XXVIIème dimanche per annum : Jésus, abaissé un peu en dessous des anges

L’Epître aux Hébreux est un texte merveilleux. A côté d’échos éblouissants sur le sacrifice du Christ, c’est un des rares passages du Nouveau Testament qui traite de l’Incarnation comme telle, c’est-à-dire du mouvement qui a amené un de la Trinité à se faire l’un de nous.

 

Pas de doute : pour l’auteur anonyme de la lettre (Apollos ? Barnabé ?), Jésus est bien le Fils éternel du Père, il est « resplendissement de sa gloire et expression de son être et il porte l'univers par la puissance de sa parole » (1,3), comme nous l’entendons à la messe du jour de Noël. Il est donc tout à fait dans la sphère de Dieu. Mais en même temps, il est tout en entier de notre côté. Et le passage lu cette semaine nous en donne la raison : ce sont des hommes de chair et de sang qu’il s’agit de sauver. L’homme, seul de toutes les créatures, avait la vocation de devenir un fils dans l’amour du Père. C’est donc dans l’humanité et pas ailleurs que devait briller cette filiation. Comme nous n’en sommes plus capables, le Fils éternel, le champion toutes catégories de la filiation, vient chez nous et réalise son œuvre, ce qu’il était seul capable de faire : offrir au Père un acte de totale obéissance, de complète remise de lui-même, jusque dans l’abîme du mal et du péché.

 

Pour cela, il est abaissé un peu au dessous des anges. Qu’est-ce à dire ? Il faut comprendre que l’auteur de l’Epître réfléchit à partir du texte d’un psaume (le psaume 18, verset 6) que nous appliquons à l’homme ordinaire, alors que lui l’entend du Fils de l’Homme qu’est Jésus. De plus, nous connaissons la traduction faite sur l’hébreu : « tu en as presque fait un dieu: tu le couronnes de gloire et d'éclat », là où lui comprend, avec la version grecque : « tu l’as fait un peu moindre qu’un ange ». Là où nous voyons la grandeur de l’homme créé par Dieu, lui voit l’abaissement du Fils qui devient homme. Mais, à la limite, peu importe le raisonnement, ce qui compte, c’est la conclusion : Jésus, en se faisant homme, n’a pas pris dans l’échelle des êtres ce qu’il y a avait de plus brillant, il a convoité cette seule place qui le rend semblable à nous, complètement.

 

Et c’est dans cette situation que lui vient la « gloire ». Et, curieusement, elle ne vient pas seulement par la Résurrection, mais déjà par sa Passion. Autant dire que cette gloire ne l’arrache pas à notre condition, n’en fait pas un être céleste qui n’aurait plus aucune attache avec la terre. Ce n’est pas parce qu’il serait moins homme qu’il serait plus près de Dieu. Dieu, il l’est par nature depuis toujours, mais c’est dans son humanité, dans cette humanité si fragile et si belle à la fois, qu’il est glorifié, c’est-à-dire élevé à une puissance, à une capacité d’intervention, à une plénitude de vie, qui le rendent capable d’intervenir de l’intérieur dans notre condition humaine, de l’infiltrer des énergies divines.

 

C’est un peu le principe du vaccin : il s’est inoculé les conséquences de notre mal pour le vaincre en lui-même, et désormais le résultat peut passer d’homme à homme, jusqu’au dernier rejeton de l’espèce humaine qui sera baptisé une heure avant la fin du monde…

 

O profondeur des pensées divines !

 

 

MICHEL GITTON

Laisser un commentaire