VIème dimanche de Pâques

 

 

Les païens ont reçu l’Esprit à profusion

 

Q

u’est-ce que ça change vraiment d’être baptisé ? La question est souvent posée aujourd’hui, à commencer par les parents qui s’interrogent sur la nécessité du baptême pour leurs enfants, ou encore par les jeunes à qui l’on demande si eux aussi ne voudraient pas faire la démarche de s’y préparer. La réponse est souvent embarrassée, car on ne sait plus dire que sans le sacrement il n’y a pas de vie digne de ce nom, alors on parle d’un « plus », d’un supplément, d’ailleurs difficile à définir. On ne se risque pas à affirmer qu’on deviendrait dans l’eau du baptême « enfant de Dieu », puisqu’on l’est déjà, Dieu étant un Père qui, de toute évidence, ne fait pas de différences entre ses enfants. Et, quant au Péché Originel et à ses funestes conséquences, qui ose encore en parler ?

 

A lire la première lecture d’aujourd’hui, on est encore plus perplexe. Sans doute l’épisode qui nous est raconté est bien un baptême et un baptême lourd de conséquence, puisque c’est celui du premier non-juif à entrer dans l’Eglise avec sa famille, le centurion Corneille. Mais, avant même qu’ils aient reçu l’eau du baptême, les auditeurs de saint Pierre sont envahis de la présence de l’Esprit, qui « s’empare d’eux », au point que Pierre s’exclame : « pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Si on peut recevoir ainsi directement l’Esprit Saint – et avec quelle force ! – avant même d’être baptisé, le rite d’eau semble bien insignifiant : un simple complément, tout au plus une officialisation, une entrée dans la communauté, non un changement intérieur…

 

Ce n’est pourtant pas là la pensée du Nouveau Testament. Jésus lui-même nous dit que « nul à moins de renaître d’eau et d’Esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jean 3,5) et que « celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Marc 16,16). Le baptême est donc  lié au don de l’Esprit, au salut de l’âme et du corps, c’est par lui que se réalise l’habitation intime de la vie divine en nous, telle que la décrivent les discours après la Cène (Jean 14,23) : « nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure »… Cette vie divine a un double effet, négatif et positif, négativement elle rompt l’attache mauvaise avec le péché d’Adam et fait sortir l’homme de l’état congénital de rupture où il est né ; positivement elle dote le baptisé d’une aptitude à la vie surnaturelle, par la foi, l’espérance et la charité.

 

Néanmoins, nous ne ferons pas de difficulté à admettre que l’adulte en route vers son baptême est déjà touché par l’action du Saint Esprit. D’ailleurs, comment se mettre en mouvement si l’on n’est pas déjà sous la douce attraction de l’Esprit de Dieu ? Et il n’est pas rare que des personnes encore éloignées de l’Eglise, mais déjà travaillées par le message chrétien, manifestent des dons extraordinaires, qui ne peuvent venir que de Dieu, pour surmonter les derniers obstacles et accéder à la vie sacramentelle. Seulement, cette action de Dieu reste ponctuelle, alors que la présence de l’Esprit dans l’âme du baptisé est une habitation constante, et en même temps une imprégnation progressive.

 

Dans le texte des Actes des Apôtres, l’Esprit ne tombe pas sur Corneille et sa famille n’importe comment, c’est au moment où ils ont entendu la prédication de Pierre qu’ils sont touchés. L’Esprit souffle « où il veut » et parfois très loin de ses bases, mais il a fait choix de l’Eglise et de ses ministres comme le canal habituel de son passage. S’il déborde l’ordre sacramentel, il y ramène toujours, comme on le voit avec saint Paul que le Seigneur a converti directement, mais qu’il conduit finalement à son Eglise pour qu’il y reçoive le baptême.

 

Autre conclusion : si l’Esprit Saint a pu venir à profusion sur un groupe de païens, ne désespérons pas de sa capacité à refaire un pareil coup d’éclat. L’histoire des saints est pleine de ces propositions audacieuses, humainement improbables, par lesquelles Dieu s’est ouvert un nouvel accès dans un monde qui paraissait tourner sans lui.

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