VIème dimanche de Pâques : FAIRE CONFIANCE A L’EGLISE

La page des Actes des Apôtres qui nous est lue cette semaine est de grande conséquence pour notre manière de vivre dans l’Eglise. Perpétuellement, il y a en elle des choses qui nous heurtent, nous dérangent et nous font douter qu’elle soit réellement animée par l’Esprit Saint. Nous craignons de voir certaines vérités escamotées, certaines conduites acceptées, certains courants l’emporter. Et nous nous disons, sans trop oser nous l’avouer, que l’herbe serait peut-être plus verte ailleurs, et qu’en tout cas, il ne faudrait pas tout accepter, se défendre, peut-être demain résister.

Saint Paul a eu sans doute cette tentation en voyant l’Eglise-mère de Jérusalem si peu sensible à ce qui lui semblait à lui l’avenir de l’Evangile : ces païens qui frappaient à la porte et qu’il s’agissait d’accueillir sans leur imposer le fardeau des observances judaïques. En pensant à Jacques, le gardien de la tradition des tout débuts, resté si proche de l’enracinement juif de Jésus, en pensant à Pierre soucieux de ne pas mécontenter les communautés principalement hébraïques dont il avait la charge, il a dû penser que jamais les choses n’évolueraient et qu’il était le seul à bien voir la question. Or il a eu le courage de soumettre son enseignement au jugement des apôtres et des anciens, comme il le dit, « je montai [à Jérusalem] à la suite d'une révélation et je leur exposai l'Evangile que je prêche parmi les païens (…) de peur de courir ou d'avoir couru en vain ». (Galates 4,2). Merveilleuse phrase ! Il est conscient de ne pas être seul devant la mission et au contraire d’agir en étroite collaboration avec Jésus. Si son œuvre n’est que la sienne, elle n’a pas beaucoup de valeur et elle est condamnée à mourir, il a « couru en vain ». S’il la soumet à l’Eglise, il la remet au Seigneur qui saura bien en tirer ce qu’il veut.

Or le miracle se produit : tous et jusqu’à Jacques, reconnaissent l’œuvre accomplie par Paul et lui donnent raison dans sa manière de traiter les non-juifs. Ils encadrent sans doute cette approbation de quelques règles destinées à assurer la communion entre juifs et non-juifs dans l’Eglise, mais le principe est sauf : les nouveaux convertis issus du paganisme ne seront pas obligés de se faire circoncire. Saint Paul est confirmé dans sa mission.

Cette confiance doit nous animer, lorsque nous avons à œuvrer avec l’Eglise. Si ce que nous avons aperçu est juste et vrai, si l’appel entendu vient de Dieu, nous n’avons rien à craindre en nous remettant entre les mains de l’Eglise (sous réserve de le faire avec discernement et de ne pas demander à nos supérieurs de trancher sur tout). Dieu qui inspire son Eglise saura bien nous faire parvenir la réponse. Parfois celle-ci sera surprenante et c’est dans un deuxième temps que l’encouragement viendra. Mais la volonté de clarté ne peut être que payante.

C’est cette confiance surnaturelle qui a manqué à Luther, quand il a eu peur que les valeurs dont il se pensait investi ne soient pas assez prises en compte par l’Eglise romaine, et qu’il a cherché des garanties pour échapper à son jugement. C’est cette même confiance qui a fait défaut à Mgr Lefebvre en 1988, quand il a craint que l’accord signé avec le pape Jean-Paul II ne soit qu’un piège, une manière de lui enlever ses dernières armes, sans lui donner d’assurance pour l’avenir.

Il n’est pas facile de faire confiance quand on voit l’Eglise si humaine, si exposée aux calculs politiques, aux intrigues et aux compromis. Mais c’est l’Eglise du Christ et notre docilité peut certainement contribuer à lui conférer cette beauté et cette assurance, qui attireront à elle tous les peules de la terre.

Michel GITTON

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