Et ne nous laisse pas entrer en tentation.

La nouvelle traduction liturgique de la bible devrait sortir en novembre prochain. Parmi les nouveautés, et de taille : la révision de la fameuse demande du Pater : Et ne nos inducas in tentationem / et ne nous laissez pas succomber à la tentation / et nous soumets pas à la tentation deviendrait : « et ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Mais le psautier n’a pas été revu, et les modifications ne devraient concerner dans que les lectures bibliques de l’office de lecture, avant celles de la messe. Un certain nombre d’incertitudes subsistent en ce qui concerne les cantiques évangéliques (Benedictus, Magnificat, Nunc Dimittis). Apparemment, en tout cas, à ce jour les traductions sont faites sur le Grec et l’Hébreu, pas sur le Latin ou l’Araméen.

Car le Grec lui-même peut poser problème… Et dans beaucoup de cas il faut se référer à l’Araméen. Quelquefois, le Latin donne une version plus conforme, par le croisement du génie de S. Jérôme et du travail de fond d’un certain nombre d’éxégètes sur la Néo-Vulgate (certain diront que la NV pose d’autres problèmes… Certes, mais ce n’est pas le débat). En tout cas pour bien comprendre les enjeux, et pour rappel, un excellent article tiré du bulletin des amis de l’abbé Jean Carmignac sur le Pater.


http://www.abbe-carmignac.org/bulletins/n32.pdf

Que le ciel nous préserve de croire que Dieu puisse nous tenter ! Tertullien, vers l’an 200

Comme promis dans le n°31, nous arrivons au commentaire, par l’abbé Carmignac, de la 6è demande du Notre Père par laquelle, depuis des siècles, en français, on priait Dieu en lui disant « Ne nous laissez pas succomber à la tentation », alors que depuis Pâques 1966 on doit dire « Ne nous soumets pas à la tentation ». L’adoption de cette nouvelle traduction, dite traduction œcuménique, fut pour l’abbé Carmignac une vraie souffrance. Comme chrétien. Que le Notre Père, cette prière à l’état pur, « qui touche le cœur du Père par les paroles du Fils » (Tertullien), qui offre aux humains le don inouï d’être enfants du Père, de Son Père, et qui les fait tous frères, puisse se trouver affligée d’un contresens qui touche au blasphème… Et comme exégète. Que tant d’années d’un travail rigoureux, tant de langues, tant de textes étudiés, qui lui avaient permis en toute humilité de dénouer la difficulté en 1965 (1), soient tout simplement ignorées…(2) [ndlr : les propos de l’abbé Carmignac sont en caractères droits] ?

  • Le grec présente-t-il une difficulté ? Oui, répond l’abbé Carmignac. Oui, répondent des centaines d’auteurs à travers près de 2000 ans d’histoire. La traduction littérale « et ne nous introduisez pas dans une tentation » « ne peut que susciter l’étonnement de quiconque voit en Dieu un Père infiniment bon « qui ne tente personne » et qui ne saurait « tenter pour le mal » (Jacques 1, 13). Car, si l’on demande à Dieu de ne pas nous introduire dans une tentation, c’est qu’il y a risque ou danger qu’il nous y introduise. Le dilemme est alors inévitable et irréfutable : si Dieu exerce le moindre rôle positif dans la tentation, il ne peut plus être infiniment saint, puisqu’il contribue par la tentation à inciter au péché, et il ne peut plus être infiniment bon, puisqu’il contribue à entraîner ses enfants de la terre vers le plus grand des malheurs ; et si, d’autre part, Dieu n’exerce aucun rôle positif dans la tentation, c’est l’insulter que de lui demander de ne pas faire un mal qu’il n’a pas l’intention de réaliser » (p. 236* de Recherches sur le Notre Père)

Pour contourner cette difficulté, de multiples échappatoires ont été imaginées, l’abbé Carmignac en examine un très grand nombre en les regroupant : celles qui ajoutent une glose, par exemple « ne nous introduit pas dans une tentation « au dessus de nos forces » », celles qui font glisser le sens du mot « tentation » (3) vers celui d' »épreuve », celles qui mettent le verbe au passif, celles qui atténuent le sens du verbe, ou celles qui combinent ces deux moyens, ainsi St Augustin observe que beaucoup de gens disent « Ne souffre pas que nous soyons introduits dans la tentation ». D’autres font apparaître l’idée d’abandon : Dieu n’expose pas ou ne soumet pas à la tentation, mais il cesse de protéger contre elle, il « abandonne » à son action… L’abbé Carmignac conclut (p. 254*) : « Malgré le nombre considérable des auteurs cités (plus de 250, avec leurs références), aucune de ces solutions ne sauraient prétendre à une valeur scientifique, car les procédés qu’elles utilisent sont manifestement des subterfuges, pour essayer d’échapper à une conclusion qu’on sentait inacceptable du point de vue théologique, mais qu’on ne savait comment réfuter du point de vue philologique. C’est parce qu’on était incapable de dégager du texte un sens admissible, que l’on corrigeait ce texte »… Et page 294* : « Mais bien loin de critiquer les échappatoires plus ou moins valables qu’ont imaginées ces centaines d’auteurs – parmi lesquels les plus grands noms de la patristique, de la théologie et de l’exégèse – nous devons admirer le courage avec lequel ils ont préféré se rabattre sur de tels subterfuges, dont ils n’ignoraient pas tous la fragilité, plutôt que de suivre littéralement un texte qui paraissait compromettre l’honneur de Dieu ». ?

  • Le problème ne vient donc pas d’une mauvaise traduction du grec « κα μ εσενέγκς μς ες πειρασμόν,».(
    kaì m
    eisenégkêis hêmâs eis peirasmón,) Ou du latin issu du grec « Et ne nos inducas in tentationem ».
    Non, confirme l’abbé Carmignac (4) : « l’un et l’autre sont équivoques parce que ni le latin ni le grec ne permettent de rendre exactement en un seul mot la formule hébraïque (5). Tout le problème vient du fait que lorsqu’il y a une idée de cause : faire faire, faire entrer, nous, nous l’exprimons par le verbe « faire ». Les Hébreux l’expriment au contraire par une simple préformante ou désinence (6) du verbe au causatif. Si bien qu’ils ne peuvent pas mettre la négation avant, entre, ou après, comme ils veulent, ils sont obligés de mettre la négation toujours avant l’ensemble du verbe. Ils ne peuvent pas dire « faire ne pas entrer » ils sont toujours obligés de dire « ne pas » puis l’idée qui correspond à « faire entrer ». Mais alors, en grec, du moment que l’on traduisait « faire entrer » par un seul mot, on était obligé de mettre la négation devant, si bien qu’on ne savait plus si la négation portait sur « faire » ou sur « entrer ». « Ne fais pas entrer » ou « fais que nous n’entrions pas ». Et c’est pour cela que, semble-t-il, le traducteur grec a compris « ne fais pas » « que nous entrions », comme si c’était Dieu qui nous faisait entrer dans la tentation (entrer dans la tentation, cela veut dire entrer dans le piège de la tentation, dans la sollicitation au mal). Alors qu’il aurait fallu comprendre autrement : « Fais que nous n’entrions pas ». Ce détail de la grammaire hébraïque est cause de la difficulté. Et c’est la même chose en latin, qui a décalqué le grec purement et simplement. « Ne nos inducas » : inducere cela veut dire introduire ou faire entrer, et alors en latin normalement nous avons tendance à traduire « Ne nos inducas » par « ne nous fais pas entrer », ce qui correspond à la traduction actuelle. Mais une chose remarquable c’est que les anciens traducteurs français […] par simple bon sens théologique, avaient compris que cette traduction-là n’était pas admissible, et ils étaient arrivés à « Ne nous laissez pas succomber à la tentation » qui se trouvait être en accord avec le sens hébreu du terme. « Laissez » était un peu faible, « succomber » était un peu fort, les deux choses se compensaient à peu près si bien que le sens était dans l’ensemble valable.

Et l’abbé Carmignac propose de dire par exemple : « Garde-nous d’entrer dans la tentation ».

  • « Ne nous soumets pas à la tentation », est-ce une formulation calviniste ? Dans notre bulletin n°29 p.5, nous avons publié le témoignage de l’abbé Carmignac où il disait que « la pensée d’un des membres de la commission qui a adopté cette nouvelle formulation était clairement le calvinisme, que son idée était d’insinuer dans le Notre Père une pensée clairement calviniste ». Sur ce point il écrit, toujours dans « Recherches sur le Notre Père » p.303-304* : « C’est en 1922 qu’un anonyme protestant, suivi en 1928 par M. Goguel, a crée la formule nouvelle : « Ne nous soumets pas à la tentation », qui semble bien attribuer à Dieu sans échappatoire possible, une causalité positive dans la tentation : au lieu que Dieu agisse pour nous faire résister à la tentation, il agirait ainsi pour nous y soumettre. Et l’abbé Jean Carmignac poursuit p.303* (note 22) : « Quels sont les rapports entre cette formule et la pensée de Calvin ? Je laisse aux spécialistes de cette pensée le soin de le préciser. Mais j’ai personnellement l’impression que cette nouvelle formule paraît dépasser la position finale de Calvin et semble attribuer à Dieu une causalité plus directe dans la tentation. En effet, Calvin, à ma connaissance, n’emploie jamais l’expression « soumettre à la tentation », mais bien « livrer à Satan » ou « livrer entre les mains de Satan » et il a toujours grand soin de préciser que la tentation vient « du diable et de nos concupiscences charnelles ». Si Calvin, avec sa remarquable précision de langage, évite la formule « ne nous soumets pas à la tentation », n’est-ce pas précisément parce qu’elle risquait d’impliquer une causalité trop directe ? […] Évidemment, je ne sais pas quelle était l’intention de l’anonyme de 1922, mais je constate que sa formule, telle qu’elle sonne, ne paraît pas exprimer exactement la pensée de Calvin, et qu’elle semble l’outrepasser en la durcissant. » ?
  • Ainsi depuis 40 ans, les catholiques francophones adresseraient au Père « la prière à l’état pur » avec une formulation qui outrepasse même le calvinisme en le durcissant… Naturellement le fidèle qui emploie cette traduction par obéissance, ou sans être très conscient de la difficulté, n’est pas fautif. Cependant, p. 295*,
    l’abbé Jean Carmignac, tient à nous mettre en garde : « Même si un esprit seulement sur mille était troublé à cause de cette formule, ce serait un motif largement suffisant pour l’améliorer. »

    Texte et propos de Jean Carmignac (réunis par J. C. Olivier)

(1) Voir J. Carmignac, « Fais que nous n’entrions pas dans la tentation », la portée d’une négation devant un verbe au causatif, dans la Revue biblique, 1965, n°2, pp. 218-226.

(2) Avec sa très grande honnêteté intellectuelle, Jean Carmignac signale qu’il a découvert postérieurement à son propre travail de 1965, qu’un jésuite allemand, Johannes Heller, également excellent connaisseur de l’hébreu, avait aussi trouvé la solution scientifique à la difficulté de la 6è demande en 1901, soit 64 ans avant lui. Il offre en appendice de Recherches sur le Notre Père (pp. 437 à 445) la traduction intégrale du travail de J. Heller, pratiquement introuvable en France et remarque (note 88-1, p. 292*) que J. Heller est formel lorsqu’il présente son explication « non comme un pur essai de solution, mais comme la seule solution possible et exacte ».

(3) En plus de l’étude philologique, le sens de la 6è demande peut être éclairé par le contexte, à l’intérieur du Notre Père. Écoutons l’abbé Carmignac (p. 266-67*) : « La requête précédente vient de parler des dettes contractées envers Dieu dans le passé par tous nos péchés et nos déficiences. Et le stique suivant [la 7è et dernière demande] va demander que nous soyons à l’avenir délivrés du seul mal, le péché, ou de son instigateur, le démon. Encadrée ainsi par la mention du péché passé et du péché futur, la 6è demande ne peut viser que le péché présent, et ce qui en est la cause, la tentation [et non une épreuve]. Sans même se référer aux arguments théologiques […] on est invinciblement orienté en cette direction par la logique interne de la pensée. »

(4) Entretien avec Jean de Beer, le 27-12-1975.

(5) Rappelons que c’est en passant des années à étudier l’hébreu, en particulier à partir des manuscrits de Qumrân, que l’abbé Carmignac a compris cette particularité de la grammaire hébraïque.

(6) Préformante : en hébreu, se dit des consonnes qui, pour former des dérivés verbaux, s’ajoutent au début des racines ; désinence : lettres qui s’ajoutent à la fin du radical.

(*) Cet astérisque renvoie aux pages de Recherches sur le Notre Père, cet incontournable et magnifique travail de l’abbé Carmignac, ouvrage que nous avons eu le plaisir, tout récemment encore, de voir exposé au centre de la vitrine de son éditeur, Letouzey et Ané (87 boulevard Raspail 75006 Paris, livre de 608 pages, paru en 1969 et coûtant 30,70 euros plus 5,90 euros si envoi par la poste en France ). Ces pages se lisent très facilement et sont une mine de renseignements, de même que l’excellent condensé qu’il en a fait A l’écoute du Notre Père, livre de 120 pages, publié en 1995 aux Editions F.-X. de Guibert, 3 rue Jean-François Gerbillon, 75006, Paris, toujours disponible au prix de 15 euros (10 euros pour nos adhérents).

Recognitio de la nouvelle bible de la liturgie

Vu sur le site de CEF :
http://www.liturgiecatholique.fr/Nouvelle-traduction-liturgique-de.html


Le 17 juillet 2013

La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements vient de faire parvenir au Président de la Conférence des Évêques de France la recognitio de la nouvelle traduction liturgique de la Bible dans sa version intégrale.

Cette approbation du Saint-Siège vient couronner les efforts d’un énorme travail débuté il y a maintenant plus de 17 ans.

En effet, jusqu’à présent, seuls les textes du Nouveau Testament et 4000 versets de l’Ancien Testament et des lectionnaires étaient regroupés dans un ouvrage, la Bible de la liturgie, édité en 1993.

Très rapidement, la nécessité d’un texte intégral pour la liturgie fut exprimée par les évêques de la Commission Internationale Francophone de Traduction Liturgique (CIFTL, aujourd’hui CEFTL) et, en 1996, cet ambitieux chantier de traduction fut lancé.

Durant toutes ces années, et jusqu’à aujourd’hui, ce sont près de 70 experts, liturgistes, exégètes, écrivains et poètes venus de France, de Belgique, du Canada, du Luxembourg et de Suisse qui se lancèrent dans cette lourde entreprise. L’ensemble de la nouvelle traduction fut, dès 2005, soumise aux différentes Conférences épiscopales francophones, pour être finalement validées par elles à l’automne 2012, après l’étude de plus de 4.000 remarques et de nombreux échanges avec la Congrégation.

50 ans après l’ouverture du Concile Vatican II, cette nouvelle Bible intégrale dans sa traduction liturgique est, pour citer le P. Jacques Rideau, directeur du SNPLS « un fruit de Sacrosanctum Concilium et de Dei Verbum ; elle signe ce lien intime que l’Écriture et la Liturgie entretiennent l’une avec l’autre ».

Cette nouvelle traduction est une première étape avant la publication des nouveaux lectionnaires.

La Bible, traduction officielle liturgique paraîtra à la fin du mois de novembre. Elle sera également progressivement mise en ligne sur le site de l’AELF et sur liturgiecatholique.fr, afin que chacun puisse se l’approprier.

Frédéric Bergeret

Secrétaire général de l’AELF

Saint Joseph ajouté aux prières eucharistiques II, III et IV

Le pape François devrait en parler demain à l’audience générale : par décret de la congrégation du culte divin, Prot. N. 215/11/L le 1er mai , en la fête de S. Joseph artisan on ajoutera désormais obligatoirement S. Joseph aux côtés de la mention de la Vierge Marie.

Le décret en Anglais est ci dessous. Pas de trace pour l’instant de la version française : Peut être est il encore sous embargo ? Cette décision aurait été prise par Benoît XVI avant sa renonciation, et elle est promulguée par le pape François.

En tout cas voici les versions latines des canons I, II et III et IV qu’il faudra utiliser. Pou rappel, dans le « canon romain » (la prière eucharistique I) l’introduction de la mention de Joseph est présente depuis Jean XXIII. Pour une raison inconnue, le parallèle n’avait pas été fait au moment de la réforme liturgique pour les trois autres…

Canon I :  in primis gloriósae semper Vírginis Maríae, Genetrícis Dei et Dómini nostri Iesu Christi: + sed et beáti Ioseph, eiúsdem Vírginis Sponsi, et beatórum Apostolórum.

Traduction « mot à mot » : « en premier lieu la glorieuse Vierge Marie, toujours Vierge, Mère de Dieu et de notre Seigneur Jésus Christ + et aussi le Bienheureux Joseph, l’époux de cette Vierge, et les bienheureux apôtres. »

(Pas de changement, l’ajout de la mention de Joseph date du pape Jean XXIII)

Canon II : : « ut cum beáta Dei Genetríce Vírgine María, beáto Ioseph, eius Sponso, beátis Apóstolis »

Traduction « mot à mot » : « et avec la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, le bienheureux Joseph, son époux, avec les bienheureux apôtres »

Canon III: « cum beatissíma Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum beátis Apóstolis  »

Traduction « mot à mot » : « avec la très bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, Marie, avec le bienheureux Joseph, son époux, avec les bienheureux apôtres . »

Canon IV: « cum beáta Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum Apóstolis »

Traduction « mot à mot » : « avec la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, avec le bienheureux Joseph, son époux, avec les apôtres  ».

Cf. ici : http://wdtprs.com/blog/2013/06/action-item-st-josephs-name-now-in-eucharistic-prayers-ii-iii-iv/

A suivre…


MISE A JOUR !

 

Voici la dépêche VIS qui donne la version liturgique officielle en Français :

http://visnews-fr.blogspot.fr/2013/06/modifications-liturgiques.html

C’est utilisable immédiatement.

Cité du Vatican, 19 juin 2013 (VIS). La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrement a émis le 1 mai dernier un décret disposant que dans les prières eucharistiques III et IV du Missel romain, sera désormais mentionné Joseph à la suite de Marie: « Depuis toujours les fidèles manifestent une dévotion constante et ininterrompue envers saint Joseph, l’époux chaste de la Mère de Dieu et patron de l’Eglise entière, au point que Jean XXIII demanda au cours du concile que son nom soit ajouté au Canon romain. Benoît XVI a reçut bien volontiers les nombreuses requêtes écrites que le Pape François vient satisfaire « considérant la plénitude de la communion des saints…qui nous conduisent au Christ et nous unissent à lui… Sur le texte typique latin, la Congrégation préparera les diverses versions des principales langues modernes. Et pour les autres, elle collaborera avec les différentes conférences épiscopales.
Prière eucharistique II: « Avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec saint Joseph, son époux, les Apôtres ».

Prière eucharistique III: « Auprès de la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec saint Joseph, son époux, les Apôtres ».

Prière eucharistique IV: « Auprès de la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, auprès de saint Joseph, son époux, les Apôtres ».

Le texte latin du décret :

DECRETUM
Paternas vices erga Jesum exercens, in oeconomia salutis super Familiam Domini constitutus munus gratiae Sanctus Joseph Nazarenus luculenter adimplevit et, humanae salutis mysteriorum primordiis summopere adhaerens, benignae humilitatis est exemplar, quam christiana fides sublimes ad fines provehit, et documentum communium humanarum simpliciumque virtutum, quae necesse sunt, ut homines boni sint verique Christi sectatores. Per eas vir Justus ille, amantissimam gerens Dei Genetricis curam laetantique studio Jesu Christi sese institutioni devovens, pretiosissimorum Dei Patris thesaurorum custos factus est et tamquam mystici illius corporis, quae est Ecclesia, subsidium assiduo populi Dei cultu per saecula prosecutus est.

In Catholica Ecclesia christifideles jugem erga Sanctum Joseph praebere consueverunt devotionem ac sollemnioribus ritibus assiduoque cultu castissimi Deiparae Sponsi memoriam adhuc utpote caelestis universae Ecclesiae Patroni adeo percoluerunt, ut iam Beatus Ioannes Pp. XXIII tempore Sacrosancti Oecumenici Concilii Vaticani Secundi nomen eius vetustissimo Canoni Romano addi decerneret. Quae honestissima placita pluribus ex locis perscripta Summus Pontifex Benedictus XVI persolvenda suscepit atque benigne approbavit ac Summus Pontifex Franciscus nuperrime confirmavit, prae oculis habentes plenam illam communionem Sanctorum, qui jam nobiscum viatores in mundo ad Christum nos adducunt eique coniungunt.

Exinde, attentis expositis, haec Congregatio de Cultu Divino et Disciplina Sacramentorum, vigore facultatum a Summo Pontifice Francisco tributarum, perlibenter decrevit, ut nomen Sancti Joseph Beatae Mariae Virginis Sponsi Precibus eucharisticis II, III et IV, quae in editione typica tertia Missalis Romani sunt, posthac adiciatur, post nomen Beatae Virginis Mariae additis verbis, uti sequitur: in Prece eucharistica II: « ut cum beáta Dei Genetríce Vírgine María, beáto Joseph, eius Sponso, beátis Apóstolis »; in Prece eucharistica III: « cum beatíssima Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Joseph, eius Sponso, cum beátis Apóstolis »; in Prece eucharistica IV: « cum beáta Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Joseph, eius Sponso, cum Apóstolis ».
Circa textus lingua latina exaratos, adhibeantur hae formulae, quae nunc typicae declarantur. De translationibus in linguas populares occidentales majoris diffusionis ipsa Congregatio mox providebit; illae vero in aliis linguis apparandae ad normam juris a Conferentia Episcoporum conficiantur, Apostolicae Sedi per hoc Dicasterium recognoscendae.
Contrariis quibuslibet minime obstantibus.

Ex aedibus Congregationis de Cultu Divino et Disciplina Sacramentorum, die 1 mensis Maii anno 2013, sancti Joseph opificis.
Antonius Card. Cañizares Llovera
Praefectus

+ Arturus Roche
Archiepiscopus a Secretis

 

Le texte français du décret :

Placé à la tête de la Famille du Seigneur, saint Joseph de Nazareth a accompli avec générosité la mission reçue de la grâce dans l’économie du salut en tenant lieu de père à Jésus. En adhérant pleinement au mystère salvifique de l’humanité, qui en était à ses débuts, il est devenu un modèle exemplaire de cette généreuse humilité que la foi chrétienne exalte au plus haut point, et un témoin de ces vertus communes, humaines et simples, qui sont nécessaires pour que les hommes deviennent de vertueux et authentiques disciples du Christ. C’est en mettant en œuvre ces mêmes vertus que cet homme juste, qui prit soin de la Mère de Dieu avec amour, et se dédia avec un joyeux dévouement à l’éducation de Jésus Christ, est devenu le gardien des trésors les plus précieux de Dieu le Père, et le soutien du Corps mystique, c’est-à-dire de l’Église, lui que le peuple de Dieu n’a cessé de vénérer tout au long des siècles. 

Dans l’Église catholique, les fidèles ont toujours manifesté d’une manière ininterrompue une grande dévotion envers saint Joseph, honorant solennellement et constamment la mémoire de l’Epoux très chaste de la Mère de Dieu et du Patron céleste de toute l’Église, tant et si bien que, durant le très saint Concile Œcuménique Vatican II, le Bienheureux Jean XXIII prit la décision d’ajouter son nom dans le très vénérable Canon Romain. Ayant présent à l’esprit la communion des saints, qui nous accompagnent dans le cours du temps comme pèlerins en ce monde pour nous conduire au Christ et nous unir à lui, le Souverain Pontife Benoît XVI a bien voulu accueillir et approuver les vœux très pieux, formulés par écrit, en provenance de multiples lieux, une décision qui a été confirmée récemment par le Souverain Pontife François. 

Ainsi, au vu de ce qui précède, cette Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, en vertu des facultés concédées par le Souverain Pontife FRANÇOIS, décrète très volontiers que le nom de Saint Joseph, Epoux de la Vierge Marie, soit désormais ajouté aux Prières eucharistiques II, III et IV de la troisième édition typique du Missel Romain, après le nom de la Bienheureuse Marie toujours Vierge comme suit : dans la Prière eucharistique II : « ut cum beáta Dei Genetríce Vírgine María, beáto Ioseph, eius Sponso, beátis Apóstolis » ; dans la Prière eucharistique III : « cum beatíssima Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum beátis Apóstolis » ; dans la Prière eucharistique IV : « cum beáta Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum Apóstolis ». 

Pour les textes rédigés en lange latine, on doit utiliser dès maintenant ceux qui sont mentionnés ci-dessus et font partie dorénavant à l’édition typique. La Congrégation pourvoira dans l’avenir aux traductions dans les langues modernes occidentales les plus répandues; celles qui seront rédigées dans les autres langues devront être préparées, selon les normes du droit, par la Conférence des Évêques, puis approuvées par le Siège Apostolique, c’est-à-dire par ce Dicastère. 

Nonobstant toute chose contraire. 

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 1 mai 2013, mémoire de saint Joseph, travailleur.

Hymne de l’année de la Foi – Credo Domine – erratum

Plusieurs emails nous sont parvenus suite à l’article précédent au sujet de l’hymne de l’année de la Foi.
Non, non, ce n’est pas Claude Bernard le « fauteur » de l’adaptation officielle en Français que l’on trouve sur le site du Vatican.
Claude Bernard en a fait … Une autre, oui oui ….
La version de Claude Bernard est éditée sur un CD qui a été fait par ADF-SM Signes et Musiques, conjointement à Prions en Eglise.
Ce CD propose comme première phrase « Gloire à Toi Christ envoyé du Père, en la nuit nous Te cherchons, dans l’Avent de notre histoire Tu nous rencontres et pour nous Tu es le Fils du Très Haut ». Donc une adaptation encore plus éloignée de l’original italien… Nous imputions donc par erreur à Claude Bernard le mauvais goût d’une adpatation dont il n’est pas l’auteur…

Et qui ne résoud d’ailleurs pas notre problème…  Nous n’avons d’ailleurs pas toutes les paroles puisqu’elles sont protégées par droit d’auteur…. Apparemment, cette traduction de Claude Bernard, malgré tout ce qu’on peut voir et lire sur internet, ne serait pas la version officielle. Vous trouverez un extrait MP3 issu du disque de chants de Claude Bernard ici :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


… et aussi le début de la partition proposée (origine : extraits adfmusique.net )

Ce qu’a fait Claude Bernard, ce n’est donc pas la version officielle, mais un autre chant, sur la  mélodie de l’hymne officielle de l’année de la Foi. Les paroles sont inspirées de l’italien, mais s’en écartent apparemment largement, au moins dans le premier couplet.

Mais qui donc est l’auteur de l’adaptation loufoque : « Tu éclates de vie au jour de Pâques »  que nous dénonçons et qui se trouve sur le site officiel de l’année de la Foi ? Et qui a bien pu l’approuver ? Comment se fait il qu’en fin de compte des instances officielles, en France ou à Rome, aient pu laisser publier un chant avec de telles paroles inconvenantes ? Pas Claude Bernard, en tout cas, cela semble désormais établi.

La question reste ouverte, parce que la situation est et demeure parfaitement incongrue. En tout cas, nous rappellons que vous avez gracieusement à votre disposition une partition de Credo Domine sans loufoqueries ci dessous :  n’hésitez donc pas à l’utiliser.

Téléchargez le PDF complet ici (rappelons-le, sans aucun droit d’auteur…) :

Il reste encore une question : pourquoi Claude Bernard met-il sur son propre site web « avec la caution du SNPLS » ?Mais parce que ADF-SM Signes Musique a demandé ce travail pour le CD qu’ils ont édité, « Bienheureux qui te reçoit » et que Claude Bernard a ensuite demandé l’avis du SNPLS. 

Apparemment, sur la partition éditée par ADF, il y aurait en page 3 « adaptation officielle du chant italien (J. Rideau, SNPLS) » ainsi qu’une autre citation du directeur du SNPLS. Le SNPLS proteste contre cet abus : en rien, le travail de Claude Bernard pour ADF-SM Signe Musique n’est muni d’une approbation du SNPLS comme « adaptation officielle », et ce malgré ce que prétend cette personne sur son site web ici :
Concluons : donc Claude Bernard n’a pas travaillé pas avec le Vatican pour l’hymne officelle de l’année de la foi Credo Domine… Et le SNPLS, s’il lui donne des avis, ne l’a pas mandaté pour écrire l’adaptation officielle française de cette hymne de l’année de la Foi.

Credo Domine adauge nobis fidem

Dans notre article précédent, nous avons fait relever à nos fidèles lecteurs l’incongruité d’une certaine traduction de l’hymne de l’année de la Foi.

Cette pièce musicale, qui est conçue comme un chant de foule, est interprétée ici à Pau, semble t’il :


Hymne Année de la foi 2012 par SF-pau-64

Remarquons immédiatement que justement, la fameuse strophe avec « Tu éclates de vie au jour de Pâques » a évidemment vu ses paroles être modifiées :
A 1:49 : « Tu ressuscites à l’aurore de Pâques ». (Ouf!)

Il est donc légitimement possible de chanter autre chose ! Notons immédiatement que faire une adaptation nouvelle de paroles françaises qui ne soient pas celles qu’on nous imposerait n’est donc pas incongrue… Ce ne serait pas aller contre les évêques : remarquons qu’il s’agit ici en effet d’une messe célébrée par l’un d’entre eux. Gageons qu’il approuve cette modification du texte officiel !

En effet, nous n’avons pas à nous faire imposer une vision de la foi, par ce chant qui serait empli d’une idéologie sous jacente ; ce que nous désirons, c’est seulement l’hymne de l’année de la foi, dans une version française proche de celle qui a d’abord été éditée en italien… Pas plus pas moins.

Mais je sais déjà ce que certains vont avancer : idéologie ? N’est ce pas un mot un peu fort, par rapport à une vision de la traduction certes un peu créative mais qui n’engage rien de plus ?

Et bien chers amis, si,  je persiste, et je signe : renseignements pris, l’auteur de cette traduction est un certain Claude Bernard, qui sur son site, nous apprend qu’il est le fauteur de cette adaptation.  http://claudebernard35.free.fr/actualite.php

ERRATUM : comme indiqué dans un article ultérieur, ce n’est en fait pas Claude Bernard l’auteur de « Tu éclates de vie au jour de Pâques ». Il est en réalité l’auteur d’une adaptation non officielle de l’hymne officielle de l’année de la foi (ça va, tout le monde suit ?) éditée par ADF SM – Signes musiques pour laquelle il ademandé simplement l’avis du SNPLS, cet avis ne valant pas approbation.

Claude Bernard est également le lauréat d’un concours pour le choix du chant du grand rassemblement lyonnais d’octobre 2012. « Bienheureux qui te reçoit » sur une musique de Jo Akepsimas. Il est également l’adaptateur des paroles de Credo Domine : [NDLR : un adapteur mais pas l’adaptateur de la version officielle française présente sur le site du Vatican]

Credo Domine, fais grandir en nous la foi,   musique de Don Ivo Meini

L’original de cette hymne est en italien ; un chant créé spécialement pour l’Année de la foi. J’ai [NDLR, Claude Bernard] fait l’adaptation officielle en français, à la demande de la revue Signes Musiques, et avec la caution du SNPLS.

C’est dit : « avec la caution du SNPLS« , c’est à dire su Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle, le nouveau nom du CNPL (Centre National de Pastorale Liturgique)… [le SNPLS fait dire : Claude Bernard a demandé un avis]

Le SNPLS est un organisme officiel de la Conférence des évêques de France, qui fait des propositions et des créations pour l’animations liturgiques des paroisses et des communautés.

Mais bon, qui est Claude Bernard, à part un écrivain de textes pour cantiques soutenu par le SNPLS, [apparemment, pas tant que ça ? En tout cas il édite des CD avec ses compositions en collaboration avec ADF-SM Signes Musique et Prions en Eglise] qui a composé énormément de chants avec Jo Akepsimas, Laurent Grybowski le Michel Wackenheim  ? Et bien c’est un militant associatif pour « Femmes et hommes en Eglises » et pour « les groupes Jonas »… Oui, oui, tout cela ensemble. Il vient juste en avril 2011 de co écrire un livre avec Mgr Jacques Gaillot…   Quelqu’un par exemple qui milite sans état d’âme pour les filles enfant de choeur – appelées aussi « enfants de choeuses » – et la prêtrise des femmes… Car ça va souvent ensemble :

Rappelons au passage que le pape Jean-Paul II s’est prononcé définitivement sur la question de l’impossibilité de la prêtrise des femmes, en engageant son infaillibilité. Bref :une question de foi…
Tout est lié. Tout est cohérent… Vous êtes déçus, comme moi, je le vois bien… Mais pas surpris ? Si ? En tout cas notre conviction est désormais faite : Ne chantons surtout pas l’hymne  Credo Domine sur les paroles de Claude Bernard ! [Mea culpa : les paroles officielles de Credo Domine ne sont pas celles de Claude Bernard]

Et bien j’ai un beau cadeau à vous faire : Une partition de l’hymne de l’année de la Foi – Credo Domine avec les bonnes paroles, c’est à dire conformes à l’italien original, sans bizarreries créatives inutiles :



1- Nous marchons le coeur plein d’attentes, à tâtons dans la nuit. Tu nous rencontres dans l’avent de l’histoire, Tu es pour nous le Fils du Très Haut. Credo Domine Credo ! Avec les Saints qui sont en marche parmi nous, Seigneur, nous Te demandons : Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

2- Nous marchons, faibles et perdus sans le pain de ce jour. Tu nous nourris de la lumière de Noël, Tu es pour nous l’étoile du matin. Credo Domine Credo ! Avec Marie, la première des croyants, Seigneur nous Te prions : Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

3- Nous marchons, fatigués et souffrants, les blessures encore ouvertes, Tu relèves ceux qui Te cherchent dans les déserts, Tu es pour nous la main qui guérit. Credo Domine Credo ! Avec les pauvres qui attend’à la porte, Seigneur nous T’invoquons : Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

4- Nous marchons sous le poids de la croix, sur la trace de Tes pas. Tu ressuscites  au matin de Pâques, Tu es pour nous le Vivant qui ne meurt plus. Credo Domine Credo ! Avec les humbles qui veulent renaître, Seigneur, nous Te prions : Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

5- Nous marchons attentifs à l’appel de chaque nouvelle Pentecôte. Tu recrées la présence de ce souffle. Tu es pour nous la Parole d’avenir. Credo Domine Credo ! Avec l’Eglise qui annonce Ton Evangile, Seigneur nous Te demandons : Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

6- Nous marchons, chaque jour que Tu donnes avec les hommes nos frères. Tu nous guides sur les routes de la terre, Tu es pour nous l’espérance et le terme. Credo Domine Credo ! Avec ce monde où Ton Royaume est parmi nous, Seigneur nous Te crions :  Adauge, adauge nobis fidem. Credo Domine adauge nobis fidem !

Alors s’il vous plaît : diffusez cette partition ça autour de vous, et chantez cette version… Aucun droit d’auteur ne sera perçu, bien entendu !

50 ans de Vatican II, par Mgr Castet

Mgr Lebrun, évêque de Saint Etienne (à gauche) et Mgr Castet (évêque de Luçon) à droite, au Liban.

dans la revue de Mars 2012 de la lieutenance de France de l’Ordre du Saint Sépulcre, Mgr Castet, évêque de Luçon, nous parle des 50 ans de Vatican II, et aborde notamment la question fondamentale des traductions liturgiques officielles, sujet que nous avons abordé là et et aussi là et encore ici.
Notons également que dans la même revue, il y a une interview très intéressante de Mgr Lebrun (évêque de Saint Etienne et ancien curé de la basilique cathédrale Saint Denis, avec qui nous avons pu célébrer des liturgies à plusieurs reprises, tant à Saint Denis qu’à Saint Etienne): les deux évêques étaient en effet présents à l’ordination épiscopale au Liban (patriarcat maronite de Bkerké)) du nouvel évêque maronite de Lataquieh (Syrie), Mgr Sleiman.
La réforme n’est pas la littéralité, mais ce que l’Esprit Saint nous donne de vivre dans l’expérience historique et dans la conformité au magistère de l’Église. Il faut du temps, une maturation, une conversion du cœur et de l’esprit. Il est peut être temps de revenir à ce qu’a dit le Concile et non pas à ce mythique « esprit du Concile », à la manière des trotskistes réinterprétés, qui veulent que la roue tourne toujours sans jamais s’arrêter. Or, dans le Concile, il y a ce qui est dit dans son objectivité. Comme l’a dit Jean-Paul II, les textes n’ont rien perdu de leur éclat, même si, comme tous les textes de la tradition, ils s’enrichissent des autres apports du magistère, des encycliques, des textes interprétatifs, de ce que vit l’Église dans son pèlerinage historique, etc. Vous avez dit que le concile Vatican II s’est trouvé dans la singularité des années 1960, au moins en Occident. Il y a vraiment eu, un bouleversement dans les modes de vie, des révolutions fortes et pas forcément les plus apparentes. Parmi les révolutions fortes, il y a eu une transformation des relations humaines par la place que prend désormais la femme. Sous le mode du paradoxe, une des directrices d’école que j’ai eue et qui n’était pas suspecte d’être une femme légère m’a dit : « La plus grande réforme, c’est peut être l’apparition de la contraception ». Elle va situer la femme dans une position de liberté par rapport à son rôle traditionnel, donc bouleversement de la famille, bouleversement des transmissions ; et donc un ébranlement qui n’a rien à voir directement avec le Concile, mais qui lui est concomitant, et que certains lui attribuent. Autre réalité anecdotique en Occident : au début des années 1960, le costume d’appartenance à un corps est encore assez fréquent (le militaire, le chef de gare, le facteur, …) ; l’habit ecclésiastique fort, tel qu’il est apparu au début du XIXème siècle en France, s’estompe mais cet effacement s’inscrit dans l’effacement général des signes et dans l’uniformisation de la société. C’est aussi, et c’est plus grave pour le mystère du Salut, une décennie de l’optimisme sur l’homme, optimisme qui a atteint aussi la réflexion théologique en présentant le mystère du Salut, tout en occultant le mystère de la Croix. L’épreuve, le mystère du Salut qui était le centre de la prédication ne l’est plus devenu. Il s’y est substitué la fraternité, « l’être ensemble ». Le bonheur de l’homme est passé par le temps des thèses comme libération et eschatologie, libération de l’homme et salut en Jésus Christ, l’émergence des théories de la libération. L’annonce du mystère du Salut a glissé lentement vers un humanisme fort, respectable, mais qui évacue le mystère de la Croix, la médiation unique de Jésus-Christ et le fait que le salut n’est pas un acquit dans toute la tradition chrétienne. Aujourd’hui, il est par exemple assez étonnant, à la plupart des enterrements, d’entendre « cet excellent homme que le Seigneur va recevoir dans son sein… » ; je suis confus, mais observons tous les textes de tradition de l’Église : ce n’est pas ça du tout : « dans la vie mélangée qu’il a eue, Seigneur, nous te demandons de lui pardonner pour qu’il daigne être reçu en ta présence ». Voilà la prière chrétienne pour les défunts. Cet optimisme fait glisser les mots chrétiens vers un néo-nominalisme, cela veut dire qu’ils n’atteignent pas leur but : la vie, le salut, la Résurrection risquent d’être perçus comme des éléments humanistes, et non pas dans la perspective de la vie éternelle et de l’union à Dieu. Bien entendu le Concile n’a jamais dit ça, mais, dans le mouvement, il y a cet amoindrissement et une question en arrière plan : cela vaut-il le coup de donner sa vie pour ça, ou « pourquoi pas plutôt un engagement humaniste », que je ne dénigre pas, ni ne dévalue, mais qui est une déclinaison sécularisée du Mystère du salut et de la charité.
Il y a une occurrence entre les deux, et c’est pourquoi des gens blessés ont imputé au concile Vatican II des responsabilités qu’il n’a pas. Bien sûr le concile se dit dans et parfois avec les mots du temps, mais il n’est pas du tout à la racine de cela. L’herméneutique de la continuité souhaitée par le Pape Benoît XVI permet de réentendre la force des mots et de l’enseignement des Pères dans la lumière, la continuité, l’éclairage de la tradition ininterrompue de l’Église. Il y a aussi une chose à laquelle Mgr d’Ornellas m’a fait penser récemment, complètement évidente : pour les catholiques les plus observant, le concile était en fait le concile du Pape. Depuis le concile de Constance, c’est le problème de la querelle de la papauté au XIVème siècle, qui se demandait si le concile était supérieur au Pape ou le Pape au concile. Dans la tradition, l’Église a tranché : c’est le Pape qui est supérieur au concile. (…)

Q : Le Saint-Père promeut « l’herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité, et considère comme erronée « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture». Que faut-il comprendre précisément ?
Je suis né dans une famille distante de la foi ; j’ai découvert celle-ci dans les années 1960 par don de Dieu, très jeune, mais assez simplement, sans contrainte, ni déterminisme d’un environnement traditionnel. Plus j’avance dans la célébration de la messe, dans le temps, plus j’entre dans l’intelligence spirituelle de la richesse du trésor liturgique de l’Église, plus je mesure cette nécessité absolue de la continuité, y compris dans les modes de célébration, dans l’enrichissement des formes. Il y a eu cette idée géniale du pape Benoît XVI de considérer la messe dite de Jean XXIII (qui nous vient de saint Grégoire) non pas comme une ancienne forme, mais comme une forme extraordinaire du rite romain, réaffirmant la filiation directe du missel de 1969 avec celui de 1572. Dans le missel dit de Paul VI, l’écrasante majorité des textes liturgiques vient de l’ancien missel (85 %). Il y a très peu de temps, la Conférence épiscopale britannique et d’autres pays anglophones ont fait, à la demande du Saint Siège, une « traduction authentique ». A la suite d’autres traductions, nous avons eu une forme « interprétative », une affirmation dogmatique dans laquelle l’aspect sacrificiel est légèrement amoindri. Un exemple d’édulcoration dogmatique, dans le Confiteor : « mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem » : non pas la Vierge Marie, mais la bienheureuse Marie toujours vierge, c’est différent ; l’autre n’est pas faux, mais est amoindri. A plusieurs reprises, il y a ces édulco
rations. De même, « reconnaissons que nous sommes pêcheurs » nous désengage, car c’est global, ce sont nos péchés. Ce n’est pas dramatique, mais je pense qu’il y a une attente, qui devrait être résolue rapidement, je l’espère, d’une traduction plus authentique en continuité avec la tradition. C’est aussi le cas des prières eucharistiques, ou de la manifestation de l’espérance lors de l’embolisme du Pater ; de même l’Orate fratres, qui manifeste l’aspect sacrificiel de manière plus forte que ce que l’on dit ; et encore le consubstantiel du Credo : consubstantiel ne veut pas dire « de même nature » ; et puis dans le Pater, on ne peut pas dire « ne nous soumets pas à la tentation » ; je trouve que la traduction qui devrait être retenue est « ne permets pas que nous soyons induits en tentation » ; ce serait mieux.

Nous devons avancer vers cela. Il y a la liturgie et puis il y a la rectitude de la célébration. Le respect, la proclamation de la foi ne peuvent pas être faits par des chansonnettes. La liturgie n’est pas ce que je célèbre de moi-même, ni ce que ressens, mais ce que je reçois de l’Église et ce à quoi je m’unis. C’est cela la liturgie de l’Église catholique, l’entrée dans la grande tradition de foi de l’Église catholique.

(Merci à Proliturgia pour le lien)

La France championne d’Europe ! … En traduction liturgique

(bien sûr)…

Dimanche dernier à Milan, Benoît XVI célébrait avec 800.000 personnes à Milan la VIIème rencontre mondiale des familles. A cette occasion, un livret de chant de belle facture fut distribué aux participants, dans lequel on pouvait trouvait en multilingue les traductions du formulaire de la messe célébrée, avec beaucoup de latin et de chant grégorien, en conformité avec les recommandations de la Congrégation du culte divin. Mais là n’est pas la question. La célébration s’est ouverte sur une hymne dédiée à cette rencontre internationale des familles. Oui des familles, vous avez bien lu…. Mais pas en Français…

La version originale italienne….

La version anglaise et la version espagnole…. Jusqu’ici : tout va bien, même si le texte se conforme au « génie » de chaque langue.

La version allemande… et la version françaie : cherchez bien le mot « famille » dans le refrain….

Une fois de plus la France se distingue par « l’excellence » de sa traduction…. Ce n’est pas sans rappeler un article récent sur ce site web qui pointait du doigt les graves négligences et contenus idéologiques qui se glissent dans les traductions liturgiques. On ne nous dira plus après cela que la question n’est pas préoccupante…