Instrumentum Laboris : extraits choisis.

Instrumentum laboris du prochain synode sur l’Eucharistie. Extraits choisis :

Sens du sacré dans l’Eucharistie

34. Il n’existe aucun doute quant aux effets importants de la réforme liturgique réalisée suivant l’esprit du Concile Vatican II. En effet, la liturgie post-conciliaire a beaucoup favorisé la participation active, consciente et féconde des fidèles au Saint Sacrifice de l’autel.

Toutefois, les réponses parvenues d’un nombre relativement important de pays mettent en évidence, aussi bien dans le clergé que chez les fidèles, des lacunes et des ombres dans la pratique de la Célébration Eucharistique, qui semblent avoir origine dans un sens affaibli du sacré à propos du Sacrement. La sauvegarde de ce sens du sacré dépend fondamentalement de la conscience que l’Eucharistie est un Don et un Mystère, pour la mémoire de laquelle sont nécessaires des signes et des mots correspondant à la nature sacramentelle.

Très souvent dans les réponses aux Lineamenta sont signalés des actes qui portent atteinte au sens du sacré. Par exemple : la négligence dans l’utilisation des ornements liturgiques appropriés de la part du célébrant et des ministres, ainsi que le manque de décence dans la mise vestimentaire des personnes participant à la Messe; la ressemblance de certains chants utilisés pendant la Célébration, avec des chansons profanes; le consentement tacite dans l’élimination de certains gestes liturgiques parce que considérés comme trop traditionnels, tels que la génuflexion devant le Très Saint Sacrement; une distribution impropre de la Communion dans la main, en-dehors de toute catéchèse adéquate; des attitudes peu respectueuses avant, pendant et après la célébration de la Sainte Messe, non seulement chez les laïcs, mais aussi chez le célébrant lui-même; la médiocre qualité architecturale et artistique de certains édifices sacrés ainsi que des objets destinés au culte; des cas de syncrétisme dus à une inculturation inconsidérée des formes liturgiques, mêlées à des éléments d’autres religions.

Toutes ces réalités négatives, plus fréquentes dans la liturgie latine que dans celles orientales, ne doivent pas créer de faux alarmismes, car elles sont limitées. Cependant, elles doivent provoquer une réflexion profonde et sincère en vue de leur élimination et faire en sorte que les Liturgies Eucharistiques deviennent des lieux de louange, de prière, de communion, d’écoute, de silence et d’adoration, dans le respect du mystère de Dieu qui se révèle dans le Christ, sous la forme du Pain et du Vin, et dans la joie respectueuse de se sentir membre d’une communauté de fidèles réconciliés avec Dieu le Père, dans la grâce de l’Esprit Saint. L’Eucharistie est le point le plus sacré et élevé de la prière. Elle est la grande prière.

0. Cependant, à partir de certaines réponses aux Lineamenta, il ressort que parfois sont diffusées des déclarations contraires à la transsubstantiation et à la présence réelle, comprise seulement en tant que symbole, et que certains comportements manifestent cette conviction de façon implicite. Comme de nombreuses réponses le font remarquer, il semble quelquefois que, dans la liturgie, certains agissent comme animateurs devant attirer l’attention du public sur leur propre personne, plutôt qu’en serviteurs du Christ appelés à conduire les fidèles à s’unir à Lui. Bien évidemment tout cela a une répercussion négative sur le peuple et risque ainsi de troubler sa compréhension et sa foi dans la présence réelle du Christ dans le sacrement.

Dans la tradition de l’Église, un véritable langage des gestes liturgiques s’est créé dans le but d’exprimer la foi authentique dans la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie comme, par exemple, la purification méticuleuse des vases sacrés après la Communion ou lorsque l’hostie tombe sur le sol, la génuflexion devant le tabernacle, l’emploi des plateaux de Communion, le renouvellement régulier des hosties conservées dans le tabernacle, le rangement de la clef du tabernacle en un lieu sûr, l’attitude correcte et le recueillement du célébrant conformément au caractère transcendant et divin du Sacrement. Omettre ou négliger ces signes sacrés, qui recèlent un sens plus profond et plus vaste par rapport à leur aspect extérieur, ne contribue certainement pas à conserver une foi forte dans la présence réelle du Christ dans le Sacrement. Aussi, dans les réponses il est recommandé que les signes et les symboles exprimant la foi dans la présence réelle soient l’objet d’une mystagogie et d’une catéchèse liturgique appropriées.

(…)

41. En outre, il ne faut pas oublier que l’expression de la foi en la présence réelle du Seigneur mort et ressuscité dans le Très Saint Sacrement culmine dans l’Adoration Eucharistique, tradition qui, dans l’Église latine, a des racines profondes. Comme le soulignent avec justesse de nombreuses réponses aux Lineamenta, cette pratique ne devrait pas être présentée en discontinuité avec la Célébration Eucharistique, mais comme sa prolongation naturelle. Ces mêmes réponses indiquent que, dans certaines Églises particulières, on constate un réveil de l’Adoration Eucharistique, qui doit, dans tous les cas, se dérouler dignement et solennellement.

La position du tabernacle aussi dans un lieu aisément visible est une autre façon de mettre en évidence la foi en la présence du Christ dans le Très Saint Sacrement. À ce propos, les réponses aux Lineamenta demandent une réflexion plus approfondie sur le juste emplacement du tabernacle dans les églises, conformément aux dispositions canoniques. Vérification pourrait être faite de ce que le déplacement du tabernacle du centre du sanctuaire en un lieu écarté et dépourvu de solennité, dans une chapelle isolée, ou encore celui du siège du célébrant installé dans une position centrale ou devant lui – comme cela a été réalisé dans de nombreuses adaptations d’églises anciennes ou dans celles de nouvelle construction – ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, à l’origine de la diminution de la foi en la présence réelle.

Il ressort aussi des réponses que, là où des instructions ont été données en vue de la construction et de la restructuration des églises, en insistant particulièrement sur la place du tabernacle, afin que celui-ci exprime la conscience de la présence réelle, des résultats positifs ont été atteints, comme la croissance de la foi et de l’adoration. Les églises doivent rester des lieux de prière et d’adoration, et non devenir des musées. Cela vaut aussi pour les cathédrales et les basiliques d’une valeur historique et artistique importante.

42. La célébration de la Sainte Messe commence avec la reconnaissance que Dieu est présent là où deux personnes ou plus sont réunies en son nom, et que nous nous trouvons devant lui. Lorsque nous participons à la Messe, nous devons avoir conscience de nous trouver à la source de la grâce : «Nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi». Dans la liturgie, l’homme ne se regarde pas lui-même, il regarde Dieu.

Ce n’est pas notre louange qui fait l’Eucharistie, mais l’action de Dieu. L’Eucharistie est au centre de la liturgie cosmique où la Trinité est présente, éternellement adorée par Marie et par les anges qui servent Dieu, qui nous offrent un modèle de service. Le Dieu Un et Trine est aussi adoré par les saints et les justes qui jouissent de sa vision bienheureuse et intercèdent pour nous, tout comme par les âmes des fidèles qui se purifient dans l’attente de voir Dieu. C’est ici que l’Église se manifeste en tant que famille de Dieu, ainsi que l’enseigne le Concile Vatican II et, récemment, l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa.

Le culte rendu au Seigneur et aux saints a son centre dans le Mystère Pascal : «Dans les anniversaires des saints, l’Église proclame le Mystère Pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui». Cette liturgie de communion, qui unit le ciel et la terre, est célébrée pour le salut de tous les hommes, et également de ceux qui ne croient pas. Rappeler la liturgie céleste ne veut pas dire se détacher de celle terrestre, mais vouloir saisir dans celle-ci la dimension itinérante et eschatologique.

43. La célébration de l’Eucharistie a une structure et des éléments propres exposés dans la Présentation générale du Missel romain et dans l’Instruction pour l’application des prescriptions liturgiques du Code des Canons des Églises orientales, en particulier dans la tradition byzantine, la plus répandue dans les Églises Orientales catholiques, mais aussi dans les autres traditions. Il faut que soit réaffirmé que la célébration de l’Eucharistie nécessite que le prêtre et les ministres observent avec humilité ces normes canoniques.

Pour faciliter le respect et la vénération dus à l’Eucharistie, il est souhaitable surtout que les ministres se préparent par la prière à la célébration du Sacrifice Eucharistique – au cours duquel le Seigneur devient présent entre leurs mains – et qu’ensuite ils rendent grâce à Dieu.

Hélas, comme certaines réponses le signalent, ces temps réservés à la préparation et à l’action de grâce ne sont pas toujours observés. Pourtant, force est de reconnaître que nombreux sont les évêques, les prêtres, les diacres et les laïcs qui louent le Seigneur et lui rendent grâce, en en tirant un profit spirituel certain. À ce sujet, il ne faut pas négliger l’appel insistant lancé par un grand nombre de réponses, à se préparer à la Célébration par le silence et la prière, en puisant aux vénérables traditions du culte.

44. Pour aider à créer cet esprit de prière, seront utiles non seulement la conscience, chez le célébrant, du grand Mystère qu’il va accomplir, mais aussi l’usage de certains signes comme l’encens, symbole de la prière qui s’élève à Dieu, selon les paroles du Psaume : «Que monte ma prière, en encens devant ta face, les mains que j’élève, en offrande du soir» (Ps 140,2).

Un minimum d’assistance et de collaboration de la part des laïcs pour célébrer dignement les Saints Mystères contribue également à créer un climat de sérénité approprié pour la Liturgie Eucharistique. Parfois, les célébrants remplissent aussi les fonctions de cérémoniaires, réprimandent les personnes, donnent des ordres et se soucient de tout, même dans la phase préparatoire de la Célébration Eucharistique. Le prêtre aurait au contraire besoin de l’assistance de lecteurs, d’acolytes, de ministres, de laïcs afin de pouvoir se concentrer sur les Mystères Sacrés qu’il célèbre, transmettant cette attitude de paix et de recueillement à toute l’assemblée réunie autour de l’autel du Seigneur. Ainsi, de nombreuses réponses proposent de renforcer la collaboration des laïcs convenablement préparés et de réintroduire le service des hostiaires, des laïcs disponibles surtout à l’accueil des fidèles dans l’église, afin que l’ordre soit respecté dans la Célébration Eucharistique, et de veiller à ce que la Communion ne soit pas distribuée à des personnes étrangères.

Rites d’introduction

45. Le chant d’entrée, le signe de croix, le salut, l’hymne du Gloria lorsqu’il est prévu, dans le rite romain; les antiennes, les litanies, l’hymne Unigenito, dans le rite byzantin et dans d’autres rites tels que l’ambrosien, le mozarabe et les anciens rites orientaux, servent à préparer les fidèles à la conscience de se trouver en présence de Dieu, et ce avant d’écouter sa Parole et de lui rendre grâce avec l’Eucharistie. L’acte pénitentiel en particulier rappelle l’attitude nécessaire pour célébrer les Saints Mystères: celle du publicain qui reconnaît humblement d’être pécheur. Tout en n’ayant pas valeur de sacrement, il rappelle le lien indissoluble entre la Pénitence et l’Eucharistie; ce lien est particulièrement observé dans les Églises Orientales catholiques. Et lorsqu’il est remplacé par l’aspersion d’eau bénite, il renvoie au Baptême, principe de vie nouvelle, par lequel nous avons renoncé aux œuvres du Malin. Aussi, dès le début, il nous est rappelé que pour aller communier, nous devons être purifiés par la pénitence, libres de toute dispute et division, qui sont contraires au signe de l’unité qu’est l’Eucharistie. Dans la catéchèse, il est important d’illustrer ces aspects et, en particulier, de clarifier le fait que l’acte pénitentiel ne remet pas les péchés graves, pour lesquels il est nécessaire d’accéder au sacrement de la réconciliation.

Liturgie de la Parole

46. Les lectures bibliques, le Psaume responsorial, l’acclamation avant l’Évangile, l’homélie et la profession de foi constituent la Liturgie de la Parole. Dieu nous a parlé par l’intermédiaire de son Fils, sa Parole incarnée. La Parole divine est unique, et puisqu’elle actualise ce qu’elle proclame, elle devient en même temps le Pain de vie, signe accompli par Jésus-Christ. Reprenant le récit d’Emmaüs, le Pape Jean-Paul II montrait le lien inséparable qui existe entre l’autel de la Parole et celui de l’Eucharistie. C’est pourquoi, en union avec la Liturgie Eucharistique, celle de la Parole qualifie la Célébration comme un acte de culte unique, qui n’admet aucune fracture.

La liturgie de la Parole nous relie à la révélation que Dieu a faite dans l’Ancien Testament. L’immense richesse de la présence puissante de Dieu, qui fut la gloire du Peuple élu d’Israël, est venue faire partie de la liturgie catholique, éclairée par la lumière du Verbe incarné, mort et ressuscité pour tous les hommes.

En outre, comme le rappelle le Concile Vatican II, la révélation de Jésus va au-delà de la codification du texte des Écritures qui ne l’exprime pas en totalité. Sa parole reste vivante dans la vie de l’Église, qui la transmet au cours des siècles, la rendant accessible dans le signe sacramentel. L’annonce faite par Jésus n’est pas séparée de sa présence dans le sacrement, et cela crée une unité jamais réalisée auparavant, et jamais réitérée par la suite.

Son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection constituent une parole et un événement à voir et à contempler. La parole renvoie à l’événement. Le Mystère Eucharistique accompagnera pour toujours la vie de l’Église comme synthèse de parole et d’événement, engendrant la contemplation. Dans le rite romain et dans la Petite entrée byzantine, tout cela est rappelé par la vénération et l’honneur dont l’Évangéliaire est l’objet, comme l’entrée mystique du Verbe incarné et sa présence parmi l’assemblée des croyants.

47. À ce propos, il a été relevé que la Parole de Dieu n’est pas toujours proclamée de façon adéquate. Il serait nécessaire d’améliorer le service des lecteurs pour transmettre aux fidèles toute la beauté du contenu et de la forme de la Parole que Dieu adresse à son peuple. En certains endroits, où prévaut l’habitude de lire deux lectures seulement les dimanches et fêtes d’obligation, on déplore le manque de connaissance des Lettres et des Actes des Apôtres. Il est opportun, pourtant, de rappeler que ces lectures, qui se réfèrent à l’action de Dieu dans la communauté primitive, ne doivent pas être exclues.

Une partie importante de la liturgie de la Parole est constituée par l’homélie, tenue par le ministre, afin d’aider les fidèles à placer leur cœur et leur esprit à l’écoute de la Parole de Dieu. Pour ce faire, le type d’homélie conseillé par un grand nombre est l’homélie mystagogique, qui permet d’introduire les fidèles dans les Mystères Sacrés en cours de célébration, selon les lectures proclamées, dans le but d’éclairer la vie de chacun grâce à la lumière de Jésus-Christ, en évitant toute allusion ou référence non appropriée ou profane.

En ayant bien présents à l’esprit les passages des Saintes Écritures, on pourrait penser aux homélies thématiques qui, tout au long de l’année liturgique, peuvent présenter à nouveau les grands thèmes de la foi chrétienne : le Credo; le Notre Père; la structure de la Sainte Messe; les Dix Commandements, et d’autres encore. À ce sujet, il pourrait être fait usage du matériel élaboré par les Commissions compétentes des Conférences épiscopales ou des Synodes des Évêques des Églises Orientales catholiques sui iuris, ou encore d’autres organismes spécialisés dans la pastorale. Dans les Églises Orientales catholiques, on déplore des homélies sans aucun lien avec les lectures de la liturgie, du fait que tous les ans les mêmes lectures se répètent aux mêmes jours.

(…)

Communion

50. La Présentation générale du Missel romain recommande que reçoivent la Communion les «fidèles bien préparés». La bonne préparation naît du discernement que le Corps du Seigneur n’est pas un pain commun, mais un Pain de vie, qui attend tous ceux qui se sont réconciliés avec le Père. Tout comme le partage de l’autel entre les hommes présuppose la concorde, de même l’Eucharistie est le sacrement des réconciliés, au sens où elle est le sommet de l’itinéraire de réconciliation avec Dieu et avec l’Église à travers le sacrement de la Pénitence. De cette façon se manifeste la compassion du Christ pour le salut des âmes, qui est aussi la loi suprême de l’Église. Après que les fidèles aient été réconciliés au moyen de la Pénitence et après qu’ils aient retrouvé l’état de grâce, les rites de Communion constituent la préparation immédiate. Il conviendrait de souligner davantage l’importance de la grâce des sacrements comme un bien qui ne doit être refusé à personne dès que les conditions requises sont remplies, conditions déterminées avec précision dans les normes canoniques et liturgiques, sans en ajouter d’autres.

La préparation à la Communion est exigée en vertu de la pureté nécessaire pour approcher le Seigneur. En effet, il revient à chacun de nous d’examiner si nous sommes dans de telles dispositions. À ce propos, une catéchèse appropriée sur le pouvoir qu’a l’Eucharistie d’effacer les péchés véniels peut être des plus opportunes. En fait, recevoir l’Eucharistie avec un cœur repenti nous obtient la grâce de l’Esprit Saint pour ne pas succomber aux tentations, mais aussi pour témoigner de la vie chrétienne, dans un milieu souvent défavorable. La prière du Notre Père aussi est une aide pour nous, du fait que par elle nous demandons la purification de nos péchés et la libération du Malin. L’échange de la paix également permet aux fidèles d’exprimer la communion ecclésiale et l’amour réciproque, tout en orientant vers une vérification de l’aptitude au pardon, une disposition dont l’importance n’est pas secondaire pour recevoir la Communion. Dans les liturgies orientales et dans celle ambrosienne, avec le baiser de paix échangé à l’offertoire, c’est justement cet aspect qui est accentué, l’extinction de tout inimitié (cf. Mt 5,23-24). On fait observer de plusieurs côtés que le geste de paix est facultatif et qu’il ne devrait pas se superposer au geste suivant et central de la fractio panis, qui indique le Corps du Christ rompu pour nous.

Dans plusieurs réponses, on peut lire qu’au moment de la distribution de la Communion le prêtre bénit les enfants ou les catéchumènes, qui ont précédemment été portés à sa connaissance et qui s’approchent de lui sans avoir fait leur première Communion. Dans certaines églises, la bénédiction est aussi impartie aux non-catholiques qui s’approchent de l’autel au moment de la Communion. Et c’est dans cette ligne aussi que, d’Asie, des suggestions sont avancées pour que soit pris en considération quelque signe en faveur des non-chrétiens au moment de la Communion, afin qu’ils ne se sentent pas exclus de la communauté liturgique.

Rites de conclusion

51. Après avoir reçu la Communion, il faut prier pour que le Mystère célébré porte ses fruits. L’un de ces premiers fruits est d’être l’antidote contre les chutes quotidiennes et les péchés mortels. Il faut prier, surtout, pour que notre foi et notre communion avec le Christ permettent de porter son Évangile en mission à travers le monde, dans tous les milieux où nous vivons, à travers le témoignage des œuvres, pour que les hommes croient et glorifient le Père.

Le renvoi de l’Assemblée comprend un envoi en mission, que l’Église, soutenue par l’Eucharistie, précédée et accompagnée par l’exemple et l’intercession de Marie, réalise en évangélisant le monde contemporain. Le but de l’Eucharistie est de nous faire grandir dans l’amour du Christ et dans son désir d’apporter son Évangile à tous les hommes.

Ars celebrandi

52. Il faut être attentifs à l’ars celebrandi, afin de conduire les fidèles au culte authentique, à la révérence et à l’adoration. Les mains élevées du prêtre veulent indiquer la prière du pauvre et de l’humble : «Nous t’en prions humblement» récite la Prière Eucharistique. L’humilité de l’attitude et des mots est en accord avec le Christ, lui aussi doux et humble de cœur. Lui, doit grandir, et nous, nous devons nous abaisser. Pour que la célébration de l’Eucharistie exprime la foi catholique, il est recommandé qu’elle soit présidée par le prêtre avec humilité; ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra véritablement être mystagogique et contribuer à l’évangélisation. Normalement, dans les Prières Eucharistiques, on ne dit pas «je», mais «nous»; et lorsque la première personne est employée dans les formules sacramentelles, le ministre parle pour la personne du Christ, et non en son nom propre.

Plusieurs réponses aux Lineamenta concernent le thème de la mystagogie, la comprenant comme une introduction au Mystère de la présence du Seigneur et mettant en relief qu’il faut aujourd’hui conduire l’homme à se rapprocher de Dieu, du fait qu’il vit dans un milieu où l’existence du Mystère semble être niée. La ligne maîtresse est indiquée par le Seigneur lui-même : «Je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître» (Jn 15,15). Le Seigneur veut que nous allions vers lui, pour nous révéler le Mystère de la vie divine.

Au premier plan se situe la responsabilité de l’évêque à l’égard de l’Eucharistie, en tant que premier mystagogue. L’engagement en vue d’une participation consciente, pleine et active des fidèles à la Célébration Eucharistique est entièrement lié à la responsabilité particulière de l’évêque envers le Saint Sacrement, responsabilité qui vient du fait que le Seigneur l’a confiée aux Apôtres et que l’Église la transmet avec la même foi. Chaque Célébration Eucharistique qui se tient dans un diocèse se déroule en communion avec l’évêque et dépend de son autorité. Il veille afin que les fidèles puissent participer à la Messe et que le sacrement soit célébré avec dignité et solennité, en éliminant les abus si besoin en est. C’est le sensus ecclesiæ dans la célébration liturgique, qui transcende les situations spécifiques, les groupes et les cultures. En tant que primus mysteriorum Dei dispensator, l’évêque célèbre souvent la Sainte Messe dans la cathédrale, église-mère et cœur du diocèse, et dont la liturgie doit constituer un exemple pour tout le diocèse.

53. Reste l’obligation de la Messe pro populo par l’évêque diocésain et le curé, avec l’application pour les vivants et pour les défunts. Pour des raisons théologiques et spirituelles, il est recommandé, en outre, que les prêtres célèbrent chaque jour l’Eucharistie. Et plus particulièrement, il est important de célébrer les défunts dont les âmes se trouvent au Purgatoire, en attente du jour bienheureux où elles pourront voir la Face de Dieu. Prier pour les défunts est un devoir de charité à leur égard.

Pour ce qui est des intentions, plusieurs réponses mentionnent des abus, parmi lesquels le plus commun est l’accumulation dans les Messes dites «pluri-intentionnelles». À ce sujet, il est également suggéré de clarifier l’attitude à l’égard des intentions de Messe. On constate en même temps que, dans certains pays, cette pratique a notablement diminué et presque disparu, alors que dans beaucoup d’autres les intentions de Messe représentent le mode traditionnel, et souvent le seul, de subsistance du clergé. Il y a en outre des pays, où l’on peut noter le manque d’intentions, celles-ci provenant alors d’autres pays depuis des années, en tant que contribution valable à la communion ecclésiale et à la participation concrète à l’activité missionnaire.

Du point de vue pastoral, il est tout aussi important de s’attacher à la formation des fidèles quant à la signification de l’application des Messes en suffrage des défunts qui, grâce à la rédemption du Christ et à la prière de toute l’Église, pourront être admis rapidement au Banquet de la vie éternelle. Ainsi, les intentions de Messes pour les défunts deviennent également une expression de foi dans la résurrection des morts, vérité solennellement professée dans le Credo.

Parole et Pain de vie

54. À propos du rapport entre la Sainte Messe et les célébrations de la Parole, nombre de réponses aux Lineamenta font observer que, dans certaines situations, les fidèles risquent de perdre progressivement le sens de la différence entre la Célébration Eucharistique et les autres célébrations. Un tel problème au niveau pastoral se vérifie, par exemple, là où sont fréquents les services de Communion présidés par des diacres ou des ministres extraordinaires. Ce même risque incombe sur les fidèles invités en certains endroits à participer à la liturgie de la Parole au lieu de se rendre à la Messe dans une paroisse proche.

Toutefois, il y a aussi des réponses qui transmettent le témoignage du service précieux assuré par les laïcs, adéquatement préparés, dans les célébrations de la Parole, avec et sans distribution de l’Eucharistie, là où se trouvent des communautés qui, en attendant que soit nommé un prêtre de façon stable, ne peuvent compter sur lui pour les Célébrations du dimanche. Dans ces cas, sous la conduite de l’évêque diocésain et des prêtres, il est possible, grâce à la collaboration des laïcs, de faire face aux besoins pastoraux des nombreuses communautés assoiffées de la Parole et du Pain de vie. Lorsque cette activité se déroule conformément aux orientations du Magistère en la matière, les résultats sont réconfortants et elle peut même donner naissance à des vocations sacerdotales au sein des familles de laïcs engagés dans ces services, ainsi que dans les communautés qui savent apprécier le service précieux du prêtre, ministre ordinaire de l’Eucharistie.

55. Dans ce contexte, émerge la question des excès dans les célébrations de la Parole qui remplacent la Sainte Messe, et qui risquent d’abaisser le culte chrétien à un service d’assemblée. D’ailleurs, il serait préférable d’assurer, comme dans les postes de missions, une catéchèse en attendant que l’Eucharistie puisse être célébrée par le prêtre. Pour indiquer cette réalité, dans certaines régions, une étole est placée sur l’autel ou sur le siège du célébrant. La prière pour les vocations garde vivant le désir d’une présence permanente du célébrant de l’Eucharistie. Le manque de prêtres, qui assume des dimensions préoccupantes dans certaines régions, devrait constituer un fort encouragement au réveil de l’activité missionnaire et de l’échange de dons entre les Églises particulières.

Différentes réponses aux Lineamenta suggèrent que les fidèles désignés en tant que ministres extraordinaires de l’Eucharistie puissent participer à des sessions d’étude pour approfondir la doctrine eucharistique et les normes liturgiques. Un tel programme devrait aussi être inséré dans la formation permanente des catéchistes.

En outre, ces mêmes réponses mettent en avant la nécessité d’une explication claire sur la triple dimension sacerdotale, prophétique et royale, dans la distinction entre ministère ordonné et non ordonné. Serait alors mise en évidence l’identité du prêtre en tant que ministre des Mystères Divins, mais aussi en même temps comme leur interprète, mystagogue et témoin. Enfin, pour surmonter une certaine confusion à propos du ministère ordonné dans l’Église, il est recommandé, entre autres, de promouvoir la connaissance des documents appropriés du Magistère, tels que l’Exhortation Apostolique Post-synodale Pastores dabo vobis sur le prêtre, signe du Christ Chef, Époux et Pasteur.

56. Il faut être reconnaissant envers les fidèles laïcs, et en particulier envers les catéchistes, qui sont responsables de la préparation à la prière et à la Communion, surtout dans les cas où le manque de prêtres est un obstacle à la participation des fidèles à l’Eucharistie. Cependant, nombreuses sont les réponses aux Lineamenta qui signalent certaines pratiques tendant à voiler, chez les fidèles, la distinction essentielle entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun. Par exemple : l’attitude de certains agents de la pastorale qui prennent en main la direction effective des paroisses et exercent, de facto, une sorte de présidence de l’Eucharistie, laissant au prêtre la latitude minimum pour en garantir la validité; l’homélie tenue par des laïcs pendant la Sainte Messe; l’habitude d’accorder la priorité aux ministres extraordinaires de l’Eucharistie lors de la distribution du Sacrement, tandis que les ministres ordinaires, en particulier le prêtre célébrant et les concélébrants, restent assis; l’habitude qu’ont certains ministres extraordinaires de conserver le Très Saint Sacrement chez eux avant de l’apporter aux malades, ou bien l’autorisation accordée par le curé à un parent d’un malade d’apporter le viatique à celui-ci. Avec les normes canoniques sur l’argument, les dispositions de l’Instruction Ecclesia de mysterio devraient être prises en due considération pour informer les responsables de façon appropriée et pour assurer une célébration ecclésiale de l’Eucharistie.

Sens des normes

57. Les réponses aux Lineamenta au sujet du nouvel Ordo Missæ et de la Présentation générale du Missel romain qui énoncent les caractéristiques de la liturgie de l’Église universelle sont liées à la question de l’instauratio.

Les normes liturgiques peuvent être comprises comme l’accompagnement vers le Mystère. Les Pères post-apostoliques ont été les premiers à établir les normes et les canons, dans les célèbres Constitutiones et Didascaliæ. Ils devaient alors, d’une part, annoncer le Mystère révélé dans Jésus, et de l’autre, contrer les concepts mystériques, allégoriques et ésotériques des païens.

Si, d’un côté, les normes reconduisent au caractère apostolique de l’Eucharistie, de l’autre c’est surtout la sainteté de celle-ci qui exige de telles normes : il faut s’approcher du Très Saint Sacrement avec le plus grand respect. On peut dire que c’est pour cela que les prêtres sont consacrés, ainsi que le rappelle l’allocution prononcée par l’évêque avant l’ordination : «vous aurez aussi à remplir, dans le Christ, la charge de sanctification. Par votre ministère, en effet, s’accomplira le sacrifice spirituel des fidèles, uni au sacrifice du Christ : avec eux et par vos mains, il sera offert sur l’autel de manière non sanglante dans la célébration des Mystères. Ayez donc conscience de ce que vous faites; imitez dans votre vie ce que vous accomplissez dans les rites: en célébrant le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, efforcez-vous de faire mourir en vous tout penchant au mal, et d’avancer sur le chemin de la vie nouvelle». Certaines réponses font remarquer que la norme fondamentale qui doit être observée par l’évêque et le prêtre est d’aider les fidèles à entrer dans le Mystère de la personne du Seigneur.

58. Plusieurs réponses aux Lineamenta mentionnent certaines des motivations portant à négliger les normes : la connaissance insuffisante de l’histoire et du sens théologique des rites, le désir de nouveauté et le manque de confiance dans la capacité du rite de parler à l’homme avec le langage des signes. Certaines réponses considèrent que le non-respect des normes est dû à des défauts présumés, intrinsèques à la Présentation générale du Missel romain, et elles mentionnent, par exemple, les traductions inadéquates des textes liturgiques et le manque de précision dans les rubriques, qui laissent au célébrant la liberté d’improviser certaines parties. Elles signalent en particulier la nécessité de soigner minutieusement la traduction des textes liturgiques, en confiant ce travail délicat aux spécialistes sous la supervision des évêques, et avec l’approbation de la Congrégation du Saint-Siège compétente en la matière.

Lorsque sont énoncées des orientations doctrinales ou des normes, il faut tenir compte d’un principe fondamental : tout comme une surévaluation de la maturité des fidèles peut avoir contribué à créer des difficultés pratiques dans l’introduction de la réforme, de même il ne faut pas sous-estimer la psychologie populaire ou la capacité des fidèles d’accepter le rappel aux vérités fondamentales.

Urgences pastorales

59. L’ensemble des réponses aux Lineamenta est réuni dans le tableau suivant, se rapportant aux ombres existant dans la célébration de l’Eucharistie.

Alors que l’on constate une certaine méfiance envers les rubriques liturgiques, d’autres sont inventées pour promouvoir des changements s’inspirant d’idéologies et de déviations théologiques. À ce sujet, de nombreuses initiatives de ce genre proviennent de mouvements et de groupes qui entendent renouveler la liturgie.

On estime souvent que l’affirmation de normes universelles, communément soutenue par l’Église en tant qu’expression de la catholicité, est en contraste avec les célébrations liturgiques particulières de certains mouvements d’Église. À ce propos, une plus grande clarté est réclamée aux autorités compétentes de l’Église afin d’éviter les confusions possibles. Après l’introduction des langues vernaculaires, il faut que soit respectée la structure du rite, unique moyen pour souligner visiblement l’unité de l’Église catholique de tradition occidentale. Les fidèles sont très sensibles à d’éventuels changements arbitraires du rite.

Dans certains cas, il est observé qu’un excès d’interventions porte à la manipulation de la Messe, et dans plusieurs cas il est arrivé que les textes liturgiques soient remplacés par des textes d’une autre nature. Il n’est pas rare qu’une telle attitude engendre des conflits entre le clergé et les laïcs, et parfois même entre les prêtres eux-mêmes.

60. Afin de dissiper ces ombres, les mêmes réponses aux Lineamenta suggèrent certaines orientations.

Il faut que soient promus un esprit renouvelé de prière, ainsi qu’un renforcement de la formation permanente du clergé, dans le but d’affermir une disposition d’adhésion humble à l’esprit et à la lettre des normes liturgiques afin de pouvoir rendre un véritable service au Peuple de Dieu, appelé à rendre grâce et à élever des prières à son Seigneur dans l’Esprit Saint, dans le cadre de la liturgie divine.

Quant au mode d’intégration d’éléments des cultures locales dans les célébrations liturgiques, il est nécessaire d’étudier à fond les principes déjà connus et, éventuellement, émettre de nouvelles instructions, plus explicites et plus précises, à la lumière de la récente révision de la Présentation générale du Missel romain, et des Instructions Redemptionis sacramentum et Varietates legitimæ de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements.

Il faut que soit expliquée aux fidèles la portée de la foi eucharistique. Dans l’Eucharistie, les fidèles se nourrissent du Corps du Christ ressuscité. Le Seigneur ressuscité, vainqueur du péché et de la mort, dépasse les dimensions de l’espace et du temps, et se trouve réellement présent sous les Espèces du Pain et du Vin dans chaque Célébration Eucharistique, de par le monde entier. Il s’agit donc du Corps du Seigneur glorifié, transformé, Pain des anges et de tous les hommes appelés à partager la vision béatifique, dans la communion des saints et dans l’adoration éternelle du Dieu Un et Trine.

Une catéchèse appropriée doit éliminer les possibles conceptions magiques, superstitieuses ou spiritistes de l’Eucharistie. Cette catéchèse est particulièrement adaptée lors des Messes de guérison qui sont célébrées dans certains pays.

Il est urgent de se prémunir contre les sacrilèges des hosties consacrées, qui se déroulent lors de rites sataniques et de messes noires.

Chant liturgique

61. Rassemblé dans la maison du Seigneur, le Peuple de Dieu exprime son action de grâce et de louange par les mots, l’écoute, le silence et le chant.

Différentes réponses aux Lineamenta souhaitent que le chant exécuté pendant la Messe et pendant l’Adoration soit véritablement empreint de dignité. Il y est souligné la nécessité de s’assurer que les fidèles connaissent l’essentiel du répertoire du chant grégorien. Celui-ci est composé à la mesure de l’homme de tout temps et de tout lieux, et ce grâce à sa transparence, à sa discrétion, et à la souplesse de ses formes et de ses rythmes. Aussi est-il nécessaire de reconsidérer les chants actuellement en usage. Si la musique instrumentale et vocale ne possède pas à la fois le sens de la prière, celui de la dignité et celui de la beauté, elle se nie toute possibilité d’accéder au domaine du sacré et du religieux. Cela exige la bonté des formes, en tant qu’expression d’art authentique, en correspondance aux différents rites et à la capacité d’adaptation aux exigences légitimes tant de l’inculturation que de l’universalité. Le chant grégorien répond à toutes ces exigences et c’est pourquoi, comme l’a dit Jean-Paul II, il est le modèle d’où tirer inspiration. Aussi faut-il aider les musiciens et les poètes pour qu’ils composent de nouveaux chants, empreints d’un véritable contenu catéchétique sur le Mystère Pascal, sur le dimanche et sur l’Eucharistie, et rédigés selon les critères liturgiques.

62. L’emploi des instruments de musique a fait lui aussi l’objet d’une attention particulière dans différentes réponses, en rappelant les orientations de la Constitution Sacrosanctum Concilium sur le sujet. À ce propos, la valeur de l’orgue dans la tradition latine a été relevée à maintes reprises, le son de cet instrument pouvant apporter de la solennité au culte et favoriser la contemplation. L’expérience faite de l’insertion d’autres instruments a été également reprise dans diverses réponses, avec des résultats positifs lorsque, avec le consentement de l’autorité ecclésiastique compétente, ceux-ci sont jugés aptes à être employés dans la sphère sacrée, en harmonie avec la dignité du temple, et efficaces pour l’édification des fidèles.

D’autres réponses, au contraire, déplorent la pauvreté des traductions des textes liturgiques et de nombre de textes musicaux en langue courante, traductions sans beauté aucune et parfois même ambiguës au niveau théologique, capables d’affaiblir la doctrine et la compréhension du sens de la prière. Une attention particulière est accordée, dans quelques réponses, à la musique et au chant durant les Messes pour les jeunes. À ce sujet, il est souligné l’importance d’éviter toute forme musicale qui n’invite pas à la prière, parce qu’assujettie à des règles d’usage profane. Certains musiciens font preuve d’une trop grande préoccupation pour la composition de nouveaux chants, succombant presque à une mentalité consumériste, sans se préoccuper de la qualité de la musique et du texte et en négligeant trop facilement un immense patrimoine artistique dont la valeur théologique et musicale a fait ses preuves dans la liturgie de l’Église.

Il est également recommandé que lors des rassemblements internationaux, au moins la Prière Eucharistique soit proclamée en latin pour faciliter une participation adéquate des concélébrants et de tous ceux qui ne connaissent pas la langue du lieu, comme le suggère opportunément la Constitution sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium.

Il est toutefois réconfortant de constater que, dans certaines nations, existe une tradition solide de chants religieux propres à chaque période de l’année liturgique: Avent, Noël, Carême, Pâques. Connus et chantés par les fidèles rassemblés, ces chants favorisent le recueillement et aident à vivre, avec une remarquable participation spirituelle, les célébrations du Mystère de la foi à l’occasion de chaque période liturgique. Il est à souhaiter que cette expérience positive puisse s’étendre à d’autres nations, et dynamiser les temps forts de l’année liturgique, en aidant les fidèles à en percevoir le message à travers la musique et les paroles.

Dignité du lieu sacré

63. La fonction de l’art est aussi rappelée dans les Lineamenta. La dignité de tout ce qui touche à la célébration de l’Eucharistie manifeste la foi dans le Mystère et contribue efficacement à la garder vivante aussi bien chez les ministres que chez les fidèles. Une telle attitude peut être exprimée par un aménagement convenable du lieu sacré, ainsi que par l’emplacement approprié du tabernacle et du siège du célébrant, et dans l’attention à certains détails comme la propreté, les objets sacrés et les fleurs fraîches. En effet, ce que les fidèles écoutent, mais aussi ce qu’ils voient autour d’eux est très important pour leur formation à la doctrine eucharistique. Au contraire, toute négligence témoigne d’une faiblesse dans la foi.

La tradition de l’Église a puisé dans la Bible la délimitation de l’aire réservée aux ministres: cette distinction est un signe éloquent que c’est le Seigneur qui admet les ministres à son service, ceux-ci étant choisis par lui. Les églises orientales, avec la délimitation du sanctuaire, et les églises occidentales, avec le chœur, ont conservé cette distinction. Celle-ci veut attester que dans la liturgie se manifeste le Peuple de Dieu ordonné hiérarchiquement et disposé convenablement pour participer de façon active. L’autel est la partie la plus sainte du temple et il est surélevé pour indiquer que l’œuvre de Dieu est supérieure à toutes les œuvres de l’homme. Les nappes qui le recouvrent indiquent la pureté nécessaire pour accueillir Dieu. C’est à Lui seul qu’il est consacré, comme le temple lui-même, et il ne peut être utilisé à d’autres fins.

64. Dans les réponses, on peut remarquer un certain souci quant à la destination assez fréquente des églises à des usages profanes, tels que concerts et activités théâtrales qui ne sont pas toujours d’inspiration religieuse. La liturgie de la consécration de l’église rappelle que la communauté offre le temple entièrement au Seigneur, et qu’il ne peut donc pas être destiné à des usages différents de celui pour lequel il a été consacré.

D’autres phénomènes contraires à la tradition de l’Église sus-mentionnée ont été signalés, phénomènes qui voilent le sens du sacré et la transcendance du Mystère. Par exemple, après avoir été restructurées, beaucoup de nouvelles églises et certaines anciennes aussi mettent en évidence, comme critère fondamental du projet architectural, la proximité des fidèles de l’autel, pour que ceux-ci puissent voir aisément la cérémonie qui s’y déroule et que s’instaure une plus grande communication entre le célébrant et l’assemblée. La tendance à déplacer aussi l’autel vers le lieu destiné aux fidèles, éliminant ainsi le chœur par ce procédé, dérive du même concept. De la sorte, on gagne en communication, mais on ne sauvegarde pas toujours suffisamment le sens du sacré, qui est lui aussi un élément essentiel des célébrations liturgiques.

D’autres réponses montrent certains signes encourageants. Conformément aux lignes de la Présentation générale du Missel romain, diverses initiatives ont été prises pour que l’espace sacré des églises déjà existantes ou de celles en construction constitue un vrai lieu de prière et d’adoration, où l’art et l’iconographie deviennent des instruments au service de la liturgie. Ainsi, par exemple, dans certaines églises des prie-Dieu ont été réintroduits, et a été réinstaurée parmi les fidèles la pratique de s’agenouiller pendant la Prière Eucharistique; là où il n’était pas assez visible, le tabernacle a de nouveau été placé dans le sanctuaire ou en un lieu plus visible; les nouveaux projets d’églises accordent davantage d’attention à l’art, à la décoration, aux objets et aux vêtements destinés au culte. On cherche ainsi à harmoniser l’espace rapproché entre le célébrant et le peuple et le caractère sacré du Mystère de Dieu à la fois présent et transcendant.

(…)

75. L’Eucharistie prouve son efficacité à partir des fruits de vie nouvelle ici-bas, fruits de sanctification et de divinisation, c’est-à-dire de vie éternelle. Dans ce sens, l’Eucharistie se révèle comme un Sacrement d’une grande spiritualité.

Un grand nombre de réponses prennent acte d’un développement positif de la spiritualité eucharistique. En effet, dans maints endroits ces derniers temps, on a assisté à une reprise de l’Adoration du Saint Sacrement. À ce sujet, mention est faite d’une augmentation de la dévotion eucharistique dans les églises paroissiales et rectorales, ainsi que le prouvent le temps consacré à l’Adoration eucharistique et l’institution de chapelles spécifiques dans ce but. La procession de la Fête-Dieu continue d’être toujours profondément ressentie, et la Liturgie des Heures devant le Sacrement exposé est promue régulièrement. Tout aussi importante, dans ce contexte, est la dévotion imprimée par les nouveaux mouvements. Là où existe une formation catéchétique et liturgique réelle, les fidèles perçoivent clairement la différence entre la Messe et les autres célébrations liturgiques ou pratiques dévotionnelles, et ils participent avec piété à toutes les initiatives eucharistiques que proposent leurs pasteurs. On peut dire, en général, que toutes ces pratiques viennent alimenter la dévotion, pouvant être perçue comme le don de soi au Seigneur, en esprit, âme et corps.

Cependant, certaines réponses indiquent plusieurs aspects moins encourageants : l’abandon de la pratique de la Bénédiction eucharistique; la fermeture des églises pendant une grande partie de la journée, principalement par crainte des vols, ce qui empêche les fidèles de venir adorer le Saint Sacrement; l’emplacement du tabernacle dans des lieux isolés et mal valorisés, difficiles à identifier, en raison de quoi la plupart des fidèles qui entrent dans l’église ne s’aperçoivent pas de la présence du Saint Sacrement et renoncent à prier; la diminution de l’habitude de venir devant le Saint Sacrement pour prier et méditer; le manque d’une catéchèse qui enseigne la distinction entre la Sainte Messe et les autres célébrations liturgiques ou pratiques dévotionnelles; une vision trop individualiste de la Messe qui empêche d’apprécier dans sa juste mesure la dimension communautaire du sacrifice eucharistique.

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