Une vocation liturgique.

Alors que la rentrée approche, et au lendemain de notre session estivale, un texte de dom Paul Delatte, ancien abbé de Solesmes, rappelle nos objectifs et oriente nos résolutions pour la rentrée : 

Il y a chez nous, (…) une vocation spéciale à la prière ; il y a rapport et convergence de toute l'organisation pratique de notre vie vers une fin cultuelle. La liturgie sainte est tout à la fois pour nous un procédé de sanctification et un but. Elle est surtout un but. Notre contemplation s'y alimente sans trêve, et elle s'y rapporte toute comme à son objet adéquat et à son terme propre[1]. Ceci mérite d'être bien compris. Il n'est pas indifférent, même au point de vue pratique, de savoir très exactement quelle est notre fin, d'en trouver une définition assez heureuse pour embrasser à la fois Dieu et nous, ses intérêts et les nôtres, sa gloire et notre bonheur, l'œuvre du temps et celle de l'éternité. Les définitions ne manquent pas : il s'agit, dit-on, de faire notre salut, — de procurer la gloire de Dieu, — de réaliser notre sanctification, — de parvenir à l'union à Dieu et à sa vie éternelle. Ces formules sont exactes, mais de valeur inégale ; avec un peu d'exégèse,  il est vrai, on retrouve impliquée chez toutes l'intégralité de la doctrine ; et pour les âmes éclairées et généreuses, la première perd son danger de conduire pratiquement à la tiédeur et au marchandage spirituel. La meilleure est la dernière ; (…). Mais aucune, sauf la seconde, ne suggère l'idée de liturgie. Et c'est dommage ; car enfin l'union au Seigneur est ordonnée elle-même à la louange.

 


[1] Voir la Vie spirituelle et l'Oraison d’après la sainte Écriture et la tradition monastique, chap X, XX, XXII, XXIII.

La beauté surnaturelle du Seigneur en nous, cette ressemblance parfaite avec lui que toute l'économie surnaturelle s'emploie à graver, cette empreinte divine que la frappe du balancier liturgique imprime perpétuellement en nos âmes, nous est-elle donnée pour que nous en jouissions tout seuls, dans une sorte de coquetterie intérieure? Si nous communions plus que d'autres à la vie et aux états de Celui qui a pour mission personnelle de révéler et de glorifier le Père, n'est-ce pas afin de partager sa destinée, d'exercer avec lui le sacerdoce dont nous parlions naguère? n'est-ce pas afin d'incliner devant le trône de Dieu, comme les vieillards de l'Apocalypse jetant leurs couronnes, comme le Seigneur au dernier jour du monde, notre splendeur participée? Tant vaut l'agent, tant vaut l'acte ; tant vaut l'adorateur, tant vaut l'adoration. Et c'est seulement parce que Dieu « cherche des adorateurs en esprit et en vérité » qu'il nous a faits un avec son Fils, par son Saint-Esprit. Dans cette phrase extraordinaire qui commence l'Epître aux Ephésiens, saint Paul marque bien que la fin suprême de la création et de la Rédemption, de la « récapitulation » de toutes choses dans le Christ, c'est le témoignage liturgique de l'excellence et de la beauté infinies : Elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in caritate; qui prædestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum, secundum propositum voluntatis suæ, in laudem gloriæ gratiae suæ, in qua gratificavit nos in dilecto Filio suo. Il y a donc connexion étroite des trois éléments : union à Dieu, louange de Dieu, gloire de Dieu. Notre sainteté individuelle (…) se traduit dans cette même prière liturgique qui la réalise le plus efficacement ; notre béatitude, c'est d'entrer dès ici-bas dans la vie et la joie de notre Dieu ; c'est de faire refluer éternellement par la voie de l'Esprit et du Verbe, vers le Principe sans principe qui est le Père, tout l'être créé et incréé qui descend de cette source par le Verbe et par l'Esprit.

Laisser un commentaire