XXIXème dimanche per annum : parmi vous il n’en sera pas ainsi.

PARMI VOUS, IL N’EN SERA PAS AINSI

 

Je suis toujours impressionné par cette déclaration de Jésus, qui a l’air de dire que dans son Eglise, ça ne se passera pas du tout comme ailleurs, qu’il n’y aura pas ces rapports de domination qui prévalent dans le monde, nul ne sera là pour commander en maître et pour faire sentir son pouvoir. Bien optimiste, le Seigneur, vous ne trouvez pas ?

 

Parmi les principales raisons qui sont invoquées pour disqualifier l’Eglise comme représentante autorisée de Jésus-Christ, il y a précisément celle-là : c’est une société comme les autres, où le goût du pouvoir, les querelles de personnes, la recherche de son intérêt sévissent exactement comme ailleurs. Comment croire que c’est là que le Christ nous fixe rendez-vous ? Et on se plait à souligner à plaisir tout ce qui sépare l’organisation de l’Eglise du mode de vie de son divin fondateur, lui qui étais pauvre, n’avait pas de pierre pour reposer la tête, ne commandait pas en maître, s’entourait d’une compagnie de pauvres gens etc…etc…

 

Alors la grande question est la suivante : Jésus s’est-il trompé ? N’est-il au fond que ce doux rêveur Galiléen, qui n’avait rien prévu de ce qui est arrivé, et dont le message utopique a séduit les foules sans obtenir de réel changement dans le cours des choses ? L’Eglise, dans son histoire concrète, nous montre-t-elle autre chose que la victoire de réalistes sur les mystiques, le triomphe de l’institution sur les charismes et finalement l’oubli du vrai Jésus, enseveli sous les honneurs divins qu’il n’avait jamais réclamés ?

 

Le Christ ne s’est pas trompé. Il savait fort bien que, dans le monde où nous vivrions, nous ne serions pas épargnés par la tentation, et que nous aussi, nous chercherions à nous organiser à notre niveau, sans plus tenir compte de la provocation qu’il était venu apporter. Visant directement les « intendants » de son Eglise, c’est-à-dire ceux qui ont une autorité, il déclarait : « si ce serviteur se dit en son coeur: "Mon maître tarde à venir " et qu'il se mette à battre les garçons et les filles de service, à manger, à boire et à s'enivrer, le maître de ce serviteur arrivera au jour qu'il n'attend pas et à l'heure qu'il ne sait pas: il le chassera et lui fera partager le sort des infidèles » (Luc 12,45).

 

Il est certes possible d’agir dans l’Eglise comme dans n’importe quelle société humaine, où dominent l’ambition et la volonté de puissance etc. Mais le Seigneur a fait ce qu’il fallait pour que cela soit si insupportable que le ridicule nous saute aux yeux et nous réveille. On n’est pas impunément le serviteur du Crucifié. Même si on est tenté de faire son petit chef, il y a bien un moment où l’odieux de la situation apparaît, et où on va se reprendre. D’autre part, Jésus a fait ce qu’il fallait pour que l’autorité dans son Eglise soit d’un genre un peu particulier : « serviteur des serviteurs du Seigneur » s’intitule le Pape, et même en pleine Renaissance, où il était particulièrement tenté de jouer au prince fastueux, il était bien obligé le Jeudi Saint de laver le pieds des pauvres et de se rappeler qu’il avait à faire des saints et non à gagner des batailles… L’Eglise, c’est cela : partout ailleurs la société est organisée pour l’avantage de ceux qui occupent le haut de l’échelle, chez elle, c’est l’inverse, le plus grand des prélats n’a d’autre mission au fond que de permettre au plus petit de ses frères de rencontrer Jésus-Christ.

 

Ce n’est pas dire que c’est simple et il faudra sans cesse entendre l’Apôtre Pierre rappeler aux responsables de l’Eglise : « paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, en veillant sur lui non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu; non par cupidité, mais par dévouement. N'exercez pas un pouvoir autoritaire sur ceux qui vous sont échus en partage, mais devenez les modèles du troupeau. Et quand paraîtra le souverain berger, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1Pierre 5,2-4).

 

Mais à qui sait voir et ne s’arrête pas aux clichés, il sera peut-être donné de percevoir dans l’Eglise, notre Eglise, quelque chose de cette nouveauté.

 

Michel GITTON

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