La réforme de la réforme est bien vivante (L’Homme Nouveau)

Sur le site de l’homme nouveau vous pourrez consulter un article intéressant, avec une photo qui nous concerne directement puisqu’elle a été prise il y a un an lors de la célébration de la messe de la Toussaint à Villars les Dombes (1er novembre 2012).

Vous pouvez consulter cet article ici : http://www.hommenouveau.fr/771/religion/la-reforme-de-la-reforme-est-bien-vivante.htm


 

Nous le commentons ci-dessous.


 

La réforme de la réforme est bien vivante

Rédigé par Henri Saint-Martin le 22 octobre 2013 dans Religion

 

La réforme de la réforme est bien vivante

Dans son carnet La messe à l’endroit (Éditions de L’Homme Nouveau, collection « Hora Decima »), l’abbé Claude Barthe disait – il le disait sous Benoît XVI – que l’on ne devait pas attendre des lois et règlements venant d’en haut pour opérer la réforme de la réforme, mais qu’elle était l’affaire des prêtres de terrain :

« la réforme de la réforme consiste essentiellement dans des choix entre les diverses possibilités laissées par le nouveau missel. Très concrètement, c’est l’aspect systématique des bons choix qui fera la réforme de la réforme ».

[Concrètement, la référence fait ici est cléricale. Ce sont les prêtres qui sont supposés faire la « réforme de la réforme ». Or chacun sait que les prêtres, de nos jours, dans les paroisses ordinaires, ne peuvent pas faire grand-chose s’ils ne sont pas appuyés par des laïcs motivés : le chœur grégorien notamment, mais aussi les servants de messe, par exemple.]

 

Une floraison d’ouvrages sur la question

À plus forte raison est-ce vrai sous le Pape François, où l’on n’a plus l’exemple romain des cérémonies pontificales et de leurs petits coups de pouce réformateurs.

[Il est certain que sous Benoît XVI un certain nombre de détails liturgiques, mis en œuvre par le pape lui-même, avait mis en marche une certaine vision du cérémonial. On pense par exemple aux chandeliers sur l’autel, au placement du prêtre par rapport à l’autel, au chant des lectures en grec et latin, à la réintroduction des cardinaux diacres, ainsi que d’autres détails notamment vestimentaires du pontife romain, dont nous sous sommes faits écho dans nos pages. Aujourd’hui tout n’a évidemment pas été abandonné, mais alors que l’on constatait une progression lente mais continue vers un ars celebrandi sobre et juste, ce ne semble plus être le charisme particulier du pape actuel. Un jésuite, comme nous le faisions remarquer, n’est en aucun cas un liturgiste…]

De fait, les parutions de livres en ce sens continuent sous le nouveau pontificat, par exemple du père Giorgio Farè, Le due forme del rito romano (Cantagalli, 2013) ; de Daniele Nigro, I diritti di Dio. La liturgia dopo il Vaticano II (Sugarco, 2013, avec une préface du cardinal Burke). On peut faire entrer dans cette ligne, le petit livre tout récemment paru de Thierry Laurent, La liturgie de la messe geste après geste. Commentaire pastoral de la messe en sa forme ordinaire (Le Laurier, 116 p., 10 €).

 

Une préface du cardinal Cañizares

L’abbé Thierry Laurent, prêtre du diocèse de Paris, a commencé son ministère sacerdotal dans le diocèse de Saint-Denis, et il vient d’être nommé aumônier du collège Stanislas, à Paris. Muni d’une préface extrêmement sentie du cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin – « L’abbé Thierry Laurent nous a procuré beaucoup de joie… » –, il décrit, analyse, commente chaque rite. Et d’abord les choisit, car comme on le sait la nouvelle forme ordinaire est largement une liturgie à la carte, dans laquelle rien n’interdit, au contraire, d’opter pour le meilleur :

« La messe peut débuter par l’aspersion d’eau bénite de tous les fidèles… L’autel est consacré… Il renferme les reliques des saints… », etc.

[Notre conviction est qu’en réalité, la messe ne devrait justement pas être un réservoir à option à discrétion du prêtre, mais les options devraient justement être fixées dans le coutumier promulgué par chaque ordinaire. Il n’est pas normal qu’on doive faire « le choix des options » avant chaque célébration… ]

Avec d’utiles rappels : « Le lecteur est en priorité celui qui est institué pour cela » (sur le croquis correspondant, c’est un clerc en surplis). Dans cette messe ordinaire, où selon les illustrations, l’autel est bâti sur trois marches, les chandeliers sont posés sur l’autel de part et d’autre de la croix, la messe est dite face au Seigneur, les fidèles s’agenouillent (par exemple, pour réciter le Confiteor !).

 

Le canon romain

On encense l’autel au début de la messe et à l’offertoire. La prière eucharistique est aussi qualifiée de canon (et c’est la première prière eucharistique, le canon romain, que Thierry Laurent choisit de commenter), listes de saints comprises, lesquelles sont, elles aussi facultatives.

 

« Pour manifester un plus grand respect et une plus grande adoration, je peux recevoir le Christ à genoux sur la langue. (…) Il est donc recommandé de le recevoir directement en moi, sur la langue, car telle est la règle commune ». Les mots latins usuels abondent, de même que les parallèles : « Dans la messe en forme extraordinaire, on fait toujours, dans la messe en forme ordinaire, au choix du célébrant… »

[Précisément, c’est peut être ce « au choix du célébrant » qui devrait être supprimé pour fonder de façon saine la reforma reformae. Ce devrait être au choix de l’ordinaire, en conformité avec les usages légitimes locaux approuvés… etc.]

La description du rite est systématiquement suivie d’une explication mystique prise dans les commentaires patristiques et médiévaux, ce qui est peut-être l’innovation la plus remarquable de ce travail pastoral.

 

L’Offertoire traditionnel

Et comme, lors de l’offertoire, le prêtre prie « secrètement comme le Christ à Gethsémani », rien ne lui interdit de se servir des prières de l’offertoire traditionnel.

 

En encourageant l’auteur, le cardinal Cañizares pousse « les jeunes prêtres » à poursuivre un tel travail « à l’égard des enfants », comme s’il était évident que seule une nouvelle génération de clercs s’adressant à de nouvelles générations de fidèles peut l’accomplir. [Il est en effet certain que beaucoup de choses deviendront possibles lorsque les chrétiens d’un certain âge, persuadés d’être « formés », auront rejoint… Le cercueil. Il n’y a en effet rien de pire, dans la mise en oeuvre d’un cérémonial, qu’un prêtre, un diacre, une religieuse ou un laïc qui a suivi une « formation » à la liturgie et qui se complaît dans un néo rubricisme sans aucun recul] S’il n’est pas besoin de dire que cette interprétation de la messe ordinaire (comme on interprète un texte, une partition de musique et un livret de théâtre) doit beaucoup au patron que représente la célébration traditionnelle, il faut ajouter qu’une telle interprétation recrée un milieu vital extrêmement favorable au développement de la messe en forme extraordinaire au sein même des paroisses.

Pentecôte : l’octave suprême ?

Le site web du « New Liturgical Movement » nous propose cette semaine la republication d’un article de Guy Nichols, oratorien britannique. Nous connaissons l’implication des oratoriens en Angleterre dans le sens du mouvement de ce que l’on a pu appeler la « Réforme de la réforme » (liturgique, s’entend, bien sûr). Nous avons traduit ce texte, proposé des commentaires et des mises en gras.

Pentecôte : l’octave suprême ?

« .. considérons les offices du bréviaire pour la Pentecôte et son Octave comme la plus importante, peut être de toute l’année ». (Bienheureux John, Henry Newman.)

L’an dernier, j’ai lu avec le plus grand intérêt l’article de Gregory Dipippo sur l’octave de Pentecôte.

A la lumière de cet article, et au regard de la saison liturgique en cours, vos lecteurs pourront être intéressés de connaître une nouvelle initiative qui se déroulera lors de cette Pentecôte à Dorchester on Thames, OxfordShire, en Angleterre, une église dont il a été plusieurs fois question sur le site web du « New Liturgical Movement » [NDT : « Nouveau Mouvement Liturgique »]. Cette fois, j’ai ajouté mes propres réflexions sur l’importance de restaurer l’observance liturgique de l’Octave de Pentecôte.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes avec l’ensemble de l’ordinaire et du propre chanté en grégorien.

A Dorchester, le dimanche de Pentecôte (Whitsunday [NDT : le « blanc-dimanche » ]) a été célébré avec une magnifique messe solennelle dans le nouvel ordo missae et précédé par le chant solennel de l’office de Tierce en latin tiré du brévaire d’avant 1970 (qui comprend principalement le Veni Creator et les sections II à V du psaume 118) [Nous chantons quant à nous également l’office de tierce avant la messe de la plupart des dimanches dans à la cathédrale S. Charles Borromée de Saint Etienne 42000, mais selon l’antiphonale romanum de 2009]. Tandis que la messe a commencé en vernaculaire et était quasiment entièrement chantée, c’est la langue latine qui a pris le dessus à partir du Pater jusqu’à la fin. Le Célébrant était assisté par un diacre et un acolyte vêtu de la tunique. [Les oratoriens britanniques tirent donc légitimement parti des rubriques du Missel de 1970 qui prévoir l’action du sous-diacre, comme nous l’avons à plusieurs reprises mentionné dans nos pages.] L’ordinaire de la messe, la « Messe de l’homme armé » de Morales était chanté par le Newman Consort d’Oxford, un groupe en lien avec l’ordinariat de Notre-Dame de Walshingam, [ce sont les ex-anglicans, devenus catholiques mais ayant conservé leur usages liturgiques. Notons qu’ils ont gardé l’ensemble de leur prélats ex « évêques anglicans » quibien que mariés ont été orfonnés prêtres et officient avec les pontificalia c’est-à-dire mitre crosse, croix pectorale, en tant qu’ordinaires. Notons aussi la proximité entre les Oratoriens et ces ex Anglicans. La rigueyr liturgique des prmeirs favorisant la conversion des seconds. Il y a bien un lien fort entre liturgie et œcuménisme, liturgie et évangélisation] qui a également chanté le Confirma Hoc Deus de Byrd.

Plus intéressant et plus marquant, deux jeunes adultes, récemment baptisés, furent confirmés grâce à un indult spécial, après l’homélie. [Rappelons que la confirmation est du ressort de l’évêque, théoriquement. L’indult spécial, c’est que le sacrement a dû être donné par un simple prêtre oratorien.] Ils portaient des robes blanches des néophytes, illustrant par là l’origine de l’appellation familière en Anglais « Whitsunday » [NDT : « blanc-dimanche »] comme c’est le moment dans l’usage, dans les temps anciens des baptêmes d’adultes sous nos climats nordiques. Après la chrismation, l’assemblée entière ayant renouvelé sa foi baptismale avec les candidats à la place du Credo, fut aspergée avec l’eau baptismale, accompagnée par le chant du Vidi Aquam.

Comme il apparaît que la grande fête de « l’anniversaire de l’Eglise » est célébrée de façon plus appropriée sur une période plus étendue que ce qui est possible pour la seule journée réservée à cela dans le missel de 1970, l’octave de Pentecôte est désormais célébrée avec une série de messes votives du Saint Esprit, mais avec quelques différences importantes. [Nous avons nous aussi à la cathédrale saint Charles de saint Etienne le lundi de Pentecôte une messe votive du Saint Esprit, en latin avec le propre grégorien de la veille, complet].


Vêpres de la Pentecôte à l’oratoire de Birmingham

En cohérence avec l’idée du Saint Père exprimée dans Summorum Pontificum
[le motu proprio de Benoît XVI en 2007 libéralisant la forme ancienne de la liturgie romaine, selon les livres liturgiques de 1962] que les deux formes du rite romain devraient s’enrichir mutuellement, l’Octave est célébrée largement en forme ordinaire, mais en utilisant des éléments tirés largement des messes de l’octave datant d’avant 1970. [Rappelons que l’octave de Pentecôte existait jusqu’en 1970, mais a été supprimé pour des raisons nojn expliquées, ce qui est il est vrai curieux, surtout lorsqu’on sait que Paul VI lui-même fut très surpris par cette décision du Consilium pour l’applicaitond e la réforme liturgique et s’en était même plaint à plusieurs de ses proches. L’octave de la Pentecôte est extrêmement traditionnel, et les ligens qui suivent vont non seulement expliquer en quoi, mais aussi comment faire pour en tirer tous les fruits, y compris dans une liturgie utilisant les livres d’après 1970] Les chants propres sont tirés du Graduale des messes de l’octave d’avant 1970, particulièrement l’Alléluia et sa séquence Veni Sancte Spiritus chantés en latin. [Notons l’ordre : l’alléluia, puis la séquence.] Les lectures de chaque jour sont celles proposées par l’ancien missel, étendues lors des quatre temps du mercredi et du samedi. [Les quatre temps, qui sont aujourd’hui réduits à une dévotion populaire ont jusqu’en 1970 une véritable conséquence liturgique, que l’oratoire d’Angleterre n’hésite pas à mettre en œuvre lors de cette octave. Bel exemple.] A la place des graduels, pour les messes de semaine, les psaumes responsoriaux sont tirés du lectionnaire actuel pour être apairés au caractère spécifique de chacun des jours. [On constate donc que le formulaire de la messe lue est retenu en semaine, donc avec les psaumes responsoriaux, tandis que les graduels sont pour la messe chantée. Ce qui est tout à fait cohérent. Dans une logique extra monastique, il n’ya pas de vraie raison de chanter entièrement chaque jour la messe.]

Par exemple, l’évangile du mardi, « la porte de la bergerie » (Jn 10,1-10) a comme prélude idéal le psaume 22, tandis que la longue série des lectures de l’ancien testament du samedi reprend l’un des thèmes préchrétiens de la fête juive de la Pentecôte, l’offrande à Dieu des premiers fruits de la récolte, pour laquelle les psaumes 64, 106 et 125 qui sont proposés dans le calendrier du Novus Ordo et qui donc sont choisis ici. [Enrichissement mutuel des deux formes du rite romain]

Observation sur le retour de l’octave de Pentecôte.

Le passage au temps ordinaire immédiatement au lundi qui suit la Pentecôte est violent. Ce n’est pas seulement le retour au temps ordinaire en soi qui pose problème parce que de toutes façons, il faut bien y revenir à un moment ou à un autre. Non, le problème que plusieurs de vos correspondants partagent avec moi est qu’en réalité, le premier lundi vert après la Pentecôte nous arrive de nulle part. En plus de ce côté abrupt, les féries qui suivent désormais la Pentecôte appartiennent à une suite entièrement déconnectée qui a été rompue avant le Carême et qui n’a aucun élément de continuité avec ce qui la précède immédiatement. La transition [entre temps pascal et un temps ordinaire qui est en fait une continuité par rapport à une période de précarême] avec une fin de l’octave de Pentecôte qui se terminait par le samedi des Quatre Temps, en transition avec les 1ères vêpres de la Trinité, qui marquait le début d’une nouvelle saison par une fête célébrant la descente du Saint Esprit « menant l’Église vers la vérité toute entière. »

Concrètement, quel est le résultat de la perte de l’octave de Pentecôte ?

Premièrement, l’effet le plus malheureux est de réduire la Pentecôte à une voie sans issue. Parce que désormais, c’est un seul jour qui clôt tout le temps pascal, à partir duquel tout ce qui suit est sans continuité : le temps ordinaire ne semble pas être la suite de la Pentecôte, mais semble la supplanter. Si bien que la Pentecôte semble désormais se contenter de regarder en arrière vers Pâques, dont elle est la célébration de conclusion, plutôt que d’être à la fois la réminiscence de Pâques et la mise en marche au travers du « temps vert » représentant la vie post pentecostale de l’Église jusqu’au second avènement. [Second avènement, c’est-à-dire parousie, que justement le reste de la dynamique de l’année liturgique post conciliaire a voulu particulièrement mettre en avant, avec la fête du Christ roi au dernier dimanche per annum / ordinaire, le chant de la séquence Dies irae à l’office, et la fameuse anamnèse qui s’achève par deux mots lourds de sens : Donec venias : jusqu’à ce quee Tu viennes.]

Deuxièmement, cette rupture et cette discontinuité est encore plus appuyée par la nomenclature « temps ordinaire ». Alors qu’à partir de l’appellation « temps après la pentecôte » seul, l’Eglise a pu positionner une relation à cette fête (même de façon différente que le temps après Pâques en fonction de la fête de Pâques elle même), il y a en réalité plus qu’un rapport de nom. [le Graduale romanum de 1961 donne comme appellation tempus per annum post pentecosten. Le Graduale romanum de 1975 supprimme les deux derniers mots pour garder seulement tempus per annum. Derrière cette observation il y aussi la mise en cause légitime de l’interchangeabilité des formulaires pour le temps per annum avant carême ou après pentecôte, qui est probablement la plus grosse faute de goût de l’organisation du temporal d’après le Concile, c’est-à-dire des suppression des semaines de septuagésime et sexagésime.] Bien sûr, la temps pascal est plus organiquement et thématiquement lié à Pâques que toute la période « Post Pentecosten » l’est à la Pentecôte. Pour autant, la correspondance entre le temps après la Pentecôte d’un côté et l’ère entière de l’Église désormais dotée du Saint Esprit et dans l’attente de la Parousie d’un autre côté, était formellement manifesté dans cette longue période « verte » de l’année ecclésiastique. [Dans cette perspective, et c’est probablement la partie la plus convaincante de l’article de Nichols, c’est justement l’organisation du temporal de la nouvelle année liturgique post conciliaire qui prêcherait pour le maintien de l’octave de Pentecôte, puisque depuis 1970, le temps vert d’après la pentecôte est orienté vers le point d’orgue de la solennité parousique du Christ roi de l’univers.] C’était spécialement clair au début de la saison avec les fêtes contemplant les mystères de la Trinité et du Corpus Christi, et à la toute fin via les évangiles eschatologiques des [derniers] dimanches [per annum / ordinaires].

Troisièmement, la forte limitation de la présence pentecostale à la méditation d’un seul jour laisse un vide que les charismatiques pentecôtistes chercheront à combler. Même si historiquement il y a beaucoup de raisons pour lesquelles ce mouvement a grandi à l’intérieur de l’Eglise, ce n’est pas sans signification que le caractère a-liturgique des potentiels promoteurs d’une vie dévotionnelle pneumatologique à l’intérieur de l’Église latine a coïncidé avec cette désormais célébration très réduite de l’avènement de l’Esprit et de Son rôle dans l’Eglise jusqu’à la Parousie. [Un prêtre me faisait remarquer d’ailleurs que tous les mouvements du « renouveau » et de la prière informelle des charismatiques sont justement nés de l’absence de célébration de la liturgie des heures et de l’office divin pendant la période transitoire du début de la réforme liturgique où l’Eglise n’avait pas encore sa prière propre des heures en conformité avec la volonté du Concile. Remarquons d’ailleurs que tout cela commence à peine à être corrigé… L’insistance des mouvement du renouveau sur les charismes de l’Esprit Saint ne viennent ils pas aussi de la suppression de la célébration du Saint Esprit donné à l’Église dans l’octave de Pentecôte mais aussi et conséquemment dans la plus grande partie du cycle du temporal, qui peut, certaines années aller en fonction de la date de Pâques, aller jusqu’à 28 semaines ? ]

En lien avec un focus pneumatologique sur la liturgie, je trouve difficile de voir comment la neuvaine de pré pentecôte (comme défendue par Mgr Bunigni) peut remplacer de façon adéquate le poids de l’octave d’après Pentecôte. Laissez moi immédiatement constater que j’ai la conviction que les Messes de la forme ordinaire pour la période entre l’Ascension et la Pentecôte sont admirables en tant que préparation dans la prière à la descente de l’Esprit, et que c’est un excellent exemple de la manière dont certains aspects de la forme ordinaire peuvent certainement devenir un enrichissement dont la forme extraordinaire pourrait bénéficier (tout comme l’euchologie et le lectionnaire du temps pascal en son entier). [Notons qu’à l’office aux vêpres, la forme ordinaire a également pendant la neuvaine tous le sjours le Veni Creator comme hymne des vêpres.] En même temps, il faut considérer qu’une phase de préparation est seulement ce qu’elle est : une préparation à l’événement, et non pas son accomplissement. L’octave de Pentecôte représente l’accomplissement du déversement de l’Esprit tel qu’Il est manifesté dans la vie post pentecostale de l’Église.

A ceux qui suggèrent que l’Eglise devrait tout simplement faire avec, [j’apprécie chez les oratoriens anglais cette capacité à ne pas se laisser happer par la contrainte, à s’élever au dessus de la problématique pour essayer de pousser en avant des solution fiables et viables. C’est la créativité britannique qu’il nous manque parfois en France ?] et passer directement de du dimanche de la Pentecôte au temps ordinaire sans aucun délai, je dis que l’Octave de Pentecôte, bien loin d’introduire un retard dans l’inauguration [NDT : de la nouvelle saison liturgique], est le moment de la mise en scène pour le temps ordinaire qui suit. Tout lecteur attentif des textes des messes et des offices de l’Octave se rend immédiatement compte que ce ne sont pas seulement des réminiscences historiques des différents aspects de la descente de l’Esprit Saint qui y sont décrites. En fait, l’Esprit n’est mentionné dans les Evangiles d’aucune des messes au long de l’Octave. Les messes votives du lectionnaire de Paul VI contiennent certes un regroupement des péricopes évangéliques qui mentionnent le Saint Esprit explicitement, mais ce n’est pas ce que l’Église visait dans les formulaires des messes de l’octave de Pentecôte : ce sont les effets du déversement de l’Esprit pendant l’Octave qui sont célébrés lors de ces passages évangéliques. Pourquoi alors l’Église utilisait – elle des passages de l’Évangile sans aucune référence à la venue de l’Esprit pendant l’octave de Pentecôte ? C’est bien sûr la conséquence de la nature baptismale de l’Octave, commençant bien sûr avec sa Vigile. [Dans plusieurs endroits en France, nous avons une réflexion sur la mise en œuvre de la Vigile de Pentecôte avec toutes ses lectures, en cherchant à lui donner une solennité voisine de la vigile de Pâques. C’est évidemment une excellente chose. Peut être faudrait il aussi en tirer toutes les conséquences et étendre cette réflexion à l’octave qui suit conséquemment cette vigile solennelle.] C’est le caractère baptismal qui a formé la colonne vertébrale et le matériau catéchétique de l’Octave et au regard de son rang particulièrement solennel, d’une façon égale à la célébration de Pâques elle même.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes : au fond la schola Saint Maur chante Spiritus Domini replevit orbem terrarum (Introït, puis Vidi Aquam, Kyrie Gloria. Après chaque lecture, un répons alléluiatique, puis la séquence Veni Sancte Spiritus)

Quatrièmement, si le caractère et la solennité de l’octave de Pentecôte sont ultimement en lien à la célébration baptismale de la Pentecôte, l’octave devrait continuer à exister dans une forme identique à celle qu’elle avait jusqu’en 1970 ; et devrait il y avoir ici deux célébrations du Baptême d’une solennité voisine à chacune des extrémités d’une même saison [liturgique] ? Si non, alors est ce que la Pentecôte devrait continuer à être marquée par un octave aussi solennel que celui qui était utilisé pour lui donner une telle splendeur ?

En ce qui concerne le premier point, il est douteux de considérer le « doublet » de la vigile de Pentecôte pour la célébration du baptême comme redondant. Il peut simplement être considéré comme la remise à plus tard de la cérémonie baptismale à un moment plus tardif et plus clément de l’année. L’Eglise pendant des siècles n’a trouvé aucune incongruité à la célébration des deux vigiles, même si le Baptême n’est célébré qu’à l’un des deux en certains endroits et à certaines périodes. J’avancerai cependant que ce « doublet » n’est pas une simple « duplication ». Comme cela a été célébré pendant la plus grande partie de l’histoire de l’Église latine, Pâques et Pentecôte ont été comprises comme des fêtes en lien avec les fonts [baptismaux]. Elles sont toutes deux, de façon complémentaire, une célébration de la fécondité sacramentelle. La Résurrection et le déversement de l’Esprit ne devrait pas être traité comme si l’on pouvait réduire l’ensemble à un seul événement identique, mais comme les étapes successives d’un seul Mystère Pascal dans lequel la seconde et la troisième personne de la Trinité agissent de façon spécifique en fonction de la volonté salvifique du Père des cieux. [Notons l’expression de « mystère pascal », qui est aussi également beaucoup sous la plume d’un autre oratorien liturgiste, amsi français : le RP Bouyer, et qui a beaucoup influencé la théologie de la liturgie d’après Vatican II]

Pour prendre le second point : si le baptême n’a pas à être célébré avec la même sorte de solennité à la Pentecôte qu’à Pâques, alors la Pentecôte a t’elle à se voir attribuée une octave du même rang et d’un caractère équivalent à celle de Pâques ? Il faut soulever alors la question du caractère de l’octave de Pâques précisément comme baptismal. Toutes les péricopes évangéliques de l’octave de Pâques sont tirées des événements tirés des apparitions de la Résurrection. Sous cet aspect, l’octave de Pâques, a un caractère bien que baptismal par ses Introïts, oraisons, et épîtres est plus évidemment lié à l’événement historique qu’il célèbre que l’octave de Pentecôte. En fait, du point de vue des péricopes évangéliques, c’est la Pentecôte qui a qui a le plus clairement un caractère post baptismal. En regardant soigneusement les deux octaves, il apparaît clairement qu’ils sont unis par le même caractère baptismal, mais de façon complémentaire : le premier, basé sur l’événement historique de la résurrection comme cause originelle de notre salut, et le second célébrant le déversement de l’Esprit come le moyen de la continuité de l’accomplissement de cette rédemption dans les sacrements de l’Église. [Avec le rappel au passage que les sacrement sont bien une affaire avec l’Esprit Saint…]

Bien plus, si tous les dons de l’Esprit qui sont donnés au Baptême sont célébrés de façon explicite à Pâques, pourquoi l’Église a t’elle besoin de célébrer liturgiquement la Pentecôte, et pourquoi préparer cette célébration par une neuvaine précédant l’Ascension ?

Cinquièmement, la Pentecôte est une fête qui demande une résonance à cause de son importance dans la vie de l’Église afin d’être rendue claire. Une octave fournit à une fête l’espace pour résonner. C’est la réponse à l’image que donnait le pape Paul VI de la cloche de l’Église qui sonne avant la Messe, en vue de préparer les fidèles psychologiquement à prendre part à la liturgie. Pour amplifier cette image, on pourrait dire que plus la cloche sonne tôt, plus le nombre de cloches qui sonnent est important, plus la célébration qu’elles annoncent est grande et est préparée.

De façon similaire, de la même façon qu’un fort son a besoin de temps pour s’épanouir afin que son timbre puisse être apprécié, un fête a également besoin de temps. Celle qui se termine en un seul jour a peu d’espace où résonner, et donne l’impression qu’elle n’a pas beaucoup à nous dire alors qu’elle a besoin d’être entendue à loisir. J’avancerais qu’une grande octave emprunte une splendeur proportionnée en avance en ce qui concerne la fête et la splendeur de sa célébration.

En fin de compte, il est également important de ne pas oublier les offices du bréviaire de la Pentecôte et de son octave, que le Bienheureux John Henry Newman appelle « les plus magnifiques, peut être, de toute l’année » (v. An Essay in Aid of a Grammar of Assent, ch. 5, section 2, « Belief in the Holy Trinity »). Ces réflexions issues des Pères sur les lectures de l’Évangile de chaque jour nous invitent à approfondir notre assimilation des mystères de la Vie de l’Église, dont l’âme est l’Esprit Saint (CEC 797).

En résumé le caractère de la Pentecôte comme consommation et accomplissement du Mystère pascal suggère qu’il est convenable de célébrer cette fête avec une octave, similaire en caractère et en rang à celle de Pâques. Pâques regarde à la fois en arrière vers la Passion du Seigneur et son « passage vers le Père » et vers l’avant vers le temps pascal comme la saison liturgique pendant laquelle la résurrection et sa signification pour notre vie éternelle est dévoilée pour nous. D’une façon parallèle, la Pentecôte regarde en arrière vers la promesse du don du Paraclet qui est faite à Pâques et devant dans le Temps après la Pentecôte qui représente la vie de l’Eglise sous l’emprise constante de l’Esprit saint et enrichie de Ses sacrements qui donnent la vie.

Guy Nicholls Cong Orat June 25th 2011 and 29th May 2012

D’autres photos de la célébration de la messe de Pentecôte à Villars sont disponibles ici : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-messe-de-la-pentecote-117916368.html

Et là : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-pentecote-suite-117922589.html

Toussaint à Villars les Dombes

Les habitués de notre site web avaient déjà suivi nos aventures dans les Dombes avec l’abbé Pierre Friess : elles se poursuivent avec ce petit reportage liturgique (Toussaint 2012) :

« Benedicite Reverende Pater ».

La messe a été célébrée essentiellement en Français, dans la forme ordinaire du rite romain, et chantée avec le propre et l’ordinaire grégorien.

« Ut meum ac vestrum sacrifícium acceptábile fiat apud Deum Patrem omnipoténtem. »

 La liturgie était orientée, c’est à dire en conformité avec la dynamique architecturale du lieu. Le prêtre comme les fidèles sont tournés dans le même sens, vers l’orient, le soleil levant. On distingue dans le fond une fresque de style byzantin représentant la résurrection.

« Conversi ad Dominum » 

Corpus Christi R/. Amen.

Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum vidébunt.

Une petite délégation de la schola, pour le chant du propre et de l’ordinaire grégorien.

L’après midi même nous avons également chanté les vêpres de la Toussaint, dans l’Antiphonale romanum de 2009, puis le salut au TS Sacrement, avec O Salutaris, le répons Vidi Dominum (Processionale p. 201), Tantum ergo et Laudes regiae.

Villars les Dombes – conférence : le chant grégorien dans la vie d’une paroisse ordinaire

Voici le texte de la petite conférence prononcée à Villars les Dombes à l'occasion du week end de la Pentecôte, juste avant le chant des IIes Vêpres de la solennité, dans l'église de Saint Paul de Varax.

 

Le Chant grégorien dans la vie d’une paroisse ordinaire.

Il y a maintenant presque deux siècles, voici ce que nous enseignait dom Guéranger, restaurateur de la vie monastique et de la liturgie romaine en France, dans sa Préface à son ouvrage majeur, l’année liturgique.

"La prière est pour l'homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même, puisqu'elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière, nourriture et vie. Mais, de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut ; il est nécessaire que nous nous adressions à Jésus-Christ, et que nous lui disions comme les apôtres : Seigneur, enseignez-nous à prier. Lui seul peut délier la langue des muets, rendre disserte la bouche des enfants, et il fait ce prodige en envoyant son Esprit de grâce et de prière, qui prend plaisir à aider notre faiblesse, suppliant en nous par un gémissement inénarrable."

"Or, sur cette terre, c'est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit, il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu'il apparaissait sous l'emblème expressif de langues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heureuse Épouse ; il est le principe de ses mouvements ; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthousiasme et ses soupirs. De là vient que depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l'Époux.

Tantôt, sous l'impression de cet Esprit qui anima le divin psalmiste et les prophètes, elle puise dans les livres de l'ancien peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu'elle aussi a reçu la trompette et la harpe, elle donne passage à l'Esprit qui l'anime, et chante à son tour un cantique nouveau ; de cette triple source émane l'élément divin qu'on nomme la liturgie."

Certains diront peut être ici que c’est un texte daté, qui n’est plus applicable aujourd’hui, et qui devrait, comme beaucoup de textes chrétiens datant d’avant 1970, être relégué aux oubliettes de l’histoire. Et pourtant : dom Guéranger est pleinement actuel. Initiateur du mouvement liturgique qui a abouti à l’Encyclique de Pie XII (Mediator Dei) et à la constitution dogmatique de Vatican II sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium), il fut au XIXème siècle le prophète d’un renouveau de la liturgie qui depuis 4 siècles était en lente déconfiture.

Et l’une des principales œuvres qu’il a initiée fut justement un travail de fond sur le chant grégorien. A son époque réduit au « plain chant », le répertoire de l’Eglise romaine était défiguré par des principes musicaux et liturgiques qui avaient fini par le rendre spirituellement infécond, spécialement en France. Dom Guéranger, ce combattant de la liturgie et de la doctrine – certains le surnommaient « dom Guerroyer » – a fini par obtenir gain de cause au travers de l’un de ses successeurs comme abbé de Solesmes, dom Delatte, par le Motu proprio de Saint Pie X sur la musique sacrée, qui désigne le chant grégorien comme chant propre de la liturgie romaine, et qui introduit au début du XXème siècle la notion de participatio actuosa, reprise par le Concile Vatican II, et que l’on a souvent improprement traduit par « participation active ». Dans l’idée des initiateurs et de promoteurs du premier « mouvement liturgique », la « participation actuosa », c’est la participation « effective » qui inclut la participation par l’écoute, par le goût de la Parole divine, et pas forcément par sa locution.

Regardons l’état où en était la liturgie il y a 100 ans : formellement cléricalisée, elle était l’apanage exclusif de certains ministres qui s’étant approprié indument la prière de tous les baptisés reléguaient ces derniers dans certaines dévotions extraliturgiques ou a liturgiques. Ce qui est évidemment tout à fait contraire à l’idée même d’une prière de l’Eglise qui dans l’absolu non seulement est nécessaire, mais pourrait suffir à la piété des fidèles : Ecoutons encore dom Guéranger :

La prière de l’Église est donc la plus agréable à l’oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante. Heureux donc celui qui prie avec l’Église, qui associe ses vœux particuliers à ceux de cette Épouse, chérie de l’Époux et toujours exaucée ! Et c’est pourquoi le Seigneur Jésus nous a appris à dire notre Père, et non mon Père ; donnez-nous, pardonnez-nous, délivrez-nous, et non donnez-moi, pardonnez-moi, délivrez-moi. Aussi pendant plus dé mille ans, voyons-nous que l’Église, qui prie dans ses temples sept fois le jour et encore au milieu de la nuit, ne priait point seule. Les peuples lui faisaient compagnie, et se nourrissaient avec délices de la manne cachée sous les paroles et les mystères de la divine liturgie. Initiés ainsi au cycle divin des mystères de l’année chrétienne, les fidèles, attentifs à l’Esprit, savaient les secrets de la vie éternelle ; et sans autre préparation, un homme était souvent choisi par les pontifes pour devenir prêtre ou pontife lui-même, afin de répandre sur le peuple chrétien les trésors de doctrine et d’amour qu’il avait amassés à leur source.

Vous comprenez bien : sans autre préparation…. La liturgie chrétienne est un vecteur de la grâce, un sacramentel tellement puissant, qu’elle suffit à infuser la grâce de la vocation dans le cœur et l’âme d’un homme que l’Eglise appelle aux ordres. Mais mieux que cela : elle forme également l’intelligence et l’âme diaconale, sacerdotale, épiscopale d’un fidèle baptisé.

Je pourrais m’arrêter là, vous avez compris. La liturgie est nécessaire à la piété baptismale ; et son chant propre, le chant grégorien, est reconnu par le magistère comme le chant propre de ce vecteur de grâces. Ce n’est pas uniquement « pour les tradis » ou « pour les moines ». c’est le cœur de notre culture musicale, c’est le corps de notre héritage cultuel, c’est l’âme de notre pratique rituelle. Votre paroisse mérite le chant grégorien.

Notre situation culturelle et liturgique est catastrophique. Nous ne savons plus, nous ne parvenons plus en ce début de XXIème siècle à nous abreuver à cette source de salut. Notre situation française en particulier est particulièrement préoccupante. Le répertoire du chant de l’Eglise a été proprement jeté dehors, et avec lui, toute la piété vivifiante de l’enseignement de notre mère, l’Eglise. Ce ne fut pas le désir de Vatican II : bien au contraire. C’est le 4 décembre 1963 que le chant grégorien est officiellement devenu à part entière le chant propre de l’Eglise romaine. On peut honnêtement considérer qu’avant Vatican II, le chant grégorien était un répertoire parmi d’autres. Il est a depuis la « première place », ou plutôt devrait on dire la place du Prince, la place d’honneur.

Comment, dès lors, le retrouver le réintroduire dans une pratique à la fois extra monastique et extra traditionaliste ? Deux remarques préliminaires. C’est indument que les traditionalistes le revendiquent avec ce que l’on appelle la « liturgie tridentine » ou la « forme extraordinaire du rite romain ». Il faut bien dire que c’est depuis le concile de Trente (je ne dis pas « à cause du Concile de Trente ») que justement le chant grégorien s’est perdu… C’est également indument qu’on le limite aux cloîtres : même si le grégorien a été fortement conservé dans les monastères, il est avant tout un chant basilical, un chant séculier, un chant de splendeur et de catéchèse. C’est la raison pour laquelle il ne plaisait pas à S. Bernard de Cîteaux, qu’il a raboté. Le chant cistercien est monodique et en latin, s’écrit avec des notes carrées, mais ce n’est pas du chant grégorien.

Le chant grégorien est un répertoire pour des grandes églises, cathédrales, basiliques, sanctuaires, qui mêle à la splendeur de son expression une retenue chrétienne et disons même christique. : il ravive chez les baptisés la grâce de la prière qui –étant le premier des biens – est l’expression ordinaire des vertus théologales.

Concrètement ? Comme c’est difficile de sortir de nos habitudes pour recoller à la coutume de la prière et au premier chef de la prière liturgique. Le grégorien n’est pas beau s’il n’est pas bien chanté. Il ne peut donc pas être simplement susurré, comme si on craignait d’offenser je ne sais quelle règle dogmatique en cas de faute de solfège, d’accent, de prosodie. Le fidèle, qu’il soit chantre ou simplement écoutant, devient participant effectif à la liturgie si il incarne la Parole de Dieu. Depuis Vatican II, nous cherchons en tant que catholiques, à mieux ouvrir notre cœur au trésor des Ecritures. Rappelons que justement c’est dans la liturgie que le livre devient parole de Dieu, et que la liturgie a besoin de l’Ecriture sainte tout comme l’Ecriture sainte a besoin de la liturgie pour devenir Parole. Dom Guéranger allait encore plus loin : « Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique (Jn 3, 16) pour l'instruire dans l'accomplissement de l'œuvre liturgique. » (Les Institutions liturgiques)

Il faut donc chanter. Même imparfaitement, même si on a manqué de temps pour répéter, même si on sait que l’on fera des fautes. Je ne dis pas qu’il faut être négligeant : Mais le Seigneur voit nos efforts, voit l’ouverture de notre cœur à la grâce, et sait que nous voulons faire bien. Les habitudes, surtout mauvaises, ne font pas une coutume liturgique. Nous sommes beaucoup trop influencés par les chœurs professionnels ou les enregistrements entendus qui donnent un idéal d’interprétation malheureusement parfaitement non atteignable pour un chœur paroissial. Parfois par manque de temps il faut accepter de ne pas chanter tout le propre de la Messe par exemple… Mais allons plus loin : de façon très pratique, il me semble qu’on ne peut pas prétendre faire du chant grégorien de façon régulière dans un contexte paroissial si l’on se tient à une vision strictement monastique de la liturgie. C’est ainsi que nous ne pouvons que rarement nous permettre le luxe de l’exclusivité du répertoire. Le Concile nous demande de considérer avec bienveillance, à côté du chant propre de l’Eglise qui a la première place (il aurait mieux valu traduire « la place d’honneur », « la place du prince ».

Ecclesia cantum gregorianum agnoscit ut liturgiae romanae proprium: qui ideo in actionibus liturgicis, ceteris paribus, principem locum obtineat. Alia genera Musicae sacrae, praesertim vero polyphonia, in celebrandis divinis Officiis minime excluduntur, dummodo spiritui actionis liturgicae respondeant, ad normam art. 30.

Le répertoire du cantique populaire, ainsi que la polyphonie n’ont pas au même titre cette ‘place d’honneur’. Pourtant, ils sont tous deux à favoriser intelligemment. Nous ne prenons pas ça comme une contrainte, mais comme une obéissance à ce qu’est la liturgie, qui encourage à enchâsser, à côté du joyau que constitue une antienne d’introït ou de communion, le chant d’un bon cantique en français. De la même façon, il peut être intéressant de chanter après la messe, lors de la procession de sortie, un beau cantique en action de grâces… Notre « A Toi la gloire » de la messe du jour de Pâques 2009 en la cathédrale de Versailles avait pu ainsi défrayer la chronique, notamment sur le célèbre « Blog » de Patrice de Plunkett.

Le grégorien, on le néglige souvent, c’est bien sûr la liturgie de la Messe ; nous ne négligeons cependant pas la liturgie des heures. Nous avons la chance depuis maintenant une année de disposer des Heures grégoriennes, éditées par la Communauté Saint Martin, dont on ne dira jamais suffisamment de bien : c’est un véritable antiphonaire romain latin-français… Nous avons désormais la possibilité de chanter l’ensemble de l’office diurne, de laudes aux complies, entièrement en grégorien, et même s’il le faut avec une psalmodie en français, si cela « chagrine » trop. C’est un moyen formidable de promouvoir le grégorien mais aussi et surtout la liturgie, dont l’office est resté jusqu’ici un parent pauvre. Et pourtant… Dans l’intuition de Paul VI, la réforme de l’office devait provoquer la  réappropriation par le fidèle de la célébration de la louange publique des heures. C’est en passe de changer : c’est un moyen tout à fait admis aujourd’hui pour remplacer les « ADAP », tout en restant très exactement dans « ce que fait l’Eglise », et sans prétendre replacer aucunement le sacrifice eucharistique.

La liturgie des heures, en particulier, est proprement le « privilège et le devoir du baptisé ». Nous allons chanter les vêpres dans quelques instants. Ce n’est pas pour singer les moines, ou faire de notre assemblée une sorte de coup d’état sur les privilèges sacerdotaux. C’est simplement pour exercer notre sacerdoce baptismal – notion ô combien incomprise dans notre époque polarisée en une théologie traditionaliste d’un côté ou progressiste de l’autre :

« La venue du fils de Dieu sur terre eut encore une autre conséquence. Quoi qu’il en soit du motif de l’Incarnation, elle atteignit aussitôt ce résultat : d’associer à l’œuvre liturgique des créatures intelligentes, élevées à l’état surnaturel, et pour lesquelles le fils de Dieu devait pousser la condescendance jusqu’à se faire non seulement holocauste, mais hostie pour le péché, effaçant leurs fautes, réparant toutes les erreurs ; de telle sorte que ces créatures concourussent désormais à son propre sacrifice, comme les membres d’un seul corps dont il est le chef : In qua voluntate sanctificati sumus per obaltionem corporis Iesu Christi semel (Col 10,10). (…) Ainsi le souverain pontificat est éternel et son exercice est à jamais : non seulement dans la personne adorable du fils de Dieu, mais encore dans la tribu sacerdotale dont il est le chef, « genus electum, regale sacerdotium, race choisie, sacerdoce royal », où tous sont prêtres, bien qu’à des degrés divers, et tous appelés à concélébrer avec le Pontife souverain. » (madame Cécile Bruyère, abbesse de Solesmes, La vie spirituelle et l’oraison, « Il n’y a qu’une seule liturgie »)

On est surpris de voir dans ces quelques phrases de l’abbesse de Solesmes, (dont la pensée claire, limpide et forte, lui mériterait le titre de « Sainte Thérèse d’Avila du XIXème siècle » si elle était davantage connue), une réflexion théologique qui ne fut formellement définie par le magistère qu’au moment de Vatican II. Pour elle, comme moniale, la « concélébration » concerne évidemment non pas la Sainte Messe (elle n’a jamais revendiqué le sacerdoce – ministériel – des femmes !) mais la célébration de l’office divin, la liturgie des heures… N’étant pas ordonnée, elle le revendique donc pour les laïcs, pour les simples baptisées que sont les filles de Saint Benoît. Mais aussi pour nous…. ! On est encore plus surpris de constater à quel point, au-delà de cette fulgurance théologique prophétique (qui anticipe d’un siècle Vatican II !), sa pensée est applicable égalment de façon très pratique, pour le chant grégorien. En effet, la meilleure école, méthode, moyen d’apprentissage de chant grégorien est justement aussi l’office divin : avec la psalmodie, nous apprenons la prononciation, la prosodie, les intervalles, la modalité, des récitatifs, des pièces d’abord simples puis complexes. L’office divin, c’est le chant grégorien à la portée des paroisses. L’office divin, c’est également une excellente occasion de replacer le chant propre de l’Eglise de façon quotidienne, au cœur de notre piété. L’office divin en grégorien  c’est enfin facile et atteignable…. Pourquoi attendre ?

Reste évidemment la question du latin. M. le curé a été bien plus brillant sur la question ce matin dans son homélie que je ne pourrais l’être, je n’insiste donc pas. Rêvons cependant à une nouvelle pentecôte pour l’Eglise : le don des langues, nous l’avons au travers de du latin qui transcende cultures, âges et nations. Le latin fut un instrument privilégié de la pensée occidentale ; il pourrait le redevenir : n’hésitons donc pas à faire de la langue latine le compagnon de notre vie chrétienne : Vatican II l’a promu, mais les pères du concile n’ont pas été écoutés. Le Saint Père a fait sa première homélie entant que souverain pontife en latin : pourquoi ne pas nous aussi, très simplement, pédagogiquement, susciter un engouement pour une langue qui a formé la conscience et la réflexions de générations et de générations. Elle est et demeure la langue de l’Eglise : ne la méprisons pas… Ce n’est pas seulement une langue « de cuisine », mais une vraie langue véhiculaire, avec une multiplicité de niveaux. Prions donc en latin ; la langue de S. Jérôme est simple et donne le goût d’une appropriation progressive d’un vocabulaire et de tournures de phrases qui sont plus avancées. En particulier, expérimentons à plein les textes sublimes des collectes du rite romain, donc la concision, la pertinence théologique et la brièveté sont des modèles littéraires sont on ne veut plus se priver une fois que l’on y a gouté. Des récentes publications notamment à Solesmes (la collection des commentaires des collectes du temps ordinaire, du Carême, etc…. par dom Hala) ont donné de bonnes initiations à ce niveau de langue. Nous avons un pape musicien, un pape latiniste, un pape liturgiste. Suivons-le sans état d’âme : c’est maintenant le temps pour agir, le temps  opportun… N’attendons plus !

 

 

Pentecôte à Villars : les photos

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Messe de la Pentecôte à Villars les Dombes. Procession d’entrée pendant le chant de l’Introït
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Mains jointes : le pouce droit sur le pouce gauche ! L’excellente école du service Messe de la paroisse de Villars (ESMV) . Une référence.

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Vénération de l’autel : Spiritus Domini replevit orbem terrarum.
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Aspersion  : Vidi aquam egredientem.
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Gloria in excelsis ; derrière : le « grand choeur ». Devant, assis sur le banc : le « petit choeur’ !
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Homélie : Cf. Dom Guéranger (l’année liturgique)

 

Dans l’ivresse sacrée qu’il inspire aux cent vingt disciples, [l’Esprit-Saint] leur a conféré le don d’entendre toutes langues et de se faire entendre eux-mêmes en toute langue. A l’instant même, dans un transport sublime, ils s’essayent à parler tous les idiomes de la terre, et leur langue, comme leur oreille, se prête non seulement sans effort, mais avec délices, à cette plénitude de la parole qui va rétablir la communion des hommes entre eux. L’Esprit d’amour a fait cesser en un moment la séparation de Babel, et la fraternité première reparaît dans l’unité du langage. Partout on entendra exprimer une même foi dans la langue de chaque peuple, et ainsi le miracle de la Pentecôte, renouvelé et transformé, vous accompagnera toujours, ô Eglise ! et demeurera l’un de vos principaux caractères. C’est ce qui fait dire au grand docteur saint Augustin parlant aux fidèles, ces paroles admirables : « L’Eglise répandue parmi les nations parle toutes les langues. Qu’est cette Eglise, sinon le corps du Christ ? Dans ce corps vous êtes un membre. Etant donc membre d’un corps qui parle toutes les langues, vous avez droit de vous considérer vous-même comme participant au même don » Durant les siècles de foi, la sainte Eglise, source unique de tout véritable progrès dans l’humanité, avait fait plus encore ; elle était parvenue à réunir dans une même forme de langage les peuples qu’elle avait conquis. La langue latine fut longtemps le lien du monde civilisé. En dépit des distances, les relations de peuple à peuple, les communications de la science, les affaires même des particuliers lui étaient confiées ; l’homme qui parlait cette langue n’était étranger nulle part dans tout l’Occident et au delà.


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Après un petit pélerinage à Ars, pour prier les Saint curé pour nos prêtres, petite conférence : chant grégorien et vie paroissiale (église de Saint Paul de Varax)

 

 

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2es vêpres de la Pentecôte : Deus in adiutorium meum intende (Saint Paul de Varax) : Les Heures gréogriennes / Antiphonale romanum II – 2009.

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Hymne de la pentecôte: Veni Creator Spiritus (la première strophe se chante à genoux)

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Psalmodie : Ps 109, Ps 113 A, cantique de l’Apocalypse.

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Encensement de l’autel au Magnificat.

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Après le chant des laudes (Les Heures grégoriennes)

messe votive du Saint Esprit (lundi de Pentecôte à Marlieux). L’Evangile.

 

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Consécration (NB : il s’agit bien de la forme ordinaire du rite romain)

 

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Communion : Factus est repente de caelo sonus.

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Barbecue paroissial et familial

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Que des bonnes choses !

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Dans la bonne humeur, avec le don Camillo du XXIème siècle… M. le curé en casquette !

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2 futurs membres de la schola.

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Un peu fatigué, après 2 jours de liturgie intense !

 

 

 

 

 

 

 

 

Pentecôte :week-end grégorien

Paroisse de Villars les Dombes

Avec la schola grégorienne Saint Maur

  prière liturgique avec l'office divin et apprentissage du chant grégorien

 

Samedi 22
17h00 : répétition du propre de la Messe de la Pentecôte – église de Villars, pour les paroissiens et amateurs de grégorien qui souhaitent s'initier ou se "recaler".
18h30 : 1ères Vêpres avec répons prolixe, fin 18.h50. (Antiphonale romanum / antiphonale monasticum)

Dimanche 23 :
9h00 : Laudes à l'église de Villars. (Heures grégoriennes)
9h30 : Calage / répétition supplémentaire (notamment l'ordinaire I) jusqu'à 10h15 avec les grégorianistes de Villars.
10h30 : Messe chantée de la Pentecôte.

17h30 : Conférence chant grégorien et liturgie à l'église romane de Saint Paul de Varax.
18h00 : 2es Vêpres suivies du Salut au Saint Sacrement. (Antiphonale romanum)

Lundi 24
:
9h00 : Laudes à l'église de Marlieux. (Heures grégoriennes)
9h30 : Calage / répétition du propre et de l'ordinaire avec les grégorianistes de Marlieux..
11h00 : Messe chantée avec le propre de la Pentecôte..
12h30 : Petit barbecue convivial. (Réservation : Lionel FORET tel. 06 81 79 01 12  lionelforet@hotmail.com)

Pentecôte à Villars les Dombes

Samedi 22

17.00 : répétition du propre de la Messe de la Pentecôte – église de Villars , pour les paroissiens et amateurs de grégorien qui souhaitent s'initier ou se "recaler".

18.30 : 1ères Vêpres avec répons prolixe, fin 18.50. (Antiphonale romanum / antiphonale monasticum)

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Dimanche 23 :

9.00 : Laudes à l'église de Villars. (Heures grégoriennes)

9.30 : Calage / répétition supplémentaire (notamment l'ordinaire I) jusqu'à 10.15 avec les grégorianistes de Villars.

10.30 : Messe chantée de la Pentecôte.

17.30 : Conférence chant grégorien et liturgie à l'église romane de Saint Paul de Varax .

18.00 : 2es Vêpres suivies du Salut au Saint Sacrement. (Antiphonale romanum)


Lundi 24
:

9.00 : Laudes à l'église de Marlieux. (Heures grégoriennes)

http://i2.wp.com/ladombes.free.fr/images/Les%20eglises/Marlieux/Eglise.JPG?w=660

9.30 : Calage / répétition du propre et de l'ordinaire avec les grégorianistes de Marlieux..

11.00 : Messe chantée avec le propre de la Pentecôte..

12.30 : Petit barbecue convivial.