Le synode sur l’Eucharistie.

{mosimage}

En juillet dernier paraissait les Instrumentum Laboris, documents en lien avec la XIème assemblée ordinaire des évêques à Rome, en préparation pour le synode sur l’Eucharistie devant achevée l’année de l’Eucharistie instituée par Jean-Paul II.

Nous proposons ici quelques extraits choisis concernant de façon particulière la liturgie. M. l’abbé Marc Boulle, prêtre du diocèse de Versailles, et vicaire de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc de Versailles, a bien voulu répondre à nos questions.

1.     Qu’est-ce qu’un synode d’évêques ou une assemblée générale ordinaire ?

 
Le synode des évêques est une institution permanente créée par le Pape Paul VI en 1965. Il s’agit d’une assemblée d’évêques convoquée par le Pape selon les besoins de l’Eglise. Une présentation plus précise en est faîte dans le Code de Droit Canonique au canon 342.

Le synode est donc un organisme consultatif  qui aide le Pontife Romain par ses conseils. Il est bien connu que certaines encycliques ou lettres apostoliques parmi les plus importantes de ces derniers temps ont leur origine dans ces documents.

         Le canon 346 nous donne la distinction entre les différentes assemblées générales possibles : les assemblées générales spéciales qui étudient les affaires concernant directement telles ou telles régions déterminées et les assemblées générales ordinaires ou extraordinaires (extraordinaires indique que l’on veut traiter d’affaires demandant une décision rapide). Ces assemblées convoquées par le Pape se composent de membres qui sont pour la plupart évêques, élus par les conférences épiscopales et de membres directement nommés par le pontife romain.

         En ce qui concerne cette assemblée commencée dimanche 2 octobre, le secrétariat général du synode précisait : « les objectifs d’une assemblée synodale sont consultatifs et cette fois (du fait de la publication récente d’une encyclique sur l’Eucharistie, les évêques ne sont pas convoqués par le Saint Père pour offrir des suggestions en vue d’interventions doctrinales. Il existe cependant de nombreuses raisons pour réunir les pasteurs afin que, sur un argument aussi décisif pour la vie et la mission de l’Eglise, ils puissent manifester les exigences et les implications pastorales de l’Eucharistie dans la célébration, dans le culte, dans la prédication et dans les différente œuvres en général. »  Avant propos des lineamenta.

 

2.    Pouvez-vous expliciter les termes « instrumentum laboris » et « lineamenta » ?

 
Nous pouvons déjà traduire ces termes : instrument de travail et plan ou schéma.

Après que le thème de « l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise » a été retenu par le Saint Père, le conseil de la secrétairie générale (organe permanent qui prépare les diverses assemblées sous la décision du Pontife Romain et veille à l’exécution des décisions des assemblées déjà célébrées) prépare à l’aide d’experts un schéma proposé à la consultation de par le monde. Ce sont les lineamenta qui donnent une base de réflexion aux conférences épiscopales, aux Eglises orientales sui iuris, aux dicastères de la Curie romaine et à l’union des supérieurs généraux qui sont priés de répondre aux questions posées, effectuer une réflexion et une vérification pastorales, émettre leurs suggestions.

         Toutes ces réponses et réactions sont recueillies par la secrétairie générale du synode qui élabore un « instrumentum laboris » qui constituera ensuite l’ordre du jour de l’assemblée synodale.

 

3.    Certains passages de ces documents mettent en avant la notion de « mystagogie ». Qu’est-ce que cela signifie ?

 
L’instrumentum laboris définit lui-même la mystagogie comme une introduction au mystère de la présence du Seigneur. Il s’agit de conduire l’homme à se rapprocher de Dieu, du fait qu’il vit dans un milieu où l’existence du Mystère semble être niée. Le Seigneur veut que nous allions vers Lui pour nous révéler le Mystère de la vie divine.

La notion de Mystagogie est liée au mystère de l’Eucharistie. Chez Saint Cyrille de Jérusalem, on peut distinguer :

 la procatéchèse et les catéchèses baptismales prononcées pendant le carême aux catéchumènes. L’objet de ces catéchèses est bien sur le baptême, la grandeur de ce sacrement ainsi que l’explication des articles du credo.

Les catéchèses mystagogiques adressées aux néophytes, ceux qui viennent d’être illuminés. Ayant reçu le baptême dans la nuit pascale, ils revenaient pendant la « semaine des vêtements blancs » , écouter une enseignement sur la portée, la richesse du mystère accompli et sur l’Eucharistie ( catéchèses 22 et 23 ).

Pour conclure, cette notion montre le lien entre le baptême et l’eucharistie et évoque la nécessaire catéchèse sur la messe aux « vieux baptisés ».

 

4.    On parle beaucoup de l’insistance de Benoît XVI sur la question liturgique. Pensez-vous que ce document préparatoire va orienter fortement les réflexions synodales sur le thème de la liturgie à travers le thème eucharistique qui est plus une question sacramentelle ?

 
Une petite phrase de l’instrumentum laboris a retenu mon attention. Au numéro 57, on peut lire : » les normes liturgiques peuvent être comprises comme l’accompagnement vers le Mystère ». Certainement que la compréhension de la liturgie pour ce qu’elle est vraiment c’est-à-dire avant tout l’œuvre de Dieu, est capitale pour célébrer et vivre comme il convient le mystère de l’Eucharistie.

Il nous est bon d’entendre l’avertissement de Dom Gajard, moine de Solesmes : « Remarquons que le souci de l’édification des fidèles ne vient qu’en second lieu dans la liturgie, et comme par surcroît. Elle n’est pas, à proprement parler, un but de la liturgie, mais plutôt un effet. C’est à Dieu premièrement et essentiellement que la liturgie s’adresse. Dieu d’abord. C’est pour Lui que nous sommes., pour Lui que nous vivons ; dans notre prière, c’est à Lui que nous nous adressons et non à ceux qui nous écoutent ; c’est à Lui que nous rendons nos hommages au nom de toute la création. De grâce, quand nous prions,-et il faut sans doute considérer la Messe et l’Office comme une prière !-, gardons les hiérarchies nécessaires. »

Il me semble que le synode réaffirmera les hiérarchies nécessaires dont parle dom Gajard et permettra un accueil et une compréhension de ce qui est réellement célébré à la Messe.

 

5.    Pensez-vous que la liturgie et l’eucharistie sont deux questions à aborder ensemble ? Ne vaudrait-il pas mieux distinguer ces eux questions ?

 
Il me semble que le Pape Paul VI répond à votre question dans son encyclique « Mysterium Fidei » : « Si la Sainte Liturgie occupe la première place dans la vie de l’Eglise, elle a, peut-on dire, son cœur et son centre dans l’Eucharistie, puisque celle-ci est la fontaine de vie où nous trouvons de quoi nous purifier et nous fortifier, en sorte que nous ne vivions plus pour nous mais pour Dieu, et que nous nous unissions entre nous par le lien si étroit de la charité. »

Je vous invite à relire la constitution dogmatique « Sacrosanctum Concilium » qui met en évidence que liturgie et eucharistie sont inséparables (cf n°5 ; 6 ; 10.). L’Eucharistie occupe dans cette constitution une place centrale au chapitre II qui lui est entièrement consacré alors que les autres sacrements et sacramentaux sont évoqués tous ensemble dans le chapitre suivant. Déjà le numéro 2 définit la liturgie comme l’œuvre de notre rédemption : « La liturgie par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, s’exerce l’œuvre de notre rédemption ( cf la merveilleuse prière sur les offrandes du jeudi saint messe in Cena Domini) contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise. »

Dans Presbyterorum Ordinis au numéro 5, il est dit : « …La sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Eglise, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui, le Pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l’Esprit saint et vivifiante donne la vie aux hommes, les invitant et les conduisant à offrir, en union avec lui, leur propre vie, leur travail, toute la création. »

Pour conclure, il me semble qu’on ne peut aborder la question de la liturgie sans l’Eucharistie dont elle est le cœur. Dans le même temps, il faut préciser que la liturgie de l’Eglise ne se réduit pas à la seule célébration de l’Eucharistie, ni même des seuls sacrements. C’est ce que précise la Présentation Générale de la liturgie des Heures au numéro 12 : « la liturgie des heures étend aux différents moments de la journée la louange et l’action de grâce, de même que la commémoration des mystères du salut, la supplication, l’avant-goût de la gloire céleste qui sont contenus dans le mystère eucharistique, centre et sommet de toute la vie de la communauté chrétienne. »

 

6.    Vous reconnaissez-vous en tant que prêtre diocésain impliqué dans une charge pastorale dans les affirmations des « lineamenta », qu’elles déplorent des abus ou qu’au contraire elles mettent en exergue des bonnes pratiques ?

 
Le prêtre est l’homme des sacrements comme le précise Presbyterorum ordinis : « Dieu, le seul Saint, le seul Sanctificateur a voulu s’associer des hommes comme collaborateurs et humbles serviteurs de cette œuvre de sanctification. » Il est l’homme de l’Eucharistie auxquels sont liés et ordonnés tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques (Cf P.O.5) Il est l’homme de la liturgie qui est donc notre service premier, notre vie comme célébration du mystère du Christ. Cette liturgie, je la reçois de l’Eglise et je n’en suis que le serviteur.

Bien sur, je reconnais dans les lineamenta des abus dont j’ai souffert en tant que fidèle même si j’ai eu la chance dans mes paroisses, comme fidèle et comme prêtre, de vivre une liturgie de qualité. Je constate dans ce domaine une grande ignorance et du coup une grande pauvreté.

Que doit faire alors le pasteur que je suis ? Offrir aux fidèles ce à quoi ils ont droit, la liturgie de l’Eglise comprise et vécue. Ce synode nous invite à nous interroger sur notre manière de faire, sur notre ars celebrandi. Je ne suis pas propriétaire, encore moins juge mais serviteur de la liturgie. Qui suis-je pour prétendre savoir mieux faire et modifier ce que je reçois de la Mère Eglise ? Et avant de vouloir changer, ne vaut-il pas mieux connaître le sens profond des choses en m’inscrivant humblement dans une tradition séculaire ?

Dans le même temps, il faut expliquer aux fidèles le sens des gestes, des prières, et donc mettre en relief ce qui s’accomplit sans ajouts intempestifs. Mon ministère auprès des jeunes m’a montré combien ils sont attentifs à ce que soit bien célébrée la liturgie, sobrement et dignement et combien elle est un lieu d’évangélisation. 

Nous héritons il est vrai d’une situation rendue explosive par une réforme liturgique brutalement imposée, donnant lieu à des crispations souvent légitimes d’un côté et à toutes sortes d’inventions et d’excès au gré des fantaisies des pasteurs et des communautés de l’autre. C’est encore un sujet brûlant dans bon nombre de communautés et malheureusement objet de divisions entre fidèles et entre prêtres. Mais là encore, force est de constater beaucoup d’ignorance de part et d’autre.

Je ne prendrai comme exemple que la question du latin et du grégorien auxquels des fidèles sont légitiment attachés. On parle habituellement de messe en latin pour désigner la messe selon le missel de Saint Pie V. Il me semble que l’expression n’est pas juste car si la réforme liturgique a autorisé la célébration de la messe en langue vernaculaire, l’usage du latin est parfaitement possible dans la messe dite de Paul VI, même si je vous l’accorde, cela est rarissime dans nos paroisses, (ce que je déplore tout à fait) mais se vit surtout dans quelques abbayes en France et non des moindres (Je pense évidemment à Saint Pierre de Solesmes qui demeure une référence en matière liturgique depuis Don Guéranger !)

En définitive, l’art du pasteur n’est-il pas de montrer le sens de la liturgie, l’Esprit de la liturgie pour reprendre le titre du livre du cardinal Ratzinger devenu Benoît XVI et déployer ses trésors. C’est le mystère du Christ que nous célébrons et dont nous vivons, mystère sacré qui nous dépasse infiniment. Cela nous est rappelé au jour de notre ordination : « Ayez donc conscience de ce que vous faîtes ; imitez dans votre vie ce que vous accomplissez dans les rîtes. » 

 

Je terminerai en citant l’avant propos du livre de Benoît XVI, l’Esprit de la liturgie, titre repris du livre de Romano Guardini, théologien allemand (comme son nom ne l’indique pas !) Evoquant le renouveau liturgique d’après la première guerre mondiale jusqu’à la réforme liturgique, le pape nous laisse une image évocatrice qui peut laisser entrevoir l’esprit qui animera l’assemblée synodale et la finalité de ces travaux.

 

« La liturgie, à ce moment-là, donnait l’apparence d’une fresque parfaitement préservée, mais presque entièrement recouverte de couches successives. Dans le missel que le prêtre utilisait pour célébrer la messe, la liturgie apparaissait telle qu’elle s’était développée depuis ses origines, alors que pour les croyants, elle était en grande partie dissimulée sous une foule de rubriques et de prières privées. Grâce au mouvement liturgique, puis de façon plus nette lors du concile Vatican II, la fresque fut dégagée et pendant un instant, nous restâmes fascinés par la beauté de ses couleurs et de ses motifs. Exposée depuis lors aux conditions climatiques comme à diverses tentatives de  restauration ou de reconstruction, la fresque risque toute fois d’être détruite s’il on ne prend rapidement des mesures pour mettre un terme à ces influences nuisibles. Certes, il ne s’agit pas de la recouvrir derechef d’une autre couche,  mais de susciter un nouveau respect pour tout ce qui la touche, une intelligence renouvelée de son message et de da réalité, pour éviter que cette redécouverte ne soit le premier pas vers sa perte définitive.

{mos_jb_discuss:2} 

 

Laisser un commentaire