XXXIIème dimanche per annum : un don pas très raisonnable

Il y a des gens pour dire, devant l’exemple des saints de jadis ou des âmes ferventes de notre époque, « le Bon Dieu n’en demande pas tant ! » Il est facile de se mettre à la place de Dieu et de décider pour lui ce qui est raisonnable et ne l’est pas. Mais une choses est sure : l’amour n’est pas raisonnable, entendons pas là qu’il n’a rien à faire des mesures étriquées où on voudrait l’enfermer. Comme l’être aimé requiert tout son soin, tous ses vœux, celui qui aime ne peut tolérer d’être arrêté par la considération de son intérêt à lui, par la vue mesquine des inconvénients qu’il risque de rencontrer sur sa route. Il marchera des heures entières sous la pluie pour chercher le médicament qui permettra à ce petit être qui tousse de respirer et de se reposer enfin.

 

C’est une maladie de notre monde que le zèle pour Dieu soit tout de suite suspecté d’excès et de sombre fanatisme : les pèlerins qui arrivent à Fatima à genoux, les capucins qui marchent pieds nus par tous les temps, les moines grecs qui jeûnent et se privent même de boire pendant une partie de la journée malgré la chaleur ambiante nous paraissent d’un autre âge. Et pourtant Jésus a bel et bien fait l’éloge de cette femme qui, de son indigence a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre (Marc 12,44). Ne devait-elle pas garder quelques ressources en cas d’hospitalisation ou pour aider son prochain ? Ce n’est pas Jésus qui le lui conseille, apparemment

 

Certes le christianisme n’a jamais accepté que le zèle des renonçants aille jusqu’à certains excès destructeurs : la castration d’Origène, certaines excentricités des moines « stylites » (c.a.d. vivant sur une colonne), tout cela a été en son temps refusé, voire condamné. Mais jamais l’Eglise ne s’est pas reconnue le droit de réprimer les saintes ardeurs de ses enfants qui se sentaient portés à donner beaucoup pour l’amour de Jésus, elle a béni les instruments de pénitence qui ne mettent pas la santé en danger mais frottent la chair, elle a admis les recluses qui peuplaient jadis les combles de nos églises etc… En ces temps où la ferveur se refroidit et où un certain vieillissement guète nos sociétés, on est tenté de regarder d’un mauvais œil tout ce qui tranche avec la médiocrité générale. N’entrons pas dans cette voie, même si nous devons, pour nous-mêmes, faire montre de prudence et nous contenter de toutes petites choses pour ne pas compromettre notre santé.

 

La gratuité de ces sacrifices petits et grands fait partie de leur valeur. Ne disons pas, comme Judas devant les prodigalités de Marie (Magdeleine ?) : « avec cet argent on aurait pu soulager les pauvres » (Jean 12,5). Les grands pénitents ne sont pas les derniers à se pencher sur la misère des pauvres, mais leur charité tire sa source de cet amour préférentiel pour Jésus, mûri dans le silence et l’offrande cachée. Bien sûr, le Christ n’a besoin de rien de tout ce que nous pouvons lui donner et nos privations ne lui apportent rien, mais le don fait pour lui intensifie l’amour entre lui et nous, il unifie notre être autour de cette quête du Bien-Aimé, il fortifie notre volonté et nous permet de donner corps au désir qui nous habite… Il sera temps ensuite d’aller dans les squats et les stations de métro au-devant de nos frères pauvres, avec le feu dans le cœur…

 

Vous ne voulez pas essayer ?

 

Michel GITTON

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