Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes: débat stérile en vue ! (1)

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (1)

Nous apprenons par le Cardinal préfet de la Congrégation des évêques et La Croix que Benoît XVI réfléchirait à la possibilité de conférer le « ministère institué » du lectorat aux femmes, chose que Paul VI dans son Motu Proprio Ministeria Quaedam, s'était refusé à envisager. Comment "lire" cette novelle, alors même que Benoît XVI  est réputé être un conservateur liturgique, tandis que Paul VI était réputé ne pas l'être ? Avant de nous emballer, lisons : 1) ce que dit Ministeria Quaedam sur les ministères institués, 2) ce que proposent les Pères synodaux, et 3) ce que conclut le pape dans Verbum Domini.

 

 

 

Avec la parution de l'exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu, un débat semble resurgir, issu d'une proposition des pères synodaux, qui concerne le ministère du lectorat, dont il serait envisagé l'ouverture aux femmes.

 Cela fait écho à une proposition d'un groupe de travail du Synode de 2008, dirigé par un prélat français, l'archevêque d'Albi, Mgr Pierrre-Marie Carré :  Zenit du 17 octobre 2008

La 7e proposition du groupe disait : « On pourrait reconnaître – instituer – des ministres extraordinaires de la Parole. Ces ministres – catéchistes, lecteurs, animateurs de communautés de base, hommes et femmes – seraient spécialement préparés pour cette mission et délégués officiellement par l'évêque ».

Nous faisions d'ailleurs remarquer à l'époque qu'un « ministère extraordinaire » peut être reconnu, mais s'il devient « institué » (sic), c'est qu'il est ordinaire. La formulation de la proposition est donc très mauvaise. Elle a d'ailleurs peut être  été adoptée – avec difficultés puisqu'il y a eu beaucoup de votes hostiles – sur un malentendu par l'assemblée synodale. On notera aussi qu'elle ne mentionne pas explicitement le « ministère du lectorat », mais de façon générale, un "ministère de la Parole" qui n'est pas forcément en "bijection" avec le ministère du lectorat. Par contre, il y a une mention explicite du ministère de catéchiste….

 Pour rappel, le ministère de lecteur dans la liturgie, ou « lectorat », est un a) ministère, b) laïc et c) institué. Ministère signifie « service ». Il est « laïc » c'est à dire qu'il est réservé aux non clercs (c'est à dire à ceux qui ne sont ni diacres, ni prêtres, ni évêques) et il est « institué », c'est à dire qu'il n'est pas temporaire mais attaché de façon définitive à la personne à qui il est conféré (on dit qu’il « imprime un caractère » à la personne qui en est revêtue). Ce ministère a succédé en 1972, par le Motu Proprio « Ministeria quaedam » de Paul VI à « l'ordre mineur » du « lecteur ». Deux remarques préliminaires :

1 – Le « lecteur » avant 1972 ne « lisait » jamais, puisque la lecture  notamment de l'épître à la Messe étaient réservées au Sous-Diacre ; le Sous-diaconat était alors un ordre majeur. Le « lecteur ordonné », avant 1972, était en fait chargé non pas des lectures de la Messe, mais de l’instruction des catéchumènes… Il est à noter également que plusieurs autres « ordres mineurs » étaient également vidés de leur substance ; par exemple aucun non clerc ne pratiquait la charge d' « exorciste », ordre mineur qui était pourtant habituellement conféré aux séminaristes. Il existait également une charge « d’ostiaire » ou « portier », qui avait pour but de s’assurer qu’aucun non baptisé n’assistait à ce qu’on appelait à l’époque « la messe des Fidèles » (aujourd’hui : la liturgie eucharistique) par opposition à la « messe des Catéchumènes » (aujourd’hui : la liturgie de la Parole).

2 – Paul VI a voulu redonner en 1972 une véritable « chair » aux ministères institués (ex- « ordres mineurs ») en en confiant deux à des laïcs. Les seuls ministères institués dont parle Paul VI sont des ministères en lien avec la liturgie (lecteur et acolyte – l'acolyte étant un autre mot pour « servant de messe »). Paul VI ne ferme pas la porte à l’institution d’autres ministères, qui pourraient ne pas être en lien direct avec la liturgie.

 La problématique d'aujourd'hui est bien de se poser concrètement la question de la reconnaissance de la contribution fondamentale des femmes dans l'Église et en particulier de ce qui concerne l'annonce de l'Évangile.  La question qui se pose aujourd'hui est donc : « faut il conférer des ministères institués aux femmes ? ». Nous avons bien peur que ce débat – essentiel – n'aboutisse pas parce que justement il se focalise sur une mauvaise question, qui est malheureusement formulée ainsi : « faut il conférer le ministère du lectorat aux femmes ? ». Parce qu'à l'évidence, il paraît tout à fait opportun et même bien venu de répondre « oui » à la première question ; et il faut également à toute force répondre « non » à la deuxième.

 Pourquoi ? Regardons bien les 1) textes (Ministeria Quaedam en particulier) et  2) l’usage liturgique du rite romain. Dans Ministeria Quaedam, Paul VI invite de façon claire à « laïciser » ce que furent les « ordres mineurs ». Ce qui n'était que de simples étapes symboliques vers la prêtrise, et que Pie XII avait déclaré "non sacramentel" en 1947 (Sacramentum Ordinis) devait être « réhabité » dans une pratique liturgique paroissiale et ordinaire : Motu Proprio Ministeria Quaedam, 15/08/1972, Paul VI :

« puisque les ordres mineurs ne sont pas toujours demeurés identiques et que plusieurs fonctions qui, en réalité, leur sont jointes sont exercées, comme il arrive aussi maintenant, même par des laïcs, il semble opportun de reconnaître cette manière de faire et de l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui, afin que les éléments vieillis de ces ministères soient supprimés ; ceux qui sont utiles soient maintenus ; ceux qui sont nécessaires soient définis ; »

Les ministères institués de lecteur et d'acolyte ne sont pas supposés être les seuls ministères institués rendus possibles par ce motu proprio de 1972 :

« Outre les fonctions communes à l'ensemble de l'Église latine, rien n'empêche les Conférences épiscopales de demander aussi au Siège Apostolique celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste [Cf. Décr. Ad Gentes, n. 15], et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres. »

Bien plus, l'Église pourrait voir l'éclosion de nouveaux ministères qui seraient distincts de ceux de « lecteur » et « acolyte » qui ne seraient pas exigés pour l'ordination sacerdotale, et donc mécaniquement, sans lien avec le sacrement de l’ordre :

et de même, [les ministères institués] qui doivent être exigés des candidats aux ordres [doivent être] fixés.

Il est très clair dans l’esprit de Paul VI qu’il y a lien fort entre l’ordre comme sacrement et l’institution non sacramentelle des ministères de l’acolytat et du lectorat. Il est également tout à fait clair que dans l'esprit de Paul VI, qu’il y a des ministères institués qui sont appelés à exister dans le futur, et qui sont distincts du « lectorat » et de « l'acolytat ».

Mais lesquels ? Il est un exemple très connu, celui du ministère de catéchiste, qui est largement utilisé dans les pays de mission, et que Paul VI a clairement en tête au moment d'écrire son Motu Proprio :

De même elle est digne d’éloge cette armée, qui a si magnifiquement mérité de l’œuvre des missions auprès des nations, l’armée des catéchistes hommes et femmes qui, pénétrés d’esprit apostolique, apportent par leurs labeurs considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l’expansion de la foi et de l’Église.

De nos jours, du fait du petit nombre de clercs pour évangéliser de si grandes multitudes et accomplir le ministère pastoral, la fonction des catéchistes a une très grande importance. Leur formation doit donc être améliorée et adaptée au progrès culturel de façon à ce qu’ils puissent remplir le plus parfaitement possible leur fonction en collaborateurs efficaces de l’ordre sacerdotal, – fonction qui se complique de charges nouvelles et plus amples.

Concile Œcuménique Vatican II, Décret Ad gentes, 17. 1965

Les hommes et les femmes sont mentionnés comme ayant la charge d'un ministère qui est une collaboration à l'ordre sacerdotal. Ce n'est pas rien ! Mettons-nous bien d'accord : lorsque dans les pays de mission on nomme des catéchistes, il ne s'agit pas des « dames caté » qui pleines de bonne volonté acceptent de prendre un peu de temps pour donner des cours de formation religieuse à des marmots plus ou moins disciplinés. Il s'agit dans les pays de mission d'une charge de très grande importance qui est un véritable « pivot » d'évangélisation, sans lequel rien n'est possible au regard de la vie de l'Église. Et qui correspond avec une très grande acuité à la situation de nos pays en pleine sécularisation.

C'est un exemple qui est d'ailleurs tout à fait en ligne avec le Synode qui nous occupe sur la Parole de Dieu ; L'exhortation Verbum Domini elle même les mentionne : (75)

Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l’apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l’expérience ecclésiale.

 

A suivre…..

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