Toussaint

Tous les Saints. La Toussaint.

Fête de la multitude s’il en faut, la Toussaint est quand même une belle solennité. Elle célèbre la victoire de ceux qui ont « gagné la course ». C’est le triomphe et la gloire de la pléthore de saints qui nous précèdent au ciel : les trônes, les dominations, les Archanges et les Anges, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Docteurs, les Confesseurs, les Vierges, les Religieux et les Religieuses, les missionnaires etc… tous ces saints sont là-haut, et intercèdent pour nous, en notre faveur, auprès de la Majesté Divine. Ils nous obtiennent des grâces insignes. Dans un chant de louange éternelle, ils partagent la Gloire des Elus et jouissent de la vision béatifique, de cette béatitude éternelle que rien sur terre ne peut égaler… ! oui, les Saint voient Dieu. Voir Dieu, quel bonheur.

Et nous dans tous ça… ?
Nous sommes saints par notre baptême. Mais « en puissance », et donc pas « en actes ». Nous ne serons vraiment saints en acte, in actu, seulement au Ciel… ! Car le Ciel est la patrie des Saints.

La sainteté effraie parfois, elle décourage souvent. Parce qu’elle suppose le sacrifice, et pas n’importe lequel : le sacrifice du don de soi. Du don total. Radical. La radicalité fait peur, on lui donne le joli sobriquet « d’intégrisme », ou bien on lui affuble le caractère « d’identitaire ». Un prêtre qui cherche la sainteté, en raison de la radicalité que la sainteté emporte, est appelé aujourd’hui « prêtre identitaire »… or, on le sait ; la malice de ces qualificatifs abscons passera avec la niaiserie des hommes qui l’ont forgée… ! "Par où les saints passent, Dieu passe avec eux" dit le Saint Curé d'Ars. Les malicieux on les oublie, les saints on s'en souvient…!

Mais la sainteté n’effraie pas ceux qui désirent vraiment le devenir. La sainteté c’est un devenir, une progression, une conquête. On « devient » saint. La sainteté, on peut l’obtenir, comme le dit Thérèse à ses novices « en ramassant une aiguille par terre ». Tout est dans l’intensité de l’amour qu’on met à poser un acte. La sainteté ne consiste pas à accomplir des prouesses, des exploits et il ne s’agit pas non plus de se faire connaître. La plupart des saints n’ont rien commis, ni n’étaient connus. Beaucoup n’ont rien produit,ni rien écrit… ! Charles de Foucauld, le petit frère du désert, n’a rien fondé de son vivant, et sa fécondité spirituelle a été très prolifique bien après son « martyr ». Thérèse, enfermée dans son carmel, n’a rien « fait », sinon d’écrire… ! La sainteté ne consiste pas seulement dans le miracle, les choses éclatantes. Elle est dans le quotidien. « Aux extases mystiques, je préfère la monotonie des sacrifices obscurs » dit Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face… !

La sainteté consiste à accomplir les choses ordinaires d’une manière extraordinaire. De mettre beaucoup d’amour dans le moindre acte. C’est ça être un saint. Un vrai !

Mais pour arriver à ce bonheur sans fin, il faut consentir à de multiples sacrifices, et parfois verser le sang. Voilà encore pourquoi la sainteté peut parfois sembler ardue. Or, si elle est apparaît difficile, c’est aussi parce que notre société postmoderne et son lot d’inepties, de billevesées et d’aberrations, établit une équation entre « difficile » et « impossible ». La mentalité actuelle essaie tant bien que mal de nous faire accroire que ce qui est « difficile » est « impossible ». Cette assimilation de la difficulté à l’impossibilité est le fruit exécrable de la modernité (un de plus, avec la dictature).

Evidemment la sainteté fait peur, parce qu’il n'y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. Le progrès spirituel implique l'ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des béatitudes.

Dans les rangs chrétiens on trouve beaucoup d’âmes qui se morfondent de ne point être de saintes âmes, à défaut d’êtres des âmes saintes. En effet, comme l’a dit Léon Bloy dans « la Femme pauvre » (1887) : « il n’y a qu’une tristesse, c’est de ne pas être des saints ». Mais cette tristesse se transforme en joie, lorsqu’on comprend que la vraie sainteté accomplie et réalisée n’est qu’au ciel et que sur terre, nous nous entraînons, nous progressons, et que nous sommes en « devenir ». Nous comprenons qu’ici-bas, nous serons toujours grevés de cet état peccamineux hérité de nos premiers parents.

Si certains se désolent de ne point « arriver » à être des saints, d’autres en revanche « feignent » de l’être. Des âmes qui savent tout de Dieu, qui ont tout compris de Dieu, qui ont déjà été justifiées, qui se sont « auto-justifiées »… !
L’apparence de la sainteté est ce qu’il y a de pire. C’est en général bien sulfureux. Le démon est fort pour cela. Au reste, Blaise Pascal l’a décrit : « qui fait l’ange, fait la bête »… ! L’apparence angélique que se donnent certaines âmes, n’est qu’un vernis qui « craque » lorsqu’on « provoque » un peu les choses.
« Je hais la feintise » disait la Petite Thérèse. Cette « feintise » une fois décelée, « explose » littéralement, et montre son vrai visage… !

Voilà pourquoi il y a une distinction fondamentale entre « être un saint », et « se prendre pour un saint ». Celui qui est saint ne le sait pas (l’on n’est saint vraiment qu’au ciel) il n’a pas conscience de l’être sinon qu’il est un grand pécheur. Celui qui pense être "un saint" doit immédiatement se confesser ou se convertir… !

Les deux écueils sont à éviter, à savoir la présomption de sainteté ou l’idée selon laquelle il est impossible de devenir « saint » parce que c’est difficile. Ces deux attitudes relèvent d’une manière toute pélagienne de concevoir les choses. Le découragement face à la sainteté ou la présomption de sainteté suppose que l’âme ne s’appuie que sur ses propres forces pour y arriver. Or, Dieu étant source de toute grâce, lui seul, nous fait participer de sa Sainteté. Et il nous montre que la vraie sainteté, la vraie perfection ne vient pas de nous. Jésus Christ nous dit « soyez parfaits COMME votre Père céleste est parfait » (Mt. V, 48). Ἔσεσθε οὖν ὑμεῖς τέλειοι ὡς ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ οὐράνιος τέλειός ἐστιν

« sicut Pater vester caelestis ».

Le mot le plus important est COMME. « Sicut », ce petit mot aussi insignifiant soit-il, est la clef de tout. Nous devons être saints, « comme » Dieu est saint et parfait, et non pas comme nous le pensons. Dieu se propose comme modèle de la « sainteté ». Nous devons être saints COMME lui il l’est et non pas comme nous, nous pensons l’être. En général, au lieu de chercher à imiter la sainteté de Dieu, nous nous construisons des échafaudages fragiles et orgueilleux en « imaginant » notre propre sainteté, selon des critères qui sont nôtres… !

Or c’est lui la source de toute sainteté et de toute grâce. Il est le modèle, l’exemple, le chemin, la voie à suivre. Saint Pierre dans son épître répondra aux paroles de Saint Matthieu : "Soyez saints, parce que je suis Saint" (1P II, 11).

https://i1.wp.com/photos-d.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/hs104.snc3/15135_1243268810710_1499042912_680431_2249921_n.jpg?resize=300%2C361Dieu nous appelle tous à cette intime union avec Lui, dans un « accord de sainteté » où nous réglons notre vie sur la sienne qui est sainte, et même si des grâces spéciales ou des signes extraordinaires de cette vie mystique sont seulement accordés à certains, ceci a pour but de manifester le don gratuit fait à tous.

Si les chrétiens, dûment baptisés, pouvaient bien saisir la portée de la sainteté à laquelle ils sont appelés, ils s’emploieraient davantage à grandir « en sagesse et en âge » de cette sainteté dont le 2ème Concile du Vatican parle avec justesse et justice dans LG39-40 : « Cunctis proinde perspicuum est, omnes christifideles cuiuscumque status vel ordinis ad vitae christianae plenitudinem et caritatis perfectionem vocari, qua sanctitate, in societate quoque terrena, humanior vivendi modus promovetur ». La richesse de cet enseignement magistériel est éblouissante ! Et partant, la sainteté, ainsi conçue est une « affaire accessible à tous » est à la portée de tous comme le rappelle le Concile Vatican II… ! Car c’est ce qu’elle a toujours été ! Non pas une chose « réservée » à des élites, à une caste, à une classe ! Comme les juifs de l’ancien testament… !

La sainteté est ouverte à tous, offerte à tous, donnée, partagée, proposée et aidée, supplée, élevée… pour qu’un jour nous puissions partager la Gloire des Elus, celle qui ne se flétrit pas, la couronne immortelle, la joie parfaite, l’immense don de la vie éternelle… la béatitude infinie. Vive la Toussaint. Vive la fête de TOUS les saints.

Laisser un commentaire