VOLONTÉ et BONNE VOLONTÉ

Sous le nom de volonté, on regroupe deux choses qu’on aurait intérêt, à mon avis, à distinguer soigneusement : la force du vouloir, c.a.d. l’énergie que nous mettons à réaliser nos objectifs, et l’orientation du vouloir, c.a.d. la direction que nous désirons prendre. De cette confusion résultent bien des malheurs : « là où est la volonté, là est le chemin » disait-on (dit-on ?) au Club Alpin pour marquer que la montagne est une école de courage et c’est sans doute vrai, mais cette maxime transposée dans la vie de tous les jours est terriblement élitiste : qu’est-ce que je fais, moi,  quand je n’ai pas de courage, quand ma volonté se dérobe après une, deux, dix tentatives ? Je m’arrête ? Je vais me coucher ?

 

La force de volonté est un don de Dieu, qui semble assez inégalement partagé : il y a des gens très volontaires et il y a des « abouliques » et même chacun de nous en bénéficie inégalement selon les moments, selon l’état physique et mental du jour. C’est comme cela, on peut se désoler de « manquer de volonté », mais autant s’énerver de ses pertes de mémoire, ou regretter de ne pas courir le 100m comme un champion. Certes, la volonté s’exerce comme toute chose, et si on s’habitue à y faire appel, surtout quand on est jeune, on pourra développer (un peu) le patrimoine que nous avons reçu en naissant. Certaines éducations ne préparent guère à se fixer une discipline, comme on le voit malheureusement souvent aujourd’hui, mais ceux qui ont grandi ainsi n’en sont pas plus responsables que les dyslexiques de leur handicap. D’autres entraînements, sans doute, plus spartiates, contribuent à faire des caractères trempés et des adultes volontaires, mais on a pas choisi la famille où l’on naît. Nul n’est d’ailleurs complètement sans volonté et certains, pour avoir accepté de se reprendre en main après avoir mordu la poussière, sont finalement sortis de leurs inhibitions. Reste que la volonté est bien inégalement réparti et qu’on en a rarement autant qu’on voudrait, au moment où on le voudrait.

 

Tout autre est la « bonne volonté », c.a.d. l’intention que nous avons de faire le bien, le beau, le vrai, le juste, tel que nous l’a montré notre intelligence, si nous avons pris le temps de peser les termes d’une décision et de discerner le meilleur. Le bien n’a de valeur que si je l’ai voulu, assumé personnellement dans une décision que je suis seul à pouvoir prendre. Même si j’ai à obéir, encore faut-il que j’assume cette obéissance : ayant reconnu qu’elle est un bien pour moi, je m’engage à y répondre. L’intention, l’orientation du vouloir est la condition de tout acte bon et méritoire, sans elle il n’y a que des gestes instinctifs, préhumains en quelque sorte.

 

Cette bonne volonté est en vérité une réponse à Dieu, qui me propose cet acte, cette conduite, cette parole, comme un geste d’amour en réponse à son amour. Par définition, elle est toujours possible. Dieu ne demande pas de courir le marathon à un cul de jatte ! Il n’attend pas de moi autre chose que ce « oui », dont l’efficacité sera mesurée par les forces du moment. C’est un vouloir et non une velléité que Dieu me demande, et, dans les conditions normales, il y faudra des actes (des œuvres) traduisant à l’extérieur ce que je veux donner en retour. Mais cela dépend évidemment des forces physiques et même morales du moment: le courage n’est pas toujours là au rendez-vous, la capacité de se mobiliser sur un effort est variable. Je n’ai pas le droit de m’en autoriser pour ne rien faire, mais d’un autre côté, Dieu seul saura si j’ai oui ou non utilisé toutes les ressources de volonté à ma disposition. Je peux aussi lui demander de me donner ce qui me manque pour faire concrètement sa volonté, c’est souvent le mieux.

 

Dieu est en droit d’exiger de moi cette bonne volonté, à tout instant. C’est elle qui s’exprime, lorsque j’ai péché et demandé pardon, dans l’acte de contrition : « je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser. » Tout faire bien demain excède mes prises, mais je ne suis pas menteur quand je dis que c’est cela que je veux et que ce bien est celui que je souhaite. C’est cette volonté qui s’exprime, lors de la profession de foi baptismale, dans la renonciation à Satan, « à ses pompes et à ses œuvres » : en disant « je renonce », je n’anticipe pas sur le résultat de mes choix, je choisis mon camp, je décide de me donner sans réserve à la volonté de Dieu. Peut-être, et même sans doute, arriverai-je pas à mettre complètement cette orientation en place dans ma vie, en tout cas pas tout de suite, mais je l’aurai voulue, et, dans l’élan, j’aurai mis en place quelques petits moyens pour y parvenir. C’est déjà beaucoup.

 

Michel GITTON

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