XXXIIIème dimanche per annum : Il attend que ses ennemis soient mis sous ses pieds

         AVEC ÇA, nous voilà bien avancés ! Le monde continue, l’histoire s’écrit jour après jour, les hom-mes naissent et meurent et tout cela jusqu’à quand ? Jus-qu’à ce que tous les ennemis du Christ soient réduits à né-ant ! Drôle de pers-pectives ! L’histoire serait elle le champ de bataille où Dieu réglerait ses comptes par-dessus nos têtes ? Nous aimerions quelque chose de plus positif, qu’on nous parle de progrès, de monde en croissance, de construction du Royaume, que sais-je encore ?

Pourtant pas moyen d’avoir une vision totale de l’histoire en mettant en dehors ce côté d’affrontement entre le Christ et celui que saint Jean appelle « le Prince de ce monde ». Ce titre est, à vrai dire, surprenant et je me souviens que la première fois que je l’ai entendu à 9 ans au catéchisme, j’ai cru qu’on me parlait de Jésus. Eh bien non, il y a bien un être créé par Dieu, un être splendide et fait pour la lumière, qui un jour s’est dressé contre le projet de celui-ci, et qui maintenant dispose du pouvoir qui lui avait été confié pour contrarier l’œuvre du Créateur. Sans entra-ver complètement la Providence divine qui continue d’agir sur les marges, il pèse de toute sa puissance sur ce cosmos qui était son apanage, afin de troubler et de retarder les hommes que Dieu aime et dont il veut faire ses fils. Pas besoin de chercher d’autre explication aux catastrophes petites et grandes qui surgissent de ci delà et sont si souvent l’occasion de scandale (comment Dieu peut-il permettre des choses pareilles ?). Lui exulte devant cette méprise dont il est l’auteur, n’est-il pas le « Satan », l’accusateur, qui accuse autant Dieu devant les hommes, que les hommes devant Dieu (relisez les premiers chapitres du livre de Job) ?

Seulement les jours de son règne sont comptés, car il a pris un coup sur la tête dont il ne se remettra pas. Le Fils est venu chez nous et il a revêtu notre chair pour nous délivrer de sa tyran-nie : il a pu le défier en face, sur son terrain, en ce monde dont Satan se croyait le maître. Il lui a présenté un adversaire en apparence désarmé, un petit d’homme, dans lequel l’autre était prêt à reconnaître un être supérieur, mais qu’il pensait faire plier comme les autres, par la souffrance… Et il n’y est pas arrivé, il a dû lâcher sa proie et avec elle beaucoup d’autres qu’il retenait captif dans les enfers…

Pourtant il n’est pas complètement réduit à l’impuissance. L’Apocalypse nous dit qu’après avoir échoué devant l’enfant de la Femme, « le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. » (Apocalypse 12,16). Dans sa rage désespérée, il s’en prend par priorité aux disciples du Christ et c’est l’histoire des persécutions qui depuis l’aurore du christianisme sévissent sur la face de la terre. Mais cela aussi cessera, un jour les trompettes du Jugement sonneront et le démon et ses anges, défaits en un ultime combat, seront engloutis dans l’étang de feu (Apocalypse 20,10).

Cette victoire est celle du Christ, mais elle est aussi la nôtre, car c’est la fidélité de chaque disciple de Jésus, qui, en fermant la bouche au Démon, a préparé son éviction définitive. Ce monde, où il régnait par la lâcheté de tous, lui est devenu en partie étranger. Lui qui excellait à passer inaperçu et à s’infiltrer partout est obligé de se montrer au grand jour et de consommer ainsi sa défaite, car la lumière ne lui convient décidément pas et, quand il jette le masque, ses prestiges n’ont plus d’effet. Il se révèle un "tigre en papier" qui ne peut soutenir ses prétentions.

Voilà une manière qui en vaut bien une autre de se représenter l’avancée du Règne de Dieu. En tout cas, elle nous ouvre les yeux sur la réalité présente du combat où nous sommes engagés.                                

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