Messe du Mercredi des Cendres, entrée en Carême.

En méditant les divers éléments propres de la Messe du Mercredi des Cendres, nous observons le grand rôle de la Liturgie dans la catéchèse de la vie du Chrétien. Comme le rappelle Vatican II, la Liturgie est la source et le sommet de la vie de l’Eglise.

Cette Messe est un exemple extra-ordinaire de cette expression du Concile. La Liturgie des Cendres est source dans son coté catéchétique et sommet dans son rite spécifique de pénitence, dans la Communion et dans l’ouverture du Carême, temps privilégié pour le Chrétien de retour à Dieu.

Liturgie d’ouverture

L’antienne d’Introït permet de donner la couleur à la Liturgie Eucharistique. En ce premier de Carême son importance est grande: ouvrir la Messe et ouvrir le Carême en quelque sorte.

Et le ton est donné:

Ant. ad introitum Sg 11, 24-25.27

Miseréris ómnium, Dómine, et nihil odísti eórum quae fecísti, dissímulans peccáta hóminum propter paeniténtiam et parcens illis, quia tu es Dóminus Deus noster.

Antienne d'ouverture Sg 11, 24-25.27

Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, et tu n´as de répulsion pour aucune de tes ouvres ; tu fermes les yeux sur les péchés des hommes: tu les invites à la pénitence, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu.

Dès le début de la Messe, le livre de la Sagesse nous rappelle que Dieu aime les Hommes au point de leur pardonner leurs péchés. Le ton est donné. Pour revenir à Dieu, nous devons reconnaître que nous nous sommes séparés de Lui et venir Lui demander pardon.

C’est une invitation au sacrement de la Pénitence, encore appelé confession ou sacrement de la réconciliation. Et c’est bien le terme utilisé dans l’antienne. C’est un premier point de catéchèse.

De plus, le sacrement de Pénitence est particulièrement lié au sacrement de l’Eucharistie: ce dernier nous donne part au Corps et au Sang du Christ, versé pour nous racheté du péché, pour pardonner à l’Homme ses fautes et le réconcilié avec Dieu. De fait, il est bon de se confesser régulièrement pour pouvoir recevoir d’un cœur le plus pur possible la communion.

Nous remarquerons l’absence de rite pénitentiel, du Kyrie et du Gloria.

Pour le Gloria, il s’agit de marquer le temps de préparation à la grande fête de Pâques, comme durant l’Avent, la préparation à la Nativité.

Le Kyrie est intrinsèquement lié à l’acte pénitentiel: il se chante juste après la demande pardon du début de la Messe pour acclamer Dieu et lui demander de prendre notre demande pardon. Comme il n’y a pas de rite pénitentiel, il n’y a pas de Kyrie.

Ce rite pénitentiel, sans avoir la force du sacrement de Pénitence, sert à nous préparer à recevoir le Corps du Seigneur. Mais l’imposition des Cendres est un rite pénitentiel par lui-même. Pour éviter la confusion et pour éviter de faire deux fois la même chose, le rite pénitentiel est omis au bénéfice du rite d’imposition des cendres.

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Un autre point de catéchèse vient dans la collecte:

Collecta

Concéde nobis, Dómine, praesídia milítiae christiánae sanctis inchoáre ieiúniis, ut, contra spiritáles nequítias pugnatúri, continéntiae muniámur auxíliis. Per Dóminum.

Prière d'ouverture

Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel: Que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l´esprit du mal. Par Jésus Christ.

Il s’agit des obligations du Chrétien pour le Mercredi des Cendres. Jeûne et abstinence. En se coupant des tentations matérielles, le Chrétien se libère pour se tourner tout entier vers Dieu.

Liturgie de la Parole

Une fois la collecte achevée, vient la Liturgie de la Parole.

La première lecture est la péricope de Jonas et du poisson, tiré du Livre de Joël. Jonas va cherche à s’enfuir et est englouti pas un poisson. Il se converti et prie Dieu de le sortir de là.

Le Graduel réponds en quelque sorte à cette lecture:

Graduale Ps56, 2 V. 4

Miserére mei, Deus, miserére mei, quóniam in te confídit ánima mea.

V Misit de cælo et liberávit me: dedit in oppróbrium conculcántes me.

Répons Graduel Ps56, 2 V. 4

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi, car en toi mon âme cherche un refuge.

V. Il m'enverra du ciel le salut: Il a livré à la confusion ceux qui m’opprimaient.

C’est comme souvent un message de confiance en Dieu. Le graduel est un passage d’un psaume qui permet de confirmé la coloration de la Liturgie du jour: ici la Pénitence. Or de cette Pénitence, le graduel nous parle des fruits, c’est-à-dire du salut.

La seconde lecture est une péricope de St Paul aux Corinthiens: « réconciliez-vous avec Dieu». Depuis le début de la célébration, nous entendons ce message au travers des chants. Ainsi, nous pouvons observer la pédagogie de Dieu dans sa Liturgie: répéter le message pour le faire entendre et connaître. Réconciliation, Pénitence, Pardon pour aboutir au salut.

Et en ce temps de Carême, l’Alléluia est omis comme signe de chemin de préparation, chemin qui passe par la pénitence. A sa place, la Liturgie nous donne un Trait: c’est un psaume que l’on chante d’un trait au lieu d’alterner les versets avec une antienne ou un répons:

Tractus Ps102, 10 – 78, 8-9

Dómina, non secúndum peccáta nostra quæ fécimus nos: neque secúndum iniquitátes nostras retríbuas nobis.

V Dómine, ne memíneris iniquitátum nostrárum antiquárum : cito antícipent nos misericórdiæ tuæ, quia páuperes facti sumus nimis.

V Adiuva nos, Deus salutáris noster : et propter glóriam nóminis tui, Dómine, líbera nos : et propítius esto peccátis nostris, propter nomen tuum.

Trait Ps102, 10 – 78, 8-9

Seigneur, ne nous traite pas selon les péchés que nous avons commis, et ne nous rends pas ce que méritent nos fautes.

V. Seigneur, ne te souviens pas de nos fautes passées; que ta miséricorde nous prévienne plutôt, car nous sommes devenus pauvres à l’extrême.

V. Aide-nous, Dieu notre sauveur, et pour la gloire de ton nom, Seigneur, délivre-nous, et pardonne-nous nos péchés pour la cause de ton nom.

Là encore, le message est le même. Cette Messe du Mercredi des Cendres est un véritable mode d’emploi du Carême: se convertir en se réconciliant avec Dieu.

La Liturgie de la Parole se conclue par le rite d’imposition des Cendres. Il faut bien le comprendre: c’est un rite pénitentiel mais ce n’est pas un sacrement. C’est pour cela qu’il «remplace» la préparation pénitentielle qui a lieu normalement au début de la Messe. Il arrive comme un premier sommet de cette Messe: nous sommes appelés à la Pénitence et voici un acte pénitentiel.

Ainsi nous voyons encore ce double aspect de la Liturgie définit par Vatican II: source et sommet. Source par son enseignement et sommet par la réalisation concrète de cet enseignement.

Regardons les prières de bénédiction des Cendres:

Post homiliam, sacerdos stans, manibus iunctis, dicit:

Deum Patrem, fratres caríssimi, supplíciter deprecémur, ut hos cíneres, quos paeniténtiae causa capítibus nostris impónimus, ubertáte grátiae suae benedícere dignétur.

 

Et, post brevem orationem in silentio, manibus extensis, prosequitur:

Deus, qui humiliatióne flécteris et satisfactióne placáris, aurem tuae pietátis précibus nostris inclína, et super fámulos tuos, horum cínerum aspersióne contáctos, grátiam tuae benedictiónis + effúnde propítius, ut, quadragesimálem observántiam prosequéntes, ad Fílii tui paschále mystérium celebrándum purificátis méntibus perveníre mereántur. Per Christum Dóminum nostrum. R. Amen.

 

Vel:

Deus, qui non mortem sed conversiónem desíderas peccatórum, preces nostras cleménter exáudi, et hos cíneres, quos capítibus nostris impóni decérnimus benedícere + pro tua pietáte dignáre, ut qui nos cínerem esse et in púlverem reversúros cognóscimus quadragesimális exercitatiónis stúdio, peccatórum véniam et novitátem vitae, ad imáginem Fílii tui resurgéntis, cónsequi valeámus. Qui vivit et regnat in saecula saeculórum. R. Amen.

 

Et aspergit cineres aqua benedicta, nihil dicens. Deinde sacerdos imponit cineres omnibus astantibus, qui ad ipsum accedunt, dicens singulis:

Paenitémini, et crédite Evangélio.

 

Vel:

Meménto, homo, quia pulvis es, et in púlverem revertéris.

 

Après l´homélie, le prêtre, debout et les mains jointes, invite les fidèles à la prière. Il dit:

Mes frères, demandons au Seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont être marqués en signe de pénitence.

 

Après un bref temps de silence, il poursuit:

Seigneur notre Dieu, toi qui aimes pardonner à ceux qui s´humilient et veulent réparer leurs torts, prête l´oreille à nos prières; en ta bonté, répands sur tes serviteurs qui vont recevoir les cendres la grâce de ta bénédiction: par leur fidélité à ce temps de pénitence, qu´ils parviennent avec une âme purifiée à la célébration de la Pâque de ton Fils. Lui qui.

R. Amen.

 

ou bien

Seigneur notre Dieu, toi qui ne veux pas la mort du pécheur mais sa conversion, dans ta bonté, exauce notre prière; bénis les cendres dont nous serons marqués, nous qui venons de la terre et devons retourner à la terre. En nous appliquant à observer le carême, puissions-nous obtenir le pardon de nos péchés et vivre de la vie nouvelle à l´image de ton Fils ressuscité. Lui qui.

R. Amen.

 

S´il le juge opportun, le prêtre asperge d´eau bénite les cendres, sans rien dire. Ensuite, il impose les cendres à tous les fidèles, qui s´approchent de lui.

Il dit à chacun: Mc 1, 15

Convertissez-vous et croyez à l´Évangile.

 

ou bien cf. Gn 3, 19

Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière.

 

Le programme du Carême est là: conversion des pécheurs, obtention du pardon, purification en vue la fête de Pâques.

40 jours avant cette très grande fête, nous sommes déjà tournées vers elle, et nous le resterons 40 jours après. Cela montre l’importance de Pâques, c’est encore point de catéchèse que nous enseigne la Liturgie.

Nous retrouvons dans ces prières de bénédiction un appel au sacrement de Pénitence. Vraiment, le temps du Carême est le temps propice pour ceux qui fréquentent peu souvent ce sacrement d’aller se confesser. Cela peut-être un effort de Carême pour certains: prendre le temps et se donner les moyens de préparer convenablement puis recevoir le sacrement de Pénitence avant Pâques.

La Liturgie de cette Messe nous appelle réellement à cela.

Pendant le rite d’imposition des Cendres nous chantons:

Antiphona 1

Immutémur hábitu, in cínere et cilício, ieiunémus, et plorémus ante Dóminum, quia multum miséricors est dimíttere peccáta nostra Deus noster.

Antienne Jl 2, 12-13

Revenons à Dieu de tout notre cour, dans le jeûne, les larmes et le deuil! Revenons au Seigneur notre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d´amour.

Cette antienne nous enseigne encore comment vivre le Carême:
– jeûne: cela peut représenter le coupure du monde matériel,
– larmes: cela rappelle l’eau du Baptême qui purifie, ce peut-être également le regret du péché
– deuil: la fin de ce péché, la renaissance à la vie nouvelle dans le Christ.

Et c’est ainsi que ce termine cette antienne: réconciliation à un Dieu d’Amour.

Antiphona 2 Cf. Jl 2,17; Est 4,17

Inter vestíbulum et altáre plorábunt sacerdótes minístri Dómini, et dicent: Parce, Dómine, parce pópulo tuo, et ne claudas ora canéntium te, Dómine.

Antienne Jl 2, 17; Est 13, 17

Entre le portail et l´autel, les prêtres, ministres du Seigneur, iront pleurer et diront: « Pitié, Seigneur, pitié pour ton peuple, qu´il puisse encore célébrer ta louange».

«Parce » en latin ne se traduit pas par «pitié » (miserere = prends pitié) mais par «épargner»/« économiser». Cette antienne peut donc aussi s’entendre «épargne ton peuple» dans le sens de ne lui rend pas le mal qu’il te fait, en fait: pardonne à ton peuple.

Nous sommes toujours dans ce thème du pardon. Le message que nous enseigne la Liturgie est vraiment omniprésent dans cette Messe:
– Dieu est plein d’Amou et prêt à pardonner
– Le temps du Carême est le temps privilégié pour ce pardon

De plus, n’oublions pas que le rite d’imposition des Cendres remplace la préparation pénitentielle: chanter le pardon pour le peuple marque bien ce qui se fait en même temps par cette imposition.

Antiphona 3 Ps 50, 3

Dele, Dómine, iniquitátem meam.

 

Quae repeti potest post singulos versus psalmi 50 Miserére mei, Deus.

Antienne Ps 50, 1

Pitié, Seigneur, car nous avons péché.

 

On peut répéter cette antienne après chaque verset du Psaume 50.

Je ne commente pas cette antienne qui est toujours le même message et qui est lié dans cette Liturgie au psaume 50. On trouvera d’excellente étude de ce psaume.

Responsorium Cf. Ps 78, 9

R. Emendémus in mélius, quae ignoránter peccávimus, ne súbito praeoccupáti die mortis quaerámus spátium paeniténtiae, et inveníre non possímus. * Atténde, Dómine, et miserére, quia peccávimus tibi.

V. Adiuva nos, Deus salutáris noster, et propter honórem nóminis tui, Dómine, líbera nos.

* Atténde, Dómine.

Répons Ba 3, 2; Ps 78, 9

R. Ouvre nos yeux, Seigneur, fais-nous connaître nos fautes, de peur que surpris par le jour de la mort, nous ne cherchions, sans pouvoir le trouver, le temps de faire pénitence. * Écoute, Seigneur, et prends pitié, car nous avons péché contre toi.

V. Viens à notre secours, Dieu notre Sauveur, et pour l´honneur de ton nom, délivre-nous.

* Écoute, Seigneur,

Ce répons qui conclue le rite d’imposition des Cendres et martèle encore cet enseignement à fréquenter le sacrement de Pénitence.

De plus, il permet en quelque sorte de chanter un Kyrie après le rite pénitentiel particulier de cette Messe. Nous noterons qu’exceptionnellement, il n’y a pas eu de grec dans cette célébration: nous n’aurons pas chanté «Kyrie Eleison» mais «parce » ou «miserere» qui sont du Latin.

Liturgie Eucharistique

Maintenant que nous avons effectué le rite Pénitentiel, nous pouvons nous présenter à l’Autel de Dieu.

Le chant d’Offertoire accompagnant la préparation de l’Autel et la procession des offrandes des fidèles nous prépare à la grande prière d’action de grâce qu’est la Prière Eucharistique:

Offert. Ps. 29, 2.3

Exaltábo te Dómine, quóniam suscepísti me, nec delectásti inimícos meos super me : Dómine clamávi ad te, et sanásti me

Offertoire Ps. 29, 2.3

Je t'exalte, Seigneur, car tu m'as relevé, tu n'as pas laissé mes ennemis se réjouir à mes dépends. Seigneur, j'ai crié vers toi et tu m'as guéri.

En même temps, cet extrait de psaume nous rappelle les bienfaits de la Pénitence: j’ai crié et j’ai été guéri.

Super oblata

Sacrifícium quadragesimális inítii sollémniter immolámus, te, Dómine, deprecántes, ut per pæniténtiae caritatísque labóres a nóxiis voluptátibus temperémus, et, a peccátis mundáti, ad celebrándam Fílii tui passiónem mereámur esse devóti. Qui vivit et regnat in saecula saeculórum.

Prière sur les offrandes

En t´offrant, au début du carême, cette eucharistie, nous te supplions, Seigneur: Inspire-nous des actes de pénitence et de charité qui nous détournent de nous-mêmes, afin que, purifiés de nos fautes, nous puissions mieux nous unir à la passion de ton Fils. Lui qui.

Cette prière sur les offrandes est en pleine continuité et en pleine unité avec la bénédiction des cendres: le programme du Carême nous est livré. Pénitence et Charité. Le sens du Carême se révèle également: purification en préparation de la grande fête de Pâques.

Pendant que nous communion, nous entendons:

Ant. ad communionem Cf. Ps 1, 2-3

Qui meditábitur in lege Dómini die ac nocte, dabit fructum suum in témpore suo.

Antienne de communion Ps 1. 2-3

Celui qui jour et nuit médite la loi du Seigneur donnera du fruit en son temps.

Il s’agit encore d’un message de retour à Dieu, une invitation à faire Sa volonté. Et plus concrètement, à prendre le temps d’étudier Sa Loi qui traduit Sa volonté.

Post communionem

Percépta nobis, Dómine, prǽbeant sacraménta subsídium, ut tibi grata sint nostra ieiúnia, et nobis profíciant ad medélam. Per Christum.

Prière après la communion

Que cette communion, Seigneur, nous ouvre à la justice et à la charité, Pour que nous observions le seul jeûne que tu aimes et qui mène à notre guérison. Par Jésus.

Cette oraison qui conclue la Liturgie Eucharistique est une réponse à celle qui l’a ouvert: Charité et Jeûne. C’est encore une explication du Carême: obtenir la guérison par un retour à Dieu.

Rite de conclusion

Enfin, avant l’envoi en mission que représente le rite de conclusion, en ce premier jour de Carême, la Liturgie nous offre une bénédiction particulière:

Oratio super populum

Ad dimissionem sacerdos, stans versus ad populum, et super illum manus extendens, dicit hanc orationem:

 

Super inclinántes se tuæ maiestáti, Deus, spíritum compunctiónis propítius effúnde, et præmia pæniténtibus repromíssa misericórditer cónsequi mereántur. Per Christum.

Prière sur le peuple

Regarde avec bonté, Seigneur, ton peuple prosterné devant Toi;

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