Sacramentalité du sous-diaconat et conséquences…

Un débat très intéressant a eu lieu récemment sur « le forum catholique » http://www.leforumcatholique.org/forum.php sur la tonsure, et de fil en aiguille, sur le sous-diaconat et sa sacramentalité. L’intérêt du débat mentionné est qu’il s’agit d’une réflexion théologique datant d’avant Ministeria Quaedam, c’est-à-dire d’avant la réforme des ordres, et la suppression des quatre ordres mineurs qui étaient portier, exorciste, lecteur et acolyte. Un intervenant (« Alexandre ») mentionné une référence du Précis de théologie dogmatique de Louis Ott (Salvator, Mulhouse, 1955) dans lequel il est expliqué que le Concile de Trente ne prend pas position que la question de la sacramentalité du sous-diaconat.

C’est une réflexion intéressante et qui va en l’espèce directement contre la position exprimée sur le site Salve Regina ci-dessous :

http://www.salve-regina.com/salve/La_sacramentalit%C3%A9_du_sous-diaconat_et_des_ordres_mineurs
(abbé Sébastien Dufour, fssp, 2002).

Cela ne manquera donc pas d’alimenter la réflexion ici même entamée, notamment par la référence faite ici même aux mémoires de Dom Botte, qui qualifie de « fiction juridique » l’ordination aux ordres mineurs d’avant le Concile et qui souligne la tradition de non sacramentalité du sous-diaconat, qui par contre est un ministère liturgique tout à fait traditionnel qu’il conviendrait justement de ne pas négliger ; rappelons que  le Missel de Paul VI en parle (dans sa première édition typique) :




Remarquons au passage que la fiction juridique que mentionnait Dom Botte dans les années 1970 s’est largement inversée, puisque l’idée de Paul VI de conférer ces « ministères » aux laïcs – hommes est devenue extrêmement rare, puisque seuls les candidats aux ordres (diaconat, permanent ou non, et sacerdoce) se voient aujourd’hui dans l’Église latine (a minima en France) conférer le lectorat et l’acolytat (comprendre : le sous-diaconat). Les ordres mineurs étaient une fiction juridique… Soit. Et bien les ministères institués le demeurent… Nihil novo sub sole. D’ailleurs, que penser du caractère permanent de la collation d’un tel ministère ? Ex. Le candidat aux ordres qui finalement renonce à l’ordination ? Question qui apparaît irrésolue, et qui semble d’ailleurs renforcer cette idée de « fiction juridique » : Cf. http://www.romanrite.com/brief.html

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/le-lectorat-etendu-aux-femmes/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-1/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-2/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-2-lamict-laube-paree-lamict-pare/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-3-laube-paree-et-la-tunique-sous-diaconale/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-suite/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-encore/

… Et qu’on pourra compléter par l’étude de ceci :

http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/diaconate-documents/cap4.html

… Ainsi que du Motu Proprio de Benoît XVI sur les diacres :

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/apost_letters/documents/hf_ben-xvi_apl_20091026_codex-iuris-canonici_fr.html

Car au-delà de la question de la sacramentalité du sous-diaconat se pose une autre question brûlante, celle de la sacramentalité du diaconat lui-même, qui comme le montre le document précité (en provenance de la Commission Théologique Internationale) a fait l’objet de débats dans l’Église au cours des siècles. Nous invitons également nos lecteurs qui seraient intéressés par cette question à un excellent article de Catholica, http://wwww.catholica.presse.fr/ sous la plume de l’abbé Laurent Jestin, Clercs Laïcs et Sacerdoce, qui soulève très opportunément les rapports entre réforme des ordres et ecclésiologie, autour d’une réflexion sur le « sacerdoce commun », le « in persona Christi », et le « in persona Christi capitis », qui n’est pas sans lien avec la question de la sacramentalité de l’épiscopat qu’a définie dogmatiquement le Concile Vatican II. Ces mentions pourront peut être apparaître arides pour certains, qui ne verraient pas de façon immédiate le lien avec l’actualité, à savoir les revendications féministes actuelles en ce qui concerne les « ministères » liturgiques et ordonnés : un certain nombre de rumeurs enflent en effet en ce moment sur l’intention qu’aurait le pape François d’admettre au diaconat les femmes, et conséquemment également d’ouvrir les « ministères non ordonnés » liturgiques à ces dernières – ce qui ne manquerait pas de réjouir mes chères amies Anne et Christine – surtout Christine qui aime la dentelle. Cette rumeur a été amplifiée notamment à la suite du dernier jeudi saint où la pape François a procédé au lavement des pieds de femmes, dans une prison italienne pour mineurs, alors même que le rite, lorsqu’il est effectué à l’intérieur de la célébration eucharistique du Jeudi Saint (messe In cena Domini) est strictement réservée aux hommes (la rubrique mentionne : « viri selecti »). Un détail échappa probablement aux commentateurs : il semble que le pape a effectué ce geste justement en dehors de la célébration elle-même de la messe, c’est à dire en revenant à une pratique dévotionnelle (et belle) qui s’est longtemps faite en rapport non pas à une signification « sacramentale » mais à une question de charité. Cela se fait notamment dans les communautés religieuses, notamment féminines. Quelle réalité donner aux ministères « institués » (anciens « ordres mineurs »), quelle réalité (caractère) impriment ils (permanence ?) sur ceux qui le reçoivent ? Conséquemment, les définitions de jadis assimilant engagement au célibat et caractère sacramentel, le diacre permanent marié reçoit il l’ordre ? Dans quelle mesure, à partir du moment où justement, les ministères institués n’étant conférés qu’au moment de l’admission aux seuls séminaristes (qui se destinent dans le célibat au sacerdoce) ? Quelle réalité sacramentelle également peut on voir dans l’ordination sacerdotale d’ex-anglicans mariés qui vont même jusqu’à porter les « Pontificalia » (mitre crosse, anneau, croix pectorale » dans le cadre des ordinariats institués par Benoît XVI dans son Motu Proprio Anglicanorum coetibus ? Bref, tout ne va pas de soi, ça vaut la peine de se pencher sur toutes ces questions et essayer de comprendre…


Msgr Keith Newton, prêtre catholique, depuis le 15 Janvier 2011, marié, trois enfants,


Msgr Keith Newton ordinaire de l’ordinariat de ND de Notre-Dame de Walshingam, qui accueille les anciens Anglicans dans L’Église catholique romaine.

Le sujet n’est pas simple. Sur la question de la participation d’hommes mariés et / ou de femmes aux ministères liturgiques (institués), ou plutôt de leur absence, une raison souvent avancée est la sagesse pastorale. Pour maintenir les directives de Paul VI sur la réservation aux seuls hommes des ministères d’acolytes ou de lecteur, les conférences épiscopales feraient en sorte de les lier nécessairement à l’ordre (sacramentel) pour éviter d’être débordé par les revendications féministes qui ne manqueraient pas alors de voir le jour. C’est sage. Mais est-ce juste ?


La « diaconnesse » Phoebé : « Comméndo autem vobis Phoebem sorórem nostram, quae est minístra ecclésiae, quae est Cénchreis » (Rom 16,1)

Il y aurait une autre idée : celle tout simplement de rappeler que justement, le ministère liturgique est par essence masculin, et que comme le rappelle Saint Paul, « Mulíeres in ecclésiis táceant, non enim permíttitur eis loqui; sed súbditae sint, sicut et Lex dicit. ». (1 Cor 14,34). Et que ce qu’il faut lier à l’ordre ce n’est pas le ministère mais bien son caractère liturgique… Pour aller encore plus loin, un tel changement de braquet permettrait de redonner aux célébrations liturgiques et même à la spiritualité le caractère viril qui leur manque… Parce que tout est lié. A part le prêtre ou le diacre (mais pour combien de temps ? ) on ne voit plus que des femmes à l’Église, et la liturgie elle-même est féminisée, en particulier par les chants… De la même façon qu’il faut décourager les « enfants de choeuses », il faut décourager les « lecteuses ». Mais nous en avons déjà beaucoup parlé dans nos pages. On se souviendra des mots explicites du Cardinal Arinze, ancien préfet de la Congrégation du Culte divin sous Jean-Paul II, sur la question :

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/cardinal-arinze-2-les-filles-enfant-de-choeur/

« Je pense qu’introduire des filles au service de l’autel fut une erreur. (…). Je n’ai pas le pouvoir de changer ça. Cependant il faut rappeler que traditionnellement, les garçons enfant de chœur ont toujours eu une grand attention, parce que c’est d’eux que sont issus la plupart des séminaristes. Parce qu’ils sont près du prêtre et c’est pour cela que Dieu leur donne de cette façon la grâce ; et si le prêtre fait bien, ils aimeront être comme lui. Donc c’est naturel, c’est tout. Les Italiens appellent les enfants de chœur les « petits clercs », (…) Dans mon pays, le curé de la cathédrale envoie chaque année au petit séminaire au moins 20 à 30 garçons, chaque année, qui sont tous des enfants de chœur. Parce que les femmes ne sont pas ordonnées prêtres, si elles se trouvent dans la même situation près de l’autel, que va-t-il advenir ? Vous ne pouvez pas faire d’elle un prêtre … Voulez vous la frustrer ? »
« L’Église n’oblige aucun évêque ou prêtre à avoir des filles enfant de chœur. »
« Dans notre document Redemptionis sacramentum, voyez comme c’est formulé : traditionnellement, ce sont les garçons qui servent la messe. En certains cas, sur autorisation de l’évêque du lieu, les filles peuvent être amenées à servir la messe… Ce n’est pas une loi divine que les femmes ne servent pas la messe. L’Église a pu l’autoriser. Donc il faut que nous fassions avec. Mais si cela dépendait de ma seule responsabilité, vous savez bien ce qu’il arriverait. »

Pour achever notre réflexion, nous en appelons donc à une revilirisation du christianisme occidental, et donc nous faisons un appel aux hommes pour qu’ils n’hésitent plus à s’impliquer davantage dans la vie spirituelle de leur propre famille, de leur entourage, de leur paroisse. Pour qu’ils soient réellement l’image du Christ dans leur propre famille, qui est une Ecclesiola. Et que pour cela ils n’hésitent pas à demander à leur épouse de reprendre sa place de femme. Certains se posent la question de savoir comment et pourquoi, dans nos sociétés d’occident, l’islam a du succès (alors que cette religion / idéologie / système civilisationnel est largement battu en brèche dans certains pays du proche orient…).Et bien ! Gertrud Von Lefort a la réponse dans son livre majeur, La femme éternelle :

 » Le voile est, en ce monde, le symbole du métaphysique. Il est aussi le symbole de la féminité. Dans toutes les grandes circonstances de la vie d’une femme, on la montre voilée. ( …) L’épouse, le jour de ses noces, la veuve, la religieuse sont revêtues du même vêtement symbolique. Le comportement extérieur est toujours essentiel. Et comme il sort de la personne, il en exprime aussi la substance (…) « Le dévoilement de la femme brise toujours son mystère. La femme, qui s’est refusée au don de soi, même sur le plan des sens, mais qui se consacre au plus misérable de tous les cultes, celui de son propre corps, et cela au milieu d’une effroyable détresse de ses contemporains, cette femme atteint un degré de déchéance qui détruit le dernier lien qui peut la rattacher à sa vocation métaphysique. Ici, ce n’est plus le visage enfantin et insignifiant de la vanité féminine qui fait face, mais celui de cette face commune et hallucinante, visage qui représente le contraire de l’image divine, le masque sans visage de la sexualité féminine. Ce masque, ce n’est même pas celui du prolétaire bolchevique défiguré par la haine et la faim : il est la véritable emblème d’un monde moderne sans Dieu ». Cette figure rejoint celle de l’Apocalypse : « Ce n’est pas l’homme qui se révèle être la véritable figure apocalyptique de l’humanité (…) Comme figure reconnaissable humaine de l’Apocalypse, se dresse la femme : seule la femme infidèle à sa vocation peut représenter cette stérilité absolue du monde qui doit le conduire à sa mort et à son effondrement (…) La grande prostituée est la figure apocalyptique de la fin des temps. La prostituée signifie la suppression radicale de la ligne des « Fiat » » (…) « L’analogie sublime et presque effrayante que l’Église pose à propos du mariage de l’homme et de la femme, en le disant semblable à l’union du Christ avec son Église, a un sens profond : convaincre la femme qu’épouse de l’homme, elle doit être aussi épouse du Christ et qu’elle appartient à Dieu. C’est seulement dans cette perspective que le mot célèbre de saint Paul sur la soumission de la femme à son mari prend sa véritable signification (…) Car ce qui menace la femme, ce n’est en aucune façon son seul refus du don de soi, mais son exagération (…) La relation exclusive de la femme à l’homme absorbe alors en même temps ce qui revient à Dieu. Ainsi s’introduit dans la relation de la femme à l’homme, la même désolation et l’absence finale de tout horizon, que nous avons déjà reconnue comme un danger mortel de cette culture orientée vers le monde (…) La femme qu’on prétend « masculinisée », ne représente qu’une variante de la femme, qui a cessé de se consacrer à l’homme selon l’ordre divin  » (…) « Or, la femme est comme le pivot du sacré dans l’histoire de l’humanité. C’est par elle en premier que l’humanité s’ouvre à sa dimension transcendante et religieuse. La crise de la religion est liée à celle du mystère de la femme (…) La femme est l’axe vertical mais caché de l’humanité quand elle répond à Dieu. Il faut que le mystère de la femme soit sauvegardé pour que le mystère du salut puisse continuer à opérer en plénitude » 

Avant de subir les foudres de mes amies, je rappelle tout simplement qui est l’auteur : (cf. http://roseaudor.free.fr/article.php3?id_article=85 )

Que connaît-on en France de Gertrud von Le Fort (1876- 1971) ? Sait-on qu’avant la guerre, Claudel la tenait pour une des plus grandes poétesses de son temps (Hymnes à l’Eglise), qu’Hermann Hesse l’a proposée pour le prix Nobel de littérature en 1949 ? Sait-on aussi que jusqu’à la fin elle a correspondu avec Edith Stein, (Bienheureuse Thérèse Bénédicte de la Croix)
qui l’a d’ailleurs inspirée pour La femme éternelle. Ce qui est frappant dans toute son œuvre narrative, c’est qu’elle part toujours de l’histoire, qu’elle connaît bien par ses études, pour la transfigurer. « Je n’ai jamais considéré l’histoire comme une fuite de mon époque mais comme une distance qui permet de mieux reconnaître son propre temps comme on perçoit vraiment la forme d’une montagne quand on n’en est pas trop proche » : c’est ce que montre sa nouvelle la plus connue (en France particulièrement) La dernière à l’échafaud (1931) qui se joue pendant la révolution française. Dans un premier temps, elle peut bien être lue comme une dénonciation et un refus de toute idéologie ou de tout mouvement totalitaire sans visage, mais elle est surtout un récit qui peu à peu est transfiguré grâce à la figure si émouvante de Blanche de la Force, personnage qu’elle a inventé à partir de son nom, et que Bernanos va reprendre vingt cinq ans après dans sa célèbre pièce Dialogues des Carmélites
(qui fera le tour du monde grâce à l’opéra que Poulenc en a tiré). Bernanos, lui, insiste sur le thème de la peur de la mort et de l’abandon à la grâce pour la surmonter, en gommant un peu l’arrière-plan historique (1948). Depuis, il est vrai que la gloire de l’écrivain français a quelque peu éclipsé celle de sa devancière, du moins en France, ce qui est fort injuste. Car, dans cette nouvelle, le souci dominant de la romancière est aussi de nous embarquer sur la scène du monde contemporain : dans ce beau monde du XVIIIème siècle en train de se dissoudre dans les atrocités de la Terreur se profile aussi l’effondrement à suivre de l’Allemagne. Toute son œuvre romanesque est bien prémonition du monde où nous devons vivre.
Dans tous ses récits Gertrud von Le Fort rayonne d’une forte tendresse maternelle lucide, celle qui nous irradie spirituellement pour nous permettre à notre tour de changer notre regard sur nous-mêmes, d’affronter notre histoire, d’en connaître ou d’en pressentir enfin la part irréductible et non cessible à l’horreur du temps.

Bien plus que les manifestations, les débats à l’assemblée nationale, les pétitions, c’est donc probablement la liturgie qui nous sauvera de l’idéologie du gender.

Mais alors, sous prétexte d’une lutte civilisationnelle et politique, on nierait les ministères féminins dans l’Église ? Ce serait oublier que justement, non.. Et que ce que revendiquent certains courants féministes, à savoir « une place pour les femmes dans l’Église », cette dernière le leur a déjà largement conféré : cela a un nom, ça s’appelle la virginité consacrée, et il y a même un ordre, avec une liturgie qui s’apparente très fortement par sa solennité, au fait de conférer un ministère :


Statue découverte à la Chartreuse de Gosnay, où une moniale est représentée en diaconesse. L’Évangile est chanté par l’abbesse, dans un cadre liturgique, encore aujourd’hui, à l’office des Vigiles monastiques. L’usage des moniales chartreuses était même de revêtir l’élue de l’étole diaconale. Les abbesses elles aussi portent les Pontificalia (croix pectorale, anneau, crosse) et en usent dans le cadre liturgique exactement de la même façon que les évêques.

La fonction pontificale de la consécration des vierges est même une des plus solennelles. La consécration dans cet ordre a été remis à l’ordre du jour par Vatican II, après l’intérêt renouvelé pour cette réalité ecclésiale traditionnelle rapportée par Dom Guéranger. Et il y a une filiation évidente entre l’ordo diaconissarum et l’ordo virginum. Il apparaît donc bien que les « revendications » pour une « place des femmes dans l’Église » reposent largement sur l’ignorance la signification de cette magnifique consécration des vierges. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) qui rappelons le n’était pas moniale, donc pas cloîtrée, mais simple tertiaire dominicaine, est le modèle même des vierges consacrées. Qu’on ne dise pas que celle qui fut déclarée docteur de l’Église par Paul VI n’eut pas d’influence dans l’Église ! Son influence directe sur le pape poussa ainsi Grégoire XI à revenir d’Avignon à Rome.


L’abbesse de Sainte Cécile de Solesmes

Huysmans a des mots émouvants en ce qui concerne le pontifical de la consécration des vierges, mais à son époque cela ne pouvait se faire que dans le cadre monastique.

Oui, à certains instants, l’on a envie de bramer l’admiration qui vous étouffe! Le chef-d’oeuvre de l’art ecclésial, c’est peut-être le Pontifical des Vierges. L’on est pris, dès le début, aux moelles; alors qu’après le verset alleluiatique de la messe, l’évêque ou l’abbé qui officie, s’assied, en haut de l’autel, sur le falstidorium, le siège des prélats, en face du public, et que le maître des cérémonies ou l’assistant entonne cette phrase empruntée à la parabole des Vierges, de saint Matthieu: »Vierges prudentes, apportez vos lampes, voici l’époux qui arrive; allez au-devant de Lui. » Et la vierge, tenant un flambeau allumé, fait un pas et s’agenouille.Alors le prélat, qui représente le Christ, l’appelle debout, par trois fois, et elle répond en d’admirables antiphones: – « Me voici » – et elle s’avance, à mesure, plus près. L’on dirait d’un oiseau que fascine un bon serpent. Et, d’un bout à l’autre, l’office se déroule, éloquent, presque massif, ainsi que pendant l’ample et la forte préface; caressant et comme parfumé par toutes les essences de l’Orient, alors que le choeur des nonnes chante ces phrases du Livre De La Sagesse: « Viens, ma bien-aimée, l’hiver est passé, la tourterelle chante, les fleurs de la vigne embaument »; délicieux vraiment en cet épisode des fiançailles où la novice acclame le Christ, s’affirme « fiancée à celui que les anges servent, à celui dont les astres du ciel admirent la beauté »; puis, levant le bras droit en l’air, elle montre son doigt où brille la bague bénie par le prélat et, folle de joie, s’écrie: « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a liée à lui par son anneau et il m’adorne telle qu’une épouse! » – Et de très antiques oraisons sanctifient, macèrent ainsi que dans de célestes aromates la petite Esther qui, regardant le chemin parcouru depuis la probation et songeant que le mariage est maintenant consommé, chante, au comble de ses voeux: « Enfin, voici ce que j’ai tant désiré, je tiens ce que j’ai tant espéré, je suis unie dans les cieux à celui que j’ai tant aimé sur la terre… » et, après la récitation de la préface, la messe continue… Que sont, en comparaison de ce drame vraiment divin qui se joue entre l’âme et Dieu, les pauvres machines inventées par les théâtriers anciens ou modernes? Mon Dieu, les serins!

Pour comprendre la beauté de cette fonction liturgique magnifique, il faut lire le Rational de Durand de Mende : http://books.google.fr/books?hl=fr&id=HMgHAAAAQAAJ&q=%22cons%C3%A9cration+des+vierges%22#v=snippet&q=%22cons%C3%A9cration%20des%20vierges%22&f=false

Aujourd’hui, il y a des vierges consacrées dans el monde :

Les lecteuses – encore !

Suite aux nombreux retours positifs et aux questions posées sur notre sujet « les lecteuses », pour approfondir notre réflexion, je vous propose un texte de dom Bernard Botte,  Le  Mouvement liturgique,  Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973.

Botte

Quelques mots sur l’auteur : Dom Bernard Botte (1183-1980), moine puis abbé du Mont-César, a collaboré longtemps au premier Centre de pastorale liturgique, (devenu ensuite CNPL – Centre National de Pastorale Liturgique puis SNPLS – Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle) dès 1948 ; il a organisé des sessions d’études liturgiques à Vanves, et s’est impliqué depuis le début dans les conférences oecuméniques à l’Institut orthodoxe Saint Serge à Paris. On admet en général que c’est dom Botte qui a été à l’origine de l’insistance de la Constitution de Vatican II « De Sacra Liturgia » sur l’idée qu’un renouveau liturgique ne servirait à rien sans une formation liturgique sérieuse des prêtres. Nommé en 1956 premier directeur de l’Institut de Liturgie de Paris, il en est resté à la tête pendant 8 ans et y a laissé une emprunte profonde.  Egalement membre du Consilium pour la réforme de la liturgie après le Concile, il est l’auteur des prières d’ordination des évêques. Et c’est justement des ordres et de leur réforme dont il parle dans ce texte que nous vous proposons ci après.

Une fois réglé le problème des ordres majeurs, il fallut bien aborder celui des ordres mineurs. On m’avait empêché d’en parler dans mon premier rapport, mais rien ne m’empêchait de poser le problème, à titre privé, dans un article de revue. J’exposai donc ma position dans les Questions liturgiques. Je prévins loyalement mon supérieur, dom Baudouin de Bie, que cet article serait probablement mal accueilli à Rome et qu’il risquait d’avoir quelque difficulté. Mais il m’approuva sans réserve. Mon opinion était – et est toujours – que les ordres mineurs ne répondent plus aujourd’hui à une réalité et qu’ils ne sont plus qu’une fiction juridique. [Dom Botte parle bien sûr de l’époque précédant la réforme des ordres mineurs, dans l’intervalle entre la promulgation de la constitution sur la liturgie de Vatican II et le Motu Proprio de Paul VI, 1964-1972] L’office de portier n’est plus exercé par des clercs et les exorcistes ne peuvent exorciser rien ni personne. L’office de lecteur répond encore à un usage vivant et on peut le maintenir, mais il faut alors conférer cet ordre à ceux qui l’exercent réellement dans la plupart des églises et non aux clercs qui restent dans leur séminaire. [rappelons cependant qu’à l’époque, le lecteur ne lisait pas, puisque c’était le sous-diacre qui en était chargé…] Enfin l’ordre d’acolyte est exercé depuis des siècles par des jeunes gens ou de jeunes enfants. Il est ridicule de le conférer à des séminaristes au moment où ils vont cesser de l’exercer, à la veille du sous-diaconat, alors qu’ils ont servi la messe depuis de longues années. Il y a divorce entre les fonctions et les ordres. [Notons également que la le Concile Vatican II, dans Sacrosanctum Concilium, au numéro 28 précise : 28. In celebrationibus liturgicis quisque, sive minister sive fidelis, munere suo fungens, solum et totum id agat, quod ad ipsum ex rei natura et normis liturgicis pertinet. Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Ce divorce entre fonctions et ordres, que l’on souligne aujourd’hui comme résolu par la réforme des ordres, nous le verrons, est loin d’être réglé…]

Quant aux raisons invoquées pour le maintien des ordres mineurs, elles ne résistent pas à un examen sérieux. On parle d’une tradition vénérable qui remonterait aux premiers siècles de l’Église. C’est faux. Toute cette législation repose sur un document apocryphe, une fausse décrétale du VIIIè siècle, attribuée au Pape Caius du IIIè siècle. Les Pères du concile de Trente croyaient encore à son authenticité, mais ce n’est plus possible au temps de Vatican II. Les documents authentiques donnent une autre image. Les ordres mineurs répondaient à des fonctions réelles, utiles à la communauté, sans que les titulaires aspirent au sacerdoce. Il est vrai qu’avant d’accéder au sacerdoce, il fallait passer par l’un ou l’autre degré inférieur. Mais c’étaient des stages effectifs dans des fonctions réelles, et non un passage fictif dans tous les ordres. Il est probable d’ailleurs que les ordres de portier et d’exorciste étaient tombés en désuétude à Rome après le Vè siècle. Un autre argument en faveur des ordres mineurs était qu’ils constituaient une bonne préparation au sacerdoce. C’était peut-être vrai il y a 50 ans, ce ne l’est plus aujourd’hui. Les jeunes sont plus exigeants que nous l’étions à leur âge, et ils ont raison. Ils n’acceptent pas volontiers des usages qui ne leur paraissent pas authentiques et qui sentent la fiction. Et ils sont bien dans l’esprit de Vatican II qui nous a demandé de rendre aux rites leur vérité. En publiant cet article, j’espérais susciter une discussion qui fit avancer le problème. Il n’en fut rien. Les partisans des ordres mineurs ne répondirent pas, sans doute parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à répondre, et ceux qui partageaient mon opinion gardèrent un silence prudent. Quand le problème se posa devant le Conseil, on se trouva dans une situation délicate. Normalement, la question relevait de la compétence du groupe dont j’étais relator. Mais j’avais pris position publiquement et on ne pouvait s’attendre à ce que je change d’opinion. D’autre part, si je présentais un rapport dans le même sens que mon article, je me heurterais au même veto qui avait arrêté mon premier rapport. Pour sortir d’embarras, on créa une nouvelle commission présidée par l’évêque de Livourne. On m’invita à en faire partie, mais je refusai. Je savais d’avance qu’on rechercherait une de ces solutions diplomatiques qui sont censées satisfaire tout le monde et qui ne satisfont personne. Il y a quatre ordres mineurs. Certains veulent les garder, les autres les supprimer. On coupe la poire en deux : on en supprime deux, on en garde deux. C’est bien ce qui arriva. On proposa de garder deux ordres, celui de portier qui serait conféré aux sacristains et celui d’acolyte pour les séminaristes. Quand on présenta ce projet au Conseil, je me permis de demander aux évêques présents s’ils étaient disposés à conférer l’ordre de portier aux sacristains dans leur diocèse. Ma question souleva un rire qui suffit à montrer l’irréalisme de ce projet. On en resta là. [Notons aussi que dans ce premier projet… On avait une disparition du lecteur ! ]

Il y a quelques années, je reçus une lettre du cardinal Samoré, Préfet de la Congrégation des Sacrements. Il me demandait mon avis sur un problème qui lui était posé par une lettre du Secrétariat du Pape, dont il me donnait une copie. L’évêque de Rottenburg devait ordonner onze diacres mariés et il avait demandé au Pape la dispense de la tonsure, des ordres mineurs et du sous-diaconat. Vu l’urgence, le Pape avait accordé la dispense par télégramme, mais il demandait au Cardinal de lui fournir un rapport sur ce qu’il fallait faire dans des cas semblables. Dans sa lettre, le cardinal Samoré me faisait savoir que la Congrégation des Sacrements ne voyait aucun inconvénient à l’abrogation des ordres mineurs, qui ne représentaient plus aucun intérêt pour la vie de l’Église. J’envoyai donc au Cardinal un rapport dans lequel je proposais de garder comme seul ordre mineur le sous-diaconat. Il avait été exclu, par la Constitution apostolique Pontificalis Romani, de la liste des ordres majeurs et, par le fait même, il n’engageait plus au célibat. D’autre part, cet ordre est universel et il a des fonctions liturgiques propres. Je reçus les remerciements du cardinal Samoré avec un chèque de 10 000 lires, puis ce fut le silence pendant un certain temps. Un beau jour, je reçus un projet de décret. L’essentiel peut être résumé en peu de mots. Les ordres de portier et d’exorciste seraient abolis. Les ordres de lecteur et d’acolyte seraient maintenus, mais ils ne pourraient être conférés qu’à ceux qui se préparent au sacerdoce. Le sous-diaconat serait supprimé, mais les fonctions du sous-diacre seraient remplies par l’acolyte, «comme on le fait depuis longtemps en Orient». C’est évidemment une solution diplomatique analogue à celle qui avait été proposée au Conseil. [Avec le recul, 50 ans après nous nous rendons bien compte que c’est en fait le 2ème projet, qui au final ne sera pas non plus retenu par Paul VI, et qui suscite l’ire de dom Botte, qui est en fait mis en oeuvre aujourd’hui en France !] La suppression du portier et de l’exorciste s’imposait, et on s’étonne qu’il ait fallu attendre si longtemps pour qu’on s’en aperçoive. Le maintien du lecteur se justifierait si cet ordre pouvait être conféré à ceux qui en remplissent habituellement les fonctions. Mais si on réserve l’ordination de lecteur aux clercs enfermés dans leur séminaire, nous retombons dans la pure fiction. Il en est de même de l’acolytat. Il est évident que les fonctions propres de l’acolyte continueront à être exercées par des enfants ou des jeunes gens. Mais ce qui me dépasse, c’est ce qui est dit du sous-diaconat, C’est un ordre ancien et universel. Le sous-diacre a un vêtement propre, la tunique, et des fonctions bien définies : il lit l’épître à la messe solennelle, il assiste le prêtre à l’autel, il porte la croix en procession. Ces fonctions subsistent, mais l’ordre est supprimé et les fonctions sont transférées à l’acolyte, qui devient ainsi une sorte d’homme-orchestre, chargé de missions incompatibles entre elles. Mais le comble, c’est l’appel qui est fait à l’usage oriental. Il est impossible que les fonctions du sous-diacre soient confiées à l’acolyte en Orient, pour la bonne raison qu’il n’y a pas d’ordre d’acolyte. Ce qui est vrai, c’est que le sous-diaconat y est resté ordre mineur. Je ne puis expliquer cette singulière mesure que par une confusion. Le sous-diaconat est lié, dans l’usage latin, à l’engagement dans le célibat. Le rédacteur du projet a sans doute voulu éviter d’engager prématurément des jeunes gens dans l’obligation du célibat, mais il n’a pas vu que cette obligation n’existe plus. C’est peut-être un peu de ma faute. Dans la rédaction de la Constitution Pontificalis Romani – que j’ai préparée avec le Père Lécuyer -, nous avons estompé la réduction du sous-diaconat au rang d’ordre mineur et ses conséquences canoniques. Nous n’avons pas parlé explicitement du sous-diaconat, mais simplement déclaré que désormais ne seraient plus considérés comme ordres majeurs que l’épiscopat, la prêtrise et le diaconat. Canoniquement, c’est parfaitement clair : il est évident que le sous-diaconat n’est plus ordre majeur; par le fait même, l’obligation du célibat tombe, car il n’était imposé, aux termes du droit, que parce que le sous-diaconat était inclus dans les ordres majeurs. Mais un lecteur superficiel pouvait ne pas s’en apercevoir. Ce projet de décret fut envoyé aux Conférences épiscopales pour information. Je ne crois pas qu’il ait soulevé beaucoup d’enthousiasme. J’avais écrit ce qui précède le 9 septembre 1972.

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Le 11 du même mois, je reçus une lettre du cardinal Samoré accompagnant un document pontifical qui devait être promulgué le 14. C’était un Motu proprio de Paul VI, réglant le problème des ordres mineurs. [Il s’agit de Ministeria Quaedam] Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’en pris connaissance, mais je fus vite rassuré. La perspective a complètement changé; On est enfin sorti de la fiction juridique pour revenir à la vie de l’Église et à la pastorale. Il n’y a plus, au sens propre, d’ordres mineurs. Ceux de portier, d’exorciste et de sous-diacre sont abolis. Quant au lecteur et à l’acolyte, ils sont maintenus, mais ils ne sont plus comptés parmi les ordres cléricaux. Ce sont simplement des ministères, c’est-à-dire des services, qui peuvent être confiés normalement à des laïcs qui n’aspirent pas au sacerdoce. Il conviendra sans doute que les séminaristes s’acquittent également de ces services, mais c’est accidentel. Ces services ont une valeur en eux-mêmes, pour la vie de chaque Église, et leurs fonctions ont été élargies : le lecteur devient l’animateur de l’assemblée, l’acolyte remplit les fonctions du sous-diacre et devient le ministre extraordinaire de la communion. On voit le parti que pourront tirer de ces nouvelles dispositions les curés des paroisses. Je n’ai qu’un regret : c’est qu’on ait préféré l’appellation d’acolyte à celle de sous-diacre. Car, contrairement à l’acolytat, le sous-diaconat apparaît comme universel, aussi bien en Orient qu’en Occident. Mais ce n’est, somme toute, qu’une question de mots. [Le texte de dom Botte s’arrête là ; mais on voit bien qu’en réalité, il regrette de façon profonde qu’on n’ait pas tenu compte de ses remarques. Il insiste sur l’idée que ce ne sont que des mots. L’acolyte dans Ministeria quaedam, doit être lu comme « sous-diacre » ; mais nous en avons déjà parlé dans nos pages…  Et par ailleurs, comme déjà souligné, dom Botte a beau se réjouir du « changement complet de perspective » par rapport au 2ème projet qu’il qualifie de « fiction juridique », c’est bien ce projet là qui en réalité est mis en oeuvre jusqu’à aujourd’hui, a minima en France, et rappelons le contre le Motu Proprio de Paul VI et les avis d’un des plus brillants promoteurs du mouvement liturgique…]

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Institution à l’acolytat au séminaire d’Ars
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L’acolytat et le lectorat pour les seuls candidats aux ordres… Une « fiction juridique » pour dom Botte, personnage central de la réforme liturgique de Vatican II, et rédacteur de la prière d’ordination des évêques d’après Vatican II.

Les lecteuses – suite.

Sur le blog WDTPRS une bonne question et un débat auquel nous avons fait plusieurs fois référence sur ce site, ici, ici, et ici.

QUAERITUR: What is wrong with women being lectors? :Posted on 7 January 2013 by Fr. John Zuhlsdorf

Traduction : Requête : Qu’est-ce qui ne va pas avec les femmes – lecteurs [dans la liturgie] ? (le 7 janvier 2013, par l’abbé John Zuhlsdorf

First, only men are instituted, “official” lectors. Women can only substitute for them in their absence. Thus, they are an permitted exception to the rule.

Traduction : Premièrement, seuls les hommes sont institués lecteurs « officiels ». Les femmes peuvent seulement y être substitués en leur absence. Il y a donc une exception permise à la règle.

Commentaire : Oui, c’est assez surprenant, mais l’abbé Zulsdhorf a raison. Il n’ya pas de « lecteuses » dans le rite romain, et l’usage répandu de faire lire l’épître par Mme Michu est non seulement une exception à la règle mais en plus ne saurait être mise en œuvre de façon systématique sous prétexte de « parité » : j’ai déjà vu des curés m’expliquer qu’il fallait toujours faire lire le dimanche la première lecture par un homme et la seconde par une femme, pour respecter l’égalité… ! Or, vous me direz, on le voit souvent et même pas plus tard qu’hier, à la messe de l’Epiphanie, messe pontificale célébrée par le S. Père au cours de laquelle il y a eu quatre consécrations épiscopales ! Alors ? Et bien constatons tout de même un chose : malgré la demande explicite de certains pères synodaux (lors du Synode sur la Parole de Dieu), largement reprise par les médias de l’époque, la règle subsiste : il n’y a pas d’institution au lectorat pour les femmes ; la lecture par une femme à la messe n’est donc pas une règle.

Second, the very idea of women entering the sanctuary to perform a liturgical role is a historical oddity.

Traduction : Deuxièmement, l’idée même d’une femme qui entre dans le sanctuaire pour un rôle liturgique est une bizarrerie historique.

Commentaire : oui, c’est tout à fait exact. Le problème c’est qu’au moins en France, on n’a plus vraiment idée de ce qu’est le « sanctuaire ». Concrètement, c’est l’endroit où se tiennent les ministres qui ont une action à faire dans la liturgie de la Messe. Et la lecture étant une action liturgique véritable – et non pas une sorte de « dévotion biblique » qui précéderait pour s’y préparer – la liturgie de l’Eucharistie, il est préférable, que le lecteur ne soit pas présent du début à la fin de la liturgie dans le sanctuaire. Conséquemment, il n’est pas envisageable non plus qu’il ne soit pas dans la tenue du ministre (qui est l’aube). En tirant ces conclusions jusqu’au bout, s’il y a d’autres clercs présents (mais qui n’ont pas de rôle liturgique) ils ne se tiennent pas dans le sanctuaire mais dans le chœur, le chœur étant l’endroit où l’on chante… Pas l’endroit où est célébré le sacrifice eucharistique.

C’est pourquoi la lecture se fait de l’ambon, qui n’est rien d’autre qu’une extension de l’autel. Dans les églises où l’aménagement du sanctuaire a été fait correctement, l’ambon est lui-même dans un lieu surélevé, comme l’autel, et il st réalisé dans une logique architecturaleet décorative qui signifie cette parenté afin d’exprimer l’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ en conformité avec la théologie exprimée dans Vatican II par Dei Verbum, n°21 et Sacrosanctum Concilium, n°7 : « Lorsque dans l’Église on lit la Sainte Écriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » L’acte liturgique de la lecture est un sacramental. Il donc est essentiel que le cérémonial signifie cette réalité.

Third, we need a deeper understanding of “active participation”.

Traduction : Troisièmement, il nous faut une meilleure compréhension de la « participation active ».

Commentaire : oui, en effet : si une femme ne fait pas de lecture à la messe, cela ne s’ensuit pas que les femmes ne participent pas à la messe. Il faudrait même aller plus loin et pour tous : la lecture n’a pas pour fonction de faire connaître un passage de l’écriture sainte aux « auditeurs ». La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est plus efficace pour une femme ou pour un homme de faire la lecture. Dans les commentaires du billet de blog de l’abbé Zulsdhorf, quelqu’un faisait remarquer que les annonces dans les aéroports sont toujours faites par des voix de femmes par ce que nous y sommes plus attentifs, en répondant un peut de façon polémique à un autre intervenant qui expliquait quant à lui qu’en réalité, non, une voix de femme ne sera pas vraiment écoutée par des hommes tandis qu’une voix d’hommes sera toujours écoutée par des femmes. Tout cela réduit le débat à la question des rapports entre pouvoir et clergé dans l’Église occidentale, question qui est à la source des revendications pour l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise. Certaines personnes avancent même qu’en Orient, la question ne se pose pas dans ces termes, puisque justement, il n’y a pas ce rapport pouvoir / conflit entre clercs et laïcs. Peut être que justement une meilleure compréhension et application du Motu Proprio (de Paul VI) sur la réforme des ordres permettra à terme l’Église d’occident d’évoluer sur ces questions.

La lecture liturgique a pour fonction essentielle de permettre à la bible de devenir parole de Dieu (Cf. Cardinal Vanhoye, expert au Concile Vatican II), de faire entendre en quelque sorte d’incarner le Christ. Dans l’absolu, la lecture de la messe est faite essentiellement pour signifier que le Christ est au milieu de nous, par Sa parole. Cette réalité et cette signification essentielle dépasse de loin tout autre contrainte : dans l’absolu, même en langue étrangère, c’est-à-dire sans compréhension possible pour les auditeurs, la fonction liturgique est tout de même remplie. C’est la raison pour laquelle il y a un intérêt pastoral mais un non sens liturgique de « doubler » les lectures ; et que cela a un vrai sens de le proclamer (les chanter) en langue morte (grec ou latin) comme cela peut être très souvent vu à Rome, ou ailleurs.

Fourth, because the lectorate has always been a step to Holy Orders, women reading in the sanctuary can be seen by some as a step to the ordination of women to the priesthood.

Traduction : Quatrièmement, le lectorat a toujours été une étape vers les Saints Ordres, une femme qui lirait dans le sanctuaire ne peut être vu que comme une étape vers l’ordination des femmes à la prêtrise.

Commentaire : il y a sur notre site plusieurs articles déjà parus sur cette question : rappelons cependant plusieurs choses. Avant Ministeria Quaedam (qui réforme les ordres après Vatican II, motu proprio de Paul VI), celui qui recevait l’ordre mineur du lectorat ne lisait jamais, puisque la lecture était faite à la messe par le sous-diacre (épître) ou le diacre (évangile). Ensuite rappelons que le Missel de Paul VI prévoit que le sous-diacre lise à la Messe. Enfin, rappelons que le lecteur institué peut être appelé sous diacre (et pourquoi pas être habillé et fonctionner comme tel dans la liturgie de la messe). Enfin, disons le franchement : la suppression de la fonction liturgique de sous-diacre, c’est-à-dire du rôle de celui qui lit l’épître à la messe (et pour montrer l’unité de la table de la Parole et de la Table de l’Eucharistie, il a aussi un rôle mineur dans la liturgie eucharistique) est partie prenante du suicide culturel que subit la liturgie en Occident dans la deuxième partie du XXème siècle ; suicide qui n’est pas vraiment voulu par Paul VI (cf. Ministeria Quaedam, qui cherche à aligner la pratique occidentale avec la pratique orientale, où le sous-diaconat n’a jamais été un ordre majeur, mais une fonction liturgique essentielle). Il y a je crois des réflexions dans ce sens qui furent proposées dans ce sens par le Cardinal Ratzinger. Peut être nos lecteurs sauront retrouver les bonnes références… En tout cas il est aujourd’hui, depuis Benoît XVI, commun de voir un sous-diacre chanter l’épître en grec aux messe pontificales à S. Pierre de Rome…

Par ailleurs, parce que le lectorat est une étape vers l’ordre, et même l’étape ultime avant de recevoir l’ordination diaconale, il n’est pas envisageable de la conférer à une femme. Pour autant, ce n’est pas parce qu’on reçoit le lectorat que l’on est destiné aux ordres. Il y aurait une véritable réflexion à avoir là dessus. Il pourrait y avoir des lecteurs institués qui ne soient pas de  futurs diacres (permanents ou non). Et enfin, une autre ouverture : parce qu’il existe justement des degrés d’institution qui même si elles sont nécessaires à l’ordination ne mènent pas forcément vers elle, il y aurait peut être une relecture à faire sur la question de la pratique actuelle du diaconat permanent ? Mais c’est un autre sujet.  Pour une autre fois !DSC_3374

Série spécial chiffons (3) : l’aube parée et la tunique sous-diaconale

Dans le numéro précédent, nous avons parlé de l’amict paré et de l’aube parée. Quelques mots sur la tunique. C’est le vêtement du sous-diacre, qui en réalité n’est rien d’autre dans sa forme traditionnelle, qu’une aube particulièrement et richement parée. Elle ne devrait pas pouvoir être confondue avec la dalmatique, car elle est supposée avoir une longueur plus grande et des manches étroites, tandis que la dalmatique est comme la chasuble un vêtement qui se porte au dessus de l’aube. Evidemment, vous me direz qu’il n’y a plus de sous-diacres à l’heure actuelle dans la forme ordinaire du rite. La réponse est la suivante : oui et non. Oui, les sous diacres ne sont plus ordonnés, c’est à dire que le sous-diaconat n’est plus depuis Paul VI un ordre majeur (cf. Motu Proprio Ministeria Quaedam).  Mais il y a toujours référence au sous-diacre dans le même motu proprio, en ce qui concerne le lecteur et l’acolyte institué ; il faut dire que cet usage de l’emploi d’un ministre spécialement désigné pour faire notamment il est donc tout à fait fondé de voir ce ministre être revêtu à la messe de la tunique (dont la signification symbolique est bien moindre que la dalmatique ou la chasuble). Retenons en tout cas que pendant des siècles dans le rite romain, on a fait l’effort d’habiller de façon spécifique celui qui proclame la lecture, il ne serait donc pas inconvenant de le voir revêtu d’une aube (même non parée !!) pour bien faire comprendre l’importance de la proclamation de la Parole divine dans la liturgie de la Sainte Messe. L’usage des aubes parées est donc très ancien, et aussi beaucoup plus traditionnel que la dentelle, puisqu’il était surtout répandu avant l’invention de cette dernière. Le parement des aubes est également encore en usage, à l’étranger bien sûr mais aussi en France. On peut voir des aubes et des amicts parés dans certains monastères (c’est très banal à Solesmes) ou pour les célébrations les plus solennelles de la Communauté Saint Martin.

Ordination : l’ordinant est revêtu de la chasuble. Pour cela il a replacé son amict (paré) sur la tête.
Liturgie d'ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.
Liturgie d’ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.

Pour l’usage des tuniques, et même le fonctionnement du sous-diacre dans la liturgie (de Paul VI, j’entends, biens sûr) c’est évidemment nettement moins courant. Même si  le sous-diacre a sa fonction décrite dans le missel de 1970…  Dans ce cas précis, son rôle peut être aussi celui d’un « acolyte paré » ; certains usages diocésains revêtent de la tunique l’acolyte cruciféraire de la procession (en français : le servant qui porte la croix). Cela se voit de façon tout à fait courante par exemple à Caen, et ce n’est évidemment pas inconvenant.

Sur ce patron, on voit bien la différence entre la tunique (à gauche) et la dalmatique (à droite).

La dalmatique porte parfois des orfrois qu’on appelle des « clavi », c’est à dire des bandes décoratives verticales de part et d’autre de l’encolure, tandis que la tunique ne devrait pas en porter (malgré ce qu’on voit parfois). Elle est bien sûr plus longue, et a bien, comme précédemment décrit, des manches étroites, comme l’aube.

Une dalmatique avec orfrois verticaux (les « clavi »). Au passage :publicité gratuite pour Chrysoline ornements. Offrez pour Noël une belle chasuble à votre curé !
La proclamation de l’Evangile par le diacre (en dalmatique manipule), sur l’Evangéliaire porté par le sous-diacre (en tunique) et entouré par deux acolytes enfants en aube.

Sur cette illustration, on distingue bien le diacre du sous-diacre. Apparemment, les ministres portent des capuches et non pas des amicts ; ce sont des religieux (rappelons que l’usage universel réserve l’emploi du capuchon aux moines, que ce soit en orient ou en occident), alors que les acolytes enfants sont en amicts.

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (2)

 

(Suite de notre précédent article)

Le deuxième point auquel il faut s'attacher pour éviter de tomber dans le faux débat qui gronde actuellement dans les médias est le suivant : quelle est la signification rituelle et liturgiques des lectures (i.e. la « liturgie de la Parole ») dans la théologie de la liturgie et la praxis du rite romain ? On s'intéressera en particulier au développement théologique apporté par la réflexion menée lors du Concile Vatican II et les avancées concernant les rapports entre liturgie et Parole de Dieu apportées par la promulgation du Missel de Paul VI.

En effet, encore une fois, la question de la reconnaissance de l'apport essentiel des femmes à l'œuvre de l'Église ne doit pas être occultée par des prises de position idéologiques qui empêcheraient de leur voir conférer l'un ou l'autre ministère institué.

Vatican II affirme que « lorsque dans l’Eglise on lit la Sainte Ecriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » (Sacrosanctum Concilium, n°7). Les textes bibliques ont besoin de la liturgie pour devenir Parole vivante, proclamée par le Christ en personne dans l’assemblée de son Église. Ainsi, la proclamation de la Parole de Dieu, si elle n’est pas un sacrement, est un sacramental – une source objective de grâces. La célébration liturgique est le lieu et le moment de l’incarnation de la Parole de Dieu qui devient alors agissante par l’acte de sa proclamation. La table de l’autel est dans la liturgie le lieu privilégié de la présence trinitaire. L’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ (Cf. Dei Verbum, n°21) est signifiée par la décoration de l’autel qui en de nombreux endroits porte les symboles des quatre évangélistes. C’est la raison pour laquelle l’évangéliaire, pris sur l’autel, est apporté en procession à l’ambon ; l’ambon lui-même n’est pas – rituellement – à séparer de l’autel : il est partie prenante de l’espace sacré, du sanctuaire. La proclamation de l'Évangile, réservée à un ministre ordonné, et revêtu de ses ornements (a minima de l’étole), est préparée par la récitation silencieuse de la phrase : Purifie mon cœur et mes lèvres,  Dieu très saint, pour que je fasse entendre à mes frères la Bonne Nouvelle. La résonance de ce rite du Munda cor avec celui dit du Lavabo qui précède le sacrifice lui-même (Lave moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché) renforce encore l’intimité rituelle qu’exprime la liturgie entre les deux grandes parties de la messe (liturgie de la parole, liturgie eucharistique).

Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que l'acte de la proclamation de la Parole, s'il requiert des compétences techniques, n'est pas uniquement une question de formation du ministre. Pour être encore plus signifiante, la liturgie de la Parole devrait bénéficier de lecteurs institués ; un lecteur institué est en effet le signe liturgique que l’Eglise assume sa condition de Corps du Christ et qu’elle nomme et se réserve des fidèles qui par la grâce de ce sacrement (uniquement) ont la capacité d’incarner la Parole du Christ, du Prophète, de l’Apôtre.

C'est la raison pour laquelle également la pratique conventionnelle des paroisses de faire proclamer les lectures par une personne qui se lève de l'assemblée au moment de son intervention pour – sans autre préparation ni parement – monter à l'ambon devrait être discutée : si la liturgie de la Parole est – comme « sacramental » – issue rituellement de l'autel, il serait juste que le ministre de la Parole, y compris pour les deux premières lectures du dimanche – vienne du sanctuaire et non de la nef…. Il serait juste également qu'il soit revêtu d'une aube – comme le précise le Cérémonial des Evêques  :

(65) Le vêtement sacré pour tous les ministres quel que soit leur grade commun est l'aube, serrée autour des reins par le cordon,(…)

…. Ainsi que l'IGMR  :

(336) Le vêtement sacré commun à tous les ministres ordonnés et institués, de tout degré, est l’aube, serrée autour des reins par le cordon,

(339) Les acolytes, les lecteurs et les autres servants laïcs peuvent revêtir l’aube ou un autre vêtement légitimement approuvé dans chaque région.

NB : il est à noter que lorsque l’IGMR mentionne que les ministres « peuvent » revêtir l’aube, cela ne signifie pas qu’une autre option serait l’habit commun (civil). Mais bien que l’aube est un vêtement solennel de degré plus important que d’autres vêtements de chœur (comme par exemple la soutane et le surplis), et qu’il est licite que les ministres comme l’acolyte ou le lecteur s’en revêtent…

Par ailleurs il est également intéressant de constater que les ministères laïcs institués de lecteur et d'acolyte correspondent en réalité « fonctionnellement », lorsqu'ils sont joints l'un à l'autre exactement non pas aux anciens "ordres mineurs" de lecteur et d'acolyte (comme nous l’avons expliqué, l’ancien « lecteur ordonné » ne faisait jamis la lecture, mais il était chargé de l’enseignement doctrinal aux catéchumènes) mais à l'ancien "ordre majeur" du sous-diaconat. C'est en cela que l'on a pu dire à juste raison que Paul VI a supprimé les "ordres mineurs". Mais par contre concrètement il n'a pas réellement supprimé le sous-diaconat, puisqu'en promulguant de façon explicite le lectorat et l'acolytat, et en demandant que ces deux fonctions soient réellement "habitées" rituellement, il en a – en quelque sorte – institutionnalisé la fonction. Il faut rappeler que lors des messes "à trois chevaux" (avec prêtre, diacre et sous-diacre) dans la plupart des cas, le sous diacre était avant la réforme liturgique soit un prêtre soit un laïc "sous-diacre indu" (voir ci dessous). D'ailleurs, Paul VI en parle dans Ministeria quaedam, à deux reprises :

Dans les fonctions particulières à conserver et à adapter aux nécessités d'aujourd'hui, il y a celles qui touchent particulièrement aux ministères de la Parole et de l'Autel, et qu'on appelle dans l'Église latine lectorat, acolytat et sous-diaconat. Il convient de les conserver et de les adapter, pour qu'à partir de maintenant il y ait une double fonction incluant celle du sous-diacre : lecteur et acolyte.

 

Les ministères qui doivent être maintenus dans toute l'Église latine, d'une manière adaptée aux nécessités d'aujourd'hui, sont au nombre de deux : celui du Lecteur et celui de l'Acolyte. Les fonctions qui étaient jusqu'à présent attribuées au sous-diacre sont confiées au lecteur et à l'acolyte et par suite, dans l'Église latine, l'ordre majeur du sous-diaconat n'existe plus. Rien n'empêche cependant qu'au jugement des Conférences épiscopales, l'acolyte puisse, en certains lieux, porter le nom de sous-diacre.

 

Le sous-diaconat étant supprimé en tant qu'ordre majeur, sa fonction est cependant valorisée en tant que ministère laïc. Paul VI est ici influencé par l'usage de l'époque de faire porter la tunique de sous-diacre à des laïcs dignes avec pour fonction de proclamer ou chanter l'épître. Ces « sous-diacres laïcs » – auxquels Paul VI fait allusion dans Ministeria quaedam (« plusieurs fonctions qui, en réalité, leur sont jointes sont exercées, comme il arrive aussi maintenant, même par des laïcs, il semble opportun de reconnaître cette manière de faire et de l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui, ») étaient appelés « sous-diacres indus » non pas à cause de leur « indignité » mais parce qu'ils étaient revêtus (indutum) de l'attribut du sous-diacre : la tunique. Pour rappel, la tunique, dans le rite romain, est bien cet habit qui ressemble de façon assez forte à la dalmatique diaconale, mais qui dans sa coupe traditionnelle est supposée être plus longue, avec des manches plus resserrées.

Ce que nous souhaitons, au delà de la question du débat stérile que la question du lectorat pour les femmes va immanquablement soulever dans les médias est que cette disputatio :

        n'amène pas la fermeture de l'inauguration de la mise en œuvre de ministères institués féminins, mais qu'au contraire, ce soit l'occasion de découvrir la fécondité de ministères institués non liturgiques…

        ouvre la porte à une véritable réflexion de fond et une application concrète du Motu Proprio de Paul VI sur les ministères laïcs institués, qui pourraient aller jusqu'à l'instauration large dans les paroisses, de ministères laïcs institués pour les fonctions liturgiques (lecteurs et acolytes).

        relance la réflexion sur le sous-diaconat dans le rite romain ; ce ministère pluriséculaire et d'institution vénérable n'a d'ailleurs pas disparu dans d'autres rites notamment orientaux (un sous diacre oriental – en tunique ! – a ainsi chanté en Grec l'épître au dernier jeudi saint à Saint Pierre de Rome), même si il n'existe plus en tant qu'« ordre majeur ». Ce serait au passage – à l'issue d'un autre Synode, celui sur les églises orientales, une façon nouvelle de montrer à quel point les liturgies latines et grecques se répondent et sont issues d'un rameau unique, la foi apostolique.

 

 A suivre.

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes: débat stérile en vue ! (1)

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (1)

Nous apprenons par le Cardinal préfet de la Congrégation des évêques et La Croix que Benoît XVI réfléchirait à la possibilité de conférer le « ministère institué » du lectorat aux femmes, chose que Paul VI dans son Motu Proprio Ministeria Quaedam, s'était refusé à envisager. Comment "lire" cette novelle, alors même que Benoît XVI  est réputé être un conservateur liturgique, tandis que Paul VI était réputé ne pas l'être ? Avant de nous emballer, lisons : 1) ce que dit Ministeria Quaedam sur les ministères institués, 2) ce que proposent les Pères synodaux, et 3) ce que conclut le pape dans Verbum Domini.

 

 

 

Avec la parution de l'exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu, un débat semble resurgir, issu d'une proposition des pères synodaux, qui concerne le ministère du lectorat, dont il serait envisagé l'ouverture aux femmes.

 Cela fait écho à une proposition d'un groupe de travail du Synode de 2008, dirigé par un prélat français, l'archevêque d'Albi, Mgr Pierrre-Marie Carré :  Zenit du 17 octobre 2008

La 7e proposition du groupe disait : « On pourrait reconnaître – instituer – des ministres extraordinaires de la Parole. Ces ministres – catéchistes, lecteurs, animateurs de communautés de base, hommes et femmes – seraient spécialement préparés pour cette mission et délégués officiellement par l'évêque ».

Nous faisions d'ailleurs remarquer à l'époque qu'un « ministère extraordinaire » peut être reconnu, mais s'il devient « institué » (sic), c'est qu'il est ordinaire. La formulation de la proposition est donc très mauvaise. Elle a d'ailleurs peut être  été adoptée – avec difficultés puisqu'il y a eu beaucoup de votes hostiles – sur un malentendu par l'assemblée synodale. On notera aussi qu'elle ne mentionne pas explicitement le « ministère du lectorat », mais de façon générale, un "ministère de la Parole" qui n'est pas forcément en "bijection" avec le ministère du lectorat. Par contre, il y a une mention explicite du ministère de catéchiste….

 Pour rappel, le ministère de lecteur dans la liturgie, ou « lectorat », est un a) ministère, b) laïc et c) institué. Ministère signifie « service ». Il est « laïc » c'est à dire qu'il est réservé aux non clercs (c'est à dire à ceux qui ne sont ni diacres, ni prêtres, ni évêques) et il est « institué », c'est à dire qu'il n'est pas temporaire mais attaché de façon définitive à la personne à qui il est conféré (on dit qu’il « imprime un caractère » à la personne qui en est revêtue). Ce ministère a succédé en 1972, par le Motu Proprio « Ministeria quaedam » de Paul VI à « l'ordre mineur » du « lecteur ». Deux remarques préliminaires :

1 – Le « lecteur » avant 1972 ne « lisait » jamais, puisque la lecture  notamment de l'épître à la Messe étaient réservées au Sous-Diacre ; le Sous-diaconat était alors un ordre majeur. Le « lecteur ordonné », avant 1972, était en fait chargé non pas des lectures de la Messe, mais de l’instruction des catéchumènes… Il est à noter également que plusieurs autres « ordres mineurs » étaient également vidés de leur substance ; par exemple aucun non clerc ne pratiquait la charge d' « exorciste », ordre mineur qui était pourtant habituellement conféré aux séminaristes. Il existait également une charge « d’ostiaire » ou « portier », qui avait pour but de s’assurer qu’aucun non baptisé n’assistait à ce qu’on appelait à l’époque « la messe des Fidèles » (aujourd’hui : la liturgie eucharistique) par opposition à la « messe des Catéchumènes » (aujourd’hui : la liturgie de la Parole).

2 – Paul VI a voulu redonner en 1972 une véritable « chair » aux ministères institués (ex- « ordres mineurs ») en en confiant deux à des laïcs. Les seuls ministères institués dont parle Paul VI sont des ministères en lien avec la liturgie (lecteur et acolyte – l'acolyte étant un autre mot pour « servant de messe »). Paul VI ne ferme pas la porte à l’institution d’autres ministères, qui pourraient ne pas être en lien direct avec la liturgie.

 La problématique d'aujourd'hui est bien de se poser concrètement la question de la reconnaissance de la contribution fondamentale des femmes dans l'Église et en particulier de ce qui concerne l'annonce de l'Évangile.  La question qui se pose aujourd'hui est donc : « faut il conférer des ministères institués aux femmes ? ». Nous avons bien peur que ce débat – essentiel – n'aboutisse pas parce que justement il se focalise sur une mauvaise question, qui est malheureusement formulée ainsi : « faut il conférer le ministère du lectorat aux femmes ? ». Parce qu'à l'évidence, il paraît tout à fait opportun et même bien venu de répondre « oui » à la première question ; et il faut également à toute force répondre « non » à la deuxième.

 Pourquoi ? Regardons bien les 1) textes (Ministeria Quaedam en particulier) et  2) l’usage liturgique du rite romain. Dans Ministeria Quaedam, Paul VI invite de façon claire à « laïciser » ce que furent les « ordres mineurs ». Ce qui n'était que de simples étapes symboliques vers la prêtrise, et que Pie XII avait déclaré "non sacramentel" en 1947 (Sacramentum Ordinis) devait être « réhabité » dans une pratique liturgique paroissiale et ordinaire : Motu Proprio Ministeria Quaedam, 15/08/1972, Paul VI :

« puisque les ordres mineurs ne sont pas toujours demeurés identiques et que plusieurs fonctions qui, en réalité, leur sont jointes sont exercées, comme il arrive aussi maintenant, même par des laïcs, il semble opportun de reconnaître cette manière de faire et de l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui, afin que les éléments vieillis de ces ministères soient supprimés ; ceux qui sont utiles soient maintenus ; ceux qui sont nécessaires soient définis ; »

Les ministères institués de lecteur et d'acolyte ne sont pas supposés être les seuls ministères institués rendus possibles par ce motu proprio de 1972 :

« Outre les fonctions communes à l'ensemble de l'Église latine, rien n'empêche les Conférences épiscopales de demander aussi au Siège Apostolique celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste [Cf. Décr. Ad Gentes, n. 15], et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres. »

Bien plus, l'Église pourrait voir l'éclosion de nouveaux ministères qui seraient distincts de ceux de « lecteur » et « acolyte » qui ne seraient pas exigés pour l'ordination sacerdotale, et donc mécaniquement, sans lien avec le sacrement de l’ordre :

et de même, [les ministères institués] qui doivent être exigés des candidats aux ordres [doivent être] fixés.

Il est très clair dans l’esprit de Paul VI qu’il y a lien fort entre l’ordre comme sacrement et l’institution non sacramentelle des ministères de l’acolytat et du lectorat. Il est également tout à fait clair que dans l'esprit de Paul VI, qu’il y a des ministères institués qui sont appelés à exister dans le futur, et qui sont distincts du « lectorat » et de « l'acolytat ».

Mais lesquels ? Il est un exemple très connu, celui du ministère de catéchiste, qui est largement utilisé dans les pays de mission, et que Paul VI a clairement en tête au moment d'écrire son Motu Proprio :

De même elle est digne d’éloge cette armée, qui a si magnifiquement mérité de l’œuvre des missions auprès des nations, l’armée des catéchistes hommes et femmes qui, pénétrés d’esprit apostolique, apportent par leurs labeurs considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l’expansion de la foi et de l’Église.

De nos jours, du fait du petit nombre de clercs pour évangéliser de si grandes multitudes et accomplir le ministère pastoral, la fonction des catéchistes a une très grande importance. Leur formation doit donc être améliorée et adaptée au progrès culturel de façon à ce qu’ils puissent remplir le plus parfaitement possible leur fonction en collaborateurs efficaces de l’ordre sacerdotal, – fonction qui se complique de charges nouvelles et plus amples.

Concile Œcuménique Vatican II, Décret Ad gentes, 17. 1965

Les hommes et les femmes sont mentionnés comme ayant la charge d'un ministère qui est une collaboration à l'ordre sacerdotal. Ce n'est pas rien ! Mettons-nous bien d'accord : lorsque dans les pays de mission on nomme des catéchistes, il ne s'agit pas des « dames caté » qui pleines de bonne volonté acceptent de prendre un peu de temps pour donner des cours de formation religieuse à des marmots plus ou moins disciplinés. Il s'agit dans les pays de mission d'une charge de très grande importance qui est un véritable « pivot » d'évangélisation, sans lequel rien n'est possible au regard de la vie de l'Église. Et qui correspond avec une très grande acuité à la situation de nos pays en pleine sécularisation.

C'est un exemple qui est d'ailleurs tout à fait en ligne avec le Synode qui nous occupe sur la Parole de Dieu ; L'exhortation Verbum Domini elle même les mentionne : (75)

Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l’apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l’expérience ecclésiale.

 

A suivre…..

Le lectorat étendu aux femmes ?

Parmi les propositions du récent synode des évêques sur la Parole de Dieu, ZENIT nous rend compte d’une proposition votée par les évêques, qui serait l’ouverture du ministère du lectorat aux femmes.

Au-delà de la question de savoir si ce point particulier correspond à une attente des femmes elles mêmes (une reconnaissance de l’utilité de leur action dans l’Eglise) mais aussi de l’Eglise elle-même, il est intéressant de positionner le débat dans un contexte historique et normatif.

ZENIT nous explique les points suivants :

Au cours du synode, l'idée d'un ministère extraordinaire de la Parole, pour hommes et femmes, a été exprimée par un groupe linguistique français dont l'archevêque d'Albi, Mgr Pierre-Marie Carré, bibliste, était le rapporteur (cf. Zenit du 17 octobre 2008).

La 7e proposition du groupe disait : « On pourrait reconnaître – instituer – des ministres extraordinaires de la Parole. Ces ministres – catéchistes, lecteurs, animateurs de communautés de base, hommes et femmes – seraient spécialement préparés pour cette mission et délégués officiellement par l'évêque ».

Une première observation : il est assez cocasse de proposer « d’instituer » un ministère « extraordinaire ». Par définition, si un ministère est institué, il n’est plus extraordinaire, mais ordinaire. Il est tout à fait exact que depuis le 7 juillet 2007, le terme « extraordinaire » a la cote, dans le domaine de la liturgie, mais tout de même…. Cela rend cette proposition bien obscure.

Par ailleurs, il faut souligner que les évêques ont proposé au pape à la suite du synode, 54 propositions ; toutes sont passées avec 5 "non" ou moins. Celle ci – notable exception, – est passée avec 45 "non" et 3 abstentions. Elle n’a pas du tout fait l’unanimité, et probablement pas pour des raisons de « mysoginie »….

Par ailleurs, des ministres extraordinaires de la Parole, y compris femmes, il y  en a de fait un peu partout, de façon très répandue. Donc de quoi parle concrètement cette proposition, si ce n’est de quelque chose qui existe déjà ? Pour la question spécifique de la proclamation des lectures à la Messe, on est bien forcé de constater que de toutes façons, pour des raisons proprement pragmatiques, il y a des ministres extraordinaires femmes. C’est prévu par le droit canon ; c’est une habitude ancrée. Ce n’est pas l’objet de cet article de justifier ou non la pertinence de conserver cette habitude.

 

Si la proposition du synode est bien d’encadrer l’accès à ce « ministère extraordinaire » pour les hommes et les femmes, et qu’il corresponde à un mandat officiel de l’évêque ou du supérieur religieux, cela semble tout à fait louable. Par contre, si cette proposition vise à proposer que des femmes accèdent au ministère institué du lecteur, elle va alors clairement contre la tradition du rite romain et d’autres rites orientaux. Le lecteur, dans les églises orientales, comme le sous-diacre, correspondent à l’état clérical. Dans le rite romain, depuis 1973 et un motu proprio de Paul VI, les « ordres mineurs » sont abrogés.

 

On confère des « ministères institués » qui sont au nombre de deux (lecteur et acolyte) aux hommes seuls.

Pour bien comprendre les enjeux du problème, lisons bien les textes :

Missale romanum, 2002, Insitutio generalis:

Munus lectiones proferendi ex traditione non est præsidentiale sed ministeriale. Lectiones ergo a lectore proferantur, Evangelium autem a diacono vel, eo absente, ab alio sacerdote annuntietur. Si tamen diaconus vel alius sacerdos præsto non sit, ipse sacerdos celebrans Evangelium legat ; et si alius quoque idoneus lector absit, sacerdos celebrans etiam alias lectiones proferat.

 

Post singulas lectiones qui legit profert acclamationem, cui respondens, populus congregatus honorem tribuit verbo Dei fide et grato animo recepto.

 

59. Traditionnellement la fonction de prononcer les lectures ne relève pas de la présidence mais du ministère. Les lectures sont donc proclamées par le lecteur tandis que l’Évangile est annoncé par le diacre ou, à son défaut, par un autre prêtre. Toutefois s’il n’y a pas de diacre ou d’autre prêtre, le prêtre célébrant lit lui-même l’Évangile ; et s’il ne se trouve pas non plus un autre lecteur capable, le prêtre célébrant proclame aussi les autres lectures.

Après chaque lecture, le lecteur prononce une acclamation, à laquelle, par sa réponse, le peuple rassemblé rend honneur à la parole de Dieu accueillie dans la foi d’un cœur reconnaissant.

 

99. Lector instituitur ad proferendas lectiones sacræ Scripturæ, Evangelio excepto. Potest etiam intentiones orationis universalis proponere et, deficiente psalmista, psalmum inter lectiones proferre.

In celebratione eucharistica lector proprium munus habet (cf. nn. 194-198), quod ipse per se exercere debet.

99. Le lecteur est institué pour proclamer les lectures de l’Écriture sainte, excepté l’Évangile. Il peut aussi proposer les intentions de la prière universelle et, à défaut de psalmiste, dire le psaume entre les lectures.

Dans la célébration eucharistique, le lecteur a sa fonction propre (cf. nn. 194-198) qu’il doit exercer par lui-même.

 

101. Deficiente lectore instituto, alii laici deputentur ad proferendas lectiones sacræ Scripturæ, qui revera apti sint huic muneri adimplendo et sedulo præparati, ut fideles ex auditione lectionum divinarum suavem et vivum sacræ Scripturæ affectum in corde concipiant.

101. À défaut de lecteur institué, d’autres laïcs sont désignés pour proclamer les lectures de la sainte Écriture, à condition d’être vraiment aptes à remplir cette fonction et soigneusement préparés afin que, à l’audition des lectures divines, les fidèles conçoivent dans leur cœur un amour savoureux et vivant pour la sainte Écriture.

Ca veut dire que concrètement, d’après ce que nous observons en France, le seul ministre institué "lecteur", c'est le prêtre ou le diacre. Et que c'est l'un ou l'autre qui sont les ministres ordinaires de la parole, en cas d'absence d'un lecteur institué (c'est à dire dans 99,9% des cas). Les autres ne le font (et c'est valable aussi pour la prière universelle), qu’en vertu d'une suppléance extraordinaire.

 

Or, la situation que nous observons aujourd’hui ne correpond pas du tout à ce que Paul VI avait en tête lorsqu’il abroge les « ordres mineurs » :

 

« Ministeria Quaedam »:

 

II. Les ministères peuvent être confiés à des laïcs, de telle sorte qu'ils ne soient plus réservés aux candidats au sacrement de l'ordre.

 

Concrètement, cela ne s'est jamais fait, en tout cas en France. Donc Paul VI n'a pas été obéi, au moins dans notre pays.

Paul VI insiste par ailleurs sur l’idée que l’institution du lectorat est proprement réservée aux hommes, et de façon explicite dans son Motu Proprio :

« Ministeria Quaedam »:

 

VII. Etre institué lecteur et acolyte, conformément à la vénérable tradition de l'Église, est réservé aux hommes.

 

Par ailleurs, avec Ministeria Quaedam, Paul VI apparemment, abroge une pratique très ancienne dans le rite romain et dans d'autres rites orientaux : l'ordre majeur du sous-diaconat. Il est certain que le sous diacre a un rôle mineur et non indispensable dans la liturgie. Pour autant, il exprime assez bien justement la structuration de l'assemblée liturgique selon divers ordres et ministères. Dans la forme extraordinaire l'alignement prêtre-diacre-sous-diacre sur les degrés de l'autel exprime cette réalité à merveille, et il serait peut être intéressant de s'en inspirer.

« Ministeria Quaedam » :

 

IV.Les ministères qui doivent être maintenus dans toute l'Église latine, d'une manière adaptée aux nécessités d'aujourd'hui, sont au nombre de deux : celui du Lecteur et celui de l'Acolyte. Les fonctions qui étaient jusqu'à présent attribuées au sous-diacre sont confiées au lecteur et à l'acolyte et par suite, dans l'Église latine, l'ordre majeur du sous-diaconat n'existe plus. Rien n'empêche cependant qu'au jugement des Conférences épiscopales, l'acolyte puisse, en certains lieux, porter le nom de sous-diacre.

 

On pourrait donc très bien imaginer qu'un acolyte/lecteur laïc institué porte la tunique sous diaconale, chante les lectures, tienne une place dans la partie eucharistique ; bref, l'ancienne place du sous diacre. Paul VI va même plus loin : rien n'empêche qu'on continue à l'appeler "sous-diacre". Alors ?

 

Le sous-diacre laïc, c'est d'ailleurs quelque chose qui avant le Concile s'est fait largement en France : on voyait très souvent et même encore aujourd'hui dans la forme extraordinaire des sous diacres "non ordonnés", des sortes de "sous-diacres extraordinaires". C'est banal. Là, on en ferait quelque chose d'un peu moins "sauvage", puisqu'en l'espèce, dans la pensée de Paul VI, le sous diacre est "institué". Ca pourrait vraiment valoir la peine. Par contre on n'a jamais vu de "diacres extraordinaires". C'est une raison probable d'ailleurs de l'abrogation de sous-diaconat comme "ordre majeur". Mais quand on lit bien les textes, une bonne application de Ministeria Quaedam ne signifie pas l'abrogation du sous diaconat. Il signifie l'abrogation du sous-diaconat comme ordre mineur, mais pas comme "ministère institué".

Le problème reste entier. Avec la « normalisation » d’instituts et de paroisses pratiquant la « forme extraordinaire » du rite romain, de façon tout à fait officielle, à côté de la forme ordinaire, resurgit la question du statut du sous-diacre dans le rite romain, qui, il faut bien le constater de façon pratique, n’a pas disparu… Il faudra probablement un éclaircissement tout à fait net de Rome sur ce point. Le sous diacre dans un institut pratiquant la forme extraordinaire est il laïc ou clerc ? Il apparaît clairement qu’au regard des normes d’aujourd’hui, le statut clérical s’acquiert au diaconat, et pas avant….

 

Reste la question des femmes. Cela n'est pas choquant outre mesure de donner des fonctions officielles et canoniques à des femmes, pour reconnaître leur forte valeur ajoutée dans l'Eglise, sur énormément de questions qui relèvent proprement d'un charisme féminin, notamment sous la forme de ministères institués. Il existait dans les « ordres mineurs » d'autrefois des choses qui n'étaient pas proprement liturgiques. En particulier, l'ordre mineur du portier et du catéchiste, Portier, c'est une fonction d'accueil. Catéchiste, c'est une fonction d'éducation chrétienne. Ces deux anciens "ordres mineurs" ont d'ailleurs une connexion très forte avec la "Parole de Dieu", puisqu'il s'agit concrètement dans chaque cas d'une mission d'apostolat et de transmission de la Révélation. En tant que ministères institués, on pourrait très bien les confier à des femmes, en ayant bien en tête que ce ne sont pas des fonctions liturgiques et qu’évidemment cela ne confère pas le statut clérical ! Cela permettrait cependant de valoriser l'action des femmes dans l'Eglise ; on pourrait même trouver d'autres "ministères institués" réservés aux femmes. Ce serait peut être intelligent, et il faudrait réfléchir là dessus. Les groupes qui revendiquent le diaconat des femmes renvoient à une pratique de l'antiquité tardive des "diaconesses", qui étaient en fait des laïques qui aidaient au baptême par immersion des femmes adultes. C'était typiquement un "ministère" réservé aux femmes. Il faudrait voir dans quelle mesure il était institué. Ce n'était de toutes façons en aucun cas quelque chose correspondant au sacrement de l'ordre.

 

Quant à exorciste… On voit mal un non prêtre faire des exorcismes, et il est très clair que cet "ordre mineur" avait en 1973 depuis très longtemps perdu de son contenu.

 

Encore une fois, voilà ce que dit Paul VI, dans ce motu proprio qu'il reste à appliquer :

« Ministeria Quaedam » :

Outre les fonctions communes à l'ensemble de l'Église latine, rien n'empêche les Conférences épiscopales de demander aussi au Siège Apostolique celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste, et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres.

Là encore on voit bien que ce motu proprio n’a pas été appliqué. Ce qui est encore plus curieux, justement, c’est qu’on constate que bien loin d’avoir institué des ministères laïcs pour l’exercice, par exemple de la charité, la pratique de l’Eglise (de France, en tout cas !) a été d’ordonner des hommes au diaconat (permanent), c'est-à-dire en leur conférant un statut clérical. Ces mêmes hommes qui – à part d’heureuses exceptions – n’ont aucune idée du contenu de leur fonction liturgique…  Par ailleurs, ce qui est également curieux, c’est que le diaconat est le seul ministère qui peut avoir (au moins en France) un caractère permanent, alors même que ceux de lecteur et acolyte sont  toujours transitoires, dans l’attente de la réception du sacrement de l’ordre (diacre ou prêtre)…. C’est ce que l’on observe encore une fois en France – il y a des exceptions – non voulues – : comme par exemple un séminariste qui quitte le séminaire. On pourrait ainsi s’interroger pour savoir si, parmi les personnes qui ont reçu le sacrement de l’ordre dans son degré diaconal à titre permanent, il n’y en aurait pas certains qui auraient eu avantage à recevoir, plutôt que l’ordre et le statut clérical, l’institution et le ministère de la charité, par exemple…

Cette proposition n° 17 du Synode est donc susceptible d’ouvrir de nombreux débats…. Elle aura au moins le mérite de provoquer une clarification de tout cela, et pourquoi pas justement une meilleure définition de ce que sont aujourd’hui le ministère ordonné du diaconat, et les ministères institués de lecteur et d’acolyte. Ce qui est curieux, c’est que l’on voit que cette proposition est faite dans un groupe de travail francophone sous l’autorité d’un évêque français… Et nous avons justement vu qu’en France, il est établi qu’on n’applique pas le Motu Proprio « Ministeria Quaedam » de Paul VI. Il est peut être permis aussi de s’interroger sur le fondement d’un tel débat ou d’une telle proposition… La question n’est elle pas simplement soulevée dans le contexte ecclésial français ou francophone parce que justement les dispositions prévues par l’Eglise concernant la question des ministères n’y sont pas convenablement remplies ?

Ici, à l’oratoire de Birmingham, on voit clairement un novice oratorien, institué lecteur et acolyte, habillé avec une tunique, tenir le rôle de sous diacre institué. CQFD.

C’est une messe avec la forme ordinaire du rite romain. Il y a même un concélébrant, côté droit.On notera enfin avec intérêt la façon dont se fait le baiser de paix. A aucun moment on ne note des « effusions » et des « bisous ». Comme dirait le « Cardinal Ratzinger », on a du mal à distinguer cette célébration avec celle d’une messe selon l’ordo de 162…. Il faut, disons, un oeil exercé !