Vêpres et salut de l’Épiphanie : la rencontre avec une séquence disparue du temps de Noël

Nous avons chanté dimanche soir à Saint Etienne (42000) en la Grand’Église, les IIe Vêpres de l’Épiphanie. On connaît bien sûr la magnifique antienne du Magnificat, qui célèbre le triple mystère des mages, du baptême et de Cana…


 

ANT. Tribus miraculis ornatum diem sanctum colimus: hodie stella Magos duxit ad praesepium: hodie vinum ex aqua factum est ad nuptias : hodie in Jordane a Joanne Christus baptizari vomit, ut salvaret nos. Alleluia.

    Ant. Nous honorons un jour marqué par trois prodiges : aujourd’hui, l’étoile a conduit les Mages à la crèche; aujourd’hui, l’eau a été changée en vin au festin nuptial; aujourd’hui, le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain, pour notre salut. Alleluia.

Mais au salut au TS Sacrement, il est d’usage également de chanter quelque chose. De retour de voyage, je ne vous cache pas que nous n’avions pas fait de répétition avec la schola pour chanter le répons proposé par le « Cantus selecti », qui est prévu pour l’Épiphanie, à savoir Illuminare :


R/. Resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière, * et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi, alléluia. V/. Et les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore.

 

Bref, dans l’impossibilité pour nous de nous attaquer à ce répons, il me fallait trouver quelque chose de beau, pas trop difficile à chanter, et qui aille bien avec le mystère célébré, au temps de Noël. Or, il existe une séquence de l’ancien rite romain (comprendre : avant la réforme liturgique du Concile…. De Trente !) qui était chantée à la Messe du jour de Noël, et qui a longtemps subsisté au missel dominicain : Laetabundus exsultet fidélis chorus. La mélodie étant trop réussie pour avoir été tout simplement écartée, Solesmes l’a maintenue dans Cantus selecti, pour pouvoir la chanter aux Saluts du TS Sacrement ou aux processions. Plusieurs enregistrements du temps de Noël la font également entendre.

 


 



Laetabundus Exsultet fidelis chorus. Alleluia.

Regem regum Intactae profudit torus: Res miranda!

Angelus Consilii Natus est de Virgine, Sol de Stella.

Sol occasum nesciens, Stella semper rutilans, Semper clara.

Sicut sidus radium, ,Profert Virgo Filium Pari forma.

Neque sidus radio, Neque Virgo Filium Fit corrupta.

Cedrus alta Libani Conformatur hyssopo Valle nostra.

Verbum ens Altissimi Corporari passum est, Carne sumpta.

Esaias cecinit, Synagoga meminit; Numquam tamen desinit Esse caeca.

Si non suis vatibus, Credat vel gentilibus, Sibyllinis versibus Haec praedicta:

Infelix, propera, Crede vel vetera: Cur damnaberis, gens misera?

Quem docet littera Natum considera: Ipsum genuit puerpera. Alleluia.

Que le chœur des fidèles, dans son allégresse, tressaille de joie. Alleluia.

Le sein de la Vierge pure a produit le Roi des rois : prodige admirable !

L’Ange du Conseil est né de la Vierge : le Soleil de l’Étoilé.

Soleil sans couchant, Étoile à jamais scintillante, radieuse à jamais. .

L’étoile produit son rayon ; la Vierge enfante son Fils d’une même manière.

Ni l’étoile par le rayon, ni la Vierge par son Fils ne perd rien de son pur éclat.

Le haut cèdre du Liban vient ramper, avec l’hysope, dans notre humble vallée.

Le Verbe, Sagesse du Très-Haut, daigne se revêtir d’un corps ; il se fait chair.

Isaïe l’avait chanté, la Synagogue s’en souvient, et pourtant n’a point cessé d’être dans l’aveuglement.

Qu’elle en croie, sinon ses Prophètes, au moins ceux de la gentilité ; les vers de la Sybille ont annoncé le mystère :

« Peuple malheureux, hâte-toi : crois enfin les antiques oracles ; pourquoi serais-tu réprouvé, peuple infortuné ?

L’Enfant qu’annonce la lettre prophétique, vois-le aujourd’hui : une Vierge l’a mis au monde. ». Alléluia.

Ce qui pourra intéresser spécialement nos lecteurs est précisément le sommet mélodique de cette séquence, qui souligne l’aveuglement de la Synagogue, et qui n’est précisément pas politiquement correct… Et ce depuis très longtemps. Ce qui explique aisément la raison pour laquelle cette séquence ne se chante plus à la messe… Elle est pourtant magnifique. Nous est il permis de le regretter ? Oui, même si nous nous en défendons, il y a dans notre conception de la liturgie quelques aspects nostalgiques… Ajoutons que l’ancienne version de la séquence de Pâques (Victimae Paschali laudes), si elle a été maintenue jusqu’à aujourd’hui, avait déjà été amputée à la même époque du verset central : « Credendum est magis soli Mariæ veraci Quam Judæorum Turbae fallaci. » (Il vaut mieux croire Marie [Madeleine] seule plutôt que la foule des Juifs dans l’erreur). Ce verset a d’ailleurs longtemps été maintenu non pas dans le rite romain mais dans le rite romano lyonnais (c’est-à-dire l’usage liturgique de la région de Lyon … et Saint Etienne)

Notons enfin que la question de l’oracle de la Sybille se trouve également dans une autre séquence célébrissime du rite romain (Dies Irae) :

Dies iræ, dies illa,

Solvet sæclum in favílla,

Teste David cum Sibýlla !

Jour de colère, ce jour-là

Il réduira le monde en cendres,

David l’atteste, et la Sibylle.

Par contre, il est bon de rappeler que cette séquence là, précisément, n’a pas été éliminée du rite romain, ni à la suite du Concile de Trente, ni même à la suite du Concile Vatican II, puisqu’elle est toujours chantée pendant toute la 34ème semaine du temps « per annum » (c’est-à-dire « dans l’année » ou ordinaire). Nous la chantons quant à nous également régulièrement pour les messes de défunts, car il serait dommage de se priver par principe de ce monument du patrimoine culturel et spirituel mondial, qui dit tant de notre condition humaine à l’approche du jugement dernier. Même si certains objecteront avec raison que Dies Irae est une pièce tardive, composée par des Franciscains…

COMMENTS

  • Paul Regnier

    Il me semble que Solesmes – (le père de Courville) a non pas supprimé mais modifier le passage jugé dérangeant – la séquence étant, il me semble chantée lors d’un salut du Saint-Sacrement. On pourrait leur demander le texte.
    PR

  • Paul Regnier

    Séquence chantée au Salut… comme le dit l’article !

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