XXVème dimanche per annum : d’où viennent les guerres ?

C’est la question que nous pose saint Jacques, mais c’est aussi celle que nous posent les enfants quand ils ont vu les ravages que la barbarie humaine peut causer dans le monde apparemment civilisé qui est le nôtre. Il y a si peu de rapport, à première vue, entre nous et ces forces aveugles qui broient soudain le destin de milliers d’êtres humains. Sommes-nous le jouet d’une fatalité aveugle, ou bien y a-t-il quelque part des coupables qu’il faut trouver et châtier pour que le mal s’arrête ? Pendant des siècles, les hommes ont pensé que la guerre était un malheur comme un autre, infligé par Dieu à l’égal des tempêtes et des raz de marée. Depuis qu’ils se sont avisés de leur responsabilité, les choses ne vont pas vraiment mieux. A vouloir trouver les coupables, à faire la guerre à la guerre, à rêver de la « der des der » qui mettra hors la loi les fauteurs de maux, les conflits sont devenus plus inexpiables, plus généralisés, plus sournois… Alors ?

 

Alors écoutons ce que nous dit saint Jacques : D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous ? N'est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n'obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n'arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n'obtenez rien parce que vous ne priez pas ; vous priez, mais vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts. Créatures adultères ! Vous savez bien que l'amour pour les choses du monde est hostilité contre Dieu ; donc celui qui veut aimer les choses du monde se pose en ennemi de Dieu.

 

La guerre, toutes les guerres, viennent du désordre de notre cœur. Eh oui ! Il s’agit non pas de se croire coupable de tout le mal qui arrive sur terre, mais de reconnaître au fond de nous la matrice de toutes les passions qui jettent les hommes les uns contre les autres. La convoitise dont parle l’Apôtre consiste dans cet attachement désordonné à un bien limité et partiel, que certes Dieu peut nous donner comme signe de son amour, mais qui, devenu l’objet unique de notre désir, nous coupe de la source vivante de tout bien et d’ailleurs, la plupart du temps, nous échappe et nous laisse amers et déçus. Mais, en attendant, cette idolâtrie, car c’en est bien une, a entraîné mille désordres dans nos relations avec les autres. Nous nous sommes trouvés en rivalité pour la conquête d’un même bien, nous avons envié ceux qui paraissaient mieux pourvus que nous (alors qu’un peu de lucidité nous aurait montré que nous étions bien nous aussi favorisés de Dieu), nous avons cherché à éliminer en douce ceux qui risquaient de passer devant nous, nous avons nourri du ressentiment, de la haine etc…. Surtout notre intelligence a été entraînée dans le mouvement, nous avons perdu le sens des proportions, une minime blessure d’amour propre nous a paru un mal insupportable et nous avons été prêts aux plus sévères représailles, nous avons été aveugles aux raisons des autres et leur avons prêté des intentions qui n’étaient pas les leurs, nous avons confondu coupables et comparses dans une même riposte méchante, et ainsi de suite. Enfin, nous avons désespéré du bon sens et de la modération, nous nous sommes jetés dans l’affrontement que nous savions vain, par bravade, par découragement, par désir d’en finir et de tout casser.

 

Saint Jacques a bien raison de nous dire que ce qui nous a manqué, c’est la prière, la prière vraie, comme remise à Dieu de notre vie. Tous ces biens que nous convoitons, s’ils ne sont pas un cadeau de l’amour de Dieu, sont bien peu de choses, ce qui fait leur prix, leur densité, le bonheur qui s’y attache, c’est la grâce inespérée d’un sourire : l’amour d’une femme, la possibilité d’exercer des responsabilités, la reconnaissance de nos efforts, la détente physique et morale, tout cela a de la valeur, certes, mais la perdrait aussi bien, si nous cherchions à le conquérir contre les autres, si, enfant gâté, nous voulions ravir le fruit au lieu de le recevoir au moment voulu de la main du Père.

 

Michel GITTON

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