Une homélie de lundi de Pentecôte

A la demande de plusieurs, voici les citations faites par M. le curé lors de l’homélie de la Messe du lundi de Pentecôte, célébrée à la Grand’Eglise (Saint-Etienne, place Boivin) à 18h30 :


L’ART SACRÉ ET LA LITURGIE

La « société de service » et son individualisme consommateur ne cherchent plus leur office du dimanche à l’église, ni même au musée, mais au supermarché et son prolongement de tous les instants, les grands et petits écrans domestiques ou portables, éclipsant et englobant, dans leur torrent d’images fulgurantes et de sons tonitruants, tous les arts de leur préhistoire mondiale […]

La liturgie catholique et l’intériorité chrétienne, pour ne rien dire de l’élémentaire liberté d’esprit ni de la simple capacité de comprendre et de goûter les chefs d’œuvres des arts anciens, sont chloroformés par une nébuleuse d’ignorance bavarde qui occupe, prévient, et obstrue la vue, l’ouïe et le jugement du plus grand nombre avec une efficacité inégalée.

Une telle plaie d’Égypte abattue sur les âmes et sur les corps qui la subissent sans réagir demande, pour être combattue, une vaillance critique s’inspirant du Christ chassant les marchands du Temple. […] L’art dit « contemporain », tautologie de la société de consommation contemporaine, est ivre de son propre vide comme cette société est ivre elle-même de sa propre platitude. Ce n’est pas de cet art dont a besoin l’Église pour se montrer un recours impavide et sûr contre la nuée énorme de sauterelles qui dévore le feuillage intérieur des hommes comme elle dévore le feuillage de la terre qu’ils habitent.


Le temple où se répète chaque jour le sacrifice rédempteur du Christ a besoin de renouer avec sa propre bibliothèque théologique, avec sa propre mémoire liturgique, avec le sens intransigeant de la grandeur et de l’amour de Dieu. Il ne doit pas craindre de se dresser à rebours de la tendance générale à l’enfer climatisé, afin de redevenir l’aimant qui attire à lui tous ceux et toutes celles qui aspirent à s’éveiller vraiment du puissant sommeil chloroformé, inventé par l’homme moderne pour éteindre en lui l’étincelle de vie éternelle. Le grand art de l’Église, elle ne l’emprunte pas au monde, ce sont ses propres sacrements, c’est le goût et le savoir qu’ils lui inspirent, pierres angulaires de toute vraie beauté.

Marc FUMAROLI

In Arts Sacrés, n° 1, 2009, p. 93

Par ailleurs, vous trouverez ci-dessous une messe de la Pentecôte à la basilique vaticane, présidée et célébrée par le pape Benoît XVI. Nos amis diacres seront heureux de consulter cette archive précisément à la minute 1 :27 :51 …

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