Un Avent devant nous.

Le temps de l’Avent s’annonce ! Le temps de l’Avent est là !

Pour un chrétien, ceci devrait sonner comme une « bonne nouvelle ». Après des semaines un peu languissantes, où l’on s’est efforcé de prolonger le plus longtemps possible les lumières reçues de Pâques et de la Pentecôte, il est temps de commencer autre chose et se remettre en état d’attente. Car le pire est de croire qu’on n’a qu’à gérer un capital acquis : notre foi chrétienne, dont nous aurions tout au plus à tirer les conséquences. Comme si le Christ était derrière nous et que nous aurions simplement à nous inspirer de ce qu’il a dit. Triste perspective en vérité que celle d’être les amis d’un grand homme, qui s’efforcent de faire revivre sa mémoire et d’appliquer ses enseignements !

https://i0.wp.com/img99.imageshack.us/img99/3638/advent23ve1.jpg?resize=516%2C386

Le mot Avent, comme chacun sait, vient d’avènement, il y a quelque chose qui doit ad-venir, quelque chose qui n’est pas encore venu, il y a du nouveau à attendre. Et pas du nouveau comme celui que nous annoncent les paquets de lessive, quand une marque prétend nous offrir un  produit « nouveau ». Ce nouveau-là, il est d’une nouveauté toute relative : la technique s’est peut-être perfectionnée, on a rejoint davantage les besoins du consommateur, mais l’horizon reste le même, il s’agit de remplacer un produit par un autre, et celui-ci sera lui-même vite dépassé. Avec l’Avent, ce n’est pas seulement l’offre qui change, c’est la demande qui est déplacée. Non que Dieu crée des besoins artificiels, comme le fait la publicité, mais en ce sens que sa venue nous permet de sortir d’un jeu où nos besoins vrais ou supposés sont la norme. Toute vraie rencontre est de ce type. J’ai rencontré dans ma vie quelques êtres dont la proximité ne laissait rien d’intact, avec eux on était obligé de se positionner face à une réalité nouvelle, par le rayonnement de leur personnalité ils vous amenaient à réviser vos idées, à revoir vos manières de penser, de parler et d’agir.

Jésus a été de ceux-là, pour ceux qui l’ont approché pendant le temps de sa vie terrestre. Plus moyen avec lui de faire des projets à court terme. « Rien n’est bon que Dieu seul », « laissez les morts enterrer les morts », « viens et suis-moi !», « je vous ferrai pêcheurs d’hommes », « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Il s’agit d’une ad-venue qui n’est pas un vain mot, d’une véritable irruption dans sa vie d’un horizon insoupçonné. Quelqu’un est là, par rapport auquel il faut réévaluer toutes ses priorités. Le marchandage est ridicule et se terminera mal, alors autant y aller, lui rendre les armes ou alors s’enfuir très loin pour n’avoir plus à nous poser la question.

L’Eglise tient absolument à préserver pour nous la possibilité d’être encore surpris par le Christ, elle a tellement peur que nous l’ayons absorbé, digéré, ramené à nos mesures, qu’elle se donne presque quatre semaines pour nous mettre en état d’attente. Le Messie est venu certes, mais il est encore à venir, puisque le monde est ce qu’il est et que nous-mêmes sommes encore si peu touchés par Lui. Un jour, il reviendra, c’est sûr, mais ce jour-là il ne sera plus temps de se préparer. A présent, nous pouvons lui faire de la place, lui aménager un espace dans notre cœur et dans nos vies, pour qu’il puisse s’arrêter chez nous, sur le chemin où il passe encore incognito au milieu de notre monde.

Nous nous risquons dans cette attente en compagnie des prophètes d’Israël, qui sont des maîtres en la matière. Tout leur message a consisté à préparer les cœurs à l’inouï, à l’inédit, à ce qui ne s’est jamais vu. Alors que tout nous convainc qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil, que nous n’avons rien à attendre, eux nous disent la nouveauté toute fraîche : « la vache et l'ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion, comme le boeuf mangera du fourrage ». (Isaïe 11,7), « Il fera disparaître la mort pour toujours.  (Isaïe 25,8).

C’est seulement avec cet esprit là que nous pouvons aller au-devant du Christ, sinon nous projetterons sur lui toutes nos vieilleries.

Bon Avent !

Michel GITTON

Laisser un commentaire