Prix de Lubac : une thèse de théologie récompensée sur l’ecclésiologie, Vatican II et la pensée du


… et la pensée du Cardinal Journet.

 

Chacun a pu suivre la récompense attribuée à une religieuse apostolique de Saint Jean, Sœur Alexandra Diriart, annoncée sur Zénit

ROME, Mercredi 14 avril 2010 (ZENIT.org) – Soeur Alexandra Diriart, religieuse apostolique de la Communauté Saint-Jean, professeur de théologie sacramentaire à l’université pontificale du Latran (à l’Institut Jean-Paul II) est la lauréate du « Prix de Lubac » 2010.

Le prix, qui en est à sa sixième édition, lui a été remis aujourd’hui à Rome, à l’ambassade de France près le Saint-Siège par le président du jury, le cardinal Paul Poupard, président émérite du conseil pontifical de la Culture, en présence de l’Ambassadeur de France près le Saint-Siège, M. Stanislas de Laboulaye.

La thèse s'intitule : « L'Inséparabilité du Christ, de l'Esprit Saint et de l'Eglise dans l'unique mission de salut ». Elle a été soutenue en mars 2009. Sr Alexandra a confié à Zenit qu'elle avait eu l'intuition de ce travail alors qu'elle écrivait son mémoire sur le cardinal Journet et qu'elle a lu le bilan de l'interprétation de « Lumen Gentium » fait en l'An 2000 par le cardinal Joseph Ratzinger.

Le futur pape diagnostiquait, explique la lauréate, une « interprétation réductrice » de la constitution sur l'Eglise. Et « en lisant l'ecclésiologie du cardinal Journet », elle a pensé que sa lecture pouvait justement « aider à mieux comprendre les intuitions de Lumen Gentium », sans réduire cette constitution conciliaire sur l'Eglise à sa lecture « sociologique ».

Elle a travaillé sa thèse à l'Angelicum, dirigée par le P. Charles Morerod, dominicain, recteur de l'université Saint-Thomas d'Aquin, et l'été grâce à l'hospitalité des Bénédictins de Saint-Wandrille, qui autrefois avaient aussi reçu le cardinal Henri de Lubac : elle voit dans ce concourt entre un jésuite (de Lubac), un dominicain et les fils de saint Benoît une image de cette communion dans l'Eglise « Corps du Christ ».

 

 

Très intéressant, nous direz-vous, mais quel est le rapport avec le chant grégorien ? Découvrons-le dans le discours prononcé par la lauréate : (les mises en gras sont de nous)

 

À l’occasion du Prix de Lubac 2010

14 avril 2010

 

 

 

 

Éminence,

Monsieur l’Ambassadeur,

Éminents membres du jury,

 

 

 

Dans ses Carnets du Concile, à la date du 5 décembre 1965, Henri de Lubac (1896-1991) note les souvenirs de son déjeuner avec le Pape Paul VI qui l’avait invité. Il écrit notamment, je cite : « [Le Pape nous dit] que Mgr Journet, à l’annonce de son cardinalat, lui a expédié un télégramme pour lui dire son angoisse. »[1] Dans ce fameux télégramme, Journet avait écrit : « C’est l’agonie, l’agonie »[2]. Alors, même si l’on sait que le cardinal Journet (1891-1975) fuyait les honneurs plus que tout, au moment où vous me faites l’honneur de me remettre ce Prix de Lubac, je le reçois avec joie et, rassurez-vous, je ne suis pas à l’agonie, mais au contraire très heureuse.

Je suis heureuse qu’avec ce prix, l’ecclésiologie du cardinal Journet soit elle aussi à l’honneur, car je suis persuadée de son importance aujourd’hui pour la compréhension du mystère de l’Église.

À cette joie, j’associe avec gratitude mon directeur de thèse, le P. Charles Morerod. Non seulement celui-ci m’a fait découvrir et aimer l’œuvre de son compatriote, mais il a accompagné ce travail de façon stimulante, avec une disponibilité et une patience inégalables.

Il peut paraître paradoxal de recevoir le Prix de Lubac pour un travail sur Journet, car on sait que les deux grands théologiens n’ont pas toujours été d’accord. Mais s’il est un thème qui les réunissait, c’est bien celui de l’Église – thème qui a justement fait l’objet de ma thèse. Les deux hommes étaient pleinement épris du mystère de l’Église et en profonde syntonie à cet égard. Lumen Gentium doit d’ailleurs beaucoup à leurs travaux, aussi bien de l’un que de l’autre.

Je terminerai par une petite anecdote qui, aujourd’hui, prend une signification touchante. Lorsque j’ai commencé ma thèse, l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille, qui offrait la bourse d’études de ce doctorat à ma Congrégation, m’avait proposé l’hospitalité pour les mois d’été, me permettant ainsi de fuir la chaleur romaine tout en ne perdant pas le rythme de travail. Et pour rendre l’offre plus attrayante encore, le frère cellérier m’avait vanté les mérites de la bibliothèque de Saint-Wandrille et il avait ajouté encore un autre argument : le cardinal de Lubac, m’expliquait-il, avait souvent pris ses quartiers d’été à l’abbaye de Saint-Wandrille pour y travailler dans le calme de la vallée de Fontenelle tout en jouissant de la belle liturgie grégorienne des moines[3]. Trois étés durant, lors de mes séjours studieux dans cette belle abbaye normande, je ne pouvais m’empêcher de penser au Père de Lubac. Vous comprendrez donc qu’après avoir travaillé cette thèse dans un cadre familier au cardinal de Lubac, je sois heureuse de recevoir un prix qui porte son nom.

Alors, je vous remercie de tout cœur et forme les meilleurs vœux pour vos propres travaux au service ou au contact de l’Église.

 

Sr Alexandra Diriart




[1]      H. de Lubac, Carnets du Concile, II, Cerf, Paris, 2007, 5 décembre 1965, pp. 479-480.

[2]        Ch. Journet, Télégramme à Paul VI, 25 janvier 1965, in Ch. Journet / J. Maritain, Correspondance (1965-1973), vol. VI, Éditions Universitaires – Fribourg (Suisse) / Éditions Saint-Paul – Paris, 2008, p. 926.

[3]        Henri de Lubac a effectué quatre longs séjours à l’abbaye de Saint-Wandrille : du  29 juillet au 2 septembre 1983, du 15 juillet au 17 août 1984, du 8 juillet au 16 août 1985 et du 30 mai au 1er juillet 1986.

 

 

 

 

http://i1.wp.com/www.linternaute.com/temoignage/image_temoignage/400/coups-coeur-2008-photos-plus-reussies-2008_312353.jpg?w=660
 
Abbaye Saint Wandrille de Fontenelle : le sanctuaire surélevé, de l'abbatiale et son éclairage si particulier.
 
http://i0.wp.com/rouen.catholique.fr/local/cache-vignettes/L1000xH667/jpg_4-6-da6da.jpg?resize=468%2C311
Abbaye Saint Wandrille de Fontenelle : vénération des reliques. Très ancienne abbaye normande, (fondée en 649), relevée dans la Congrégation de France (devenue Congrégation de Solesmes) en 1894, par dom Joseph Pothier, qui est le maître d'oeuvre du Graduale Romanum, le livre de référence toujours en usage (avec un certain nombre de modifications concernant l'ordo) pour les chants de la Messe pour l'ensemble du monde catholique de rite romain. Le monastère possède les reliques d'un de ses anciens abbés : Saint Wulfran, qui sont ici vénérées à l'occasion de la bénédiction abbatiale du TRP Dom Jean-Charles Nault, 82ème abbé.

 

 

http://www.scholasaintmaur.net/img/S_wandrille.jpg
A Saint Wandrille : office des vêpres, encensement au Magnificat.

 

Dom Gajard : avant tout une prière

Le chant grégorien est avant tout une prière, mieux : la prière de l’Eglise catholique, arrivée à sa plénitude d’expression. II est donc une chose d’âme et se situe sur un plan supérieur, comme toute la liturgie, dont il participe et est inséparable ; il est une spiritualité, une manière d’aller à Dieu, de conduire les âmes à Dieu.

Dom Gajard, osb, moine de Solesmes.

La liturgie blessée : conférence au Latran de Mgr Aillet

A ne pas manquer.

Source : Pro Liturgia

Communiqué de Mgr Marc Aillet du 26 mars 2010:

« Une petite phrase, rapportée par le quotidien « La Croix » du 15 mars et que j’ai prononcée à Rome au cours d’un Congrès théologique organisé par le Saint-Siège, a jeté le trouble. Et pour cause, puisque cette phrase, tirée de son contexte, a été tronquée, laissant croire à certains que j’avais mis la « blessure » de la liturgie sur le compte du Concile Vatican II.
La Croix n’a par ailleurs jamais fait écho à ce Congrès officiel qui a rassemblé plus de 700 participants, dont 50 évêques et 550 prêtres du monde entier.

Qu’on me permette d’abord de revenir sur le contexte. En juillet 2009, Mgr Mauro Piacenza, Secrétaire de la Congrégation pour le Clergé m’invitait personnellement à participer au Colloque théologique « Fidélité du Christ ­ Fidélité du prêtre » organisé par ladite Congrégation les 11 et 12 mars 2010 dans le cadre de l’année sacerdotale. Il me commandait une communication sur le thème de « La liturgia ferita », que l’on doit traduire littéralement par « La liturgie blessée »; cette intervention devait prolonger une Conférence donnée par le Cardinal Canisares, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements, sur la liturgie comme lieu d’expression privilégiée de l’identité du prêtre. J’acceptais volontiers tout en lui demandant de me préciser le thème: il s’agissait donc de dire comment la manière de célébrer pouvait blesser la sainte liturgie. Mon exposé a donc consisté à montrer comment le manque de fidélité aux prescriptions liturgiques et l’insistance excessive sur la participation extérieure au détriment de la participation intérieure au Mystère célébré pouvaient avoir blessé la liturgie dans le contexte de la mise en oeuvre de la Réforme liturgique. A aucun moment il ne s’agissait de mettre en cause la Réforme demandée par le Concile, comme le blog Info-Catho l’a affirmé de manière erronée et péremptoire, ni de procéder à aucune généralisation.

Il ferait beau voir d’ailleurs que le Saint-Siège invite un évêque à un colloque officiel pour parler de liturgie en mettant le Concile en accusation! Je vis moi-même de la Réforme liturgique depuis mon enfance et ai toujours eu à coeur de manifester la beauté et la valeur du Missel de 1970 depuis mon ordination sacerdotale en 1982.

La phrase que j’ai effectivement prononcée est la suivante: « Sans nier les fruits authentiques de la réforme liturgique, on peut dire cependant que la liturgie a été blessée par ce que Jean Paul II a appelé des « manières de faire inacceptables » (Ecclesia de Eucharistia n. 10) et que Benoît XVI a dénoncé comme des « déformations à la limite du supportable » (Lettre aux évêques accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum). C’est aussi l’identité de l’Eglise et du prêtre qui a été ainsi blessée » (souligné: le passage omis par « La Croix »).

En bonne exégèse, on voit bien que les blessures ne viennent pas de la réforme liturgique mais des manières de célébrer que Jean Paul II a souvent caractérisées comme inacceptables! Le Pape Benoît XVI ne répète-t-il pas à l’envi que l’ars celebrandi est la meilleure manière de faire de la liturgie « la source et le sommet de la vie de l’Eglise », comme l’affirme le Concile Vatican II? On pourra utilement se référer au texte intégral de mon intervention, actuellement en ligne sur le site du diocèse. »

Offertoire dans le rite romain : on en reparle…

On peut être d'accord ou pas d'accord : iln'empêche que pour mieux faire comprendre l'essence du rite romain, il importe de réfléchir, Et bien…. Mgr Raffin a défrayé la chronique récemment en indiquant qu'il ne comptait pas spécilement aller rencontrer les "tradis" de son diocèse. Probablement que toute sa pastorale ne tourne pas autour de l'application du Motu proprio "Summorum Pontificum". Cette "nouvelle" a paru déplaire à la fois aux blogs "perepiscopus " et "Summorum pontificum observatus" ; elle a été relevée également… par Golias, qui s'étonnait de voir un évêque peu suspect d'être en accord avec ses idées aller une fois n'est pas coutume, dans son sens.

 

http://i1.wp.com/annee.appel.free.fr/Ressources/Evenements/ordination.jpg?w=660

 

Parce que Mgr Raffin réfléchit et a des idées sur la liturgie. C'est Christophe de Saint Placide (Summorum pontificum observatus) qui redonne le texte de Mgr Raffin, paru dans un ouvrage publié aux éditions de l'Homme nouveau, "Autour de l'esprit de la liturgie" :

 http://i0.wp.com/img442.imageshack.us/img442/5115/mgrraffinoffertoire.jpg?resize=511%2C415

 Le caractère hétéroclite et tardif des prières de l'offertoire dans l'ordo de 1962 de la messe romaine ? de quoi parle t'on ? (Source : Denis Crouan,docteur en théologie, président de Pro Liturgia)

 Voici donc une comparaison systématique de l'ancien rite et du nouveau rite de l'offertoire. Dans la vieille liturgie, l'offertoire commençait avec une invitation à la prière faite par le prêtre: Oremus. Mais il n'y avait aucune oraison… Cet oremus invitait les fidèles plus à s'asseoir qu'à faire oraison. L'ordo actuel a restauré ici les "prières universelles" qui existaient autrefois dans de nombreux rites et que le rite romain n'avait conservées que dans la liturgie du Vendredi-saint. Le Concile est donc revenu à une tradition fort ancienne. Il y avait un choix à faire: soit supprimer l'oremus, qui n'avait plus de raison d'être, soit rétablir une prière venant logiquement après l'oremus. C'est la deuxième solution qui a été retenue, parce que plus conforme à la tradition liturgique,

– L'offrande du pain et la prière "Suscipe".
Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam bostiam, quam ego, indignus famulus tuus, offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis, et offensionibus, et negligentiis meis, et pro omnubus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus christianis, vivis atque defunctis, ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aetemam. Amen.
Recevez, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette offrande sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous présente à vous, mon Dieu vivant et vrai, pour mes péchés, offenses et négligences sans nombre, pour tous ceux qui m'entourent, ainsi que pour tous les fidèles vivants et morts: qu'elle serve à mon salut et au leur pour la vie éternelle. Amen. Cette prière ne fait pas partie de la liturgie romaine: on peut dire qu'elle n'est pas "traditionnelle". On peut faire plusieurs remarques à son sujet: elle utilise la première personne du singulier, ce qui est contraire aux habitudes du rite romain qui, lui, utilise habituellement la première personne du pluriel. Cette utilisation de la première personne du singulier s'explique parfaitement il s'agit d'une prière privée qu'on retrouve au IXème siècle non pas dans un missel "romain", mais dans le Liber Precationum (c'est-à-dire le "livre de prières") de Charles-le-Chauve (875-877).
Cette prière contient des germes d'erreurs théologiques. En effet, elle conduit à attribuer à un simple morceau de pain -désigné ici sous les termes d' "hostie sans tache"- une vertu incroyable, puisqu'on lui attribue le pouvoir d'agir pour le salut des vivants et des morts. Vatican II l’a donc supprimé ce qui pouvait être cause d'erreur et a opté pour une formule plus simple, plus proche de la Tradition romaine comme on le verra plus loin :
Benedictus es. Domine, Deus universi, quia de tua largitate accepimus panem, quem tibi offerimus, fructum terrae et operis manuum hominum, ex quo nobis fiet panis vitae.
Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le pain de la vie.Cette formule reprise également dans l'offrande du vin, est inspirée des bénédictions juives. On peut donc penser que le Christ les a prononcées le jour de l'institution de l'Eucharistie, puis à nouveau devant les disciples d'Emmaüs, etc… C'est donc effectivement parfaitement traditionnel !
– la prière dite pendant que le célébrant verse l'eau dans le calice.
Deus qui humanae subtantiae dignitatem mirabiliter condisti, et mirabilius reformasttida nobis, per huius aquae et vini mysterium eius divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps, Iesus christus, filius tuus, Dominus noster : qui tecum vivit et regnat in unitate spiritus Sanct, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

Dieu qui, d'une manière admirable, avez créé la nature humaine dans sa noblesse, et l'avez restaurée d'une manière plus admirable encore, accordez-nous, selon le mystère de cette eau et de ce vin, de prendre part à la divinité de celui qui a daigné partager notre humanité, Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur qui, étant Dieu, vit et règne avec vous et l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Voici une magnifique prière qui accompagne l'un des plus anciens rites liturgiques: le mélange de l'eau et du vin. Cette prière est véritablement "romaine"… Mais ici, elle n'est pas à sa place : il s'agit d'une ancienne oraison que trois sacramentaires romains (les ancêtres de notre actuel missel) proposaient pour la fête de Noël. C'est ici tout le sens du mystère de l'Incarnation qui ci évoqué; cette oraison a simplement été "complétée" par les mots "per huius aquae et vini mysterium", afin qu'elle puisse mieux "coller" avec le rite d'offertoire. Le missel romain dans son édition de 1969 a abrégé cette prière pour ne conserver que les paroles qui éclairent le rite : Per huius aquae et vini mysterium eius divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps. Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. Ce ne sont que les paroles centrales de l'ancienne prière qui ont été conservée pour souligner le geste que fait le célébrant; le développement plus théologique, issu de la célébration du mystère de l'Incarnation, a été laissé de côté: il n'avait pas véritablement sa place dans le rite d'offertoire dont les gestes se suffisent à eux-mêmes.
– L'offrande du vin et la prière "Offerimus tibi".
Avant le Concile, le célébrant disait la prière suivante en élevant un peu le calice au-dessus de l'autel :
Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuant deprecantes clementiam, ut in conspectu divinae Maiestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

Nous vous offrons, Seigneur, le calice du salut, et nous demandons à votre bonté qu'il s'élève en parfum agréable devant votre divine Majesté, pour notre saint et celui du monde entier. Amen.

Cette prière qui, dans l'ancien missel, est dite à la première personne du pluriel et fait symétrie avec la prière d'offrande du pain "Suscipe sancte Pater", ne se rencontre qu'à partir du Xlème siècle dans certains missels dits "romains".Nul ne peut nier qu'elle contient quelques "maladresses" qu'il convenait de corriger :
– le calice est désigné sous les mots "calice du salut", alors que la consécration n'a pas encore eu lieu;on demande à Dieu que ce calice soit offert "pour notre salut"… ce qui revient à attribuer au vin un pouvoir qu'il n'a pas ; la formule double et amoindrit d'autant l'Orate fratres qui sera dit à la fin du rite d'offertoire. On voit nettement que ces prières d'offertoire sont des décalques de formules qui seront dites au cours de la Prière eucharistique: il était nécessaire de les revoir si l'on voulait que la liturgie ait une réelle cohérence et ne soit pas le support d'approximations théologiques. La restauration conciliaire a simplement conduit à supprimer cette prière pour la remplacer par la formule déjà employée au moment de l'offrande du pain, avec la réponse du peuple si l'antienne d'offertoire n'est pas chantée :

Benedictus es, Domine, Deus universi, quia de tua largitate accepimus vinum, quod tibi offerimus, fructum vitis et operis manuum hominum, ex quo nobis fiet potus spiritalis.


Tu es béni. Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le vin du Royaume éternel.

– L'invocation du Saint-Esprit: la prière "In spiritu humilitalis" et la prière "Veni Sanctificator".

Dans l'ancien rite de la messe, après l'offrande du vin se trouvaient deux prières. La première était dite par le prêtre incliné en signe d'humilité:In spiritu bumilitatis et in anima contrito suscipiamur a te. Domine ; et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus.
Voyez l'humilité de nos âmes et le repentir de nos coeurs: accueillez-nous. Seigneur; et que notre sacrifice s'accomplisse devant vous de telle manière qu'il vous soit agréable, Seigneur Dieu.

La seconde prière, qui s'enchaîne, est une invocation au Saint-Esprit :
Veni, Sancficator, onmipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini praeparatum.


Venez, Sanctificateur, Dieu éternel et tout-puissant, et bénissez ce sacrifice préparé pour votre saint Nom.

La première prière apparaît dans le rite d'offertoire au Xlème siècle; elle est donc relativement tardive. Quant à la seconde prière -l'invocation au Saint-Esprit-, d'inspiration peut-être gallicane, on la trouve dès le IXème siècle dans le Missel de Stowe; mais elle ne sera introduite dans le Pontifical romain qu'au XIIIème siècle. Elle rappelle un passage du 2ème Livre des Macchabées (2, 10).On retrouve, ici encore, l'erreur relevée plus haut, à savoir celle qui consiste à confondre le rite d'offertoire avec le "sacrifice": en effet, la prière adressée au Saint – Esprit ne ressemble-t-elle pas à l'épiclèse que l'on trouve dans la Prière eucharistique, c'est-à-dire à la formule invoquant l'intervention de l'Esprit – Saint pour réaliser la consécration du pain et du vin ? Toutes ces prières ont été introduites dans notre ancienne liturgie au moyen-age (vers le XIIème siècle), lorsque les fidèles ne se sont plus contentés d'un rite simple: la messe s'est alors surchargée d'un groupe de signes et d'oraisons qui, plus tard, seront considérés comme faisant partie du rite romain originel. Le pape Innocent III (1198-1216) tentera bien de ramener les rites à leur simplicité primitive, mais en vain… Ce qui prouve qu'à cette époque déjà, l'obéissance en matière de liturgie n'était pas toujours de mise. La restauration liturgique a remis les choses en ordre pour éviter toute confusion: elle a conservé la première prière (In spiritu humilitatis…) mais a supprimé la seconde (Veni, sanctificator…).

– rite du lavement des mains du célébrant.
A la messe solennelle, le lavement des mains fait suite à l'encensement de l'autel;" à la messe simple (ou lue !) il se fait tout de suite après que le célébrant ait dit la prière "in spiritu humilitalis… ".Le sens mystique du lavement des mains -ou plutôt des doigts- est souligné dès le IVème siècle. S. Cyrille de Jérusalem écrit; "Ce geste indique que nous devons être purs de tout péché. Ce sont nos mains qui agissent; laver nos mains n'est autre chose que purifier nos actions". Faisant allusion au geste de Pilate, un autre auteur écrit; "Prenons garde que chacun de nous puisse dire en toute vérité: je suis innocent du sang de Jésus-Christ".
Dans l'ordo en usage avant le Concile, le prêtre se lavait les doigts en récitant le Psaume 25 partir du verset qui commence par les mots "Lavabo inter innocentes manus meas" (Je me lave les mains comme ceux qui sont innocents) et qui ont donné à ce rite le nom de "Lavabo":
Lavabo inter innocentes manus meas: et circumdabo altan tuum. Domine: ut audiam vocem laudis, et ennarem universa mirabilia tua. Domine, dilexi decorem domus tuae. Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam, et cum vins sanguinum vitam meam: in quorum manibus iniquitates sunt.- dextera eorum repleta est muneribus. Ega autem in innotientia mea ingressus sum.- redime me, et misenre mei. Pes meus stetit in directio : in Ecclesiis benedicam te, Domine. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto; sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Je me lave les mains comme ceux qui sont innocents, et je me tiens, Seigneur, devant ton autel pour faite entendre mon chant de louange et proclamer chacune de tes merveilles. Seigneur, j'aime la beauté de ta maison, et le lieu de gloire où tu habites. Mon Dieu, ne condamne pas mon âme avec celle des pécheuis; ne m'enlève pas la vie comme aux criminels. C'est de leurs mains encore tacîiées de crimes qu'ils viennent t'apporter leurs offrandes. Je me présente en toute innocence: sauve-moi, aie pitié de moi. Avec fermeté j'ai marché dans le droit chemin; devant toute l'Eglise je te bénirai, Seigneur. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen.

Ces paroles n'accompagnent le geste da lavement des mains que depuis le Xlème siècle. On remarquera que, si les premiers mots de la prière correspondent bien au rite effectué, le reste du psaume ne se rapporte guère à l'action liturgique. C'est pour cette raison que la restauration liturgique voulue par Vatican II a corrigé la prière. Une nouveauté de plus, rétorqueront certains? Pas si sûr : l'histoire de la liturgie nous enseigne que, primitivement, le célébrant ne disait que le verset "Lavabo " en se lavant les doigts, coutume que l'on retrouve dans la liturgie dominicaine, laquelle n'a conservé que les trois premiers versets du Psaume 25.

En d'autres endroits où l'on célébrait selon le rite romain, ce n'était pas le Psaume 25 qui était récité mais quelques versets du Psaume 50: "Amplius lava me ab iniquitate meae…". C'est donc ce Psaume 50, correspondant parfaitement à la tradition liturgique, qui a été repris à la suite de Vatican II.
Désormais, le célébrant récite une formule plus brève qui souligne mieux le geste liturgique:
Lava me. Domine, ab iniquitate meae, et a peccato meo munda me.
Lave-moi de mes fautes. Seigneur, et purifie-moi de mon péché.

-L'oraison "Suscipe sancta Trinitas".
Dans le rite en usage avant le Concile, sitôt que le célébrant avait fini de se laver les doigts, il revenait au centre de l'autel où, les mains jointes et un peu incliné, il disait une dernière grande oraison:
Suscipe sancta trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam passionis, resurrectionis et ascensionis Iesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Iohannis Baptistae, et sanctorum apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium sanctorum ; ut illis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem ; et ili pro nobis intercedere dignentur in caelis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

Recevez, Trinité sainte, cette offrande (ou "oblation") que nous vous présentons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ notre Seigneur, en l'honneur également de la bienheureuse Marie toujours Vierge, de saint Jean-Baptiste, des saints Apôtres Pierre et Paul, des saints dont les reliques sont ici, et de tous les saints. Qu'elle soit pour eux une source d'honneur et pour nous une cause de salut; et qu'ils daignent intercéder pour nous au ciel, eux dont nous célébrons la mémoire sur cette terre. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Cette prière s'adresse à la Trinité: on la retrouve, sous des formes semblables, dans certaines liturgies orientales, mais pas dans le rite romain; elle est plutôt d'inspiration gallicane. Une fois encore, on attribue à la simple offrande du pain et du vin le pouvoir de nous garantir le salut; ne subsiste-t-il pas alors le risque d'amoindrir la portée de la Consécration par laquelle le Corps et le Sang du Christ deviennent les seuls moyens véritables du salut? Cette oraison n'existe pas dans la liturgie des Chartreux, ce qui prouve qu'au Xlème siècle, elle ne fait pas encore partie des différentes formes prises par la liturgie romaine. Par contre, la liturgie dominicaine connaît cette prière à quelques variantes près. Comme on sait que les Dominicains ont conservé des rites en usage au Xlllème siècle dans la majorité des églises de France, on peut penser que l'oraison "Suscipe sancta Trinitas" a été introduite dans la liturgie au Moyen-Age.

Dans son "Micrologus", Bemold de Constance" – qui, soit dit en passant, s'indigne contre les excès dont il est témoin dans la liturgie – indique qu'au Xlème siècle, l'oraison en question ne fait pas partie de la liturgie ; si elle est récitée par certains, ce n'est qu'en vertu d'une dévotion. Comme on peut le remarquer, l'oraison Suscipe sancta Trinitas anticipe la Prière eucharistique. Comme la prière "Unde et memores" et comme le "Communicantes" du "Canon romain", elle évoque les grands mystères du salut et fait appel à l'intercession des saints. Il est nécessaire, pour mieux comprendre le sens de cette oraison qui achève le rite d'offertoire, de dire ici un mot au sujet des "dyptiques".

Dans une lettre datée de 416, Innocent Ier reproche à l'évêque Decentins de Gubbio de faire lire les noms des offrants avant que les offrandes ne soient recommandées à Dieu par le célébrant II s'agit ici d'une allusion à la coutume non romaine de donner, en lien avec l'Oratio fidelium ("Prières universelles rétablies par Vatican II), les noms de ceux qu'on voulait rappeler: les saints locaux, mais aussi les vivants et les défunts. Des listes de personnes figuraient ainsi sur des "dyptiques". A cette coutume en usage dans les Gaules, Innocent Ier oppose l'usage romain qui fait lire les noms uniquement au cours du Canon de la messe. Lorsque la liturgie romaine va s'implanter en Gaule tout en faisant sienne des usages gallicans (VIIIème – IXème siècle), la lecture des "dyptiques" avant le Canon est encore en usage. C'est Charlemagne qui, par une ordonnance, va supprimer cet usage en 789. Or, vers le XIII° siècle apparaissent, dans les livres servant à la célébration de l'Eucharistie, des séries de prières commençant toutes par les mots "Suscipe sancta Trinitas… ". II n'est pas interdit de penser que ces séries d'oraisons constituent une suppléance de la vieille habitude gallicane de citer des noms à la messe, en dehors du Canon. Par la suite, cette prière finira par s'imposer: à Rome, au XIII° siècle, on adopte une formule de Suscipe qui était employée à Amiens et à Biasca et qui s'était répandue un peu partout. Enfin, s'appuyant sur les travaux du Concile de Trente, S. Pie V finira par insérer le Suscipe sancta Trinitas dans le Missel romain imprimé.
C'est ainsi qu'en liturgie, du "non romain" peut finir par devenir du "romain" et passer ainsi pour "vraiment traditionnel". La réforme liturgique faite à la suite de Vatican II a purement et simplement supprimé cette oraison qui ne faisait pas vraiment partie du rite d'offertoire, qui avait été introduite assez tardivement dans la liturgie romaine, et qui avait fini par embarrasser bien des historiens et des théologiens.

Pour le reste, entre les deux missels un seul mot est changé : le missel de 1969 (nous en sommes actuellement au missel de 2002) a supprimmé l'amen qui conclut la prière "Orate fratres".

 

 

Annexe : Article du site Sumorum Pontificum observatus :

Mgr Raffin, évêque de Metz, vient de faire parler de lui à propos de ses déclarations sur les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain. Maximilien Bernard, toujours bien informé sur son blog Perepiscopus rapporte des propos effectivement choquants recueillis par Le Républicain Lorrain :

« Que pensez-vous de ceux qui fréquentent la messe en latin, à Metz-Plantières, le dimanche ?

Ce sont des catholiques plutôt jeunes qui, dans leur majorité, ne sont pas Mosellans. Il y a beaucoup de militaires, de jeunes familles, qui ont demandé à profiter des possibilités offertes par Benoît XVI d’assister à une messe en latin selon l’ancien rite. La règle est qu’ils doivent constituer un groupe stable aux effectifs pas dérisoires. En réalité, c’est un groupe stable, en dehors des vacances scolaires où ils partent… Ce n’est pas grand-chose en soi.

Vous irez les voir ?

Je n’y vais pas et je n’ai pas l’intention d’y aller.

Comment les appelez-vous ? Traditionalistes ? Néo-traditionalistes ?

[…] ce sont essentiellement des jeunes qui idéalisent un passé qu’ils n’ont pas connu. Moi, je pense qu’ils se trompent de siècle. »

On pourrait s’étonner d’une telle position qui va jusqu’au refus de rencontrer les fidèles en question et qui réduit la liturgie à une question de positionnement psychologique dans le temps. Mgr Raffin n’est pourtant pas ce que l’on peut qualifier d’évêque progressiste, même s’il laisse faire des choses plus que suspectes dans son diocèse. Au sein de la Conférence épiscopale, ce dominicain, licencié en théologie, ancien professeur et père-maître au Saulchoir, évêque depuis 1987, est considéré comme un « conservateur ». Il est favorable à une application assez stricte de la réforme du missel de 1969 et c’est à ce titre qu’il ne supporte pas (le mot est faible) la messe dite de saint Pie V, qui empêche selon lui une bonne application du concile Vatican II.

La pensée de Mgr Raffin a été exprimée clairement dans un texte paru dans un livre qui a fait assez peu de bruit, bien que la postface de cet ouvrage fut écrite par le cardinal Ratzinger. En 2002, l’hebdomadaire L’Homme Nouveau, de tendance conservatrice et conciliaire, publiait une enquête sur le livre du cardinal Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, paru l’année précédente. Pendant un an, l’hebdomadaire, naguère dirigé par Marcel Clément, avait donné la parole à des personnalités religieuses leur demandant comment il recevait les propositions liturgiques de celui qui était alors le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Voici un extrait – éclairant, me semble-t-il – des réflexions de Mgr de Metz :

« Dans son allocution à la Plenaria à laquelle je faisais à l’instant référence, le Saint-Père (il s'agit de Jean-Paul II, note de Christophe Saint-Placide) signale que « dans le Missel romain, dit de saint Pie V, comme en diverses liturgies orientales, figurent de très belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d’humilité et de respect en présence des saints mystères : elles révèlent la substance même de toute liturgie ».

Ces propos incontestables de Jean-Paul II réjouissent ceux qui, comme le cardinal Ratzinger, font volontiers l’apologie de la liturgie tridentine. Comment peut-on être catholique authentique en méconnaissant les richesses du Missel tridentin ? Je suis le premier à vénérer le Missel qui a soutenu ma piété d’adolescent et de jeune et je garde le Missel Dom Lefebvre de ma profession de foi comme une précieuse relique. Mais à ressasser les mérites du Missel tridentin on risque d’oublier la plus grande plénitude que nous a apportée le Missel romain dit de Paul VI dans lequel ce grand pape a pris d’ailleurs soin de faire insérer in fine la « præparatio ad missam » et la « gratiarum actio post missam » que vise probablement le Pape Jean-Paul II dans son allocution à la Plenaria.

N’en déplaise aux partisans de la liturgie tridentine, je suis heureux de la disparition des prières d’« offertoire » dont je suis en mesure de démontrer le caractère hétéroclite et qui ne forment un ensemble cohérent que dans la tête de ceux qui ignorent la formation de l’« offertoire » du missel tridentin. Ces prières ont été introduites vers la fin du XIIe siècle, alors que l’on ne se contentait plus d’un rite simple, mais elles ne font nullement partie du rite romain originel. En célébrant la messe selon le rite dominicain les premières années de mon sacerdoce, j’ai dit avec piété l’unique formulaire d’offertoire que comportait le rite dominicain « Suscipe sancta Trinitas hanc oblationem quem tibi offero in memoriam Passionis Domini nostri Iesu Christi… », tout en étant conscient de son imperfection théologique. Tout comme la prière romaine « Suscipe, sancta Pater », la formule dominicaine conduisait à attribuer aux simples oblats une vertu qu’ils n’ont pas. La formule actuelle « Benedictus es, Domine, Deus universi », qui s’inspire des bénédictions juives sans doute utilisées par Jésus à la dernière Cène, est autrement plus juste ; elle comporte d’ailleurs un double « offerimus », plus conforme aux habitudes du rite romain qui utilise la première personne du pluriel, alors que la formule romaine comme la formule dominicaine emploie le singulier (« offero »).

Dans l’actuel Missel, la prière eucharistique n° 1 du canon romain que j’utilise pour ma part autant que les trois autres me donne de ce texte vénérable une version expurgée de ses additions postérieures comme celles d’Alcuin. Quant à la prière eucharistique n° 2, il n’est pas nécessaire d’être grand historien de la liturgie pour savoir qu’elle reprend l’essentiel de la Tradition apostolique de saint Hippolyte de Rome vers 215 et qu’elle est donc antérieure au canon romain. Par ailleurs, est-il nécessaire de le souligner, la richesse eucologique de l’actuel Missel romain est sans comparaison supérieure à celle que propose le Missel de saint Pie V.

En ouvrant la porte aux langues vivantes dans la liturgie, Sacrosanctum Concilium confiait aux conférences épiscopales d’une même région linguistique le soin d’approuver la traduction et de la faire ensuite ratifier par le Siège apostolique (n° 36, 3 et 4). Il semble qu’à l’heure actuelle le Saint-Siège veuille intervenir davantage. Il est vrai que certaines traductions, notamment de textes appartenant à l’Ordo Missæ, laissent à désirer, par exemple la traduction française de l’« Orate Frates », du « Libera » qui fait suite au Pater, du « Beati qui ad cenam Agni vocati sunt ». Dans son allocution à la Plenaria du 21 septembre, le Pape exhorte « les évêques et la Congrégation à mettre tous leurs soins à ce que les traductions liturgiques soient fidèles à l’original des éditions typiques respectives en langue latine. Une traduction ne constitue pas, en fait, un exercice de créativité, mais un engagement scrupuleux à conserver le sens originel, sans y opérer de transformations, omissions ou ajouts ». En réclamant de bonnes versions latines, le Saint-Père comme le cardinal, tout en respectant la lettre du Concile, ne vont-ils pas à l’encontre de l’indispensable inculturation de la liturgie que recommandait la Lettre apostolique du 4 décembre 1988 pour le 25e anniversaire de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ? »

 

Prière de l’Eglise : quel est le sens ?

On parle souvent de la Liturgie comme prière de l’Eglise. Mais que signifie cette expression. Car il faut la mettre en parallèle d’autres expressions, « expression de la Foi » par exemple.

Dans l’édition de 1958 du LIVRE D’HEURES de l’Abbaye d’En Calcat, Son Eminence Jules Géraud Cardinal Saliège nous donne une lettre introduisant à la Liturgie.

A cette occasion, Son Eminence nous transmet les point suivants :

  • Beaucoup de chrétiens et de chrétiennes désirent prier avec l’Eglise et par l’Eglise

 

  • L’Office, prière officielle, prière communautaire qui nous rassemble tous. Ce n’est plus nous qui prions, c’est l’Eglise qui prie en nous et par nous. Sancta Mater Ecclesia. Notre sainte Mère l’Eglise. Même pour l’isolé, l’Office est une prière communautaire, prière unitive. Il faut aller jusque là pour en voir le sens profond et la valeur sanctifiante.

Tout est dit !

Mais revenons tout de même sur ces points :
Ainsi lorsque qu’une personne ou un groupe prie selon la Liturgie, ce n’est plus cette personne ni se groupe mais l’Eglise qui prie. Mais pour cela, il faut effectivement respecter les normes de l’Eglise soncernant sa prière.
La Liturgie est prière de l’Eglise, non pas comme propriété mais comme acte au nom de l’Eglise. Prier la Liturgie c’est agir au nom de l’Eglise. Qui sommes-nous pour agir à notre guise au nom de l’Eglise ? Et surtout agir devant Dieu au nom de l’Eglise ?

 

 

Ainsi les questions de normes ont un sens supplémentaire : celui de permettre de rendre autentique cette prière de l’Eglise, au nom de l’Eglise.
Sa Sainteté le pape Paul VI nous enseigne dans DOCTRINA ET EXEMPLO :

Comme acte public de l’Église, le culte liturgique est nécessairement hiérarchique et, par conséquent, soumis aux prescriptions de l’Autorité compétente. Il s’en suit que la désobéissance aux prescriptions de la loi, résultant de préférences personnelles, altère la nature de l’acte qui n’est plus liturgique ; ce n’est plus le culte de l’Église, mais la prière privée d’un individu ou d’une faction.

Cet enseignement prend tout son sens : effectivement, si on fait une prière prétendue liturgique alors que l’on ne respecte pas les normes liturgiques, comment l’Eglise peut-elle reconnaître cette prière comme étant sienne ? C’est bien pour cela que Sa Sainteté le Pape déclare que le non respect des normes entraine le caratère non liturgique de la prière. Sont ainsi visées toutes les célébrations de type messe ou liturgie des heures qui s’éloignent des normes. Autrement dit la grande majorité des cérémonies qui ont lieu le WE en France.

L’autre aspect de ce que dit Son Eminence Saliège est qu’une personne seule, en célérant la Liturgie selon les normes, n’est plus seule face à Dieu : elle représente l’ensemble de l’Eglise qui présente son action de Grâce à son Créateur !
Quel profondeur ! Quel Mystère (Ecclesial) ! Quel Force !

C’est bien pour cela que la Liturgie est d’origine Divine et non humaine. Comment une création humaine pourrait avoir autant de force et de puissance ? Elle ne le pourrait pas.
La Liturgie nous vient bien de Dieu et c’est pour cela qu’elle permet un tel prodige : même seul, si je récite mon office tout seul dans mon coin, si le je le fais selon les normes liturgiques, alors c’est toute l’Eglise qui présente cette prière à Dieu, qui accompli son « devoir de s’asseoir » avec Dieu son Epoux comme le disent les Equipes Notre Dame.