Samuel Grybowski et Patrick de Plunkett sont des prophètes.

Peut être vous souvenez-vous de l’article que j’avais écrit en 2013, et intitulé « préparons-nous au Martyre », ici : http://www.scholasaintmaur.net/preparons-nous-au-martyre/

Et bien… Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Je relevais – pour les contredire – des affirmations qui me semblaient cavalières sous la plume de P. de Plunkett et de S. Grybowski :

Le nouveau pape continue à bousculer les traditions liturgiques délibérément. (P. de Plunkett)

Et aussi :

Un pape qui souhaite une bonne après midi, qui fait une blague au moment d’accepter sa charge, qui demande la bénédiction avant de la donner (S. Grybowski)

Il faut dire qu’à cette époque qui semble vraiment lointaine, le réflexe était à une défense systématique et réitérée de la personne du Pontife romain. Pourtant, j’avais moi aussi – et ceux qui m’ont écouté à l’antenne, ce soir là s’en souviennent bien -, plus que des doutes :  je les ai pourtant soigneusement gardés pour moi. Je n’en croyais en effet ni mes yeux ni mes oreilles. J’avais en effet annoncé à l’antenne que le nouveau pape se présenterait d’une certaine façon, qu’il dirait certains mots, etc… Parce que cela s’est toujours déroulé ainsi… Etre donc si violemment contredit ! Du coup, dès son apparition, je n’ai plus rien prononcé au micro, parce que ce « coup dur » me semblait trop difficile à avaler. En fait je n’arrivais même plus à régurgiter. Donc de là à être brillant en radiodiffusion…. Bref : à chacun ses limites.

Nous avons ensuite « fêté l’élection » de celui que tout le monde appelait encore pour quelques heures « François 1er » dans un excellent pub stéphanois… J’avais, je m’en confesse, essayé de noyer mon impression d’intense malaise en buvant plusieurs whiskies. Je prédisais alors l’avènement prochain de diaconesses, dans un élan de pessimisme qui me semblait à moi même quelque peu exagéré. Bien sûr, j’avais tort. Bien sûr, à plusieurs reprises j’ai essayé – comme le souligne bien l’article ci dessous –  de faire « des pieds et des mains pour trouver des excuses quand nous le pouvions; les phrases et les actions ambiguës de PF étaient lustrées dans un sens aussi orthodoxe que les auteurs se sentaient capables d’inventer. » Cf : http://www.scholasaintmaur.net/le-saint-pere-et-le-jeudi-saint/

Plunkett et Grybowski furent prophètes à l’écrit, ce jour là… Quant à moi je ne le fus qu’à l’oral, et strictement en privé. En effet, le lendemain, pour essayer de conjurer un sort qui me semblait implacablement funeste, je commettais l’article cité en lien ci dessus, qui a eu l’heur de plaire, y compris aux grands tirages (j’ai même été cité sur le site web de « Le Monde », le fameux « quotidien de référence » qu’on m’avait fait – quotidiennement – subir lorsque j’étais à « Sciences-piPo« …. )

Et bien je m’en confesse, oui, j’avais tort. Et le récent article sorti sur Benoît et Moi me le rappelle, de façon douloureuse. Je vous le partage. Parce que comme cette blogueuse, « J’en partage chaque mot »… Et malgré Léon Bloy.

NB : S. Grybowsky et P. de Plunkett rejoignent donc Mgr Weakland dans le cortège des prophètes du XXIème siècle. Grand bien leur fasse.

http://www.scholasaintmaur.net/mgr-weakland-est-un-prophete/

Vous devez me trouver bien aigri. Certes…. Malgré tout, ce que je ne renie pas, c’est évidemment le commentaire que j’ai fait un peu plus tard sous l’article en question :

Quand le pape nous dit de marcher avec la croix…. On parle bien de souffrance. Nous savons bien que l’Eglise en passera par là.
Joie et souffrance vont elles de pair ? Dans une certaine mesure peut être. Pour les plus saints d’entre nous. Certes. Cependant pas dans la plupart des cas, et peut être pas pour moi pêcheur.

J’ai l’impression qu’avec Benoît XVI nous avons expérimenté la Transfiguration au Thabor. Mais la transfiguration était une théophanie à but pédagogique, pour que la foi des apôtres, dans la tempête de la persécution se maintienne. Mais elle a été suivie peu après de la passion. Avec François, nous entrevoyons la passion. C’est en cela qu’il y a une continuité avec Benoît. Alors évidemment, on pourrait se dire, avec Pierre Jacques et Jean : restons sur le Thabor, plantons y notre tente. Mais ce n’est pas à ça qu’est appelée l’Eglise, désormais. Cela n’empêche pas pour raviver notre foi, de susciter de petits Thabors, dans nos liturgies, mais en oubliant jamais que la liturgie réalise ce qu’elle célèbre : la mort du Christ.

Súrgite, eámus hinc. (Io 14,25)

(…)

Après le pontificat du Thabor, ce sera donc le pontificat de Gethsemani. Voilà la continuité… Mais quelle angoisse…! Sur le forum catholique, j’ai vu qu’un « liseur » mer remerciait pour mon optimisme… On n’a pas dû bien se comprendre… J’aimerais être optimiste… Mais là … !

On ne choisit pas sa croix.


PENTES GLISSANTES

Father John Hunwicke
13 juin 2018
liturgicalnotes.blogspot.com
Ma traduction (Benoit et Moi – NDLR)
* * *
«J’ai su qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dès la première fois qu’il est sorti sur le balcon» ai-je entendu un prêtre dire il y a quelques mois lors d’une rencontre ecclésiale. En effet. C’est ce que j’ai fait instinctivement. Dans mon cas, ce n’est pas tant le refus de PF [Pope Francis] de s’habiller en évêque de Rome que son choix d’un nom papal inédit. C’était comme s’il ressentait le besoin de se dissocier de tous ses prédécesseurs dans la Cathedra Petri.… même des autres « papes post-conciliaires ». En d’autres termes, il me semblait qu’il s’agissait au moins potentiellement d’une proclamation de rupture papale.
Mais combien de temps a-t-il fallu avant que ces chuchotements embarrassés n’éclatent au grand jour dans les blogs catholiques. Même lorsque le côté peu attirant du personnage de PF…. particulièrement sa propension à insulter et à humilier ses confrères du clergé dans toutes les situations imaginables…. est devenu perceptible, et quelque humoriste a décidé de faire une collection du genre… les blogueurs sont restés prudents. Après tout, le Seigneur lui-même a dit des choses peu aimables à propos des Pharisiens et des Pilates. Nous avons fait des pieds et des mains pour trouver des excuses quand nous le pouvions; les phrases et les actions ambiguës de PF étaient lustrées dans un sens aussi orthodoxe que les auteurs se sentaient capables d’inventer.
J’ai attendu le 30 mai 2016, je ressassais depuis un certain temps s’il fallait qualifier ce pontificat de « dysfonctionnel« . L’instinct était et est d’éviter d’écrire ainsi sur le Successeur de Pierre. On a une habitude d’affection et, même lorsqu’elle s’est usée, on se dit: «Est-ce vraiment juste d’utiliser un tel langage?» Ou peut-être même «Un tel langage pourrait m’attirer des ennuis». Après mûre réflexion et réécriture, j’ai laissé dans mon billet pour ce jour-là une déclaration selon laquelle ce pontificat avait «quelques caractéristiques dysfonctionnelles».
Je pense que vous pourriez découvrir (pour ne donner qu’un seul exemple) le même genre de prudence chez le Père Zed (« Father Z » pour Zuhlsdorf, ici son célèbre blog: wdtprs.com/blog) ; la même longue réticence à s’engager trop directement sur ce qui était manifestement douteux dans ce pontificat, jusqu’à ce qu’un tel engagement devienne inévitable.
C’était, de différentes manières sur différents blogs catholiques, une réticence qui ne s’est érodée que progressivement.
Puis, bien sûr, et avec autant de réticence, nous sommes passés à la période des Cinq Dubia et de la Correction Filiale. Et à présent le monde a eu une avalanche de livres sur ce pontificat par des historiens laïcs.
Il a vraiment fallu que PF travaille énormément avant que l’atmosphère actuelle de franc-parler ne naisse.

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2 Replies to “Samuel Grybowski et Patrick de Plunkett sont des prophètes.”

  1. Cela dit, le pape n’est ni un hérétique, ni un apostat. Que l’on ai quelques difficultés avec ce qu’il dise est une chose (et nul n’en est à l’abri, moi compris). Il me semble que c’en est une autre que d’écrire ce qu’écrit l’abbé John Hunwicke. N’oublions pas que S. Jean-Paul II eut à souffrir de critiques semblables durant son pontificat (d’une violence autrement considérable, et auxquelles je ne compare pas les vôtres, bien entendu).

    1. Dire qu’il y a quelque chose de « dysfonctionnel » dans ce pontificat ne me semble pas extrêmement violent. Dire qu’en plus cet aspect dysfonctionnel m’était apparu dès la première seconde, mais que je ne me le suis pas avoué non plus.

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