XIIIème dimanche : LA PUISSANCE DE LA MORT NE RÈGNE PAS SUR LA TERRE

LES PROPOS que nous rapporte aujourd’hui le livre de la Sagesse sont proprement incroyables. Écoutons-les attentivement : Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. Tout cela va tellement à l’encontre de ce que nous percevons immédiatement (l’universelle domination de la mort) que nous nous demandons comment Dieu a pu inspirer des pensées pareilles à un auteur, quel qu’il soit. Non seulement le règne animal et le règne végétal donnent l’exemple d’une destruction systématique des individus, mais le monde humain est impensable sans une disparition des générations successives qui peuplent la terre. C’est pourquoi la sagesse de tous les peuples a fait une place à la mort, qu’il faut parvenir à apprivoiser, mais qui de toute façon surviendra. « Philosopher, c’est apprendre à mourir » disait Montaigne. D’où vient cette note discordante ?

Elle vient du même Dieu qui a dit à Adam : « tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangerais, de mort tu mourrais » (Genèse 2,17). Mais cela nous rappelle encore autre chose : à bien y regarder, toute la littérature prophétique est là pour attester une réalité parfaitement concrète mais qui échappe à la fatalité des lois qui semblent régir ce monde : « le loup habite avec l’agneau, la panthère se couche près du chevreau, veau et lionceau paissent ensemble sous la conduite d’un petit garçon » (Isaïe 11,8) et mieux encore : « Le Seigneur Sabaot fait disparaitre pour toujours la mort » (Isaïe 25,8). On me répondra : oui, d’accord, cela sera sans doute vrai un jour, Dieu transformera ce monde sans justice pour le rendre heureux et pacifique, l’homme vivra près de Dieu dans le bonheur sans fin. Mais vous voyez comme discrètement, on « spiritualise » les choses : le bonheur promis n’est pas une victoire sur la mort, mais une victoire après la mort, dans un monde autre, différent de celui-ci ; le type d’existence qu’on entrevoit est aussi peu charnel que possible ; or ce n’est pas ce que nous montre l’Écriture et pas ce que nous dit Jésus : « je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu » (Marc 14,25), c’est d’un vrai vin issu de la vigne que parle Jésus et pas de l’ambroisie des dieux de l’Olympe !

Pas moyen de comprendre le « dernier mot » de Dieu, si l’on n’accepte pas que celui-ci repose sur un « premier mot », celui dont nous parle précisément le texte de la Sagesse que nous entendons aujourd’hui : Dieu n’a pas voulu pour l’homme la mort, celle-ci s’est installée dans la condition humaine par la jalousie du diable et la complicité de l’homme pécheur. Une fâcheuse habitude nous fait croire que les commencements ne peuvent jamais être très brillants, mais qu’à la fin viendra peut-être le progrès, la lumière. Comment croire que cet homme arraché depuis peu à la condition animale puisse avoir une vie spirituelle ? Comment croire que Dieu lui ai donné les moyens d’une existence qui pourrait se renouveler sans cesse ? Cette vision évolutive, qui peut avoir sa pertinence dans certains domaines, est impropre à rendre compte de l’expérience humaine : l’histoire de l’art nous montre que des périodes très anciennes ont pu générer des œuvres d’une force et d’une profondeur incroyables. Des populations archaïques comme les pygmées ont pu révéler une finesse, une délicatesse de perception peu communes.

Et puis le premier jour de la Création n’est pas l’apparition du chaos, mais celle de la Lumière. Dieu a donc pu faire d’emblée le don d’une Vie inépuisable à l’homme, sa créature bien aimée, recherchée avec tant d’amour.

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