VIIème dimanche de Pâques : Je vois les cieux ouverts.

Il a bien de la chance, Etienne, de voir les choses aussi clairement ! Il faut dire qu’il en a bien besoin, dans les circonstances où il se trouve: il va être tout simplement lapidé.

 

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Comment se fait-il que dans notre vie chrétienne, il y a des moments où nous voyons, – pas toujours avec une parfaite netteté, mais quand même suffisamment, pour nous embarquer à la suite de Jésus, pour faire des choix, pour risquer notre avenir sur la fidélité à sa volonté et qu’à d’autres, tout cela nous semble si lointain et que, au mieux, nous suivons, parce que nous nous y sommes engagés, mais sans plus de clarté ?

La même réalité existe d’ailleurs dans nos relations à nos proches. Je ne pense pas décrier l’amour conjugal en disant que la fidélité n’est pas toujours le ciel sur la terre et que l’on peut être attaché à son conjoint, sans retrouver toujours la ferveur des premiers jours. Pourtant il serait très imprudent d’en prendre son parti et de se dire que ce sera toujours ainsi. L’usure et la lassitude ne sont alors pas loin. S’il faut certes redire que l’amour est dans la volonté et pas toujours dans le sentiment, il ne faut pas toujours tirer sur la seule volonté, sans se redonner à soi-même des raisons qui justifient le choix qu’on a fait et qui donnent de la beauté et de la noblesse à la situation présente, il faut surtout donner à l’autre l’occasion de montrer les ressources inépuisables qui sont en lui (elle), pour rendre à ce lien sa joie et sa nouveauté.

C’est un peu pareil avec le Seigneur. On ne peut se contenter de le suivre, distraitement et avec ennui ; notre fidélité ne lui ferait guère plaisir et il y a en outre des chances qu’elle ne résisterait pas bien longtemps à une tentation un peu forte. On ne vit pas toujours de devoirs, surtout quand ils sont devenus des habitudes. Il faut vivre et pour cela voir où va notre vie, savoir que nous avons choisi le bon parti et que, même s’il faut avaler, en attendant, des amertumes en tout genre, ce n’est pas cela l’horizon qui nous attend.

 

Aux apôtres qui allaient être témoins de son agonie, Jésus a fait goûter la pure joie de la Transfiguration. Là, ils ont vu, et pas seulement su abstraitement, que leur Maître était le Fils bien aimé du Père. Une grâce du même ordre est faite à Etienne au moment de son martyre, pour le soutenir jusqu’au  bout dans le don de sa vie.

 

Pouvons-nous demander la même chose ? Toute proportion gardée oui, si cette demande n’est une forme larvée d’incrédulité, une façon de s’assurer de l’option qu’on a prise. La lumière ne sera jamais donnée qu’à celui qui s’est risqué jusqu’au bout dans le don de lui-même, sans mettre de conditions. « A celui qui a, on lui donnera » (Luc 19,26). Une réclamation sans amour n’obtiendra jamais satisfaction, mais à ceux qui sont entrés dans le jeu de la prodigalité, qui sont sortis de leur moi pour aller à la rencontre de la volonté de Dieu, d’étonnantes confirmations seront données, imprévues, désarmantes, infiniment délicates.

On raconte qu’un moine du désert, qui avait beaucoup travaillé pour aider ses compagnons au moment de la moisson, n’en avait reçu cette année-là aucune gratitude, c’est ainsi qu’on l’avait laissé repartir le ventre vide et le gosier à sec après un longue journée passée dans les champs à ramasser les gerbes, et, comme il rentrait dans sa cellule, bien décidé à offrir tout cela au Seigneur sans se plaindre, voilà que soudain une caravane du désert vint à passer et des visiteurs venus de nulle part déversèrent devant lui des mets savoureux qu’il était bien loin d’attendre. « Seigneur, disait-il, j’ai à peine commencé à te servir et déjà tu me combles de biens ! » Le Seigneur a ses tendresses-là pour ses bien-aimés qui souffrent pour lui.

 

Etienne voit les cieux ouverts, c’est-à-dire comprend que l’expérience humaine est ouverte sur une autre dimension, et que le Christ n’a pas disparu au ciel pour s’y faire oublier. Il le voit debout (et pas « assis », comme c’est plus souvent le cas) à la droite du Père, en train de se lever pour intervenir, ce qu’il fera clairement au moment de son retour, mais qu’il amorce quand il s’agit de soutenir un de ses martyrs et de le justifier face à ses agresseurs.

 

Oui, les cieux sont ouverts, à nous d’ouvrir les yeux !

 

Michel GITTON

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