Instauratio : l’héritage liturgique grégorien.

 

Quelques réflexions à l’approche de la Toussaint sur une réalité soulignée par le synode sur l’Eucharistie : la continuité entre la liturgie post conciliaire et la liturgie préconiliaire, bien rappelée parle site de l ‘aumônerie de l’ENS à l’occasion d’ un reportage sur un séjour à l’abbaye bénédictine de Triors , avec une réfléxion sur la liturgie de la part du TRP Abbé dom Courau. Quelques extraits :

Dom Guéranger : 

" La restauration de l’ordre bénédictin en France passa par deux personnalités: Dom Guéranger à Solesmes, puis trente ans plus tard Dom Muard à la Pierre-qui-Vire. Le vieux prieuré de Solesmes ayant été mis en vente, Dom Guéranger l’acheta et s’y installa le 11 juillet 1833. En 1837, il se rendit à Rome, fit profession sous la Règle de saint Benoît à l’abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs, et fut nommé par le Pape Grégoire XVI abbé de Solesmes et supérieur général de la nouvelle congrégation de France de l’ordre de saint Benoît. Il fonda deux autres monastères, à Ligugé en 1853 et à Marseille en 1865, ainsi qu’une abbaye de femmes à Solesmes en 1866. Cet intellectuel érudit, de grande culture historique, se passionna très jeune pour la liturgie romaine. Il combattit violemment les liturgies néo-gallicanes instaurées aux xviiième et xviiiième siècles, et finit par obtenir le triomphe de la liturgie romaine dans toute la France. Il fit connaître et aimer cette liturgie en publiant L’Année liturgique, dont le succès fut immense. Les successeurs de Dom Guéranger virent la Congrégation s’étendre. C’est ainsi que la vie monastique reprit à Fontgombault en 1948."

 Premier rappel : en France et en Europe, à la suite du "Siècle des Lumières", de la Révolution et de l’Empire, la liturgie est tombée bien bas… Sous les coups répétés du jansénisme et du gallicanisme, "l’oeuvre de Dieu" est défigurée et ne reprend sa place que par l’implsion de la Providence, dont l’instrument est dans aucun doute possible dom Guéranger ; celui ci par l’impulsion de sa fondation monastique devenue florissante après la première guerre mondiale, est le véritable initiateur d’un "mouvement liturgique" qui aboutit à Vatican II.

Malgré toute cette redécouverte initiée par dom Guéranger et les artisans du mouvement liturgique, Mai 1968 est passé par là, avec tous ls dégâts liturgiques que nous connaissons. 

Liturgie :

"De nos jours, par la force des choses, la liturgie est devenue un peu «caméléon», et ce n’est peut-être pas un mal. Néanmoins le risque couru impose que subsistent des lieux à la liturgie isotherme, des lieux qui soient comme des repères de l’esprit liturgique, afin que cette paupérisation en partie inévitable ne tourne pas au drame. Pour Dom Hervé Courau, l’idéal serait que les prêtres puissent dire la nouvelle messe dans l’esprit de l’ancienne, afin de mieux savoir par là tirer du nouveau rite l’esprit authentique de la réforme conciliaire, nova et vetera. La crise actuelle disparaîtrait alors pour l’essentiel. Et on se prend à rêver de voir les séminaristes de la Fraternité Saint-Pierre, de Paray-le-Monial, d’Issy-les-Moulineaux, d’Ars, etc. se connaître mieux encore (ils se connaissent déjà beaucoup plus qu’on ne l’imagine) : cela aiderait justement à allier nova et vetera. La mission liturgique qui les attend tous demain requiert une certaine loyauté et fermeté de langage qui manque encore aujourd’hui.
Quant aux deux éléments caractéristiques qu’on associe communément au rite de saint Pie V, à savoir le latin et le grégorien, les reproches qui les accablent résultent en grande partie de beaucoup de confusion, mais aussi d’une mauvaise compréhension de l’expression conciliaire «participation active». Le Père Abbé nous expliqua comment le faux sens l’affectant engendrait un contre-sens, à savoir la suppression de ce que préconise le Concile (le latin comme langue normale de l’Église latine; le grégorien, comme son chant propre). Le terme latin, soigneusement choisi par le Concile, a été actuosa, et non pas activa. Or ce ne sont pas deux synonymes. Une participation des fidèles actuosa évoque un mouvement spirituel «pétillant d’Esprit Saint» qui porte avec ferveur pendant l’Eucharistie. Et le chant gégorien, comme l’usage de la langue latine, ne sont pas des obstacles à l’Esprit Saint! Bien au contraire, il fait partie de l’ensemble, il forme un élément majeur de la liturgie solennelle favorisant la prière, médiateur par excellence de l’Esprit… L’ignorance matérielle de la langue latine, de la musicologie, comme du contexte culturel dans lequel est né le grégorien importe peu. Ce chant nous saisit là où l’on est, pour nous faire approcher du Mystère de la Présence divine. Les choses divines s’y dévoilent dans leur splendeur, porteuses d’une sagesse qui vient d’au-delà des siècles. Saint Thomas va jusqu’à dire que, grâce à son caractère baptismal, le fidèle se trouve dans un état de «conaturalité» avec ces signes liturgiques. À Triors, l’adoption du grégorien et du rite en latin s’inscrit plutôt dans la recherche de la perfection du Service Divin.
"

Commentaire :
On aimerait effectivement que dans tous les milieux, la voix du TRP. Abbé dom Courau soit davantage entendue. Il n’y a effectivement pas à  considérer l’édition actuelle du missel romain comme une rupture avec le missel romain  tridentin. C’est ce qu’évoquent les pères synodaux dans la 2° proposition :

"La réforme liturgique de Vatican II
L’Assemblée synodale a rappelé avec gratitude l’influence bénéfique que la réforme liturgique mise en œuvre à partir du Concile Vatican II a eue pour la vie de l’Eglise. Celle-ci a mis en évidence la beauté de l’action eucharistique qui resplendit dans le rite liturgique. Des abus ont été constatés dans le passé, et ne manquent pas aujourd’hui encore même s’ils ont sensiblement diminué. De tels épisodes ne peuvent toutefois voiler la bonté et la validité de la réforme, qui contient encore des richesses qui n’ont pas été totalement explorées ; ils invitent plutôt à accorder avec urgence une plus grande attention à l’ars celebrandi dont bénéficie pleinement l’actuosa participatio
."

Dans une interview à KTO, Mgr Robert Le Gall, membre de la congrégation pour le culte divin, évêque de Mende, rapporteur au Synode (et ancien abbé de Sainte Anne de Kergonan, monastère de la congrégation de Solesmes) faisait d’ailleurs remarquer que le mot "réforme" appliquée à l’évolution du Missel romain à la suite de Vatican II n’était pas adapté. Il parle plutôt quant à lui du mot Instauratio, qui n’induit aucun esprit de rupture. Le problème, c’est que ce n’est pas traduisible. L’effort qui est d’ailleurs réalisé dans les traductions françaises de textes romains comme actuosa participatio mériterait d’être étendu à la traduction de ce mot réforme, qui est il est vrai, vraiment mal adapté.
Encore un argument pour une utilisation plus libérale de la langue latine, non pas par nostalgie ou fixisme, mais pour éviter de tomber dans les excès d’une instrumentalisation trop facile du  "langage héxagonal".
Quelque chose d’autre est caractéristique  : une instauratio, donc, qui "contient encore des richesses qui n’ont pas été explorées". L’assemblée synodale l’affirme donc comme premier argument (il s’agit bien de la déclaration n°2, le n°1 n’étant qu’une introduction générale au document), la découverte du véritable héritage liturgizue de Vatican II.
Un véritable écho aux concvictions profondes de Benoît XVI, qui affirma en 1998, dans Ma vie, Mes souvenirs : "Nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique qui donne le jour au véritable héritage de Vatican II."

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.