XXIIème dimanche per annum : faut il avoir honte de ce que nous portons ?

Le Deutéronome nous dit cette semaine quelque chose de bien curieux : il semble vouloir nous donner l’assurance que nous, juifs et chrétiens, nous avons reçu une loi morale qui fait envie à tout le monde. Ecoutez plutôt : (c’est Dieu qui parle à son peuple) : « quand ceux-ci (les, païens) entendront parler de tous ces commandements, ils s'écrieront ; "Il n'y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !" » et il insiste : « quelle est la grande nation dont les commandements et les décrets soient aussi justes que toute cette Loi que je vous présente aujourd'hui ?» A croire que le monde entier se précipiterait pour écouter la prédication des docteurs de la Loi, tant il serait évident que ses prescriptions sont raisonnables, justes, bienfaisantes.

 

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Notre expérience serait plutôt que le message moral de la Bible a vraiment du mal à passer dans le monde qui nous entoure, à part certaines valeurs que la société  a récupérées et sur lesquelles elle s’estime en avance sur nous (l’accueil de l’autre, le respect de la personne humaine etc…). Loin de susciter l’admiration, la plupart des commandements que porte l’Eglise à la suite de la synagogue sont tournés en dérision, quand ce n’est pas en critique forcenée. C’est évident pour ce qui concerne la diginité de l’amour et le respect de la vie dès ses comencements, mais l’opposition ne s’arrête pas là : on traque les méfaits de l’héritage judéochrétien bien plus loin : l’infidélité, le mensonge, le vol, la gourmandise, tout cela ne mérite pas qu’on s’en culpabilise, il y a là un style de vie risqué qui ne s’embarrasse pas de ces scurpules et qui vaut bien l’hypocrisie des bigots, n’est-ce pas ?…

 

La tentation serait bien grande dans ces conditions de penser que la morale chrétienne ne vaut que pour les chrétiens convaincus, seuls capables de la comprendre et de l’accepter . Les Juifs, quant à eux, ont tranché depuis longtemps : la Tora est le cadeau que Dieu a fait à son peuple et à lui seul, ses prescriptions sont un signe de fidèlité pour Israël ; tandisque les nations ont tout au plus les commandements donnés à Noé après le Déluge et dont le principal est l’interdit de l’homicide. Donc chacun chez soi, à nous la fidélité aux valeurs de la Bible, les autres se débrouillent avec leur conscience.

 

L’Eglise n’a jamais complètement accepté cette position pourtant plus facile à tenir, elle a toujours cherché le contact avec les païens à propos des valeurs morales. Saint Paul en a le premier donné l’exemple, lui qui, d’une part, exhorte les chrétiens à reprendre à leur compte le meilleur des principes mis en avant par les Stoïciens de son temps (cf. Philippiens 4,8 par ex.) et, d’un autre côté, croit sérieusement à l’effet de contagion qui peut naître de la conduite des croyants convaincus. L’enseignement de l’Eglise, en rattachant les préceptes moraux de l’Evangile à la Loi naturelle, inscrite par Dieu dans le cœur de tout homme, ne se faisait pas particulièrement d’illusion sur le niveau moral de l’humanité livrée à ses propres forces, mais il supposait que tout homme, malgré l’aveuglement du péché, est capable de consonner avec l’enseignement du Christ, qu’il a un sens inné du beau et du bien qui, au contact des préceptes de la Révélation biblique, peut se réveiller.

 

Ne soyons pas sceptiques par principe sur la possibilité pour nos contemporains de reconnaître dans le message de l’Eglise une lumière qui les attire au Christ. Souvent les choses se font, il est vrai, en sens contraire : il faut évangéliser avant de moraliser et c’est la rencontre du Christ vivant qui triomphe seule de certaines rétiscences. Mais on ne peut exclure non plus le cas où des hommes devinent dans telle exigence de la foi chrétienne une beauté morale qui les convainc et les entraîne. Saint Augustin nous raconte le rôle qu’a joué dans sa conversion l’exemple des chrétiens vivant la chasteté.

 

Jean-Paul II a largement fait fond sur cette attirance possible. Il n’a cessé de présenter la vision chrétienne de l’amour et du mariage comme une Bonne Nouvelle capable de toucher le cœur des jeunes et il a rencontré auprès d’eux un écho inattendu. Et pourtant c’était sans concession à la facilité. Si nous avions moins peur des réactions des autres, nous oserions peut-être nous aussi sortir de notre coquille et dire ce qui nous anime à ceux qui nous entourent et il n’est pas sûr du tout que cela n’ouvrirait pas des portes, là où le langage consensuel et lénifiant ne fait pas sérieux.

Faisons fond sur l’assurance de Dieu : ce qu’il nous a fait parvenir n’est pas un système humain, mais le secret même de sa création, le secret de fabrication de l’homme (et de la femme !), comment la stupéfiante justesse de tout cela ne finirait-elle pas par éclater ?

 

Michel GITTON

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