Vème dimanche de Pâques : IL N’Y AURA PLUS DE TRISTESSES

Pas facile d’imaginer le bonheur qui nous attend. Nous sommes tellement marqués par l’expérience de la souffrance que nous n’arrivons pas à croire à un bonheur sans ombre. Nous avons tendance à penser qu’il faudrait quelques petites épreuves pour nous faire goûter la joie d’en sortir. Dans la même veine, on dit souvent que, dans la Divine Comédie de Dante, le Paradis est ce qui a le moins de charme et que l’évocation de la béatitude éternelle fait un peu pâle figure après les flamboiements de l’Enfer et du Purgatoire.

Serions-nous en peine d’imaginer le bonheur ? Celui-ci n’apparaît-il que par contraste ? Un bonheur tranquille est-il nécessairement ennuyeux ? Bref, comment concevoir le bonheur du ciel, autrement que comme un interminable banquet, qui finira par devenir ennuyeux ?

Toutes ces questions sont bien à leur place dans le Temps Pascal, qui, précisément, cherche à nous faire faire l’expérience d’une plénitude qui dure et qui n’est menacée par aucune remise en cause. La présence du Christ ressuscité au milieu des siens est un apprentissage du bonheur, une sorte de convalescence au cours de laquelle on nous apprend, « qu’un ciel peut être bleu, qu’il fait jour à midi » (selon les mots d’Aragon, qui n’était pourtant pas un dévot du Christ).

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Or le Christ ressuscité vient lui-même nous apprendre à vivre notre vie sur l’horizon du bonheur. Nous sommes aimés, merveilleusement, royalement, aimés,  nous avons notre place dans la maison paternelle. Nous pouvons dès maintenant faire l’expérience d’une relation que rien ne pourra interrompre, avec lui, notre grand Ami du ciel. Tout ce que nous faisons, subissons, offrons, prend un sens par rapport au but qui nous est donné : l’union à Lui. Et lui voit nos moindres efforts et il sait déjà nous en manifester secrètement la joie.

Certes ce bonheur est encore bien fragile, car nous pouvons toujours le trahir et nous en séparer, mais rien de tel n’arrivera si nous ne le voulons pas, et, en tout cas, même si nous l’avons quelque peu abandonné, il s’agit de nous jeter tout de suite à ses pieds et de ne pas laisser la froideur et le dégoût étouffer cette vie nouvelle qu’il nous a  donnée.

L’avenir, nous n’avons pas à l’imaginer autrement qu’à l’image de ce présent, en retrouvant au fond de nous la plus pure joie qu’il nous a été donné de connaître. Dans la fraîcheur toute pleine de rosée de ce matin de printemps, nous est parvenue la promesse d’un ailleurs, à la fois semblable et différent, que Dieu réalisera à son heure et comme il le veut. Cela doit nous suffire. Nous savons, avec saint Paul, qu’alors, nous serons pour toujours « avec le Seigneur » (1 Th 4,17)

Michel GITTON

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