Voiler les croix et les statues

Comme chacun sait, nous approchons de la semaine sainte, pendant laquelle un rite unique dans l’année a lieu en deux étapes, lors du vendredi saint, puis lors de la vigile pascale : le dévoilement. Le vendredi saint on dévoile solennellement la croix tandis que lors de la vigile pascale, pendant le chant du gloria qui marque rituellement le passage du temps de pénitence au temps pascal, on dévoile le reste des images et des statues.

Cela sous entend bien une chose : que les croix soient bien voilées, ainsi que les images et les statues, sinon, on perd de façon notable la signification d’un rite porteur de symboles. Si la croix n’est voilée que quelques minutes avant le début de la fonction liturgique du vendredi saint où elle doit être dévoilée, tout cela n’a pas grand sens.

Dans un certain nombre d’églises, en voulant bien faire, on voile la croix et parfois le reste des statues lors du jeudi saint, de façon concomitante au dépouillement de l’autel, après avoir transféré le saint Sacrement au reposoir où il restera jusqu’au lendemain, lors de l’office du vendredi saint ou « messe des présanctifiés ».

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Messe du 5ème dimanche de Carême à Candé Sur Beuvron (Communauté Saint Martin)

Or, dans la lettre circulaire De festis paschalibus, sur la Préparation et la célébration des Fêtes pascales, Sacrée Congrégation pour le Culte divin, 16 janvier 1988 , au numéro 26, il est bien indiqué que le voilage des statues et des croix de l’église se fait pour le 5ème dimanche de Carême, c’est à dire une bonne dizaine de jours avant le vendredi saint. Le missel romain dans sa dernière édition indique ainsi au 5ème dimanche de Carême : Usus cooperiendi cruces et imagines per ecclesiam ab hac dominica servari potest, de iudicio Conferentiæ Episcoporum. Nos amis de ceremoniaire.net commentent :

On peut s’interroger sur le sens ici de : de iudicio Conferentiæ Episcoporum. Le pars sanior des liturgistes explique que la Conférence épiscopale reçoit ainsi pouvoir de rendre obligatoire un usage facultatif (servari potest). Effectivement, il serait étrange que les rubriques de Missale romanum se bornent à fournir une liste des rites pour lesquels on pourrait demander la permission.

Au numéro 57, la lettre De festis paschalibus insiste encore : « Après la messe [du Jeudi Saint], on dépouille l’autel. Il est bon que les croix dans l’église soient recouvertes d’un voile rouge ou violet, si elles ne sont pas déjà voilées depuis le samedi avant le 5ème dimanche de Carême. On n’allumera pas de lampes devant les images des saints. » L’usage du rite romain appelle en effet cette période qui commence au 5ème dimanche de Carême aux 1ères Vêpres jusqu’à Pâques le « temps de la Passion ». A l’office divin, ce changement est notable par l’emploi des hymnes des laudes et vêpres qui deviennent « Crux Fidelis » et « Vexilla regis ».

C’est ainsi que nous avons chanté les vêpres, célébrées pontificalement par l’ordinaire du lieu à la cathédrale Saint Charles Borromée de Saint – Etienne, edans la forme ordinaire du rite romain, avec comme hymne Vexilla regis comme hymne, dont voici le texte :

Hymnus Hymne
Vexílla regis pródeunt, fulget crucis mystérium, quo carne carnis cónditor suspénsus est patíbulo; Les étendards du Roi s’avancent, Mystère éclatant de la croix! Au gibet fut pendue la chair Du Créateur de toute chair.
Quo, vulnerátus ínsuper mucróne diro lánceæ, ut nos laváret crímine, manávit unda et sánguine. C’est là qu’Il reçut la blessure D’un coup de lance très cruel, Et fit sourdre le sang et l’eau Pour nous laver de nos péchés .
Arbor decóra et fúlgida, ornáta regis púrpura, elécta digno stípite tam sancta membra tángere! Arbre dont la beauté rayonne, Paré de la pourpre du Roi, D’un bois si beau qu’il fut choisi Pour toucher Ses membres très saints!
Beáta, cuius brácchiis sæcli pepéndit prétium; statéra facta est córporis prædam tulítque tártari. Arbre bienheureux, à tes branches La rançon du monde a pendu! Tu devins balance d’un corps Et ravis leur proie aux enfers!
Salve, ara, salve, víctima, de passiónis glória, qua Vita mortem pértulit et morte vitam réddidit! Salut, autel! Salut, victime De la glorieuse passion! La vie qui supporta la mort Par la mort a rendu la vie!
O crux, ave, spes única! hoc passiónis témpore piis adáuge grátiam reísque dele crímina. O croix, salut, espoir unique! En ces heures de la passion! Augmente les grâces des saints, remets les fautes des pécheurs.
Te, fons salútis, Trínitas, colláudet omnis spíritus; quos per crucis mystérium salvas, fove per sæcula. Amen. Trinité, source salutaire, Que Te célèbre tout esprit! Ceux que Tu sauves par la croix, Protège-les à tout jamais.

 C’est donc bien à compter du 5ème dimanche de Carême qu’il faut voiler les croix et les statues de votre église paroissiale.

8 réflexions au sujet de « Voiler les croix et les statues »

  1. j’ai bien compris et noté pour les croix voilée; mais le curé de notre paroisse veut avoir sous les yeux le texte de Rome qui le dit. Pouvez-vous me renseigner, je vous en remercie

    1. Comme indiqué dans l’article, il y a deux références :
      1- De festis paschalibus, sur la Préparation et la célébration des Fêtes pascales, Sacrée Congrégation pour le Culte divin, 16 janvier 1988 , au numéro 26
      2- Missale romanum, editio typica tertia (c’est la dernière édition typique du missel, datant de 2002) à la page du 5ème dimanche de Carême p. 255 :
      Usus cooperiendi cruces et imagines per ecclesiam ab hac dominica servari potest, de iudicio Conferentiae Episcoporum. Cruces velatae remanent usque ad expletam celebrationem Passionis Domini, feria VI Hebdomadae sanctae.

      http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/en/f1j.htm#buc

      1. Traduction de la rubrique du missel : l’usage de couvrir les croix et les images dans l’église depuis ce dimanche (NDT : il s’agit du 5ème de carême) pourra être retenu, au jugement de la conférence des évêques. Les croix voilées le demeurent jusque la fin de la célébration de la Passion du Seigneur, le vendredi de la semaine sainte.

        Commentaire : au jugement de la conférence des évêques, l’observation de cette coutume pourra être rendue obligatoire. Ce n’est pas l’inverse : le jugement de la conférence des évêques ne peut pas se prononcer contre une option décrite dans le missel. Et de toutes façons, la CEF ne s’est pas prononcée sur ces questions.

  2. merci pour cet article qui me donne une lumière sur le début du voilage des croix et statues dans l’Eglise à Pâques.
    j’aurais maintenant besoin du sens liturgique et théologique de ce voilage.
    bonnes fêtes pascales.

  3. Je partage cet avis de voiler les croix avant les vêpres du 5ème dimanche de carême. Mais que faire a la solennite de l’annonciation?

    1. Dans certains églises, l’usage et de conformer la couleur des voiles la couleur liturgique. Avec le rouge pour les Rameaux, le blanc pour le jeudi saint à la messe chrismale ou à la messe in Cena Domini. On peut inférer que pour l’Annonciation il est est de même on pourra changer la couleur des voiles en blanc.
      Mais si ce n’est pas faisable, il paraît légitime de les laisser en violet.

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