XXIVème dimanche per annum : mettre sa Foi en pratique

Le Nouveau Testament n’est pas un texte simple. Il nous oblige à bien des acrobaties si nous voulons prendre tout ce qu’il nous indique sans sélectionner une partie qui nous conviendrait plus qu’une autre. Après nous avoir dit, avec saint Paul, que seule la foi nous sauve et que nos prétentions à faire quelque chose de valable dont Dieu devrait tenir compte ne sont qu’orgueil et illusion, voilà qu’un autre Apôtre, et non des moindres, saint Jacques frère du Seigneur, vient nous expliquer que la foi, ce n’est pas grand-chose si elle n’agit pas ! Déjà, au moment de la Réforme protestante, la contradiction avait été soulignée et Luther appelait la lettre de Jacques, à cause de cela, l’ « épître de paille », c’est-à-dire de peu de valeur.

 

A vrai dire, les catholiques d’aujourd’hui se reconnaîtraient plus facilement dans la déclaration de Jacques que dans celle de Paul. Ils ne sont que trop portés à croire que le Bon Dieu n’attend pas autre chose de nous qu’un comportement droit et honnête et que notre dévouement aux autres sera récompensé par une petite place au paradis, même si l’on n’a pas la foi et qu’on ne va jamais à la messe… Êtonnez-vous après cela que pas grand monde n’ait envie de rejoindre nos rangs ! Mais justement saint Jacques ne dit pas cela, il n’est pas en train de soutenir que la foi est secondaire et peut être remplacée par un comportement altruiste, il nous dit qu’il faut tout en même temps et que la foi ne sera la foi que si elle nous engage concrètement.

 

C’est que la foi – faut-il le redire ?- ce n’est pas seulement de croire en Dieu et même en Jésus, c’est accepter de risquer sa vie sur l’appel entendu, c’est de faire confiance à celui qui nous a dit « qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui la perd à cause de moi la sauvera » (Marc 8,35). Pas moyen de penser sérieusement que nous pourrions profiter de la vie du Christ, sans nous engager dans le processus de mort et de résurrection qui est le sien. Ce que nous croyons au fond de notre cœur nous marque que nous le voulions ou non : nous devons renoncer aux idoles de nos désirs, adopter un mode de vie en contradiction avec les valeurs de ce monde, et faire confiance à une promesse dont nous ne pouvons pour l’instant mesurer l’avancée. Notre amour est à ce prix.

 

L’œuvre concrète sur laquelle insiste tant saint Jacques est la pierre de touche de cette foi. Tant que nous en restons à des velléités et de bonnes intentions sans nous risquer vraiment, nous ne sommes pas sérieux avec notre foi. L’œuvre en elle-même est certes ambiguë : rien de ce que nous pouvons faire en matière de service du prochain ou d’action humanitaire n’a de valeur en soi aux yeux de Dieu, tout cela peut comporter de l’orgueil, du mépris des autres, de la volonté de puissance, ce n’est pas une condition suffisante pour rejoindre l’intention de Dieu sur nous, mais c’est une condition nécessaire, dans la mesure de nos possibilités. D’ailleurs saint Paul le sait bien qui demande aux Corinthiens de prouver pas leur générosité dans la collecte l’authenticité de leur charité (2 Corinthiens 8,8). Il réclame une foi « opérant par la charité » (Galates 5,6)

 

Jésus surtout nous le dit avec une autorité particulière quand il affirme que ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur ! » qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui « font » la volonté de son Père (Matthieu 7,21).

 

Michel GITTON

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