PHARISIEN ?

L'image “https://i1.wp.com/farm1.static.flickr.com/74/184054966_689beced9e.jpg?resize=253%2C327” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Les nombreuses critiques adressées par Jésus aux Pharisiens dans les évangiles (dont certaines sont terribles : qu’on relise le chapitre 23 de saint Matthieu !) nous empêchent peut-être de voir ceux-ci autrement que comme d’odieux personnages, hypocrites et imbus de leurs privilèges. La réalité est tout autre : les Pharisiens constituaient au sein du peuple d’Israël un groupe fervent, attaché à une religion intérieure, souvent proche de l’enseignement du rabbi galiléen ; pour eux, la Loi représentait d’abord la charte d’une obéissance du cœur aux prescriptions de Dieu, qui l’emportait sur toutes les offrandes extérieures. Ils accueillaient l’espérance de la résurrection des morts, alors que les Sadducéens, restés plus proches des anciennes croyances d’Israël, ne voulaient pas en entendre parler. C’est visiblement eux, parmi tous les groupes existant alors, dont Jésus partage le plus les convictions, d’où son extrême sévérité à leur endroit : leurs faiblesses et leurs défauts sont particulièrement insupportables compte tenu de leur haute spiritualité !  Sans doute, plus d’un s’est converti à son enseignement (on pense à Nicodème et à Joseph d’Arimathie), et, si par la suite, les rapports se sont tendus, c’est que pharisiens et chrétiens étaient en concurrence, après la répression de la révolte juive et la destruction du Temple en 70 de notre ère, pour redonner une espérance au peuple juif éprouvé par la catastrophe.

 

N’empêche que si les Pharisiens sont de pieux israélites, bien près d’être chrétiens, le pharisaïsme (tel que le campe l’évangile et le laisse entrevoir saint Paul) est une maladie de la conscience et une maladie grave, dont nous pouvons nous aussi être atteints. Essayons de la définir. La Loi peut être la meilleure et la pire des choses : instrument de clarification et d’ouverture, apprentissage de la relation à l’autre (et surtout à l’Autre), elle est un moyen extraordinaire de liberté vis-à-vis de nous-même ; occasion de jugement sur nos actes et ceux d’autrui, rappel d’une échelle de valeur sans amour, elle nous pousse à nous vanter ou à nous déprécier (selon les cas) et à mépriser les autres. Notre rapport malheureux à la Loi prolonge les ambiguïtés de nos relations avec nos parents et spécialement avec notre père : au moins sur ce point, la psychanalyse a visé juste.

 

Jésus, on le sait, ne vient pas, « abolir la Loi ». Il est là pour guérir le rapport conflictuel que nous avons avec elle. Fils parfaitement donné à son Père, n’ayant d’autre nourriture que de faire sa volonté, il nous donne l’exemple d’un homme parfaitement libre dans sa soumission et, loin de nous renvoyer l’image doloriste d’un fils écrasé par un père cruel, il nous révèle sa définitive bienveillance dans la Résurrection. Pour nous permettre à notre tour d’entrer dans cette obéissance filiale, sans peur ni ressentiment, il nous partage son Esprit, l’Esprit qui lie le Père et le Fils, l’Esprit d’adoption, l’Esprit de la promesse, l’Esprit qui nous fait dire « Abba ! ». Et ensuite, il manie avec d’infinies précautions l’exigence (car l’amour est ainsi) et la miséricorde, l’appel à se dépasser et l’acceptation de nos faiblesses. Il nous délivre du jugement en se faisant notre juge, notre seul juge, celui qui peut voir à la fois l’effort caché et apparemment infructueux et le refus têtu par lequel nous cherchons à nous pelotonner sur nous-même. Son pardon indéfiniment donné est tout sauf une facilité et un encouragement à l’inertie, c’est un feu brûlant, qui ne nous laisse pas en repos, jusqu’à ce que, rejetant les peurs et les regrets, nous allions de l’avant, dans cette confiance filiale, cette audace intrépide de ceux qui se savent aimés.

 

Le publicain de l’Evangile avait sans doute compris quelque chose de cela…

 

Michel GITTON

Laisser un commentaire