VII° dimanche de Pâques

POUR QU’ILS AIENT EN EUX LA PLENITUDE DE MA JOIE

 

La joie dont parle Jésus dans ses derniers entretiens avec ses Apôtres est une joie très spéciale, ce n’est pas celle d’un succès éclatant, ou d’une nouvelle inespérée qui nous parviendrait, c’est une joie qui ne se découvre qu’à l’intérieur d’une relation de confiance avec un être qu’on aime. Elle (il) nous avait dit: « je serai là à t’attendre » et, de fait, contre toute probabilité, en dépit des vents contraires et des grèves qui paralysent les transports, elle est là (il est là) sur le quai. Nous n’en croyons pas nos yeux, notre gorge se noue… Que dire après cela ? La plénitude de joie énoncée par le Christ est de ce type, il nous avait dit qu’il ne nous laisserait pas orphelins, que son départ serait suivi d’un inexplicable retour et il est là dans le Cénacle, pour nous.

 

Tout dans la Résurrection est de ce modèle. Resurrexit sicut dixit (« il est ressuscité, comme il l’avait dit ») nous répète le Regina cæli. Qu’il l’ait dit, qu’il nous l’ait laissé entrevoir, confère à cet évènement une tonalité incomparable. Nous comprenons qu’il a su d’avance beaucoup de choses, qu’il a voulu nous en faire part, que nous pouvons faire vraiment fond sur sa parole, que son amour est solide, qu’il n’y aura aucune circonstance qui maintenant nous séparera de lui…

 

Cette même connivence entre amoureux se marque à plusieurs reprises dans la lettre de saint Jean. Tenez, par exemple, le passage que nous lisons ce dimanche : « nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit ». Nous reconnaissons, cela veut dire que c’est un signe, au cas où nous en douterions. Etrange signe en vérité, pas beaucoup plus évident que la réalité à laquelle il sert de signe ! Comment savoir que nous avons part à son Esprit ? Pourtant c’est ce qui est dit : au cas où nous douterions d’être « en lui » et lui « en nous », si nous avions oublié sa promesse, il faudrait descendre dans notre cœur et voir ce qui se passe. Oui, dans ce cas, rappelons-nous, cette douce conduction, ce pétillement de joie à l’audition de certaines de ses paroles, cette résolution soudaine et courageuse qui ne nous ressemble guère, cette crainte de lui déplaire, ce moment où nous sommes dits que cela vaudrait la peine de tout donner, et mille choses encore, assez inexplicables, au fond de nous. N’y aurait-il pas quelqu’un derrière tout cela, pourquoi pas le Seigneur Saint Esprit ? Vous voyez la conclusion ?

 

Encore plus nette, encore plus éclairante est la scène qui nous est rapportée dans les Actes des Apôtres. Il s’agit d’un évènement improbable : la désignation d’un douzième apôtre, après le départ de Judas. Le Christ n’a rien prescrit, semble-t-il, pour compléter le collège apostolique. Que vont faire les Onze ? Comment comprendre la pensée de Jésus ? On ne va pas agir à sa place, on ne va pas non plus laisser les choses en l’état faute de consignes précises, mais on va s’efforcer d’entrer précisément dans ce que veut Jésus. Il faut beaucoup d’amour pour cela, car il s’agit de prolonger la pensée du Maître, deviner ce qui correspond exactement à ce qu’il attend, le faire sous son regard, avec crainte et tremblement, mais avec audace aussi, car il ne s’agit pas non plus d’hésiter et de laisser passer l’occasion au moment d’engager l’avenir. Il me semble que rien ne définit mieux l’attitude de l’Eglise devant son Seigneur ressuscité que cette docilité aimante de l’Epouse, qui se sait responsable, qui se veut active, entreprenante même, mais qui garde toujours les yeux fixés sur le Christ.

 

A nous d’en prendre de la graine.

Michel GITTON

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