V° dimanche de Pâques : branchés sur le Christ.

BRANCHÉS SUR LE CHRIST

 

Regardons peut-être avec des yeux neufs la Parabole du cep et des sarments que l’Eglise nous propose cette semaine. Le Père Louis Bouyer (1913-2004), qui fut sans doute un des plus grands théologiens français du 20e siècle, avait coutume de dire que, dans cette parabole, les Catholiques avaient généralement le tort de penser spontanément à l’Eglise comme étant le cep auquel il faut rester attaché, faisant ainsi du Christ tout au plus la racine qui porte l’arbre, alors que, dans le texte, il est clair que c’est Jésus auquel nous sommes liés comme les sarments à la vigne. Lui qui avait été pasteur réformé avant de rentrer dans l’Eglise catholique nous expliquait qu’il avait dû modifier sur bien des points sa vision des choses, mais qu’il y avait un sujet sur lequel il ne reniait pas son héritage protestant, c’était la conviction du lien personnel que nous avons tous avec Jésus.

Effectivement, nous n’avons que trop tendance à imaginer l’Eglise comme une réalité intermédiaire entre le Christ et nous, alors qu’elle est simplement (mais c’est déjà beaucoup) le point de branchement qui nous permet de nous attacher à lui ; sans elle, en effet, il resterait pour nous un personnage du passé. Les meilleurs connaisseurs nous expliquent que dans le Credo, on n’a pas commencé par dire : « je crois en l’Eglise », comme on dit « je crois en Dieu le Père », mais « je crois en Dieu (Père, Fils et Saint Esprit) en étant dans l’Eglise ». On doit certes considérer l’Eglise comme un élément important de notre foi, mais sans qu’elle devienne pour autant l’objet premier de notre adhésion. C’est un moyen, certes tout à fait nécessaire, mais ce n’est qu’un moyen.

Nous n’adhérons pas à la foi chrétienne à cause de l’Eglise. Il est rare qu’elle nous apparaisse si belle et attirante que ce soit à cause d’elle qu’on fasse le pas de rendre les armes au Christ. C’est bien plus souvent le Seigneur Jésus qui touche nos cœurs et illumine nos esprits et qui ensuite nous mène dans l’Eglise, comme le Bon Samaritain qui conduit le blessé à l’hôtellerie, pour qu’on veille sur sa convalescence.

Il y a même à la limite un certain danger à trouver trop facilement sa place dans l’Eglise, à aimer son fonctionnement, à se passionner pour son organisation. Tout cela n’est encore que réalités très humaines. Ce que l’Eglise a de mieux à nous donner, c’est de nous faire désirer autre chose : le retour du Christ par exemple. D’après l’Apocalypse, elle n’a pas de plus belle mission que de nous aider à dire Maranatha, « viens, Seigneur Jésus ! »

Il faut se demander d’où est venu ce détachement de tant de nos compatriotes, pour qui la figure de Jésus veut encore dire quelque chose, mais pour qui aussi l’Eglise est de trop. Nous pouvons sans doute leur expliquer qu’on n’a pas l’un sans l’autre, que c’est par l’Eglise que la trace du Christ est restée vivante dans le monde, et que, sans elle, ils n’auraient même pas l’Evangile. Mais gardons-nous de croire que c’est en proposant des réformes, en voulant améliorer coûte que coûte l’image de marque qui est la nôtre que nous ramènerions à l’Eglise les brebis égarées. Il est certes souhaitable que nous soyons des chrétiens crédibles par toute notre vie, il faut espérer que nos rassemblements sont de nature à faire réfléchir ceux qui croient que le christianisme est du passé, on peut demander que nos assemblées soient joyeuses et ferventes, mais il y a peu de chance que cela suffise.

Il y a une manière de nous mettre à la place de Dieu, de nous estimer chargés de son service de communication, qui donne l’impression que l’essentiel est là, au présent, et que le but est de nous tenir chaud, de nous retrouver, d’édifier quelque chose ensemble. Soyons passionnés par le Christ, vivons de sa grâce et de ses sacrements, essayons de lui amener nos frères et ils découvriront tout naturellement l’Eglise, qui n’est jamais après tout que le rassemblement de ceux qui ont commencé à vivre de Jésus-Christ.

 

Michel GITTON

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