Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (3)

Suite de notre article précédent.

 

Comme certains d'entre vous le savent, nous apprenons récemment par le cardinal Ouellet que Benoît XVI envisagerait la possibilité de conférer le ministère du lectorat aux femmes. Après avoir réfléchi à cette question sous l'angle des textes officiels à cette question (Vatican II, Ministeria quaedam de Paul VI, et la récente exhortation Verbum Domini), puis regardé les implications de cette perspective dans la théologie et la pratique du rite romain , nous proposons maintenant une lecture commentée du communiqué d’INFOCATHO sur le sujet qui nous occupe.

Les [commentaires] et les mises en valeur sont de nous.

INFOCATHO 2010-11-11 – UN MINISTÈRE INSTITUÉ POUR LES FEMMES DANS L'ÉGLISE


Le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, a confié que Benoît XVI étudiait la possibilité d´ouvrir aux femmes le ministère institué du lectorat,
[Cf. notre explication précédente , qui montre que Paul VI dans Ministeria Quaedam, s’était refusé à cette option] considéré par certains dans l´Eglise comme une porte d´accès au sacerdoce. [On voit bien ici que le débat est d’emblée faussé : il risque de se focaliser, et les journalistes ne se priveront pas de le faire – dans une polarisation entre l’opinion « tradi » qui voit dans le lectorat un « ordre mineur » qui revêt même une dimension sacramentelle et l’opinion de la frange « gauche » qui ne considère pas qu’il y a un lien nécessairement « ministériel » entre liturgie de la parole et liturgie eucharistique]

Présentant à la presse au Vatican l´Exhortation apostolique post-synodale "Verbum Domini" de Benoît XVI, l´ancien rapporteur général du synode d´octobre 2008 a ainsi indiqué que "le souhait des Pères synodaux que le ministère du lectorat soit ouvert aussi aux femmes" [lorsqu’on regarde la proposition citée dans notre article précédent, ce n’est pas exactement cela qui est mentionné : la rédaction de la proposition elle-même – qui d’ailleurs a été adoptée à grand peine – parle d’instituer, c'est à dire de rendre permanent, ordinaire – un ministère devant pourtant rester extraordinaire, (c'est à dire temporaire, en dehors de l'ordre des choses) – ce qui, nous sommes d’accord, – n’a aucun sens…] avait été pris en considération par le pape. "Le Saint-Père, a poursuivi le cardinal canadien, est en train d´étudier actuellement cette question".

Le cardinal Ouellet a indiqué qu´il s´agissait d´aller vers "une reconnaissance plus officielle de l´Eglise pour ce ministère laïcal". [SIC. Il est évident que la question de la reconnaissance des ministères laïcs est une question clef de la vie de l’Eglise et de la liturgie. Paul VI, sur ce point, n’a jamais été obéi, en France, du moins…]

Dans le long texte pontifical, cependant, Benoît XVI n´y fait pas directement allusion, [il ne devrait pas y avoir de battage médiatique, dans ces conditions…. ?] même s´il explique que les lecteurs choisis pour la première et la seconde lectures, homme ou femme, devront recevoir une "formation adéquate".[Nous avons vu dans notre article précédent que la question posée n’est pas directement en lien avec la compétence, mais a bien une connotation clairement liturgique et rituelle qui dépasse la préoccupation technique. La question de la capacité des lecteurs est d’ailleurs dans les paroisses malheureusement souvent réduite à leur éventuelle formation, et pas assez à la nature de l’opération qu’ils réalisent en lisant la Sainte Ecriture – un sacramental -dans le lieu et le moment liturgique.]

Le 25 octobre 2008, dans leurs propositions finales à l´intention du pape, les participants au synode avaient reconnu et encouragé "le service des laïcs dans la transmission de la foi". Ils expliquaient alors que, sur ce point, les femmes avaient un rôle indispensable. [Cela rejoint notre idée développée dans les articles précédents  : il faudrait proposer aux femmes non pas le ministère liturgique du lectorat, mais le ministère de catéchétiste, dont Vatican II parle et que le pape aborde dans Verbum Domini. C'est d'ailleurs la teneur de l'intervention du groupe de Mgr Carré (.proposition 17) : parmi les ministères envisagés pour les femmes, la proposition parle justement du ministère de catéchiste…. Alors ? Beaucoup de bruit pour rien ?]

"Il est souhaitable, écrivaient-ils alors dans la proposition 17, que le ministère du lectorat soit aussi ouvert aux femmes".  [Il va sans sire qu’aujourd’hui le lectorat est d’ores et déjà accessible aux femmes de manière extraordinaire, c'est-à-dire de façon exceptionnelle et temporaire. C’est évidemment utile. Ce n'est pourtant pas idéal, pour toutes les raisons développées dans les articles précédents. La nécessité pratique voire pastorale ne devrait jamais prendre le pas sur la réalité et la signification des signes liturgiques. Faut il donc renoncer à restaurer une fonction liturgique vénérable dans la plénitude de sa signification ministérielle, et liturgique, en en conférant le lectorat à des femmes de façon ordinaire et permanente, ce qui dénaturerait le ministère du lectorat ? C’est assurément une mauvaise idée, qui ne manquera pas de susciter des crispations ; c’est en plus inadapté, non conforme à l’usage du rite romain, et inutile. Enfin, c’est probablement vers d’autres ministères institués qu’il faut orienter les femmes, des ministères qui seraient davantage en synergie avec les charismes proprement féminins (Cf. Jean-Paul II Mulieris dignitatem]

Le ministère de lecteur est inscrit dans le droit de l´Eglise et remonte à 1972 lorsque les anciens ordres mineurs, le lectorat et l´acolytat (service de l´autel), sont devenus des ministères institués, et non ordonnés.

Si des femmes sont très souvent appelées à effectuer des lectures au cours des cérémonies liturgiques, elles ne sont pas, en revanche, officiellement considérées comme ayant reçu pour cela une mission explicite de l´Eglise, ou bien à titre temporaire. [Il ne s’agit pas non plus ici dans ces lignes de prétendre qu’il faut refuser dans tous les cas aux femmes de faire des lectures. Il s’agit de bien monter, en ne leur conférant pas ce ministère que ce n’est pas la façon ordinaire de mettre en œuvre la liturgie de la parole et d’annoncer pour l’Eglise qu’il est préférable que les lectures soient proclamées / chantées par des hommes, en lien fort avec la question du ministère liturgique de l’ordre sacerdotal]

Le Droit canon (can. 230) précise ainsi que "les laïcs hommes qui ont l´âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des évêques peuvent être admis d´une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d´acolyte". Dans les faits, le lectorat est généralement attribué aujourd´hui aux hommes qui se préparent au sacerdoce ou au diaconat permanent. [Et c’est une erreur : cela n’était pas dans les idées de Paul VI. C’est aussi la raison pour laquelle le lectorat est perçu comme une étape vers le sacrement de l’ordre, ce qu’il n’est pas et ne devrait pas être. C’est en réalité un héritage simplement inertiel de la pratique de l’Eglise d’avant le Concile. Il est bien entendu que Paul VI souhaitait que les candidats à l’ordre recoivent aupravant ces ministères institués. Il n’est cependant pas nécessaire que les ministères institués ne soient conférés qu’aux candidats à l’ordre. Et il est même envisageable que certains ministères institués qui n’ont aucun lien avec le sacrement de l’ordre ne soient pas conférés à des candidats à l’ordre….

En outre, de la même façon que l’Eglise préfère voir des jeunes garçons au service de l’autel – même si de façon extraordinaire, le service peut dans certains cas précis être accessible aux femmes – il serait intéressant de bien faire comprendre avec la pédagogie nécessaire – que c’est un ministère ordinairement masculin. Peut être que cela ferait d’ailleurs revenir un certain nombre d’hommes à l’Eglise….. !]

Ouvrir ce ministère aux femmes pourrait, selon certains observateurs, permettre de leur offrir une place reconnue dans l´Eglise qui ne soit pas le sacerdoce. [Nous continuons à penser qu’il faut donner un moyen institutionnel pour la reconnaissance des femmes et de leur apport dans l’Eglise. Mais le lectorat n’a – de part l’histoire de ce ministère, son évolution et sa signification rituelle et liturgique – les qualités requises pour remplir ce rôle nécessaire] (source : Service de presse du Vatican)

Commentaire :

Conférer aux femmes une place reconnue dans l'Eglise qui ne soit pas le sacerdoce : c'est évidemment le grand enjeu du débat, qui est réellement important aujourd'hui pour l'Eglise, et qui risque bien d'être occulté par cette proposition 17 qui d'ailleurs si on la lit bien, pourrait très bien être comprise comme ne concernant pas uniquement ou exclusivement la question du lectorat. Bien plus le ministère de catéchiste étant explicitement mentionné, c’est peut être cette piste qui sera à terme suivie par la le pape.

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