pignus datur.

(Ô banquet sacré, dans lequel le Christ est reçu : on rappelle la mémoire de sa passion; l’esprit est rempli de la grâce et le gage de la gloire future nous est donné.)

 Dans l’Eucharistie Dieu vient à nous. Dans la liturgie des heures, l’eschatologie est particulièrement manifestée par la prière des vigiles. Le chrétien montre ainsi qu’il attend le retour du Christ par sa veille. On pourrait d’ailleurs la rapprocher de l’éveil dans les cultures religieuses oientales. Ce n’est pas une question de sommeil, mais de vigilance.La principale célébration liturgique de l’année a lieu pendant la nuit. Au début de l’ère chrétienne, c’était le cas tous les dimanches.

Les grandes œuvres de Dieu se sont faites pendant la nuit.

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