Trinité : Merci aux Témoins de Jéhovah

Le service que nous rendent les Témoins de Jéhovah est de nous faire sortir d’une vision paresseuse de la Trinité. Quand ils nous disent que les catholiques (pas seulement eux, d’ailleurs, les protestants et les orthodoxes n’ont pas d’autre croyance sur ce point) sont revenus au paganisme, où l’on adorait quantité de dieux, souvent regroupés en triades, selon le schéma : papa, maman et le petit dernier, bien sûr que c’est une caricature grossière de notre foi, mais, pour la réfuter, il nous faut prendre notre élan, et surtout ne pas nous payer de mots.

Nous croyons en la Trinité, parce que « Dieu est amour », comme nous le dit saint Jean (1re lettre de saint Jean 4,8). Pas seulement parce que Dieu nous aime, ce qui est vrai, mais qui ne nous dit pas grand-chose de la nature de Dieu (comment pourrait-il ne pas aimer ses œuvres ?). Pas non plus en ce sens que nous divinisons l’amour, comme on a tendance à diviniser toutes abstractions généreuses : le Bien, le Vrai, le Progrès, la Nature etc… Non, non, « Dieu est amour », parce qu’il aime depuis toujours, et même, à la limite, parce que c’est la seule activité qui soit franchement la sienne. Pour aimer éternellement et parfaitement, il faut qu’il ait en lui-même éternellement de quoi aimer et de quoi être aimé. C’est-à-dire qu’il y a en lui (oh stupeur !), assez de distinction pour qu’il y ait des personnes qui s’aiment, et pas de séparation qui ferait coexister plusieurs dieux individualisés l’un à côté de l’autre. Ou bien, dit autrement, leur amour est si fort qu’ils n’existent que l’un par l’autre et l’un dans l’autre, on ne peut pas plus les séparer que le pôle plus et le pôle moins du courant électrique. Dieu l’éternel, l’immuable, n’est pas le solitaire qu’on pourrait croire, il est habité par les ferveurs de l’amour, il est totalement don, fécondité, jaillissement. Ce que les amants de la terre peuvent parfois entrevoir comme un rêve un peu illusoire : n’exister que l’un pour l’autre, Dieu le vit. Le Père n’est que Père, il ne fait rien d’autre que de se donner à son Fils, le Fils rien que recevoir tout de son Père, c’est pourquoi on les appelle comme cela : Père, Fils. Et cet amour n’est pas un simple face-à-face, il s’ouvre éternellement sur un troisième terme, qui donne consistance à l’amour de l’un et de l’autre…

https://i1.wp.com/catechese.free.fr/Im/Trinite601.jpg?resize=324%2C442Tout cela n’est pas une construction intellectuelle, une belle spéculation sur Dieu, un système de plus, c’est le mystère qu’on n’aurait jamais pu imaginer, si l’un de la Trinité n’était venu chez nous, pour jouer en perfection son rôle de Fils, nous révélant ainsi le visage du Père, et faisant si clairement la passe en direction d’un troisième, son Esprit, dont il nous en parle en termes décidément très personnels (relisons l’évangile de ce jour) : « quand Il viendra, Lui, (…), Il vous guidera (…), Il vous redira (…), Il vous expliquera… ». Quand on entend Jésus nous parler de son Père, on voit bien qu’il en parle à chaque fois comme de quelqu’un d’absolument différent de lui, et pourtant tout proche, dont il a une connaissance intime : « le Père et moi nous sommes UN » (Jean 10,30). Et pareil pour l’Esprit Saint.

Par contraste, imaginons ce que serait un évangile sans la Trinité, une bonne nouvelle dans la quelle tout se réglerait entre nous et un Dieu sans doute bon et miséricordieux, mais qui n’éprouverait en lui-même ni le risque de l’amour et ni le poids de l’obéissance. Un Dieu qui agirait par une influence neutre, un souffle (c’est comme cela que nos amis comprennent à chaque fois qu’il est question de l’Esprit), un Dieu qui nous déléguerait un être supérieur, une sorte d’ange perfectionné, qui aurait nom Jésus. Au lieu d’entrer dans le secret de Dieu, nous voilà dans l’histoire banale d’un potentat qui règle ses comptes avec ses sujets et leur délègue des émissaires.

Entre parenthèses, cela ne va pas beaucoup mieux, quand on croit à la divinité du Christ, mais sans le référer au Père et à l’Esprit. J’ai entendu des catéchistes résumer l’histoire du salut à peu près en ces termes : Jésus, comme il voyait que les hommes faisaient le mal, a voulu s’approcher d’eux pour leur dire sa miséricorde, il s’est laissé tuer pour leur prouver son amour et maintenant il est toujours vivant dans le cœur de ses amis, pour leur donner le courage d’être fidèles à son message. Et voilà : la Trinité s’est évaporée, le Christ n’est le fils de personne, l’Esprit n’est que l’influence de Jésus dans le monde, la Passion est une leçon de tolérance !

Pauvre christianisme réduit à ce pauvre roman sentimental et moralisant ! A nous d’approfondir toujours plus le mystère étincelant de la Sainte et indivisible Trinité. Et merci aux témoins de Jéhovah, aux musulmans, et à tous ceux qui la contestent de nous obliger à aller plus loin.

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