Faites- vous des concerts ?

Nous considérons que le grégorien est avant tout un chant chrétien, une prière, et qu’il a toute sa place dans la liturgie. A cause de cela, nous apprécions peu de nous produire devant un public, parce qu’en tant que chrétiens, nous chantons pour Dieu. Comme l’écrivait Dom Gajard :

C’est qu’en effet, si beau, si artistique qu’il soit, le chant grégorien n’est pas de l’art pour l’art ; il est tout entier ordonné à Dieu, tout entier prière. On l’a défini très justement : la prière chantée de l’Eglise. Qu’est-ce à dire : une prière ? Que signifie exactement ce petit mot ? Car enfin ce n’est pas qu’un mot, et celui-ci est particulièrement riche de sens. (…)Le mot prière, qui implique une relation avec Dieu, exclut avant tout et par principe toute idée de « concert spirituel » (…) Avec le chant grégorien, il faut le reconnaître, nous sortons de la musique proprement dite, je veux dire du domaine proprement esthétique, artistique et musical. Si, par la langue dans laquelle il s’exprime, il appartient matériellement à la musique, il dépasse infiniment par sa fin la musique. C’est à Dieu tout seul qu’il s’adresse, et non aux fidèles, sinon secondairement et comme par surcroît. Il n’est donc pas un article de concert, même spirituel ; il n’a pas sa fin en lui-même, il est essentiellement en fonction d’autre chose, qui lui donne sa raison d’être. Aussi longtemps qu’on en restera avec lui aux impressions d’art, on ne connaîtra que l’écorce ; il faut de toute nécessité aller jusqu’à la moelle, jusqu’à la substance même qui est la prière, c’est-à-dire le commerce intime de l’âme avec Dieu. Le snobisme n’a rien à voir ici, pas plus que l’archaïsme ou la fantaisie. C’est pourquoi sans doute ceux qui l’abordent en profanes, en musiciens purs ou en esthètes avides d’émotions, ne le comprennent pas, le défigurent, et voulant lui faire dire ce que, par sa constitution même, il ne peut pas dire, en arrivent inconsciemment à le travestir et à l’empêcher d’apparaître ce qu’il est. Entre la musique moderne, même religieuse, même celle qui semble le plus près de réaliser l’idéal du genre, et l’art grégorien, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de commune mesure. La musique religieuse, même la plus idéale, n’échappe pas complètement à la recherche de l’effet pour l’effet : on y sent le travail de composition ; si peu que ce soit, elle reste, malgré tout, article de concert. Le chant grégorien, jamais. Si l’art y est réel, il est tellement simple et spontané qu’il s’efface devant son objet et se laisse presque oublier. Si l’on veut me permettre cette comparaison, on pourrait dire qu’entre la musique religieuse la meilleure et l’art grégorien, il y a la même différence qu’entre un laïque vivant dans le monde en excellent chrétien, si bon, si religieux qu’on le suppose, et un Religieux tout court ; non pas que le Religieux soit forcément un saint, hélas ! mais tout de même il est, par état, soustrait à tout usage profane et consacré uniquement à Dieu, tel un calice. Le chant grégorien lui aussi est un consacré. Il n’existe que pour Dieu, pour L’adorer, Le remercier, et Lui apporter tout l’amour de l’humanité rachetée. Il ne vise aucunement à produire un effet, à attirer les regards sur soi, à plaire ; il n’a qu’un but : « servir », se faire oublier pour conduire les âmes à Dieu. En lui se vérifie magnifiquement le joli mot de saint Jean-Baptiste : Illum oportet crescere, me autem minui. (Il faut que Lui grandisse, et que moi je diminue).

L’ensemble du texte dont est tiré cet extrait est disponible dans un livre appelé « les plus belles mélodies grégoriennes commentées par Dom Gajard », en vente dans toute bonne librairie religieuse ou à Solesmes : http://www.solesmes.com.

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