Cardinal Ratzinger, Mémoires, 1997

Quand la liturgie est quelque chose que chacun fait de lui-même, alors on n’y trouve plus ce qui est sa vertu propre : la rencontre avec le mystère, lequel n’est pas notre ouvrage, mais est notre origine et la source de notre vie.

Une rénovation de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reviennent à reconnaître l’unité de l’histoire de la liturgie et comprennent Vatican II non comme une rupture, mais comme un moment évolutif, sont d’une urgence dramatique pour la vie de l’Eglise. Je suis convaincu que la crise ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui dépend en grande partie de l’effondrement de la liturgie, qui souvent est carrément comprise « comme si Dieu n’existait pas », comme si n’avait plus d’importance le fait que Dieu soit là, qu’il nous parle et nous écoute. Si dans la liturgie n’apparaît plus la communion de la foi, l’unité universelle de l’Eglise et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où donc l’Eglise se manifestera-t-elle encore dans sa substance spirituelle ? La communauté se célèbre alors elle-même, sans que cela en vaille la peine. Et, étant donné que la communauté en elle-même n’a pas de subsistance, mais qu’en tant qu’unité, elle a son origine dans la foi du Seigneur lui-même, il devient inévitable dans ces conditions qu’on en arrive à l’explosion en partis de toutes sortes, à une opposition partisane au sein d’une Eglise qui se déchire elle-même.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique, qui redonne vie au vrai héritage du concile Vatican II.

La pauvreté iscariote

Voici quelques rappels de bon aloi, plus que jamais nécessaires, signés par le P. Louis Bouyer :


« (…) Les antiquaires dénués de scrupules n’ont jamais connu d’aussi beaux jours que depuis qu’on leur liquide les quelques belles choses qui pouvaient demeurer dans les sanctuaires – dont le prêtre pourtant n’est que le gardien – pour payer les caisses à savons dont on construira le « podium », où se dresseront les tréteaux baptisés « autel face au peuple », plus les quelques blouses de garçons épiciers qui feront les « aubes » nécessaires à la figuration. Après quoi, il ne reste plus qu’à planter le micro pour la messe-crochet radiophonique. En ces temps où, comble d’ironie, on ne parle que de « promotion des laïcs », le cléricalisme le plus ingénu se donnera libre cours dans ce décor fait par lui et pour lui. L’intarissable « commentateur », occultant sans peine l’officiant falot qui expédie derrière lui les exigences rubricales, pourra imposer enfin sans contrainte au bon peuple chrétien la religion de M. le Curé ou de M. le Vicaire à la place de celle de l’Église… L’ennui que dégagent ces « célébrations » a fait rejoindre d’un coup au catholicisme le plus évolutif ce que le protestantisme le plus rétrograde pouvait connaître de désolante pauvreté. (…) Il paraît que l’Église convertirait tout le monde si seulement les Évêques coupaient leur cappa magna. Reste à savoir si, pour restituer à l’Église l’esprit de pauvreté des Béatitudes, il suffit de la mettre en savate. Et, quand tel serait le cas, il faudrait encore être sûr que la pauvreté doive être présente d’abord dans le culte, et non dans la vie des chrétiens. C’est un peu facile de se faire une bonne conscience sur ce point en louant Dieu dans une bicoque pour ensuite retrouver chez soi sa télévision, son frigidaire, son chauffage central, toutes choses dont il ne peut être question pour personne de se priver au nom de quelques conseils évangéliques, trop évidemment dépassés par la « planétisation » contemporaine ! Osons donc mettre en doute deux préjugés qui font de la liturgie catholique, de nos jours, trop souvent, la plus triste chose qu’elle ait jamais été. Le premier, c’est qu’elle ne peut être évangélique qu’en étant pauvre. Et le second, c’est que la pauvreté, c’est le négligé. (…) La pauvreté dans le culte ne signifie point le laisser-aller (qui produit régulièrement les formes de laideur les plus sinistres), et un culte authentiquement pauvre, même s’il répond à certaines exigences de la foi, ne répond pas à toutes. (…) Défions-nous d’une pauvreté iscariote, qui lésine au nom des pauvres sur les frais du culte, quoi qu’elle ne se fasse aucun scrupule de jeter l’argent par les fenêtres pour toutes sortes d’inutilités qui n’ont pas l’excuse (ou le tort) d’être belles. » (P. Louis BOUYER, Oratorien).

Mais qui donc est cette personne qui ose dire des choses aussi violentes ? Un « intégriste », un promoteur d’une vision étriquée du traditionnalisme ?

Voici donc une présentation (comme d’habitude, commentaires et soulignements sont de nous).

Présentation (source : http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Le-parcours-etonnant-de-Louis-Bouyer-theologien-de-renom-2014-09-24-1211188 )

MÉMOIRES, Louis Bouyer

ÉDITIONS CERF, PARIS , 336 PAGES , 29 €


MÉMOIRES

de Louis Bouyer

Paris, Éditions Cerf, 336 p., 29 €

Le P. Louis Bouyer (1913-2004) fut certainement un des plus grands théologiens du XXe siècle, en tout cas un de ceux, finalement assez rares, qui réussirent à publier de vraies synthèses. Dans l’abondance de ses publications, on trouve en effet trois trilogies consistantes, dont une consacrée à la Trinité: Le Fils éternel (1974), Le Père invisible (1976) et Le Consolateur (1980).

En liturgie, il fut un des pionniers dans les années qui précédèrent le concile Vatican II et son fameux Mystère pascal (1945) avait été lu et médité par bien des pères conciliaires… Ensuite, dans les années post-conciliaires, il se montra assez critique sur les évolutions en cours dans l’Église, ce qui ne lui valut pas que des amis dans les milieux universitaires de l’époque! [C’est le moins qu’on puisse dire. Il fut en quelque sorte ostracisé par la bien pensance cléricale de l’époque.]

Aujourd’hui, depuis son décès, ses œuvres les plus importantes sont heureusement rééditées, surtout au Cerf et chez Ad Solem. Il manquait alors ses mémoires, qu’il avait expressément voulu voir paraître après sa mort: nombreux furent alors ceux qui les attendaient depuis presque une décennie!

Écrites dans une langue française du plus pur classicisme, ces Mémoires donc enfin parus racontent un itinéraire étonnant. Bouyer fut en effet l’enfant unique d’un couple protestant établi à Paris ou dans sa proche banlieue.

Les débuts de l’ouvrage racontent assez longuement son enfance et sa jeunesse, marquées, alors qu’il avait 11 ans, par la mort de sa mère, chrétienne qui resta durablement influencée par la stricte piété darbyste expérimentée lors d’un séjour en Angleterre.

Esprit brillant, Bouyer devint pasteur assez jeune. Pour lui, le protestantisme, plus précisément le luthéranisme, ne se situait pas dans une opposition systématique au catholicisme et à l’Église des origines, comme pour beaucoup d’autres protestants malheureusement.

Au contraire, il souhaitait essayer une « recatholicisation du protestantisme, non seulement restant mais devenant, de ce fait, plus fidèle que jamais à l’inspiration première et fondamentale de la Réforme». [Prêtre oratorien, son parcours est une sorte de parallèle, en terme de conversion et de théologie, de celui de Newman]Mais il dut bien se rendre compte que c’était là une tâche titanesque et, finalement, il devint catholique à l’âge de 26 ans.

Toute sa vie attiré par les bénédictins, il entra néanmoins à l’Oratoire de France qui lui laissa toujours une grande liberté. [Il est enterré à l’abbaye Saint Wandrille]

Ses Mémoires vont jusqu’au Concile. Ce qu’il raconte est très intéressant, mais toujours pointe un ton polémique; car Bouyer, peu conciliant, ne se sentira jamais vraiment à l’aise par rapport à certaines orientations conciliaires, et encore moins par rapport à leurs mises en pratique ultérieures, qu’elles soient liturgiques ou ecclésiologiques (il est très virulent sur la collégialité épiscopale, par exemple).

Il n’hésite pas non plus à s’attaquer nommément à tel ou tel homme d’Église qui a pu jouer un rôle important au Concile («Le méprisable Bugnini», [C’est grâce à Bouyer que la forfaiture menée par Bunigni sur le Consilium pour l’application de la réforme liturgique du Concile, c’est-à-dire la commission de liturgiques désignés par le pape pour mettre ene œuvres les orientations de Sacrosanctum Conclium, la constitution dogmatique sur la liturgie de Vatican II – dont Bouyer était membre – a été connue du pape Paul VI ; ] «Le brave et quelque peu nigaud Charles Moeller», «Un trio de maniaques», «Ces trois excités», etc.).

Bref, que ce soit dans sa charge d’enseignant en théologie à la Catho de Paris ou à la Commission théologique internationale, il eut du mal à collaborer avec d’autres et préféra démissionner, ce qui lui laissa des aigreurs durables. [le manque d’esprit d’équipe, c’est en effet souvent le reproche qu’on fait aux esprits brillants et libres, aux défenseurs de l’intelligence et de la vérité…]

Il est un peu dommage que sa verve polémique soit si présente dans ses dernières pages mais, heureusement, il nous reste de toute manière à nous replonger dans son œuvre théologique; là, nous savons avec certitude que nous en tirerons toujours du profit

David Roure

Voir aussi :

http://www.collegedesbernardins.fr/fr/evenements-culture/colloques/actualite-et-fecondite-d-un-maitre-louis-bouyer-1913-2004.html

Miséricordine ou jansénifalgan ?


Comme chacun sait, l’Église, pour la fête Dieu (ou solennité du Corps et du Sang du Christ) chante la séquence « Lauda Sion ». Une séquence qui renvoie au jeudi saint, la fête Dieu ayant elle-même dans son contenu liturgique de forts accents pascals. Voici un extrait significatif de cette séquence, dont le texte a beaucoup inspiré les compositeurs depuis l’époque moderne.

Ecce panis angelorum * factus cibus viatorum, * vere Panis filiorum * non mittendis canibus.

In figuris præsignatur, * cum Isaac immolatur, * Agnus paschæ deputatur * datur manna patribus.

Bone pastor, Panis vere, * Jesu, nostri miserere, * Tu nos pasce, nos tuere, * Tu nos bona fac videre * in terra viventium.

Tu qui cuncta scis et vales, * qui nos pascis hic mortales * tuos ibi commensales, * Coheredes et sociales * Fac sanctorum civium. Amen. Alleluia.

Voici le pain des anges devenu l’aliment de ceux qui sont en chemin, vrai Pain des enfants à ne pas jeter aux chiens.

D’avance il est annoncé en figures, lorsqu’Isaac est immolé, l’Agneau pascal, sacrifié la manne, donnée à nos pères.

Ô bon Pasteur, notre vrai Pain, Jésus, aie pitié de nous. Nourris-nous, protège-nous, fais-nous voir le bonheur dans la terre des vivants.

Toi qui sais tout et qui peux tout, Toi qui sur terre nous nourris, fais que, là-haut, invités à ta table, nous soyons les cohéritiers et les compagnons des saints de la cité céleste. Amen. Alléluia.

Comme beaucoup de séquences, ce texte n’est pas seulement intéressant pour ses instances musicales, mais surtout pour la pertinence de son texte. Les gens buttent souvent sur trois mots « non mittendis canibus ». Les chiens désignant de façon imagée ou non ceux qui ne peuvent approcher de la Ste Communion, notamment les divorcés remariés ou encore d’autres pêcheurs. Alors que le point clef – doctrinal – de ce texte est quelques lignes plus loin : « Tu nos bona fac videre in terra viventium ». Fais –nous voir le bonheur sur la terre des vivants.

Ce point précis n’est pas neutre et aidera probablement à résoudre l’imbroglio théologique absolument ridicule dans lequel se trouve la théologie du mariage aujourd’hui autour de la question des divorcés remariés.

Rappel du contexte : à grand renfort d’appel au débat, de fuites dans la presse, de promotion d’une certaine « miséricorde » – y compris avec des procédés d’un pseudo marketing calqué sur celui des grands groupes pharmaceutiques (la fameuse « miséricordine » distribuée place Saint Pierre au Vatican) on a fini par faire croire aux gens que la miséricorde divine, et l’année sainte afférente qui vient d’être annoncée par le pape – était assimilable à une sorte de Yom Kippour étendu sur un an, à l’issue duquel, tout sera oublié, « recouvert », qu’il suffira de décréter lors de la prochaine année de la miséricorde. Une sorte de grand effacement de la dette des pécheurs, dans un procédé unilatéral comparable à celui du FMI envers la dette des pays du tiers monde…

Or, Jésus n’est pas là comme l’envoyé de Dieu qui viendrait proclamer une amnistie générale, il se met du côté des hommes et, en leur nom, avec eux, il vient présenter à Dieu une offrande réparatrice. Dieu n’a pas à changer sur ce point, et, de courroucé qu’il était, à devenir miséricordieux, c’est nous qui avons à être libérés des conséquences de notre mal. C’est pourquoi nous avons besoin que tombent nos liens d’avec le mal, et le premier d’entre eux : la mort. Et c’est bien cela que nous célébrons dans l’Eucharistie : Jésus, Messie, assume entièrement la condition de l’homme et puisse rétablir le Royaume, il fallait qu’il porte le péché afin que les liens du péché puissent être dissous. Il fallait donc qu’il soit mis à mort par les pécheurs, à cause du péché lui qui n’a pas péché. Il a compensé la désobéissance d’Adam, par son obéissance jusqu’à la mort. C’est ce que nous prêche S. Jean-Baptiste dans l’Évangile du 2ème dimanche per annum … Voici l’agneau de Dieu, qui prend sur Lui les péchés du monde entier (et donc les miens, les tiens…). C’est ce que nous proclamons le samedi saint dans la liturgie des Ténèbres en célébrant la descente du Christ aux Enfers, et sa victoire sur la mort.

O Mors ero Mors tua, morsus tuus ero, inferne!

O Mort, je serai ta mort, je serai ta morsure, ô enfer !

C’est aussi ce que nous dit l’Exsultet :

O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !

O heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur !

Ce que célèbre particulièrement l’Église dans le triduum, c’est la rencontre du Christ avec la mort, pour la vaincre. Le jeudi saint il institue le sacrement eucharistique, le sacrement des sacrements, celui qui nous rend proches de Dieu, en Jésus.

Les sacrements sont d’abord pour la terre, ne se comprennent bien que dans la perspective de la Rencontre ultime et plénière, dont ils sont, en quelque sorte, des anticipations. Ils anticipent le salut personnel et en même temps la gloire que Dieu doit manifester un jour sur cette terre – ce qui ne peut être exprimé que dans une vision du sens de l’histoire humaine. Ainsi, chaque sacrement est déjà un contact mystérieux avec le Christ sous un certain rapport à l’histoire humaine. En particulier, on peut penser à l’Eucharistie, dont le sens en grec est simplement celui de « rendre grâce », mais dont l’équivalent en araméen, plus précis encore que celui de mystères, est qourbanah, signifiant le fait de s’approcher jusqu’à toucher. On ne peut mieux exprimer ce contact : Jésus qui vient « toucher » l’homme.
P. EM Gallez

Les sacrements sont pour cette terre. C’est exactement la signification, l’enseignement doctrinal de la séquence Lauda Sion, composée par S. Thomas d’Aquin: fais-nous voir le bonheur dans la terre des vivants. C’est ce qu’ont tendance à oublier les tenants d’une certaine « théologie de la miséricorde », qui oublient précisément que le salut définitif de la personne se joue en fait dans le jugement particulier, c’est-à-dire dans la mort, et de façon autonome par rapport à la vie sacramentelle de la personne. Le sacrement nous ouvre la port du bonheur, nous fait toucher la béatitude qui pourra – ou non – se prolonger dans l’éternité. Le sacrement, par les mérites de la passion et de la Croix, redonne sa dignité à la vie humaine, une vie qu’a assumée le Christ.

Cette attitude contraste lourdement avec l’attitude janséniste, qui considère en fin de compte que la vie liturgique et sacramentelle n’est pas si fondamentale, puisque la vie terrestre elle-même ne l’est pas, comme si nous étions (attitude platonicienne) avant tout des âmes infusées dans des corps que nous devons supporter. De cette approche augustino-janséniste procède une attitude qui finit par rendre la culpabilité enfermant jusqu’à la dépression ou au contraire la négligence complète par rapport à la question de la culpabilité : il faut bien s’en sortir, continuer à respirer, malgré les fautes… On les amnistie. C’est la grande braderie, la kermesse du recouvrement. Mais ce n’est pas la miséricorde, puisque Dieu n’intervient plus dans nos vies ; puisque le sacrement lui-même n’est pas vraiment opérant.

Bref, la « miséricordine » devient en réalité le médicament générique du « jansénifalgan »…

AVERTISSEMENT : Le Jansénifalgan : indiqué pour tous les angoissés de la contrition.
Mais autant prévenir tout de suite. Si cela soigne quelques symptômes, ce médicament ne s’attaque pas à la maladie elle-même. Il est par ailleurs extrêmement addictif et malheureusement en libre service dans la plupart des paroisses en France, alors même qu’il a été interdit par le magistère, de façon ferme et répétée.

Lui, Il n’est pas #Charlie, IL EST


Evangile de Saint Jean, Ch.18

1 Haec cum dixísset Iésus, egréssus est cum discípulis suis trans torréntem Cedron, ubi erat hortus, in quem introívit ipse et discípuli eíus. 2 Sciébat autem et Iúdas, qui tradébat eum, locum, quia frequénter Iésus convénerat illuc cum discípulis suis. 3 Iúdas ergo, cum accepísset cohórtem et a pontifícibus et pharisǽis minístros, venit illuc cum lantérnis et fácibus et armis. 4 Iésus ítaque sciens ómnia, quae ventúra erant super eum, procéssit et dicit eis: « Quem quǽritis? » 5 Respondérunt ei: « Iésum Nazarénum. » Dicit eis: « EGO SUM! » Stabat autem et Iúdas, qui tradébat eum, cum ipsis. 6 Ut ergo dixit eis: « EGO SUM!« , abiérunt retrórsum et cecidérunt in terram. 7 Íterum ergo eos interrogávit: « Quem quǽritis? » Illi autem dixérunt: « Iésum Nazarénum. » 8 Respóndit Iésus: « Díxi vobis: Ego sum! Si ergo me quǽritis, sínite hos abíre », 9 ut implerétur sermo, quem dixit: « Quos dedísti mihi, non pérdidi ex ipsis quemquam. »

1 Après avoir dit ces choses, Jésus alla avec Ses disciples au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel Il entra, Lui et Ses disciples. 2 Judas, qui Le trahissait, connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y était souvent venu avec Ses disciples. 3 Judas, ayant donc pris la cohorte, et des gardes fournis par les princes des prêtres et les pharisiens, vint là avec des lanternes, des flambeaux et des armes. 4 Jésus, sachant tout ce qui devait Lui arriver, vint au-devant d’eux, et leur dit: Qui cherchez-vous? 5 Ils Lui répondirent: Jésus de Nazareth. Jésus leur dit: JE SUIS. Or Judas, qui Le trahissait, se tenait là aussi avec eux. 6 Lors donc que Jésus leur eut dit: JE SUIS, ils reculèrent et tombèrent par terre. 7 Il leur demanda de nouveau: Qui cherchez-vous? Et ils dirent: Jésus de Nazareth. 8 Jésus répondit: Je vous ai dit que c’est Moi; si donc c’est Moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. 9 Il dit cela, afin que s’accomplit cette parole qu’Il avait dite: De ceux que Tu M’as donnés, Je n’en ai perdu aucun.

Evangile deSaint Marc, Ch. 14

60 Et exsúrgens summus sacérdos in médium interrogávit Iésum dicens: « Non respóndes quidquam ad ea, quae isti testántur advérsum te? » 61 Ille autem tacébat et nihil respóndit. Rursum summus sacérdos interrogábat eum et dicit ei: « Tu es Christus fílius Benedícti? » 62 Iésus autem dixit: « EGO SUM, et vidébitis Fílium hóminis a dextris sedéntem Virtútis et veniéntem cum núbibus caeli. » 63 Summus autem sacérdos scindens vestiménta sua ait: « Quid adhuc necessárii sunt nobis testes? 64 Audístis blasphémiam. Quid vobis vidétur? » Qui omnes condemnavérunt eum esse reum mortis.

60 Alors le grand prêtre, se levant au milieu de l’assemblée, interrogea Jésus, en disant: Tu ne réponds rien à ce que ces hommes déposent contre Toi? 61 Mais Jésus Se taisait, et Il ne répondit rien. Le grand prêtre L’interrogea de nouveau, et Lui dit: Es-Tu le Christ, le Fils du Dieu béni? 62 Jésus lui répondit: JE SUIS; et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. 63 Alors le grand prêtre, déchirant ses vêtements, dit: Qu’avons-nous encore besoin de témoins?


Oui Jésus est conduit à mort parce qu’on l’accuse de blasphème. Oui Jésus affirme lui-même Sa divinité ; sa réponse « JE SUIS » en est l’affirmation publique. « JE SUIS » c’est précisément le nom même de Dieu. Bien sûr c’est la raison pour laquelle les gardes tombent par terre au jardin des Oliviers, et que Jésus est convaincu de blasphème devant Caïphe. Les princes des prêtres savent parfaitement ce que signifie ce « JE SUIS », puisque c’est comme cela que se nomme Dieu lui-même à Moïse :

Livre de l’Exode, Ch. 3 :

13 Ait Móyses ad Deum: « Ecce, ego vadam ad fílios Israel et dicam eis: Deus patrum vestrórum misit me ad vos. Si díxerint mihi: ‘Quod est nomen eíus?’ quid dicam eis? » 14 Dixit Deus ad Móysen: « EGO SUM qui sum. » Ait: « Sic dices fíliis Israel: QUI SUM misit me ad vos. » 15 Dixítque íterum Deus ad Móysen: « Haec dices fíliis Israel: Dóminus, Deus patrum vestrórum, Deus Ábraham, Deus Ísaac et Deus lacob, misit me ad vos; hoc nomen mihi est in aetérnum, et hoc memoriále meum in generatiónem et generatiónem.

13 Moïse dit à Dieu: J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. Mais s’ils me disent: Quel est son nom? que leur répondrai-je? 14 Dieu dit à Moïse: JE SUIS Celui qui est. Voici, ajouta-t-Il, ce que tu diras aux enfants d’Israël: CELUI QUI EST m’a envoyé vers vous. 15 Dieu dit encore à Moïse: Tu diras ceci aux enfants d’Israël: Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. Voilà Mon nom pour l’éternité, et voilà Mon mémorial de génération en génération.

O Crux Ave Spes Unica


Rappel : nous chantons l’office des Vigiles de la Croix (In Exalatatione Sanctae Crucis) à 12 répons le 13 septembre à 12 :00, à la Grand Eglise, place Boivin, 42000 Saint Etienne.

 

C’EST UN ÉPISODE bien curieux que rapporte le livre des Nombres au chapitre 21. Les Hébreux, qui tournent dans le désert depuis des années, sont probablement arrivés dans le Néguev, près de la faille qui prolonge au sud la Mer Morte. Moïse et Aaron sont très âgés. Ce dernier ne va pas tarder à mourir. Dans cette interminable marche, c’est encore une fois la révolte : « pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans ce désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! ». Même la manne est devenue insupportable ! La riposte du Seigneur prend la forme des serpents à la morsure brûlante, à laquelle succombe un bon nombre d’Israélites. Encore une fois, Moïse intervient, intercède et obtient la cessation du fléau. A une condition : regarder un serpent en bronze que fait fondre Moïse et qu’il met au sommet d’un mât. Tel est l’épisode dont se sert Jésus pour annoncer sa Croix : « de même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert… » Quel rapport ?

Revenons sur le récit des Nombres qui nous donne un minimum de renseignements. Malgré l’interdit de représenter des êtres vivants, spécialement des reptiles (Deutéronome 4,18), Moïse est chargé de fabriquer un serpent en bronze qui doit conjurer le fléau. Le thème est peut-être repris à la vieille magie imitative qui soigne le semblable par le semblable. En tout cas, c’est une invitation à regarder en face la cause de nos maux, à se rappeler ce qui a provoqué le châtiment, car la grâce n’est pas l’oubli de la faute, mais sa guérison en profondeur, ce qui suppose de rompre avec le péché dont on a goûté les fruits amer.

Nous commençons peut-être à comprendre ce que nous dit le Christ quand il compare sa Croix avec le serpent d’airain. Mais écoutons sa phrase jusqu’au bout : « … ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». Ce qui semble à première vue être mis en valeur comme point commun entre le serpent d’airain et la Croix, c’est la situation élevée de celui qui est ainsi exposé. Petite élévation sans doute, car tout ce que l’on sait maintenant du supplice de la croix nous amène à penser que Jésus n’était pas à dix mètres de haut, mais presque à hauteur d’homme (sans cela comment se ferait-il entendre, lui qui était perpétuellement en état d’étouffement ?). Mais il est dressé, exposé à la vue de tous.

Pourtant, à la différence du serpent, il n’est pas le vecteur du châtiment divin. Si châtiment il y a, c’est sur lui qu’il est tombé. Nous sommes tout près de la phrase du prophète Zacharie citée par saint Jean au moment de la Passion : « ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Ce qu’il s’agit de contempler, c’est dans les deux cas ce à quoi a abouti notre péché : la morsure des serpents dans un cas, la mort du juste dans l’autre. Pas de salut à moins d’avoir vu la gravité du mal et son origine dans le cœur de l’homme. La vie éternelle suppose l’épreuve de vérité qui est identifiée ici à la foi : croire ce que Dieu nous montre de notre rupture première avec lui et accepter le remède inouï qu’il nous propose.

 

O Croix, notre unique espérance, nous te saluons !

Michel GITTON