Cardinal Sarah – l’action silencieuse du cœur

Plusieurs sites internet ont proposé des extraits du livre ou d’articles récemment parus sous la plume du Cardinal Sarah, préfet de la congrégation du culte divin. Nous avons le plaisir de vous proposer l’intégralité du texte traduit en Français de l’article paru dans l’Osservatore Romano du 12 juin 2015.


Le Cardinal Sarah. (Oui, la soutane blanche lui va bien…)

L’ACTION SILENCIEUSE DU CŒUR

Article du Préfet de la Congrégation du Culte Divin, S. E. le cardinal Robert Sarah, paru le 12 juin 2015 dans l’ « Osservatore Romano ».

Cinquante années après sa promulgation par le Pape Paul VI, va-t-on enfin lire la constitution du concile Vatican II sur la Sainte Liturgie ? « Sacrosanctum Concilium », de fait, n’est pas un simple catalogue de « recettes » de réforme, mais vraiment et à proprement parler la « grande charte » de toute action liturgique.

Dans cette constitution, le concile nous donne une magistrale leçon de méthode. En effet, loin de se contenter d’une approche extérieure et disciplinaire de la liturgie, le concile veut nous faire contempler ce qu’elle est dans son essence. La pratique de l’Eglise dérive toujours de ce qu’elle reçoit et contemple dans la révélation ; la pastorale ne peut se déconnecter de la doctrine.

Dans l’Eglise, « ce qui relève de l’action est ordonné à la contemplation » (cf. Sacrosanctum Concilium, n°2) La constitution conciliaire nous invite à redécouvrir l’origine trinitaire de l’action liturgique. En effet, le concile établit une continuité entre la mission du Christ Rédempteur et la mission liturgique de l’Eglise. « De même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres », afin que, « par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique » ils exercent « l’œuvre du salut » (cf. n°6).

Mettre en œuvre la liturgie n’est donc rien d’autre que mettre en œuvre l’action du Christ. La liturgie est, dans son essence, actio Christi : « L’œuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu » (n°5). C’est lui, le grand prêtre, le vrai sujet, l’acteur véritable de la liturgie. (cf. n°7). Si ce principe vital n’est pas accueilli dans la foi, on risque de faire de la liturgie une œuvre humaine, une autocélébration de la communauté.

Au contraire, l’œuvre propre de l’Eglise consiste à entrer dans l’action du Christ, à s’inscrire dans cette « œuvre » que le Père lui a donné à faire. C’est pourquoi « la plénitude du culte divin est entrée chez nous », car c’est « son humanité, dans l’unité de la personne du Verbe, qui fut l’instrument de notre salut ». (n°5). L’Eglise, Corps du Christ, doit donc devenir à son tour un instrument dans les mains du Verbe.

C’est là la signification ultime de ce concept-clef de la constitution conciliaire : l’actuosa participatio. Une telle participation consiste pour l’Eglise à devenir un instrument du Christ-Prêtre, afin de participer à sa mission trinitaire. L’Eglise participe activement à l’œuvre liturgique du Christ dans la mesure où elle en est l’instrument. En ce sens, l’expression « communauté célébrante » n’est pas dépourvue d’ambiguïté, et requiert un emploi prudent (cf. Redemptoris sacramentum, n°42). La participatio actuosa ne doit pas non plus être comprise comme la nécessité de faire quelque chose. Sur ce point l’enseignement du concile a été souvent déformé. Il s’agit en effet de nous laisser prendre par le Christ, qui nous associe à son sacrifice. C’est pourquoi la « participation » liturgique doit être comprise comme une grâce du Christ, « qui s’associe toujours l’Eglise » (S.C., n°7). C’est à lui d’avoir l’initiative et la primauté. L’Eglise « l’invoque comme son Seigneur et passe par Lui pour rendre son culte au Père éternel ». (n°7)

Le prêtre doit donc devenir cet instrument qui laisse transparaître le Christ. Comme l’a rappelé il y a peu le pape François, le célébrant n’est pas le présentateur d’un spectacle, il ne doit pas rechercher la sympathie de l’assemblée en se posant devant elle comme son interlocuteur principal. Entrer dans l’esprit du concile signifie au contraire s’effacer, renoncer à être le point focal.

Contrairement à ce qui est parfois soutenu, il est tout à fait conforme à la constitution conciliaire, et tout à fait opportun que, pendant le rite pénitentiel, le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique, tous, prêtre et fidèles, se tournent ensemble vers l’Orient, pour exprimer leur volonté de participer à l’œuvre du culte et de la rédemption accomplie par le Christ. Cette manière de faire pourrait être opportunément mise en œuvre dans les cathédrales, où la vie liturgique doit être exemplaire (cf. n°47).

Bien entendu, il y a d’autres parties de la messe dans lesquelles le prêtre, agissant in persona Christi capitis, entre dans un dialogue nuptial avec l’assemblée. Mais ce face à face n’a d’autre but que de conduire à un tête à tête avec Dieu, tête à tête qui, au moyen de la grâce de l’Esprit-Saint, deviendra un cœur à cœur. Le concile propose ainsi d’autres moyens pour favoriser la participation : « les acclamations des fidèles, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques, et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles ». (n°30)

Une lecture trop rapide, et surtout trop humaine, a porté à conclure qu’il fallait que les fidèles soient constamment occupés. La mentalité occidentale contemporaine, modelée par la technique et fascinée par les médias, a voulu faire de la liturgie une œuvre de pédagogie efficace et rentable. Dans cet esprit, on a cherché à rendre les célébrations « conviviales ». Les acteurs liturgiques, animés de motivations pastorales, cherchent souvent à faire œuvre didactique en introduisant dans les célébrations des éléments profanes et spectaculaires. Ne voit-on pas parfois fleurir les témoignages, les mises en scène et les applaudissements ? On croit ainsi favoriser la participation des fidèles mais on réduit en fait la liturgie à un jeu humain.

« Le silence n’est pas une vertu, ni le bruit un péché, disait Thomas Merton, mais le tumulte, la confusion, le bruit continu de la société moderne ou de certaines liturgies eucharistiques sont révélateurs de l’atmosphère de ses péchés les plus graves, de son impiété, de son désespoir. Un monde de propagande, d’argumentation infinie, d’invectives, de critiques, ou simplement de bavardages, est un monde dans lequel la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. La messe devient un tapage confus, la prière un bruit extérieur et intérieur. » (Thomas Merton, Le signe de Jonas, Paris, Albin Michel, 1955, p. 322)

Le risque est bien réel de ne laisser aucune place à Dieu dans nos célébrations. Nous encourrons la tentation des hébreux dans le désert : ils ont cherché à se créer un culte à leur mesure et à leur hauteur ; n’oublions pas qu’ils ont fini prosternés devant l’idole du veau d’or.

Il est temps de se mettre à l’écoute du concile. La liturgie est « principalement le culte de la divine majesté » (n°33). Elle a une valeur pédagogique dans la mesure où elle est complètement ordonnée à la glorification de Dieu et au culte divin. La liturgie nous place réellement en présence de la transcendance divine. La vraie participation signifie renouveler en nous cet «émerveillement» que saint Jean Paul II tenait en grande considération. (cf. Ecclesia de eucharistia, n°6). Cet émerveillement sacré, cette crainte joyeuse, requiert notre silence face à la divine majesté. On oublie toujours que le « silence sacré » est un des moyens indiqués par le concile pour favoriser la participation.

Si la liturgie est œuvre du Christ, est-il nécessaire que le célébrant y introduise ses propres commentaires ? Nous devons nous rappeler que, lorsque le missel autorise une intervention, celle-ci ne doit pas devenir un discours profane et humain, un commentaire plus ou moins subtil sur l’actualité, ou des salutations mondaines aux personnes présentes, mais une très brève exhortation à entrer dans le mystère (cf. PGMR, n°50). Quant à l’homélie, elle est elle-même un acte liturgique qui possède ses propres règles. La participatio actuosa à l’œuvre du Christ présuppose de laisser le monde profane pour entrer dans « l’action sacrée par excellence » (SC n°7). De fait, « prétendrions-nous, avec une certaine arrogance, de rester dans l’humain pour entrer dans le divin ? » (R. Sarah, Dieu ou rien, p. 178)

En ce sens il est regrettable que le sanctuaire de nos églises ne soit pas un lieu strictement réservé au culte divin où l’on pénètre en habits profanes, comme si l’espace sacré n’était pas clairement délimité par l’architecture. Et parce que le concile enseigne que le Christ est présent dans sa parole lorsque celle-ci est proclamée, il est également nocif que les lecteurs n’aient pas une tenue appropriée qui montrent qu’ils ne prononcent pas une parole humaine mais une parole divine.

La liturgie est une réalité fondamentalement mystique et contemplative, et, en conséquence, hors de portée de notre action humaine. Même la « participation » est une grâce de Dieu. C’est pourquoi elle présuppose de notre part une ouverture au mystère célébré. Ainsi, la constitution recommande la pleine compréhension des rites (cf. n°34) mais dans le même temps prescrit que les fidèles « sachent dire ou chanter ensemble, en langue latine, les parties de la messe qui leur reviennent ». (n°54)

En effet, la compréhension des rites n’est pas une œuvre de la raison humaine laissée à elle-même, qui devrait tout saisir, tout comprendre, tout dominer. La compréhension des rites sacrés est celle du sensus fidei , où la foi vive s’exerce à travers le symbole, et qui connaît plus par syntonie que par concept. Cette compréhension suppose que l’on s’approche du mystère avec humilité.

Aura-t-on le courage de suivre le concile jusqu’à ce point ? Une telle lecture, illuminée par la foi, est pourtant fondamentale pour l’évangélisation. En effet, « elle montre l’Eglise à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations, sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité » (n°2). La liturgie doit cesser d’être un lieu de désobéissance aux prescriptions de l’Eglise.

Plus spécifiquement, elle ne peut plus être une occasion de déchirure entre chrétiens. Les lectures dialectiques de Sacrosanctum Concilium, l’herméneutique de la rupture, dans un sens ou dans l’autre, ne sont pas le fruit d’un esprit de foi. Le concile n’a pas voulu rompre avec les formes liturgiques héritées de la tradition, il a voulu plutôt les approfondir. La constitution établit que « les formes nouvelles [sortiront] des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ». (n°23)

En ce sens, il est nécessaire que ceux qui célèbrent selon l’usus antiquior le fassent sans esprit d’opposition, et donc dans l’esprit de Sacrosanctum Concilium. De la même manière, ce serait une erreur que de considérer la forme extraordinaire du rite romain comme dérivant d’une autre théologie que celle du rite réformé. Il serait d’ailleurs souhaitable que dans une prochaine édition du missel le rite pénitentiel et l’offertoire de l’usus antiquior soient placés en annexe, de manière à souligner que les deux formes liturgiques s’éclairent l’une et l’autre, en continuité et sans opposition.

Si nous vivons dans cet esprit, alors la liturgie cessera d’être le lieu des rivalités et des critiques, pour nous faire enfin participer activement à cette liturgie « qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu comme ministre du sanctuaire » (n°8).

(traduction abbé B. Martin)

Noble simplicité du rite romain ?


A la différence des rites orientaux, l’usage liturgique d’occident a tenu fermement à conserver l’antique discretio qui confère aux célébrations une émouvante sobriété caractéristique de la solennité romaine.


« Noble simplicité » (Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 34) ne signifie pas dépouillement misérable, mais au contraire recueillement, calme, élégance, et souci du détail, surtout en ce qui concerne la paramentique (aubes, chasubles, dalmatiques, chapes…), les objets cultuels (croix, vases, encensoirs…) qui doivent être beaux et précieux (Cf. PGMR 328). Simplicité et noblesse excluent de l’emploi liturgique la recherche de la somptuosité pure, ou l’excitation artistique – qui appartiennent à l’apparat du monde. (Cf. Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 124).


Il est ainsi contraire à l’essence du rite romain de considérer que la liturgie doit ‘faire pauvre’. Pauvre parmi les pauvres, le Christ de la crèche s’est fait offrir l’or, l’encens et la myrrhe. Les fidèles d’hier et d’aujourd’hui perpétuent le geste des mages. C’est une coquetterie de négliger ce que nos anciens ont prélevé sur leur patrimoine pour embellir le culte, sous prétexte que l’héritage qu’ils nous ont laissé ferait paraître riche. Avec ces objets, parfois splendides, ils nous témoignent de leur piété et nous ont transmis la foi. La splendeur du sanctuaire(Cf. Ps 95,6) est l’image de la splendeur du Christ, dont l’Église chaque dimanche célèbre la résurrection ; cette gloire est offerte en partage à tous : on ne paie pas pour entrer à Sainte Madeleine de Vézelay …


Cette basilique sublime, c’est aussi aux pauvres qu’elle est ouverte ; elle est leur seul luxe. Dans l’Écriture, on lit « dans la simplicité de mon cœur, j’ai tout donné avec joie »(1 Chr 29,17). C’est ce que fait le chrétien, et c’est le sens même du partage : faire voir à tous, dans la communion de la célébration, la splendeur des dons de Dieu que nous Lui offrons après les avoir reçus de Sa largesse.

Symposium Sacrosanctum concilium au Latran


Mgr Roche secrétaire de la Congrégation du culte divin, présentant l’editio typica tertia du Missale Romanum de 2002 remise à jour, (le missel romain officiel actuel c’est-à-dire dans sa forme ordinaire, post conciliaire, en latin au pape Benoît XVI.

 

Aujourd’hui s’ouvre le symposium Sacrosanctum Conclium à l’aula magna de l’université pontificale du Latran.

Le programme détaillé est disponible ci-dessous ( http://www.pul.it/2014/02/sacrosanctum-concilium/ )

Comme précisé lors de l’article précédent, on notera l’intervention à la 7ème session (jeudi) du curé de la cathédrale Saint Charles Borromée et du centre ville de Saint Etienne, l’abbé Bruno Martin, sur la situation actuelle des liturgies moins connues (le colloque s’attardera lors d’une table ronde sur les liturgies latines non romaines, comme l’ambrosienne et la cartusienne, toujours très vivantes, mais aussi la mozarabe, et la lyonnaise ; c’est de cette dernière dont parlera en particulier notre curé). Notre cathédrale a en effet toujours quelques usages lyonnais, comme par exemple les ornements gris lors des féries du carême.

Parmi les autres français qui participent et interviennent, on relèvera la présence de Mgr Robert Le Gall, osb, archevêque de Toulouse, ancien abbé de Sainte Anne de Kergonan, de Mgr Michel Marie Calvet, archevêque de Nouméa, mais aussi de dom Jacques Dupont, chartreux, (qui parlera de la liturgie cartusienne). Notons que le pape Benoît XVI avait fait un séjour dans la chartreuse dont il est le supérieur. Dom Jacques Dupont est par ailleurs le propre frère de dom Philippe Dupont, abbé de Solesmes.

 

« Sacrosanctum Concilium »

gratitudine e impegno per un grande movimento di comunione ecclesiale

 

MARTEDÌ 18 – 8.30 – 9.00

Iscrizione e consegna del materiale

9.30 – Preghiera di Terzia

Presiede

S.E.R. Mons. Robert Le Gall O.S.B., Arciv. di Toulouse

10.00 – Saluto

S.E.R. Mons. Enrico dal Covolo, Rettore Magnifico della P.U.L.

PRIMA SESSIONE – Pontificia Università Lateranense

RELAZIONI

Presentazione del Simposio

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Antonio Cañizares Llovera, Prefetto della C.C.D.D.S.

11.00

La lecture du concile Vatican II selon une herméneutique adéquate

Emo. e Rmo. Sig. Card. Marc Ouellet, Prefetto della Congregazione per i Vescovi

11.45

Prospettiva storica, i fatti prima e dopo la Sacrosanctum Concilium

Prof. Philippe Chenaux, Direttore del Centro Studi e Richerche sul concilio Vaticano II della P.U.L.

12.30 – Interventi

13.00 – Tempo libero, pranzo

SECONDA SESSIONE – Pontificia Università Lateranense

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Angelo Amato

15.30

La storia del testo di Sacrosanctum Concilium

Prof. Mons. Angelo Lameri, Pontificia Università Lateranense

16.15

Theological Keys of Sacrosanctum Concilium

Prof. Mons. Kevin W. Irwin

The Catholic University of America, Washington

17.00 – Interventi

18.00 – CONCERTO

Voci dell’Oriente cristiano, Coro del Collegio Russo di Roma

 

MERCOLEDÌ 19

8.00

CONCELEBRAZIONE EUCARISTICA

Basilica di San Pietro in Vaticano

Presiede S.E.R. Mons. Pietro Parolín, Segretario di Stato

10.30 Partecipazione all’UDIENZA GENERALE DEL SANTO PADRE

12.00 – Tempo libero, pranzo

TERZA SESSIONE- Pontificia Università Lateranense

RELAZIONI

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Franc Rodé

15.30

Claves pastorales de la Sacrosanctum Concilium

S.E.R. Mons. Martín de Elizalde O.S.B., Vescovo di Sto. Domingo en Nueve de Julio

16.15

Le altre liturgie, la vita liturgica fuori dal Rito Romano dopo Sacrosanctum Concilium

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Péter Erdö, Arcivescovo di Esztergom-Budapest, Primate d’Ungheria

17.00 – Interventi

17.30 – Pausa

QUARTA SESSIONE – Pontificia Università Lateranense

RELAZIONI

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Raymond Leo Burke

18.00

L’insegnamento della Liturgia nelle Facoltà, Seminari e Case di Formazione dopo Sacrosanctum Concilium

S.E.R. Mons. José Manuel Garcia Cordeiro, Vescovo di Bragança-Miranda

18.45

L’Arte liturgica oggi, bilancio e prospettive

P. Ab. Michael John Zielinski, O.S.B. Oliv., Capo Ufficio IV C.C.D.D.S.

19.30 – Interventi

 

GIOVEDÌ 20

8.30 – 9.30

ADORAZIONE EUCARISTICA E LODI

Basilica di San Giovanni in Laterano

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Agostino Vallini, Vicario Generale di Sua Santità per la Diocesi di Roma

QUINTA SESSIONE- Pontificia Università Lateranense

RELAZIONI

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Agostino Vallini

9.45

Liturgical translations, two Instructions, liturgical or cultural perspective

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. George Pell, Arcivescovo di Sydney

10.30

Pietà popolare e vita spirituale dei cattolici a 50 anni dalla Sacrosanctum Concilium

S.E.R. Mons. Savio Hon Tai-Fai, Segretario della CEP

11.15 – Interventi

11.45 – Pausa

SESTA SESSIONE – Pontificia Università Lateranense

RELAZIONI

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Peter Kodwo Appiah Turkson, Presidente del del Pontificio Consiglio della Giustizia e della Pace

12.15

L’inculturation dans la perspective de l’unité substantielle du rite Romain

S.E.R. Mons. Michel Marie Calvet, Arcivescovo di Nouméa

13.00 – Interventi

13.30 – Tempo libero, pranzo

SETTIMA SESSIONE – Pontificia Università Lateranense

16.00 – TAVOLA ROTONDA

Presiede

S.E.R. Mons. Julián López Martín

Situazione attuale delle Liturgie meno conosciute

Liturgia Ambrosiana, Don Norberto Valli

Liturgia nella Certosa, Dom Jacques Dupont

Liturgia Ispano-Mozarabica, Don Gabriel Ramis Miquel

Liturgia di Lione, Don Bruno Martin

17.00 – Interventi

17.30 – Pausa

17.45 – RELAZIONE FINALE

S.E.R. Mons. Arthur Roche, Segretario della C.C.D.D.S.

18.30

SOLENNE CONCELEBRAZIONE EUCARISTICA

Basilica di San Giovanni in Laterano

Presiede

Em.mo e Rev.mo Sig. Card. Antonio Cañizares Llovera, Prefetto della C.C.D.D.S.

 


Dans un article de Vatican Information Service, on relève cette phrase significative du préfet de la congrégation du culte divin :

« Reprenant le titre du congrès, Gratitude et engagement envers un grand mouvement ecclésial, le Cardinal [Antonio Cañizares Llovera] écrit encore qu’il faut « rendre grâce pour ce fruit majeur du Concile qui a eu un poids capital dans le renouveau de l’Eglise et de l’humanité ». Son dynamisme rénovateur se poursuit et il est plus qu’urgent « de poursuivre et approfondir le renouveau liturgique voulu par Vatican II. Beaucoup certes a été fait, mais il reste beaucoup à faire. »

Par ailleurs, Mgr Roche, le secrétaire de la congrégation pour le culte divin qui organise le symposium, a donné une interview à CNA / EWTN au sujet que nous traduisons ci-dessous des extraits :

 

Cité du Vatican, 18 février 2014 / 12:13 (CNA/EWTN News).-

[Le rite de la messe latine] ; « c’est un langage commun, comme il le fut qui nous réunit et nous tient ensemble. La Messe latine est une belle expression de la piété envers Dieu.

Mgr Arthur Roche est le secrétaire de la Congrégation du Culte divin, et il apporte son aide à l’organisation d’une conférence spéciale qui commémore le 50ème anniversaire de la constitution apostolique « Sacrosanctum Concilium » du pape Paul VI.

« Sacrosanctum Concilium est la constitution du deuxième Concile du Vatican sur la liturgie sacrée , qui a été promulguée par le pape Paul VI afin de favoriser une plus grande participation des laïcs à la Messe en les autorisant à entendre l’Évangile proclamé dans leur propre langage. Il a aussi promu un usage plus important du chant grégorien.

Lors de la conférence, qui se déroulera du 18 au 20 février, qui est organisée par la Congrégation du Culte Divin et la discipline des Sacrements, les experts parleront de l’impact qu’a eue la constitution dans la réforme dont la façon dont la Messe était dite dans les années 1950.

Mgr Roche a rappelé que la chose la plus importante est de garder l’Eucharistie au centre, parce que l’Eucharistie elle-même créée la communauté, car c’est le Christ qui se partage lui-même abondamment.

Il a insisté sur l’idée que « L’acte de culte est quelque chose que nous faisons ensemble pour Dieu. Ce n’est pas quelque chose qui est simplement l’expression de nous-mêmes. » Il a jouté que « c’est l’expression de notre amour pour Dieu, notre réponse à Sa grandeur, à Sa bonté pour nous, pour la merveilleuse miséricorde qu’Il nous donne ».

Si nous nous maintenons dans cette perspective, a noté l’archevêque, cela créée la communauté, « car, avant toute chose, nous assistons à la Messe parce que nous en avons besoin. Nous sommes là car nous avons besoin d’être nourris ».

En rappelant comment Jésus dans l’Évangile a enseigné que « à moins que vous ne mangiez ce pain et buviez de ce sang, vous n’aurez pas la vie en vous », Mgr Roche a réitéré que « nous y allons pour être nourris », et « nous y allons pour être davantage semblables au Christ, et cela créée par cela même une merveilleuse communion ».

En parlant de la Messe latine, l’archevêque a souligné qu’elle « ferait toujours partie du rite romain », parce qu’elle maintient « la langue dans laquelle le rite romain est écrit, que ce soit en forme ordinaire ou en forme extraordinaire ».

« C’est la façon dont l’Église s’exprime elle-même », a-t-il expliqué, en montrant comment il y a eu une augmentation du chant grégorien pendant la messe, « spécialement lors des événements internationaux ».

En attirant l’attention sur la dimension internationale qu’a l’intérêt pour la ville de Rome, Mgr Roche a continué en disant que « des gens du monde entier de tous les continents et des différents hémisphères, viennent ensemble partager la Messe et sont unis ensemble dans l’expression commune du chant de la partie latine de la Messe ».

Au sujet de l’attention qu’a le pape François sur le rite, l’archevêque a expliqué que « le pape ne s’est pas exprimé au sujet de la forme extraordinaire, mais pas non plus en fait au sujet de la forme ordinaire non plus. »

Cependant, c’« est un homme très ouvert, come vous le savez, et quelqu’un de très intelligent », a souligné l’archevêque, et il est quelqu’un qui, « lorsqu’il célèbre la messe, comme on le perçoit de façon visible, et pris par ce qu’il fait, est très attentif, et très recueilli dans la célébration de la Messe. »

« Et c’est ça qui est important », a souligné Mgr Roche, « c’est la fonction de Pierre de garder l’Église dans l’unité et il en sera plus soucieux que je ne puis l’être ».

 

Les participants de la conférence auront l’occasion de rencontrer le Pape François le mercredi 19 février, lors de l’audience générale hebdomadaire.

 

Notre commentaire :

Mgr Roche ou les organisateurs, participants et intervenants de ce colloque vont-ils contre Vatican II ou encore Paul VI qui aurait de fait, demandé que l’on supprime le latin à la messe, comme quelques uns ont pu le souligner ? En effet, la citation suivante est parfois mise en avant, qui se rapporte au discours de Paul VI lors de l’audience générale du 26 novembre 1969, c’est-à-dire juste avant la mise en application du missel issu des travaux de la commission pour la réforme liturgique ayant été instituée après Vatican II, couramment appelé « Missel de Paul VI » et qui a subi depuis plusieurs modifications (trois éditions typiques, dont la dernière date de 2002, promulguée par Jean-Paul II) et une version corrective sous Benoît XVI :

 

« Que faire en cette occasion spéciale et historique ?   Avant tout, nous préparer. Cette nouveauté n’est pas peu de chose. Nous ne devons pas nous laisser surprendre par l’aspect de ses formes extérieures, qui peut-être nous déplaît. Si nous sommes intelligents, si nous sommes des fidèles conscients, nous devons bien nous informer des nouveautés en question. Grâce à toutes les bonnes initiatives prises par l’Eglise et par les éditeurs, cela n’est pas difficile. Comme nous le disions la dernière fois, nous devrons bien voir les motifs pour lesquels ce grave changement a été introduit : l’obéissance au Concile, laquelle devient maintenant obéissance aux évêques, qui interprètent et exécutent ses prescriptions. Ce premier motif n’est pas simplement canonique, en ce sens qu’il n’y aurait là qu’un précepte extérieur ; il est lié au charisme de l’action liturgique, c’est-à-dire au pouvoir et à l’efficacité de la prière de l’Église, laquelle trouve son expression la plus autorisée dans l’évêque, et donc dans les prêtres qui le secondent dans son ministère et, comme lui, agissent « au nom du Christ » (cf. S. Ign. Ad Eph., 4). C’est la volonté du Christ, c’est le souffle de l’Esprit-Saint qui appellent l’Eglise à cette mutation. Nous devons y voir, pour le Corps mystique du Christ, lequel est précisément l’Eglise, un instant prophétique qui la secoue, la réveille, l’oblige à renouveler l’art mystérieux de sa prière. Et ceci, dans une intention qui, ainsi que nous l’avons dit, constitue le second motif de la réforme : associer d’une façon plus intime et efficace l’assemblée des fidèles aux rites officiels de la messe, tant ceux de la Parole de Dieu que ceux du sacrifice eucharistique. Les fidèles, en effet, sont, eux aussi, revêtus du « sacerdoce royal », ce qui veut dire qu’ils sont habilités à cet entretien surnaturel avec Nous voulons encore une fois vous inviter à réfléchir sur cette nouveauté que constitue le nouveau rite de la messe, qui sera utilisé dans la célébration du saint sacrifice à partir de dimanche prochain 30 novembre, premier dimanche de l’Avent. Nouveau rite de la messe ! C’est là un changement qui affecte une vénérable tradition multiséculaire, et donc notre patrimoine religieux héréditaire, lequel semblait devoir demeurer intangible, immuable, nous faire redire les mêmes prières que nos ancêtres et nos saints, nous apporter le réconfort de la fidélité à notre passé spirituel, que nous actualisions pour le transmettre ensuite aux générations suivantes. Nous comprenons mieux, en cette circonstance, la valeur de la tradition historique et de la communion des saints. Ce changement porte sur le déroulement des cérémonies de la messe. Nous constaterons, peut-être avec un certain regret, qu’à l’autel les paroles et les gestes ne sont plus identiques à ceux auxquels nous étions tellement habitués que nous n’y faisions presque plus attention. Ce changement concerne également les fidèles. Il devrait intéresser chacun d’eux, les amener à sortir de leurs petites dévotions personnelles ou de leur assoupissement habituel. Nous devons nous préparer à ces multiples dérangements ; ils sont inhérents à toutes les nouveautés qui changent nos habitudes. Nous pouvons faire remarquer que ce seront les personnes pieuses qui seront les plus dérangées. Elles avaient leur façon respectable de suivre la messe ; elles se sentiront maintenant privées de leurs pensées habituelles et obligées d’en suivre d’autres. Les prêtres eux-mêmes en éprouveront peut-être quelque difficulté. »

Au sujet du latin, le pape Paul VI poursuivait ainsi en novembre 1969 :

« Ce n’est plus le latin, mais la langue courante qui sera la langue principale de la messe… car, la compréhension de la prière est plus précieuse que les antiques vêtements de soie dont elle s’est royalement parée… Si la noble langue latine nous coupait des enfants, des jeunes, du monde du travail et des affaires, si elle était un écran opaque au lieu d’être un cristal transparent, ferions-nous un bon calcul … en lui conservant l’exclusivité dans la langue de la prière et de la religion ? »

En effet, une lecture superficielle de ces textes laisse croire que l’Église aurait voulu en 1969 sacrifier l’ensemble de son patrimoine antérieur, et qu’en fin de compte, le latin serait désormais exclu de la célébration liturgique, par obéissance au Concile. Cette lecture est malheureusement assez courante, encore aujourd’hui, surtout à une certaine génération. Or, avoir une telle lecture oblige à contredire les textes mêmes du Concile et les propos ultérieurs des papes, de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI.

Paul VI tout d’abord, en s’adressant aux religieux :

« Le sacrifice de la louange offerte par les lèvres qui professent la foi dans le Seigneur, la psalmodie et le chant des hymnes par lesquels sont sanctifiés par la piété religieuse, les heures, les jours et les saisons de l’année avec, au centre, le sacrifice Eucharistique, comme un soleil resplendissant en plein midi et attirant à soi toutes choses, avait été, d’une manière ininterrompue, toujours tenus en très grande estime par vos Congrégations religieuses vouées au service divin. On croyait à juste raison que rien ne pouvait passer avant une si sainte pratique religieuse. On comprend donc facilement toute la gloire qui a été ainsi procurée à Dieu, notre créateur, et toute l’utilité qui en a dérivé pour l’Église. (…) Mais les lettres de certains d’entre vous, et de nombreuses informations parvenues d’autre part, nous ont appris que, dans les monastères ou les provinces qui dépendent de vous – nous parlons seulement de celles de rite latin – on a adopté des manières différentes de célébrer la divine liturgie. Si, pour certains, la langue latine reste intouchable, pour d’autres, au contraire, on réclame les langues vulgaires et on veut aussi que le chant grégorien soit remplacé par des cantilènes aujourd’hui à la mode. (…) Nous devons vus avouer que des requêtes de ce genre Nous ont gravement troublé et beaucoup attristé. On en vient à se demander d’où est née et pourquoi s’est diffusée pareille mentalité et pareille souffrance autrefois inconnues. (…) les choses dont nous venons de parler arrivent après que le concile Vatican II s’est expressément et solennellement prononcé sur ce sujet et après que des règles claires et précises ont été énoncées dans les Instructions. Dans une de ces Instructions destinée à la mise en pratique de la Constitution sur la Liturgie, il est précisé que « dans la célébration chorale de l’office divin, les clercs sont tenus de conserver la langue latine ». Une autre Instruction qui a pour titre « De la langue à employer dans la récitation de l’Office divin », publiée le 23 novembre 1965, confirme ce précepte. (…) Donc, et jusqu’il en soit établi légitimement d’une manière différente, ce sont là les lois en vigueur: elles réclament cette obéissance qui doit être la caractéristique première des membres des communautés religieuses (…). Et puis, il ne s’agit pas ici seulement de conserver la langue latine dans la récitation chorale de l’office divin (…) mais il s’agit aussi de conserver intact le décor, la beauté et la vigueur originelle des prières et des chants. Il s’agit là de l’Office divin chanté au chœur avec « les suaves accents des voix de l’Église » (Cf. S. Augustin, Confessions, IX, 6) que vos fondateurs, vos maîtres et les saints du Ciel, luminaires de vos familles, vous ont transmis. Il ne faut pas délaisser les traditions de vos pères qui, pendant de longs siècles, vous ont donné lustre et renommée. De plus, cette manière de réciter l’Office divin au chœur fut une des principales raisons de l’unité solide de vos familles et de leur heureux développement. On est stupéfait, donc, d’apprendre que, sous l’effet d’un trouble imprévu, cette manière de prier est jugée désormais, par certains, dépassée. Dans les conditions actuelles, quelle langue, quel chant pourront-ils remplacer ces formes de la piété catholique que vous avez utilisées jusqu’à maintenant? Il faut réfléchir et empêcher que ne naisse une situation pire, une fois que vous auriez rejeté votre glorieux héritage. Il y a, en effet, le danger de voir l’Office choral réduit à une squelettique récitation, dont vous seriez les premiers à éprouver la pauvreté et qui engendrerait vite l’ennui. Et puis, il y a un autre problème: est-ce que tous ceux qui veulent écouter les prières sacrées continueraient à fréquenter en aussi grand nombre vos églises si n’y résonnait plus l’antique et originelle langue soutenue par un chant plein de gravité et de dignité? (…) Sans doute la langue latine offre-t-elle aux novices de vos saintes milices quelques difficultés, même assez lourdes? Mais celles-ci ne sont pas telles qu’elles ne puissent être surmontées, spécialement dans vos maisons où, loin des préoccupations et des agitations du monde, vous pouvez facilement vous appliquer à l’étude des lettres. Du reste, ces prières pleines de force et de noble majesté, continueront à attirer à vous les jeunes appelés au service de Dieu. Au contraire, si on ôtait au chœur cette langue qui dépasse les frontières de toute nation, et qui resplendit de force spirituelle, si on le privait de cette mélodie – le chant grégorien – qui jaillit du plus profonde de l’âme, il ressemblerait à un cierge éteint qui n’illumine plus et qui n’attire plus à lui les yeux et les esprits des hommes. Quoi qu’il en soit, fils très chers, les requêtes susdites sont si importantes qu’il ne Nous est pas possible de les accueillir actuellement et de déroger aux règles fixées par le Concile et les Instructions que nous avons rappelées. (…) de la même Église qui, pour des raisons pastorales et la commodité du peuple, qui ignore le latin, a introduit dans la Sainte Liturgie, l’usage des langues vulgaires, vous recevez aujourd’hui le mandat de conserver – tant en ce qui concerne la langue qu’en ce qui concerne le chant – la traditionnelle dignité, la beauté et la gravité de l’Office choral. Obéissez donc avec un esprit sincère et tranquille aux préceptes que Nous vous donnons. Ceux-ci ne sont pas dictés par la nostalgie des vieilles coutumes, mais par notre amour paternel envers vous et exigés par le zèle du culte divin ».

Donc, le latin depuis le Concile, d’accord, mais seulement pour les religieux, et pas pour les paroisses  ? Pas du tout : le même Paul VI a fait publier un livret « Iubilate Deo » qui contient le minimum des chants latins de ce qui doit être connu et chanté dans les paroisses. C’était d’ailleurs l’idée même de ceux qui ont mis en œuvre les études concernant la réforme de la liturgie d’après le Concile. Le secrétaire du Consilium pour l’application de la réforme liturgique Mgr Annibale Bunigni soulignait par exemple que :

« Les mélodies grégoriennes de forme ornée sont irremplaçables. Et elles sont caractéristiques. De certains Introïts émane un charme qui créée le climat de la célébration, liée au temps liturgique et à la fête. (…) Certains graduels, offertoires, ou communions sont des perles précieuses qui alimentent profondément la piété des fidèles. (…) Chantés comme il faut, avec sentiment et compétence par une schola ou même par un chantre vraiment qualifié, dans le silence recueilli et méditatif de l’assemblée, ils émeuvent profondément et unissent à Dieu. Lorsque l’on a toutes les possibilités de bien exécuter ce répertoire, ce serait une erreur de l’abandonner pour des mélodies plus simples ou populaires. »

Évidemment, l’ensemble des textes des papes vont dans le même sens (les éditions typiques liturgiques mais aussi les textes qui sont contraignants car magistériels). Ils rappellent tous de façon unanime ce qu’a établi… Vatican II en ce qui concerne le répertoire musical et la langue liturgique. Le chant grégorien a la première place dans el rite romain. Et la langue latine sera conservée. Pour plus de détails on se référera aux numéros 36, 54, 63, 101, 116 et 117 de Sacrosanctum Concilium.

Les papes ne parlent pas d’une suppression du latin mais de la fin de l’exclusivité de al langue latine dans la liturgie romaine. Non exclusivité ne signifie pas exclusion. Gardons el sens des mots. Et c’est exactement ce que souligne la fameuse audience générale de novembre 1969. On peut aussi y voir autre chose : la mise en œuvre d’un nouvel ordo missae, d’une organisation différente de l’année liturgique, une plus grande variété des lectures. La conférence des évêques de France a demandé que pour les messes célébrées habituellement avec peuple, les lectures soient proclamées en français. Retenons que cela ne concerna pas le reste de al liturgie (il n’ya pas que des lectures à la messe) que ce n’est pas forcément valable pour toute messe (le missel romain actuel celui dit « de Jean-Paul II », qui date de 2002 propose ainsi des mélodies pour le chant des lectures en latin…) mais que cela doit l’être habituellement, et qu’enfin, cela ne concerne pas l’office divin ou la liturgie des heures.

Soulignons encore un point essentiel : le latin à la messe avant novembre 1969 était une obligation contraignante, parfois difficilement ressentie. C’est aujourd’hui l’inverse : un choix conscient, pastoral, riche de fruits, qui a d’autant plus de force et de pertinence qu’il n’est pas contraint mais libre. En faisant ce choix, c’est justement précisément le Concile Vatican II que nous appliquons. Donc, en aucun cas il ne s’agit d’un « retour en arrière ».

Le Congrès international à Rome – février 2014 : la liturgie, au-delà de Vatican II…

… Un nouveau regard sur la liturgie réformée après le Concile.

 


 

Un article de Zenit nous éclaire sur la question du symposium qui se tient actuellement à Rome. Ce symposium qui s’inscrit dans une réflexion actuelle sur la première œuvre du Concile Vatican II : la constitution dogmatique sur la liturgie Sacrosanctum Concilium.

 

Un congrès international sur la liturgie au Vatican
Pour les 50 ans de la constitution Sacrosanctum Concilium

Rome, 13 février 2014 (Zenit.org) Anne Kurian
Le symposium « Sacrosanctum Concilium. Gratitude et engagement pour un grand mouvement de communion ecclésiale », organisé par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a été présenté ce matin, 13 février 2014, au Vatican.

Mgr Arthur Roche, Secrétaire du dicastère, le P. Juan Miguel Ferrer Grenesche, sous-secrétaire, et le Prof. Philippe Chenaux, professeur d’histoire de l’Église moderne et contemporaine à l’Université pontificale du Latran, sont intervenus.

La rencontre, qui aura lieu à l’Université du Latran du 18 au 20 février, marquera les 50 ans de la Constitution conciliaire sur la Liturgie promulguée par Paul VI le 4 décembre 1963. Elle bénéficie de la collaboration de l’Université pontificale et du soutien de l’Université catholique «S. Antonio» de Murcie, en Espagne.

Dans un texte lu ce matin, le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet du dicastère, a rappelé que la constitution « Sacrosanctum Concilium » avait soutenu « le grand et authentique renouveau liturgique de notre temps ».

Le symposium est donc consacré « à la mémoire, à l’étude et à l’approfondissement de cette constitution conciliaire », afin de « rendre grâce à Dieu » pour la « grande portée » de ce fruit du Concile, exprimée par « le renouveau de l’Eglise et de l’humanité qui a suivi » mais aussi pour le « dynamisme rénovateur de l’Eglise qui continue à en jaillir ».

Pour le cardinal, la rencontre sera aussi l’occasion de souligner « l’urgence de poursuivre le renouveau liturgique voulu par Vatican II » car « si beaucoup a été fait », il reste cependant « beaucoup à faire ».

« De là jailliront des fruits de renouveau ecclésial, de nouvelle évangélisation, d’édification d’une humanité nouvelle, faites d’hommes et de femmes conduits par l’amour de Dieu et au service de la paix », a-t-il conclu.

Mgr Arthur Roche a détaillé le programme du congrès, qui proposera une série de réflexions théologiques et pastorales, mais accordera surtout une place « éminente » aux célébrations et aux temps de prière : la Liturgie des Heures, l’adoration eucharistique et l’Eucharistie. Une audience avec le pape François est prévue le 19 février.

Pour mettre en relief « la beauté offerte par l’art au service de la liturgie », un concert « Voix de l’Orient chrétien » aura lieu le 18 février et l’exposition « L’art liturgique dans la sacristie papale après Vatican II » sera inaugurée le 19.

Les participants de cette rencontre internationale, représentants de conférences épiscopales, de Commissions liturgiques, de centres d’étude théologique, proviendront d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie, d’Océanie, d’Europe occidentale et orientale, d’Afrique.

Mgr Enrico dal Covolo, S.D.B., recteur de l’Université du Latran, se réjouit dans un message de la variété des intervenants, théologiens et pasteurs de divers continents, qui démontre « l’engagement dans le dialogue fraternel et sincère avec les Eglises locales ».

Ces travaux devront conduire à « resserrer le lien intrinsèque entre la célébration liturgique et la mission d’évangélisation et de témoignage de l’Eglise, jusqu’aux périphéries les plus lointaines », estime-t-il.

(13 février 2014)

Une interview de Philippe Chenaux, professeur d’histoire de l’Église moderne et contemporaine à l’université du Latran à Rome sur Radio vatican :

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Une « réforme de la réforme » qui se positionnerait uniquement dans un retour à la liturgie d’avant le Concile ne paraît pas d’actualité, si jamais dans l’esprit de certains, cette idée a pu germer. C’est d’ailleurs le constat – semble t’il amer – de l’abbé Thomas Kocik, sur le site « New Liturgical Movement » :

 

Cela pourrait être une preuve de la patience exemplaire de la part de l’éditeur de NLM, Jeffrey Tucker, que je sois toujours compté parmi les contributeurs de ce blogue [NDLR: New Liturgical Movement]. Plus de deux ans ont passés depuis que j’ai publié quelque chose sur la «réforme de la réforme». Bien que je me considère comme un auteur capable, je ne suis pas un écrivain très rapide et les demandes du ministère en paroisse ne facilitent pas non plus l’écriture de mes ruminations liturgiques pour ceux qui s’y intéressent. Mais cela n’explique qu’en partie le hiatus.

J’ai l’impression que tout ce qui peut être dit en termes généraux à propos de cette «réforme de la réforme», son origine, ses objectifs, sa portée et méthodologie, les divers propositions avancées dans son intérêt (si ce n’est pas en son nom), ses partisans et ses critiques, ait déjà pas mal été énoncé. Même si le mouvement est difficile à cerner (est-il semblable à ce «nouveau mouvement liturgique» ou bien est-il seulement qu’une étape?), ces objectifs furent bien résumés il y a quelques années par le prélat ceylanais qui affirma que le temps était venu «d’identifier et de corriger les orientations et décisions erronées qui furent prises, apprécier avec courage la tradition liturgique du passé et s’assurer que l’Église puisse redécouvrir les vrais racines de sa richesse et grandeur spirituelles même si cela signifie qu’il faille réformer la réforme elle-même…»

Bien avant que Joseph Ratzinger ne devienne le Pape Benoît XVI, il évaluait d’un œil critique la réforme de la liturgie suite à Vatican II, identifiant les aspects de la réforme qui ne trouvaient que peu ou pas de justification dans la constitution liturgique du Concile, Sacrosanctum Concilium (SC) et qui minait le vrai esprit de la liturgie. Comme Pape, il était de son pouvoir de trouver un remède à ces déficiences – «les orientations et décisions erronées» – de la réforme à l’échelle universelle non seulement par ses enseignements et son exemple liturgique personnel, mais aussi en légiférant. Il accentua la beauté de la liturgie, promut les trésors liturgiques et musicaux de l’Église occidentale (incluant bien sûr l’usus antiquior du rite romain) et introduisit une continuité plus tangible avec la tradition dans le cadre des célébrations papales (e.g. «l’arrangement bénédictin» de l’autel, offrir la messe ad orientem dans la chapelle Sixtine et dans d’autres chapelles, administrer la Sainte Communion aux fidèles sur leurs langues et à genoux). Son successeur, le Pape François, est un homme différent avec une personnalité et un style différents et ses priorités sont clairement orientées vers d’autres aspects de la vie de l’Église. Je ne retiens pas mon souffle en anticipant de futurs progrès officiels selon les orientations de Benoît XVI, qui a bien mérité ce titre dont il fut affublé, celui de «père du nouveau mouvement liturgique».

Mais supposons à toutes fins pratiques, et peut-être per impossibile, que la «réforme de la réforme» devait recevoir un appui institutionnel substantiel. Même si cela était le cas, je doute que l’entreprise serait faisable; si par ce terme on entend réformer l’ordre actuel de la liturgie pour la ramener substantiellement dans le cadre de la tradition qui a lentement évolué et qu’elle déplaça. Ce qui me pousse à dire ceci n’est pas une éruption de ressentiment causée par l’abdication papale de l’année dernière. Comme tout mouvement, la «réforme de la réforme» repose sur ses propres principes et non pas sur un pape ni des partisans. Non, la «réforme de la réforme» n’est pas réalisable parce que la discontinuité matérielle, entre les deux formes du rite romain présentement en usage, est beaucoup plus grande et profonde que je ne l’avait imaginée. Pendant la décennie qui s’est écoulée depuis la publication de mon livre, La réforme de la réforme? Un débat liturgique (Ignatius Press, 2003), qui traite presque exclusivement du rite de la Messe, un nombre important d’études académiques, plus spécialement celles de László Dobszay (†2011) et Lauren Pristas, m’ont éveillé au travail bâclé que le Consilium de Paul VI a infligé à tout l’édifice liturgique de l’Église latine: la Messe, l’Office divin, les rites des sacrements, les sacramentels, les bénédictions et autres rituels du Rituel romain, etc. Peu importe ce qui peut être dit de la réforme liturgique – ces bénéfices pastoraux, sa légitimité, ses racines dans un ressourcement théologique, son statut hégémonique, etc. – un fait reste: elle ne représente pas un développement organique de la liturgie que Vatican II (et quatre siècles plus tôt, le Concile de Trente) avait héritée.

Il y a des ruptures importantes dans le contenu et la forme qui ne peuvent être remédiées simplement par la restauration de la primauté du chant grégorien comme musique du rite romain, un usage accru du latin et améliorer les traductions en vernaculaires des textes liturgiques en latin, utiliser le Canon romain plus fréquemment (voire exclusivement), réorienter l’autel et rescinder certaines permissions. Aussi important soit-il de célébrer les rites réformés correctement, avec révérence et de manière à souligner la continuité avec la tradition de l’Église, de telles mesures laissent intact le contenu essentiel des rites. Toute future tentative de réconciliation liturgique ou de renouveau dans la continuité de la tradition, aura à prendre en compte la révision complète des Propres de la Messe; le remplacement des prières de l’Offertoire et leurs compositions modernes; l’abandon du très ancien cycle annuel romain des épîtres et évangiles du dimanche; le reclassement radical du calendrier des saints; l’abolition de l’ancien Octave de la Pentecôte, de la saison d’avant Carême du Septuagésime et des dimanches après l’Épiphanie et la Pentecôte; la dissolution de la structure séculaire des Heures; et tellement plus encore. Rapprocher la forme ancienne et la forme nouvelle de la liturgie requerrait beaucoup plus de chemin pour cette dernière; tellement, qu’il me semble plus honnête de parler d’un renversement graduel de la réforme (jusqu’au point où elle sera de nouveau reliée à la tradition liturgique dont le Concile hérita) plutôt qu’une réforme de la réforme.

Le désir des Pères conciliaires était double: permettre des innovations «que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement» et de s’assurer «que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique» (SC, 23). Ce désir pouvait être réalisé, mais pas en prenant les rites promulgués par Paul VI comme un point de départ pour arriver à une version réformée organiquement de l’ancien rite romain; ce serait comme essayer de remettre ensemble les morceaux d’un lustre vitré éclaté. Ce qui est nécessaire n’est pas une «réforme de la réforme», mais plutôt une adaptation prudente de la liturgie tridentine selon les principes établis par Sacrosanctum Concilium (comme cela fut le cas dans l’immédiat après sa promulgation en 1963), en utilisant ce que nous avons appris de l’expérience des 50 dernières années. Pendant ce temps, des améliorations peuvent être apportées ici et là dans l’ars celebrandi de la forme ordinaire. Mais la route pour réaliser un futur viable pour le rite romain traditionnel – et ainsi réaliser la vision liturgique de Vatican II, qui commanda une adaptation modérée de ce rite, pas sa destruction – est la célébration belle et convenable de la forme extraordinaire, dans un nombre croissant d’endroits, en consacrant tous nos efforts à promouvoir ce principe essentiel (compris correctement) de participation «pleine, consciente et active» des fidèles.

Source: New Liturgical Movement – Traduction: Notions romaines http://notionsromaines.com/2014/02/11/reformer-lirreformable/

Disons le tout net : quant à nous à la schola saint Maur, nous ne partageons pas le point de ceux qui voient la seule possibilité d’amélioration liturgique dans un retour pur et simple à la liturgie de 1962 ; cette dernière est désormais concrètement et définitivement une liturgie « extraordinaire ». Si elle est un point de repère utile dans l’usus celebrandi, si elle demeure un lieu d’expression légitime du rite romain, elle ne peut cependant pas être le point d’aboutissement de la « reforma reformae ». L’idée de la réforme de la réforme n’est pas morte, mais probablement pas l’idée de la « réforme de la réforme » qu’ont pu avoir un certain nombre de ses militants… Dont nous ne faisons pas partie. Car c’est en ayant un regard objectif sur ces questions que justement, il sera possible de prendre des initiatives pour mieux appliquer Vatican II, et en particulier Sacrosanctum Concilium, 50 ans après, comme nous en donne l’occasion de cet anniversaire.

Notons au passage que justement, parmi les intervenants du symposium romain, plusieurs nous sont connus, comme bien sûr Mgr Ferrer Grenesche qui en est le maître d’œuvre mais aussi et surtout notre curé de la cathédrale et de la paroisse du centre-ville de Saint Etienne (42000) : l’abbé Bruno Martin, qui interviendra sur les questions des liturgies latines non romaines particulières et avec un focus spécifique sur le rite lyonnais. [hors sujet]Allez les verts ![fin du hors sujet].

 

Notons enfin l’article paru ce jour sur Chiesa espresso http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350716?fr=y

Comment entrer dans le temps et dans l’espace de Dieu

Le pape François met fin par surprise à son silence en ce qui concerne la liturgie. « C’est la nuée de Dieu qui nous enveloppe tous », dit-il. Et il appelle de ses voeux un retour au vrai sens du sacré

par Sandro Magister

ROME, le 14 février 2014 – Cinquante ans après la promulgation du document du concile Vatican II relatif à la liturgie, cet événement est solennisé au Vatican par un colloque de trois jours, du 18 au 20 de ce mois, à l’université pontificale du Latran, organisé par la congrégation pour le culte divin.

Jusqu’à maintenant, la liturgie n’a pas paru figurer au premier plan de la pensée du pape François. Dans la longue interview-confession qu’il a accordée, l’été dernier, à « La Civiltà Cattolica », il avait réduit la réforme liturgique conciliaire à cette définition expéditive : « un service au peuple comme relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète ».

Pas un mot de plus, sinon pour évoquer le « risque préoccupant d’idéologisation du Vetus Ordo, son instrumentalisation ».

Mais, lundi 10 février, à l’improviste, Jorge Mario Bergoglio a rompu le silence et il a consacré à la liturgie toute l’homélie de la messe matinale qu’il célébrait à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe. En disant des choses qu’il n’avait jamais dites précédemment depuis qu’il est pape.

Ce matin-là, on a lu à la messe, dans le premier livre des Rois, l’histoire, pendant le règne de Salomon, de la nuée, de la gloire divine, qui avait rempli le temple et le fait que « le Seigneur a décidé d’habiter la nuée ».

Prenant appui sur cette « théophanie », le pape Jorge Mario Bergoglio a affirmé que « dans la liturgie eucharistique Dieu est présent », de manière encore « plus proche » que dans la nuée du temple, sa présence « est une présence réelle ».

Et il a ajouté :

« Lorsque je parle de liturgie, je me réfère principalement à la sainte messe. La messe n’est pas une représentation, c’est autre chose. C’est vivre de nouveau la passion et la mort rédemptrice du Seigneur. C’est une théophanie : le Seigneur se fait présent sur l’autel afin d’être offert au Père pour le salut du monde ».

Le pape a ensuite déclaré :
« La liturgie est le temps de Dieu et l’espace de Dieu, nous devons nous y mettre dans le temps de Dieu, dans l’espace de Dieu et ne pas regarder notre montre. La liturgie, c’est vraiment entrer dans le mystère de Dieu, se laisser porter au mystère et être dans le mystère. C’est la nuée de Dieu qui nous enveloppe tous ».

Et il a évoqué un souvenir d’enfance :

« Je me souviens que, lorsque j’étais enfant et que l’on nous préparait à la première communion, on nous faisait chanter : « ‘Ô saint autel gardé par les anges ». Cela nous faisait comprendre que l’autel était réellement gardé par les anges et cela nous donnait le sens de la gloire de Dieu, de l’espace de Dieu, du temps de Dieu ».

Arrivant à la conclusion, François a invité les personnes présentes à « demander aujourd’hui au Seigneur de nous donner à tous ce sens du sacré, ce sens qui nous fasse comprendre qu’une chose est de prier à la maison, de réciter le chapelet, de dire beaucoup de belles prières, de faire le chemin de croix, de lire la bible, et qu’une autre chose est la célébration eucharistique. Dans la célébration, nous entrons dans le mystère de Dieu, dans cette voie que nous ne pouvons pas contrôler. Lui seul est l’unique, lui est la gloire, lui est le pouvoir. Demandons cette grâce : que le Seigneur nous apprenne à entrer dans le mystère de Dieu ».

Sandro Magister du site Chiesa, met ensuite un très beau compte rendu du discours improvisé il y a un an du pape Benoît XVI : Nos commentaires sont entre crochets, en rouge.

« Après la première guerre mondiale, justement en Europe centrale et occidentale, le mouvement liturgique avait grandi, une redécouverte de la richesse et de la profondeur de la liturgie, qui était jusque là presque enfermée dans le Missel romain du prêtre, tandis que les gens priaient avec leurs livres de prière qui étaient faits selon le cœur des gens, si bien que l’on cherchait à traduire les contenus élevés, le langage élevé de la liturgie classique, en paroles plus émotionnelles, plus proches du cœur du peuple. [On a cru très longtemps et encore maintenant, qu’au bout du compte, il fallait des paroles émotionnelles pour toucher le peuple. Ou des mélodies émotionnelles. C’est une vision d’avant le Concile. Qui explique largement le côté gluant oppressant et poisseux de certains répertoires qui d’auto attribuent le qualificatif de « liturgiques »] Mais il y avait presque deux liturgies parallèles : le prêtre qui, avec les enfants de chœur, célébrait la messe selon le Missel, et les laïcs, qui priaient, pendant la Messe, avec leurs livres de prières, sachant en même temps substantiellement ce qui se réalisait sur l’autel. [Dans la liturgie de 1962, cet effet est évidemment marqué par les doublages et la désynchronisation rituelle entre le sanctuaire et la nef, notamment par le fait que le célébrant commence le canon pendant le Sanctus.]

« Mais désormais la beauté, la profondeur, la richesse historique, humaine, spirituelle, du Missel avaient été redécouvertes, ainsi que la nécessité que non seulement un représentant du peuple, un petit enfant de chœur, dise ‘Et cum spiritu tuo’ etc., mais qu’il y ait réellement un dialogue entre le prêtre et le peuple, que la liturgie de l’autel et la liturgie du peuple soient réellement une unique liturgie, une participation active, [C’était évidemment l’idée profonde de dom Guéranger, reprise par Saint Pie X et canonisée par Vatican II dans Sacrosanctum concilium] que les richesses arrivent au peuple ; et ainsi la liturgie a été redécouverte, renouvelée.

« Je trouve maintenant, rétrospectivement, qu’il a été très bon de commencer [NB : l’oeuvre du Concile Vatican II] par la liturgie ; ainsi apparaît le primat de Dieu, le primat de l’adoration. ‘Operi Dei nihil præponatur’ : ces paroles de la Règle de saint Benoît (cf. 43, 3) apparaissent ainsi comme la règle suprême du Concile. [Nous en avons déjà parlé dans ces pages, mais le Nihil operi praeponitur répond dans la Règle au nihil amori Christi praeponere, ne rien préférer à l’amour du Christ. Donc l’idée précise que dans le culte divin, c’est l’amour du Christ que nous recevons, dans notre « travail » (opus) qui est de Dieu et ou pour Dieu. Il ya ces deux significations dans cette phrase très riche de Saint Benoît que met en exergue Benoît XVI, dans une de ses dernières interventions publiques comme pape régnant. Il y aurait donc beaucoup à dire.] D’aucuns ont reproché au Concile d’avoir parlé de beaucoup de choses, mais pas de Dieu. Il a parlé de Dieu ! Et cela a été le premier acte et un acte substantiel de parler de Dieu et d’ouvrir tous les gens, tout le peuple saint, à l’adoration de Dieu, dans la commune célébration de la liturgie du Corps et du Sang du Christ. En ce sens, au-delà des facteurs pratiques qui incitaient à ne pas commencer tout de suite par des thèmes controversés, ce fut, disons, réellement un acte de la Providence qu’au commencement du Concile soit la liturgie, soit Dieu, soit l’adoration. Maintenant je ne voudrais pas entrer dans les détails de la discussion, mais il vaut toujours la peine, au-delà des mises en œuvre pratiques, de revenir au Concile lui-même, à sa profondeur et à ses idées essentielles.

« Je dirais qu’il y en avait plusieurs : surtout le Mystère pascal
[Cf. la théologie du P. Louis Bouyer] comme centre de l’être chrétien et donc de la vie chrétienne, de l’année, du temps chrétien, qui s’exprime dans le temps pascal et dans le dimanche, qui est toujours le jour de la Résurrection. Toujours de nouveau, nous recommençons notre temps par la Résurrection, par la rencontre avec le Ressuscité et, de la rencontre avec le Ressuscité, nous allons au monde. En ce sens, il est dommage qu’aujourd’hui, on ait transformé le dimanche en fin de semaine, alors que c’est le premier jour, c’est le commencement ; intérieurement nous devons bien garder à l’esprit ceci : c’est le commencement, le commencement de la Création, c’est le commencement de la nouvelle création dans l’Église, la rencontre avec le Créateur et avec le Christ Ressuscité. Ce double contenu du dimanche est important aussi : c’est le premier jour, c’est-à-dire la fête de la Création – nous nous trouvons sur le fondement de la Création, nous croyons au Dieu Créateur – et la rencontre avec le Ressuscité, qui renouvelle la Création ; son vrai but est de créer un monde qui soit réponse à l’amour de Dieu.

« Il y avait ensuite des principes : l’intelligibilité – au lieu d’être renfermés dans une langue qui n’est ni connue ni parlée – et aussi la participation active. Malheureusement, ces principes ont aussi été mal compris. Intelligibilité ne veut pas dire banalité, parce que les grands textes de la liturgie – même s’ils sont dits, grâce à Dieu, dans la langue maternelle – ne sont pas facilement intelligibles, ils nécessitent une formation permanente du chrétien pour qu’il grandisse et entre toujours plus en profondeur dans le mystère et qu’il puisse ainsi comprendre. [Évidemment il faut le souligner : l’intelligibilité est prioritaire, mais l’intelligibilité ne signifie pas un « vernacularisme » à tout crin. Nous reviendrons sur ce point de façon plus détaillée. Car l’intelligibilité ne dépend pas uniquement de la langue. Par ailleurs, si la langue liturgique est la langue maternelle, cela entraîne d’autres difficultés, que précisément les pères conciliaires avaient bien perçu. C’est pour cela que Vatican II : l’usage de la langue latine sera conservé dans les rites latins. 50 ans après on en est loin…] Et même la Parole de Dieu – si je pense jour après jour à la lecture de l’Ancien Testament, même à la lecture des Épîtres pauliniennes, des Évangiles : qui pourrait dire qu’il comprend tout de suite seulement parce que c’est dans sa propre langue ? [C’est même pire : quelquefois, il faut justement l’entendre en latin pour précisément en trouver la sève. Ajoutons qu’une certaine idéologie a privilégié les traductions sur les versions massorétiques de la bible, ce qui est loin d’être justifiable en terme de pure exégèse.]
Seule une formation permanente du cœur et de l’esprit peut réellement créer l’intelligibilité et une participation qui soit davantage qu’une activité extérieure, qui soit une entrée de la personne, de mon être, dans la communion de l’Église et ainsi dans la communion avec le Christ ». [Benoît XVI est apparemment directement suivi ici par François, dans l’homélie que nous venons de citer plus haut (article de Chiesa) : Entrer dans le temps et l’espace de Dieu].

La réforme de la réforme n’est pas morte. Mais comme le suggérait le Cardinal Ratzinger, c’est de la base qu’elle viendra, par une meilleure compréhension des intuitions conciliaires et par leur application réelle dans le domaine de la prière publique de l’Église. N’hésitons pas, avançons, des perspectives prometteuses s’ouvrent sous nos pas !

50 ans de Sacrosanctum Concilium

La liturgie à la lumière des enseignements de Vatican II, de Saint Benoît et de Dom Guéranger

 

Définissons la liturgie

Lorsqu’on parle aujourd’hui de liturgie, on en vient rapidement à confondre plusieurs choses: les rubriques, les rites, les coutumes, les habitudes, LA Tradition, LES traditions… etc. De ce fait, les gens qui, comme nous à la Schola Saint Maur, cherchent à s’intéresser de façon sérieuse à la liturgie, sont rapidement déboutés. Pour aboutir à une discussion saine, il semble donc important de partir sur de bonnes bases à la fois dogmatiques et historiques. Et en l’occurrence sur des définitions que peu de fidèles catholiques mettront en cause : celles données par le Magistère. Le concile Vatican II définit la liturgie comme « l’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église » (Sacrosanctum Concilium, 7 : « opus Christi sacerdotis eiusque Corporis, quod est Ecclesia »). C’est une définition qui est difficile, et qui fait écho de façon admirable à la Règle de S. Benoît, laquelle donne comme synonyme du mot « liturgie » l’expression « œuvre de Dieu » (Opus Dei). Le même S. Benoît demande instamment aux moines de « ne rien préférer à l’œuvre de Dieu – « Nihil operi Dei praeponitur » et (à deux reprises) de rien préférer à l’amour du Christ (« nihil amori Christi praeponere ». Pour S. Benoît, rien ne doit être préféré à la fois à l’amour du Christ et à la liturgie. Si la liturgie n’était pas l’amour du Christ, c’est à dire l’ « œuvre du Christ » comme le rappelle Vatican II, S. Benoît se contredirait ;. Dans la théologie ancienne, il y a bien identité totale, une « relation bijective » entre l’œuvre du Christ qui est l’Amour, et la liturgie. Et c’est vers cette théologie antique et vénérable que nous renvoie Vatican II.

 

Cette définition, « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail » des questions mesquines habituelles pour placer la question sur un plan théologique. Cherchons donc à approfondir : le premier élément, c’est « l’œuvre du Christ prêtre ». Il y a beaucoup de significations différentes du mot « œuvre », et il faudra sans doute en prendre plusieurs en compte pour bien percevoir l’objet de notre réflexion.

 

La liturgie : le chef d’œuvre du Christ.

Une première signification est « chef d’œuvre », au sens d’une réalisation achevée, accomplie, qui touche à la perfection, du couronnement du savoir-faire ou de la vie d’un personnage illustre. On parle de la Joconde comme le chef d’œuvre de Léonard de Vinci. Cette approche est tout à fait intéressante : quand Vatican II parle d’œuvre du Christ, c’est pour lier de façon étroite ce que nous célébrons dans la liturgie avec ce qu’a accompli le Christ au ciel et sur terre. Au ciel, en c’est à dire la création, qui dans une liturgie grandiose rend gloire à Dieu (Cf. Ps 18 « Caeli ennarant gloriam Dei »). Sur terre, c’est le chef d’œuvre de la vie incarnée du Christ : sa vie cachée à Nazareth aussi bien que publique achevée à Jérusalem puis en Galilée. Des théologiens de la liturgie nous rapportent avec certitude que le Christ suivait de façon très stricte les rituels juifs des bénédictions (berakoth), qui rythmaient de façon constante l’ensemble des actes les plus banals et quotidiens des juifs pieux du 1er siècle (Cf. Louis Bouyer, Eucharistie). La vie du Christ n’est pas seulement à regarder comme une prédication, une annonce d’un « message ». Elle est d’abord à regarder comme l’accomplissement d’une vie humaine et divine achevée sur la croix comme le souligne Dom Guéranger dans les Institutions liturgiques : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique pour instruire l’homme dans l’œuvre de la liturgie ».


La liturgie : le travail de Dieu.

« L’oeuvre », ce mot également souligné par Dom Guéranger, c’est aussi le travail au sens premier : cela veut dire que la liturgie c’est le travail du Christ. On pense évidemment au Christ comme charpentier, comme artisan, qui travaille concrètement à réaliser quelque chose de tangible. Il y a une cohérence profonde entre le Christ travailleur du bois, et rédempteur du genre humain sur le bois de la croix. Si la liturgie est œuvre du Christ, elle lui appartient. L’artisan fait vivre son corps du travail de ses mains, et c’est par le travail de (et dans) la liturgie que le Christ fait vivre son Eglise. Tout comme l’artisan est le propriétaire de son travail, le Christ est propriétaire de la liturgie.

 

Sur la question du travail, S. Benoît nous enseigne également merveilleusement, puisqu’il met au bon niveau la place du travail manuel dans la vie du moine, comme l’écho et la continuation du travail de Dieu dans la liturgie. Tout comme le travail artisanal doit être accompli avec sérieux et compétence, le travail de la liturgie requiert formation et application. Notre métier exige de la compétence et du sérieux. Combien donc, la liturgie ! Dans ce sens, le baptisé se doit d’être un « professionnel » de la prière publique de l’Eglise. Le Christ a travaillé de ses mains trente années avant de couronner sa vie terrestre par le chef d’œuvre du sacrifice de la Croix…

 

Liturgie et prière personnelle : articulation et complémentarité

Dans cette perspective, il est intéressant de positionner le travail de la liturgie d’une part et la prière personnelle d’autre part. La prière personnelle, c’est l’entretien affectueux et nonchalant entre deux personnes qui s’aiment, c’est le cœur à cœur profond, c’est l’intimité. La liturgie, à l’inverse c’est la mobilisation de l’âme et du corps, la tension de tout l’être (c’est en cela un travail, une œuvre) pour parvenir à un résultat : la louange et / ou le sacrement. La différence d’orientation est bien visible. La prière privée est ainsi alimentée par la prière liturgique ; il faut donc expliquer l’articulation et la complémentarité bonne et nécessaire entre les deux types de prières. Une amitié où seule serait présente une relation de cœur à cœur est impossible, et même pas souhaitable. Que serait une affection sans cadeaux, sans efforts, sans réalisations pour l’autre ? L’Église ne veut pas cela : elle sait très bien qu’un cœur à cœur prolongé est un obstacle à la pureté de la prière. Les distractions sont si vite arrivées ! C’est encore Saint Benoît qui nous enseigne très justement sur ce point.

Cf. Règle de saint Benoît Ch. 20 : de la Révérence dans la prière : 3 Sachons bien que ce n’est pas l’abondance des paroles, mais la pureté du cœur et les larmes de la componction qui nous obtiendront d’être exaucés. 4 La prière doit donc être brève et pure, à moins que peut-être la grâce de l’inspiration divine ne nous incline à la prolonger. 5 Mais en communauté, la prière sera très courte, et, sur le signal du supérieur, tous se lèveront en même temps.

A l’inverse, quelle pertinence aurait une ritualité purement utilitaire, (le sacrement ?) si elle n’était pas nourrie d’une motivation, d’un éclairage apporté par le cœur à cœur ? On ne parle pas ici de la question de la validité sacramentelle ; toute liturgie n’est pas orientée vers l’administration d’un sacrement. Toujours est il qu’il y a une différence importante entre les deux types de prières, personnelle et liturgique : Dom Guéranger n’hésite pas à introduire une hiérarchie de valeur et d’efficacité entre elles. La prière personnelle n’a pas cette dimension de « travail ».

 

Liturgie et aspect pénitentiel – matière liturgique.

Par contre, la liturgie l’a, sans aucun doute, et elle a même une dimension d’ascèse, de difficulté. Difficulté de rentrer dans une dimension pénitentielle, qui est apportée par les éléments du rituel du sacrement de la réconciliation (réciter en vérité l’acte de contrition nécessite une attitude du cœur, une tension de l’âme une mobilisation) pour un résultat qui est le pardon des péchés. Cette difficulté est aussi la matière de notre offrande. Pour le sacrement de l’Eucharistie, cette matière est le pain et le vin, qui est précisément le fuit de la terre et le travail des hommes. Peu de chrétiens réalisent aujourd’hui concrètement le pain eucharistique. Mais dans l’offertoire romain (d’après le Concile), il y a bien cette idée que nous devons apporter, comme matière du sacrement notre travail, au sens noble c’est à dire notre compétence, notre mobilisation, la tension de notre âme et de notre corps. Cette notion de difficulté, cette notion de pénitence est présente partout et au cœur de la liturgie, et pas seulement lorsqu’elle concerne le sacrement de pénitence : la liturgie eucharistique le rappelle dans ses mots mêmes : « in remissionem peccatorum ». La liturgie est difficile, demande une collaboration peineuse, elle pompe nos forces. Il est bon que nous soyons fatigués à la fin d’une vigile pascale…


 

Liturgie et corps.

Fatigante, exigeante, difficile, la liturgie est ascétique. C’est pourquoi le deuxième mot important dans la définition est le corps. L’homme participe principalement avec son corps à la matière de la liturgie. Un corps est vivant, il est soit jeune, soit vieux, soit bien portant, soit malade ; un corps se transforme sans cesse, se régénère de façon constante. Quand Vatican II donne comme définition de la liturgie « l’œuvre de son corps qui est l’Église », il y a aussi l’idée que l’œuvre de la rédemption continue, par la liturgie (Cf. la collecte de la Messe in Cena Domini du Jeudi Saint) et nous régénère sans cesse. Saint Paul nous enseigne le sens de la participation active à la liturgie (Col. 1,24) « ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l’achève pour son corps, qui est l’Église. ». La définition donnée dans Sacrosanctum concilium est ici recoupée ; le Concile a repris exactement les termes de ce verset dans sa définition, et ce n’est évidemment pas par hasard. L’homme baptisé, comme membre de l’Église participe au sacerdoce éternel du Christ par la liturgie et plus particulièrement au renouvellement de son Sacrifice dans la Sainte Messe. La liturgie chrétienne est non sanglante ; la façon normale de participer au Christ n’est donc pas à quelques exceptions près (certains mystiques ou grands malades) une participation directement souffrante. Pour autant, tout comme l’artisan travaille habituellement sur une matière, notre participation au travail du Christ prêtre, dans la liturgie, c’est de faire vivre en vérité le rituel, nous fait sortir du « psychisme » dans lequel nous sommes baignés depuis ces dernières années. A une époque où l’être humain est dépossédé du charnel (par le confort moderne, par les moyens de communication, par la réalité virtuelle, par la pornographie…) la liturgie a pour fonction essentielle de réhabiliter le corps dans une fonction sacrée. Ce qu’elle propose, c’est une intériorité totale : intériorité de l’intelligence (Cf. L’Évangile d’Emmaüs, qui est le prototype de la liturgie chrétienne, parle de « l’intelligence des écritures »), intériorité des gestes, des sens, de l’espace, de la voix (par le chant réellement liturgique). La liturgie transforme le corps et le configure dans l’Église par le moyen du rite. Cette transformation a pour objet d’anticiper la Transfiguration de nos corps après la résurrection de la chair. Dom Guéranger dans les Institutions liturgiques par sa fameuse phrase inspirée de S. Jean (Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique pour instruire l’homme dans l’œuvre de la liturgie) et déjà citée plus haut associe ainsi de façon forte liturgie et incarnation. Si le Christ ne s’était pas incarné, il n’y aurait pas de liturgie chrétienne, parce qu’il n’y aurait pas de dernière cène et pas de sacrifice de la croix, et évidemment pas de résurrection. Le christianisme est par essence une religion du corps. La réflexion du S. Père Jean-Paul II sur le corps et sa théologie, au regard de la question de la liturgie, est ici particulièrement intéressante. Nous renvoyons volontiers à un ouvrage d’Olivier. Florant, dont le titre quelque peu provocateur rend compte d’une réalité profondément chrétienne : Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré : Pour une liturgie de l’orgasme. Le titre qui peut sembler provocateur rejoint en réalité entièrement la grande tradition de prière de l’Eglise qui dans l’hymne de la Dédicace (Urbs Ierusalem Beata), évidemment explicite :

 

Nova véniens e cælo,

nuptiáli thálamo

præparáta, ut intácta

copulétur Dómino.

 

Mais évidemment, tout cela choque les jansénistes !

Liturgie et Eglise.

Comme troisième mot important de la définition, retenons « Église ». Dans Sacrosanctum Concilium l’Église n’est pas vue comme une organisation humaine mais véritablement comme le corps du Christ. Il faut donc comprendre que la liturgie n’a de sens qu’en tant que prière d’un corps constitué – le corps du Christ-prêtre – qui est l’Église. Dom Guéranger avance en effet que l’Église, lorsqu’elle prie, est toujours exaucée en tant qu’épouse du Christ (Cf. Préface générale à l’année liturgique). Cette dimension ecclésiale de la liturgie est fondamentale. Vatican II le rappelle abondamment, en signifiant de façon très précise dans Sacrosanctum Concilium que la liturgie est la source et le sommet de la vie chrétienne, et dans Lumen Gentium que l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie de l’Église. Là encore, il n’y a aucune contradiction des termes : pas de vie chrétienne en dehors d’une vie ecclésiale, ni de vie eucharistique distincte de la vie liturgique. L’Église, corps vivant du Christ, vit de la liturgie, dont le centre est l’Eucharistie. C’est aussi ce que rappelle fortement le Saint Père Jean Paul II dans son encyclique « Ecclesia de Eucharistia vivit ». Tout comme il n’y a pas de vie chrétienne sans prière, il n’y a pas de vie de l’Église sans liturgie. La liturgie, expression de l’Église, « société de louange » (Cf. encore, dom Guéranger, l’Église ou la société de la louange divine), est par nature publique et communautaire. Le chrétien, dès qu’il prie, s’associe à l’Église, et c’est par l’Église qu’il prie, de part sa dignité baptismale. Comme nous l’avons vu, ceci est valable à la fois pour la prière personnelle et pour la prière liturgique. Mais lorsqu’il participe à la liturgie, il exerce pleinement son privilège et son devoir de baptisé ; cette prière continue à être une prière qui lui appartient en tant que membre de la société de louange, mais il s’agrège efficacement au corps du Christ, par l’Église. Benoît XVI l’avait écrit dans Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 156, en tant qu e Cardinal Ratzinger, en déplorant que justement dans nos liturgies, la dimension universelle et la notion d’Église disparaît :

« La liturgie sans Église porte la contradiction en elle-même. Là où tous sont acteurs, pour que tous deviennent sujets, celui qui agit réellement dans la liturgie disparaît lui aussi, en même temps que le sujet commun, l’Église. On oublie, en effet, qu’elle devrait être opus Dei, que c’est d’abord Dieu qui agit et que c’est par son agir que nous sommes sauvés. En se célébrant lui-même, le groupe ne célèbre rien du tout. Il n’est pas motif à célébration. C’est pourquoi l’activité commune sécrète l’ennui. Rien ne se passe, en effet, si reste absent celui que le monde entier attend. (…) On n’est même plus en droit de parler de liturgie, qui présuppose l’Église ; il ne reste que des rituels de groupe. »

Tout comme il n’ya pas d’Église sans liturgie, il n’y a pas de liturgie sans Église. Il est frappant de voir dans les écrits du Cardinal Ratzinger à quel point il est – avant même de devenir Benoît XVI ! – imprégné de vocabulaire bénédictin. L’expression opus Dei pour désigner la liturgie est évidemment très présent dans la Règle.


La liturgie des fidèles ?

Une surprise tout de même dans la définition de Vatican II : il n’y a aucune mention des personnes, des individus, des gens qui viennent à la messe… Sacrosanctum Concilium aurait pu définir la liturgie autrement, en énonçant plus simplement : « la prière publique des chrétiens ». Et bien non, c’est un autre enseignement que nous apporte le magistère. Certains rétorqueront « Nous sommes aussi l’Église », bien sûr, et donc de ce fait on y parle des fidèles. Mais tout de même, pour un Concile qui aurait autant insisté sur la participation active des fidèles à la liturgie c’est pour le moins surprenant…, La clef de compréhension est dans la distinction des génitifs « objectifs » et « subjectifs ». « Opus Christi », « Opus Dei », « Amor Christi » : c’est le travail du Christ, le travail de Dieu, l’amour du Christ mais aussi notre travail pour le Christ, notre travail pour Dieu, notre amour pour le Christ. Pourquoi ? Il a plus haut été question de la capacité du baptisé à la liturgie. Depuis son baptême, le chrétien est habité par la grâce trinitaire. « Nous qui avons été baptisés dans le Christ, nous avons revêtu le Christ » ; et c’est cela seulement qui nous permet de nous adresser à Dieu en tant que Père par son Fils dans l’Esprit Saint dans la liturgie, et c’est ce qu’expriment la fin des collectes dans le rite romain : « per Dóminum nostrum Iesum Christum, Fílium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti, Deus, per ómnia sæcula saeculórum ». Il y a une véritable dépossession du « moi » dans la liturgie ; le Concile « objectivise » fortement la prière liturgique en désignant comme seul acteur de celle-ci le Christ-prêtre. Par notre participation effective au rituel (participatio actuosa), ce n’est plus nous qui vivons dans la liturgie – c’est à dire notre prière autonome et personnelle, notre volonté – mais le Christ qui vit en nous (Cf. S. Paul). C’est par la grâce du baptême que nous sommes alors sujets de la liturgie.

 

Ces quelques mots de définition sont extrêmement riches de signification. 50 ans après, nous n’avons pas fini de découvrir la richesse du concile Vatican II. Essayons au moins de commencer à l’appliquer.

La réforme liturgique du Concile Vatican II : un retour à l’antique ?

A l’occasion du 50ème anniversaire de la Constitution de Vatican II sur la liturgie, nous reproduisons ici le texte de la conférence prononcée sur ce thème lors de la rencontre diocésaine du Centre S. Augustin, le 4 décembre 2013 à Saint Etienne.

La réforme liturgique du Concile Vatican II : un retour à l’antique ?

B. MARTIN, recteur de la cathédrale Saint-Charles, Saint-Étienne.


Le Concile Vatican II (1962-1965) : l’aula conciliaire, en la basilique vaticane

    Le titre de cette intervention peut apparaître comme un peu provocateur, dans la mesure ou le grand public a plutôt vécu la réforme liturgique issue du Concile Vatican II comme une grande « rupture instauratrice », entraînant l’abandon de beaucoup des formes extérieures de la célébration, et en particulier de tout un patrimoine musical latin et grégorien. Ce sentiment de rupture a d’ailleurs produit à son tour la résistance de groupes attachés aux formes antérieures de la liturgie, réaction dont les Pères conciliaires de Vatican II ne pouvaient pas imaginer l’importance . Il reste qu’au-delà des exagérations iconoclastes d’une certaine mise en œuvre de la réforme, un examen attentif de ses principes directeurs montre que comme toute réforme authentique dans l’Eglise catholique, elle est d’abord un retour aux sources. Dans la tradition théologique du catholicisme, tout renouveau se présente toujours, peu ou prou, comme une redécouverte, selon le principe théologique exprimé dès le V° siècle par saint Vincent de Lérins : nihil innovetur nisi quod traditum est .

La redécouverte des sources

    La réforme liturgique issue du Concile de Trente obéissait à ce principe. Dans la bulle de promulgation du Missel révisé par les soins d’une commission pontificale ad hoc, le pape Pie V exposait que la liturgie y avait été ramenée « aux normes primitives des saints Pères », ad pristinam sanctorum Patrum normam ; des « experts », eruditis viris, avaient recherché les manuscrits les plus vénérables, codices, à la Bibliothèque Vaticane et au dehors, pour restituer le rite dans toute sa pureté . En réalité la commission pontificale n’était guère remontée au-delà du XIII° siècle, et le Missel de 1570 correspond grosso modo au Missel en usage dans la cour romaine au moment du pontificat d’Innocent III, missel adopté par les franciscains et répandu par eux dans toute la chrétienté. C’est seulement au XVIII° siècle que les sources antiques furent mises à la disposition du public érudit, avec l’édition par Muratori, en 1748, de la Liturgia romana vetus . Les textes publiés étaient les sacramentaires, forme primitive des livres liturgiques, que l’on appelle Léonien, Gélasien et Grégorien, du nom des papes supposés en être les rédacteurs.

Ce travail érudit fut relayé, au XIX° et dans la première moitié du XX° siècle, par un certains nombre d’auteurs, bénédictins pour la plupart, qui mirent à la disposition d’un public beaucoup plus vaste les recherches des spécialistes. Le plus connu est le français Dom Prosper Guéranger (1805-1875), le restaurateur de la vie bénédictine en France. Dom Guéranger publia d’abord entre 1840 et 1851 des Institutions liturgiques qui étaient un vibrant plaidoyer en faveur de la liturgie romaine, qui n’avait pas encore été adoptée par tous les diocèses de France. Dans le même temps, de 1842 à 1869, Dom Guéranger publia en 9 volumes l’année liturgique, ouvrage destiné à faire connaître aux fidèles les richesses de la tradition liturgique ; en conformité avec les goûts esthétiques du temps, la période médiévale restait cependant, pour Dom Guéranger, la référence privilégiée. Le monastère de Dom Guéranger, Solesmes, était dans le même temps le lieu de la « restauration » du chant grégorien, selon des méthodes assez comparables aux restaurations architecturales du moment. …

    Une cinquantaine d’années plus tard, à Rome cette fois, une œuvre semblable fut reprise par un autre bénédictin, Dom Ildefonse Schuster (1880-1954), alors abbé du monastère de Saint-Paul Hors les Murs ( il devint ensuite, en 1929, archevêque de Milan et cardinal ). Dom Schuster fit paraître de 1923 à 1932 les 9 volumes du Liber Sacramentorum, « notes historiques et liturgiques sur le Missel Romain » . La perspective de Dom Schuster n’était plus médiévisante, mais s’inspirait des sources écrites antiques et d’un contexte monumental romain qu’il connaissait directement. Dom Schuster eut un auditeur attentif dans la personne d’un jeune prêtre de Brescia venu travailler à la Curie, Don Giovanni Battista Montini – le futur Paul VI. Le même Jean-Baptiste Montini (né en 1897) avait eu contact avec la tradition liturgique bénédictine française par l’intermédiaire des moines d’Hautecombe, repliés à Chiari entre 1903 et 1922 : le jeune Montini y fit des retraites à partir des années 1913, alors que le Père hôtelier du monastère n’était autre que Dom Buenner, historien de la liturgie lyonnaise …

    Pendant que les cloîtres bénédictins sensibilisaient une certaine élite catholique aux questions liturgiques, l’édition savante des sources, commencée au XVIII° siècle par Tomasi et Muratori, prenait après 1945 un nouvel essor. Il faut citer trois ouvrages qui ont eu une influence directe sur l’élaboration de la liturgie de Vatican II. Un bénédictin belge, Dom Bernard Botte, publia en 1949 dans la collection lyonnaise Sources Chrétiennes un essai de restitution du texte de la Tradition apostolique, c’est-à-dire d’un témoignage unique sur la liturgie du III° siècle ; ce texte est à l’origine directe d’une des « nouvelles » prières eucharistiques du Missel de 1969. Un jésuite autrichien, Joseph Jungmann, publiait dans le même temps une étude très fouillée sur l’histoire de la messe romaine depuis les origines, Missarum solemnia . Enfin un professeur de la faculté de théologie de Lyon, le P. Antoine Chavasse, publiait en 1957 une édition critique du Sacramentaire Gélasien, avec un essai d’analyse et d’interprétation . Ces ouvrages rendaient possible un travail sur la liturgie qui n’était plus seulement le fruit de rêveries médiévales ou antiquisantes, mais pouvait s’appuyer sur une étude fouillée des sources authentiques.

Les premiers essais effectifs

    Déjà dans les années précédant la guerre de 1939-1945, les ouvrages de Dom Schuster et les travaux des liturgistes allemands (un bénédictin de Maria-Laach, Dom Odo Casel, et un chanoine de Klosternenburg, en Autriche, Dom Pius Parch) avaient montré l’importance de la Veillée Pascale dans l’organisation liturgique et sacramentelle de l’Église ancienne. C’est dans la nuit de Pâques qu’étaient célébrés, par l’évêque entouré de ses prêtres et de ses diacres, au sein d’une unique assemblée du peuple chrétiens, les rites majeurs de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation, eucharistie. A la fin des années 1930, l’antique rite était réduit à une célébration ignorée des fidèles, célébrée à la sauvette par le curé et ses vicaires, au fond de l’église, le matin du Samedi Saint … et les règles rigides qui entouraient alors les actions liturgiques ne permettaient pas d’agir autrement – sauf à le faire sans demander la permission. C’est l’initiative que prirent quelques pionniers français audacieux, aumôniers d’étudiants ou aumôniers scouts pour la plupart ; citons l’un d’entre eux, le P. Robert Amiet, professeur de sciences naturelles à l’Institution des Chartreux, à Lyon, qui avec quelques Scouts fit une première expérience de restitution de la Veillée Pascale, d’abord dans une petite chapelle entre Lyon et Vienne, Notre-Dame de Limon, en 1938, puis, à Pâques 1939, dans la petite paroisse beaujolaise de Chervinges. Le cardinal Gerlier, consulté, avait répondu qu’il ne fallait pas lui demander une permission qu’il n’avait pas le droit de donner … et qu’il fermerait les yeux. Le P. Robert Amiet, devenu un fervent liturgiste, a raconté ces expériences et quelques autres en préliminaire à sa savante étude sur la Veillée Pascale, œuvre d’une vie, parue aux éditions du Cerf quelques mois avant sa propre mort (1999). Ces expériences pionnières portèrent assez rapidement du fruit, puisqu’en février 1951 la Congrégation romaine des Rites rétablissait la forme antique de la Veillée Pascale ; les termes du décret étaient hautement significatifs de l’importance prise par la recherche historique et des conséquences qu’il fallait en tirer : « Notre époque, marquée par un développement des recherches sur la liturgie ancienne, a vu naître un vif désir de ramener à sa splendeur primitive la vigile Pascale et de lui rendre sa place originelle » . L’ensemble de la Semaine Sainte devait suivre, à Pâques 1956.

    Une autre initiative dont il faut bien saisir l’importance fut la diffusion auprès du laïcat catholique le plus actif et le plus fervent des missels des fidèles – c’est dire des traductions commentées du texte intégral du Missel latin. Semblables traductions existaient depuis le XVII° siècle ; le premier mouvement Janséniste, en particulier, avait développé amplement ces initiatives, sur lesquelles pesaient cependant un léger soupçon de protestantisme . Au XIX° siècle, malgré les efforts de Dom Guéranger pour faire connaître les trésors de la liturgie, les Paroissiens ou les eucologes mis dans les mains des fidèles comportaient surtout des élévations pieuses ou des paraphrases destinées à nourrir la prière des fidèles pendant que se déroulait, en parallèle, la célébration liturgique. La fibre liturgique bénédictine se retrouve encore dans cette initiative, puisque le premier et le plus célèbre de ces missels des fidèles fut le Missel quotidien et vespéral de Dom Lefebvre, publié pour la première fois en 1916 par l’abbaye Saint André, avec l’appui des évêques successifs de Lille, le cardinal Charost, puis, après 1928, le cardinal Liénart. L’initiative, considérée un peu au début comme réservée à quelques petits cercles d’intellectuels fervents, devait recevoir après guerre une éclatante confirmation dans l’encyclique du Pape Pie XII consacrée à la liturgie, Mediator Dei et hominum (1947) : « Ceux-là sont dignes de louanges qui, en vue de rendre plus facile et plus fructueuse pour le peuple chrétien la participation au sacrifice eucharistique, s’efforcent opportunément de mettre entre les mains du peuple le Missel Romain, de manière que les fidèles, unis au prêtre, prient avec lui à l’aide des mêmes paroles et avec les sentiments même de l’Église » . Les éditeurs du « Dom Lefevre », ainsi qu’on appelait ce missel, placèrent fièrement la dernière partie de cette phrase en encadrement de la page de titre, dans les éditions qui suivirent. Il est certain que cette initiative, qui avait d’abord pour but de faciliter aux fidèles l’accès à la tradition liturgique latine, a eu pour conséquence indirecte de faire se poser avec une acuité nouvelle la question de la célébration de la liturgie en langue vulgaire – question que le Concile de Trente avait écartée, mais qui sera, après le Concile Vatican II, l’aspect le plus visible de la réforme liturgique.

    Il faut peut-être dire un mot d’un autre aspect de la célébration, qui est aussi, par certains côtés, un retour à l’usage antique, à savoir la célébration face aux fidèles. On y a vu un des aspects très visibles de la réforme de Vatican II (encore qu’elle n’en fasse aucune mention), et cela a été bien souvent un point de friction avec les différentes instances de la conservation du patrimoine, lorsqu’il a fallu adapter les édifices anciens aux normes nouvelles. A dire vrai, nous nous posons aujourd’hui la question d’une manière toute différente de l’époque antique : dans les premiers siècles, la question n’était pas celle de savoir si l’on célébrait « face à Dieu » ou « face aux fidèles », mais bien celle de l‘orientation, c’est-à-dire de la prière en direction de l’orient, lieu du retour attendu du Christ, Soleil levant qui vient nous visiter. Une prière que saint Augustin utilisait systématiquement à la fin de ses homélies commence par les mots Conversi ad Dominum …( tournés vers le Seigneur) : elle donne à penser qu’après la liturgie de la Parole forcément célébrée face à l’assemblée, tous se retournaient vers l’orient pour la suite de la célébration. Il est certain qu’à Rome, l’usage de l’autel papal face à l’assemblée vient du fait que la basilique Saint-Pierre est occidentée, c’est-à-dire que son abside est tournée vers l’ouest, particularité architecturale liée au désir de construire l’autel à l’aplomb du tombeau de l’Apôtre ; celui-ci étant adossé à la colline, la construction ne pouvait se développer qu’en direction de l’est, donc en sens contraire de l’usage habituel. Mais le pontife, à l’autel, continuait à prier, selon l’usage, versus ad orientem, donc face aux fidèles – ou face à la porte.

    Cela dit, l’usage de la célébration face aux fidèles, s’il peut tout de même prétendre à l’antiquité, n’est peut-être pas venu, pour le coup, d’un désir de retour à l’antique, mais plutôt du désir de retrouver dans la célébration habituelle avec les fidèles une proximité qui avait été expérimentée dans les conditions extrêmes des messes sur le front, en 1914-1918 et en 1939-1940, ou les conditions exceptionnelles des messes en plein air des camps Scouts et des rassemblements de jeunesse de l’entre-deux guerres. La « mode », si l’on peut dire, de la célébration face aux fidèles s’est développée dans les années 1950 – donc antérieurement à la réforme liturgique de Vatican II, et indépendamment d’elle . Dès 1947 l’encyclique Mediator Dei, déjà citée, réprouve l’idée « de rendre à l’autel sa forme primitive de table » et l’un des derniers éclats de Paul Claudel sera un article rageur, dans le Figaro Littéraire du 23 janvier 1955, intitulé La Messe à l’envers .

La restauration liturgique de Vatican II

    On parle habituellement de la réforme liturgique du concile Vatican II. Or le texte de la constitution conciliaire parle habituellement de la restauration liturgique, instauratio liturgica. L’idée directrice est bien de retrouver, autant que faire se peut, l’état primitif. C’est ce qu’on lit au n° 50, à propos de la révision (recognitio) du rite de la messe : « En gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera ; on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira, selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure ou cela apparaîtra opportun ou nécessaire » . Quand on pense aux querelles qui ont suivi la « révision » de 1969, il est piquant de retrouver dans le texte du concile Vatican II l’expression même par laquelle le pape Pie V présentait le travail préparatoire au missel de 1570 : retrouver « l’ancienne norme des saints Pères », pristinam sanctorum Patrum normam . De fait le travail des liturgistes du XVI° siècle s’appuyait sur des principes similaires, mais ne disposait pas véritablement des sources antiques, comme nous l’avons vu plus haut. Le travail suggéré par le Concile n’est pas non plus sans analogie avec la restauration des édifices : supprimer les ajouts inutiles, retrouver les lignes primitives au prix d’un décapage prudent, rétablir lorsqu’on le peut l’état d’origine. De fait la grande majorité des textes « nouveaux » du Missel de 1969 proviennent en fait des anciens sacramentaires ; la prière eucharistique II est une adaptation d’un texte du III° siècle, la tradition apostolique ; la prière eucharistique III a été composée à partir d’éléments provenant des missels gallicans ou mozarabes, et la prière eucharistique IV est une version « simplifiée » d’une anaphore byzantine attribuée à saint Basile (IV° siècle). On pourrait donner, à chaque page, de semblables exemples. L’impression de « nouveauté » a cependant prévalu, peut-être aussi parce qu’une nouveauté « sauvage » avait surgi avant même la promulgation du missel officiel : Dom Bernard Botte raconte dans ses souvenirs que si le pape Paul VI avait pris la décision de faire confectionner par le concilium chargé de la rédaction du missel trois nouvelles prières eucharistiques, c’est qu’il était effrayé de voir qu’en Hollande, on avait commencé sans plus attendre à rédiger une foule de prières eucharistiques non officielles (on se rappelle peut-être le recueil du P. Oosterhuis, qui eut, dans ces années-là, un certain succès).

    La révision de l’ordinaire de la messe, tel qu’il était demandé au n° 50 de la constitution conciliaire, s’accompagnait d’une autre demande importante, formulée immédiatement après (n°51) : « Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors bibliques pour que, dans un nombre d’années déterminées, on lise au peuple la partie la plus importante (praestantior) des Saintes Écritures ». Cette mise dans les mains du peuple chrétien du trésor de la Sainte Écriture à travers les lectures de la messe a été saluée depuis le départ comme une des très heureuses initiatives de la réforme liturgique. Là encore, on s’inspirait, pour une part, de l’antique : ainsi l’utilisation systématique de deux lectures avant l’évangile, aux messes dominicales, la première d’entre elles étant, la plupart du temps, une lecture de l’Ancien Testament. On ne faisait là que retrouver l’usage primitif, progressivement disparu dans le haut moyen âge, lorsque l’on avait « raccourci » tous les choix de textes et de prières pour faire tout tenir dans un seul volume, à l’époque où la production d’un manuscrit était longue et onéreuse. On retrouvait aussi l’utilisation nécessaire de plusieurs livres pour célébrer la messe. Alors qu’avant 1969 tout tenait dans le seul missel du prêtre, il fallait désormais, comme aux temps antiques, en plus du missel réservé aux prières sacerdotales, le lectionnaire contenant l’ensemble des lectures, un évangéliaire, et les différents livres de chant. Le choix et la répartition de ces lectures était cependant, lui, d’une radicale nouveauté. Sauf pour quelques féries du carême, les rédacteurs du nouveau lectionnaire ont délibérément abandonné les antiques répartitions des lectures, au profit de système de « lecture continue », permettant de lire les textes essentiels, praestantior pars Scripturarum, en trois ans pour les dimanches, en deux ans pour la semaine. Dans ce domaine, une lecture inspirée des principes directeurs de l’exégèse historico-critique avait prévalu sur les antiques rapprochements de textes inspirés, eux, par l’exégèse symbolique et allégorique des Pères de l’Église. Curieusement aussi, alors que l’on proclamait haut et fort les vertus de ce « retour » à l’Écriture Sainte, on abandonnait, dans la pratique, l’usage de ne tirer que de l’Écriture Sainte les chants de la messe ; les antiennes grégoriennes traditionnelles, introït, offertoire, communion, toutes tirées des textes bibliques, même si elles figuraient toujours dans le missel, disparaissaient de fait au profit des cantiques en langue vulgaire, d’une qualité laissant bien souvent à désirer. Nous avons encore à découvrir, quarante ans après la promulgation du missel, que le psaume est un chant et que l’Écriture Sainte n’est pas cantonnée aux seules lectures.

    Un autre thème majeur se lisait au n° 21 de la constitution conciliaire. La « restauration » des rites avait aussi une  visée particulière, permettre la « participation » du peuple chrétien : « Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire » .
Ce sera un des leitmotiv de la mise en place de la réforme, la «participation des fidèles ».   Mais le mot français ne traduit que très imparfaitement le latin participatio. Je serai tenté de dire que c’est une des expressions « martyres» du Concile. Participatio est un mot que la vieille langue liturgique utilise pour parler d’abord de la communion eucharistique, participatio sacramenti. Nous prions pour être rendus « participants » des mystères, pour y avoir part, non seulement par une communion extérieure, mais par la conscience intérieure de ce qu’ils signifient. Un autre passage de la constitution Sacrosanctum Concilium, au n°48, explicite très bien ce que le concile entend par « participation » : « Que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la Table du Seigneur ; qu’offrant la victime sans tâche, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi unis à lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes. » (C’est nous qui soulignons).
Le sens premier de « participation » vise donc d’abord l’intelligence intérieure de ce que nous recevons dans le sacrement de l’eucharistie ; la « compréhension » « consciente » et « pieuse » de ce qui est accompli est la condition préalable pour participer « activement ». Le mot latin employé par le concile, actuosus, actuose, ne signifie d’ailleurs pas « actif » mais « agissant » : l’actuosa participatio, c’est une participation « qui porte son fruit » , qui agit en nous. Ce n’est donc pas d’abord une activité vibrionante autour du sanctuaire, mais plutôt ce qui peut faciliter l’intériorité, la conscience profonde de ce qui est célébré, l’accueil de la grâce.

    L’élément qui a donné le plus fortement une impression de rupture avec la liturgie antérieure a sans doute été l’abandon de la langue latine, qui apparaissait jusqu’alors comme l’enveloppe obligée de la liturgie. « L’Église a estimé nécessaire cette mesure – disait le Pape Paul VI le 7 mars 1965, jour de l’entrée en application de ce premier élément de la réforme – pour rendre intelligible sa prière. Le bien du peuple exige ce souci de rendre possible la participation active des fidèles au culte public de l’Église. L’Église a fait un sacrifice en ce qui concerne sa langue propre, le latin, qui est une langue sacrée, grave, belle, extrêmement expressive et élégante. Elle a fait le sacrifice de traditions séculaires, et, surtout, de l’unité de langue entre ses divers peuples, pour le bien d’une plus grande universalité, pour arriver à tous »

    La restauration des rites devait enfin se traduire également dans l’espace. La constitution conciliaire déjà citée donnait dans sa dernière partie quelques directives assez précises : tout en stipulant qu’il fallait « conserver avec tout le soin possible » le trésor artistique légué par les siècles passés, il convenait désormais d’avoir en vue « une noble beauté plutôt que la seule somptuosité ». Les évêques se voyaient invités à veiller « à ce que le mobilier sacré ou les œuvres de prix, en tant qu’ornements de la maison de Dieu, ne soient pas aliénés ou détruits » ; mais dans le même temps il était bien annoncé que les règles régissant « la structure …des édifices, la forme et la construction des autels, […] la distribution harmonieuse des images sacrées, de la décoration et de l’ornementation » étaient appelées à être révisées.

L’ « esthétique » sous-jacente à la réforme liturgique de 1969 est peut-être le côté par lequel apparaît le plus clairement son aspect de « retour à l’antique ». Le pape Paul VI en donna le premier l’exemple, en abandonnant les fastueux ornements hérités de la Contre-Réforme au profit d’ornements directement inspirés des modèles antiques, d’une  « noble simplicité ». Ce n’était d’ailleurs là que la dernière étape d’un mouvement commencé au XIX° siècle avec Dom Guéranger, tout a fait parallèle au mouvement de retour aux textes anciens. Mais, plus encore, c’est dans la « spatialisation » de la liturgie que se traduisait cette idée. Le modèle spatial sous-jacent au Missel tridentin est soit la messe « privée » (le prêtre, seul à l’autel avec son servant), soit, pour la messe solennelle, la messe « paroissiale », incluant l’instruction des fidèles, le « prône », depuis la chaire. Le modèle sous jacent au Missel de 1969 est bien plutôt la messe « stationnale » des basiliques antiques, c’est-à-dire la messe présidée par l’évêque, à sa cathèdre, face aux fidèles et entouré de son presbyterium, rassemblant tout le peuple de Dieu pour une célébration unique.

***

    Le cardinal de Lubac a fait remarquer, dans un regard sur son œuvre modestement intitulé « mémoire sur l’occasion de mes écrits », que l’une des sources des difficultés de réception du concile Vatican II tient à une méprise. Le retour à la tradition authentique de l’Église a fait les frais d’un affrontement non pas entre « anciens » et « modernes », comme on a pu le penser, mais entre deux formes de « modernité » : une « modernité pétrifiée » au XIX° siècle, ne sachant pas reconnaître dans ce qu’elle prenait pour des « nouveautés » les « normes primitives des saints Pères » ; et une « modernité nouvelle, agitée mais sans boussole », interprétant comme une rupture purificatrice – du passé faisons table rase – ce qui se voulait une restauration respectueuse.

Le pape Benoît XVI, des premiers aux derniers discours de son pontificat, n’a cessé d’insister pour que l’on interprète le Concile Vatican II non pas dans une herméneutique de la « rupture », mais dans une herméneutique de la continuité. Cela vaut, en premier, pour la « restauration » liturgique. Puissions-nous, au bout de cinquante ans, entrer dans la possession tranquille des richesses que le nouveau missel a mis dans les mains des fidèles – richesses, redisons-le, pour la plupart issues des sources les plus anciennes et les plus vénérables. Le missel entré en vigueur le 30 novembre 1969 ne se voulait pas une liturgie de « rupture ». Comme son prédécesseur de 1570, et sans doute mieux que lui, il voulait réaliser le véritable retour « aux normes primitives des saints Pères ». Par bien des côtés, nous avons encore à le découvrir.

Joie paradoxale du décollage…

La rumeur selon laquelle le pape a nommé Mgr Ranjith comme nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin, afin de contrebalancer le Cardinal Arinze trop « conciliaire » est établie dans les milieux dits « tradis ». D’ailleurs, la rumeur a été largement confirmée par un article de La Croix, dans lequel ce dernier aurait expliqué que la réforme liturgique du concile « n’a pas décollé ». Mgr Ranjith qui serait  ainsi un fervent tenant de la liturgie de S. Pie V,  qui allait enfin (!) mettre à bas « l’affreuse liturgie conciliaire ».

On se demande vraiment de qui on se moque. D’après les brillants analystes de la politique vaticane, Benoît XVI aurait donc placé donc dans la même équipe deux personalités opposées, certainement dans le but  de faire ne sorte de déclancher une guerre des missels à la congrégation du culte divin.

Le Fr Yves Combeau, o,p, du  couvent de Paris, nous alerte heureusement : « Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe. » (on lira son article, disponible sur le site web des dominicains, ci-dessous…) Sous la plume de ce brillant religieux, il faut évidemment comprendre : « Quelle belle opération de désinformation ! ». Nous le suivons donc entièrement. Car la vraie figure de Mgr Ranjith, apparaît parfaitement dans cette interview non pas de La Croix mais de l’APIC. Cette dernière est une agence de presse au service du Vatican. Qui potest intellegere, intellegat.

Dans cette interview – menée cette fois par un excellent journaliste, qui manifestement, lui n’a pas de problème avec les traductions… – il s’agit d’Antoine-Marie Izoard, on peut lire que, en fait :

1. Mgr Ranjith n’a donc jamais parlé de « non-décollage ».

2. Il dénonce cependant l’attitude « béate » d’un certain  nombre de prêtres et de fidèles qui considèrent que Redemptionis Sacramentum ne les concernent pas ou que toutes les questions afférentes aux abus liturgiques ne les concernent pas ou ne peuvent pas les concerner. Oui, il faut le répéter : « quelque chose ne va pas » !

3. Il renvoie vigoureusement aux normes telles qu’elles sont définies par le siège épiscopal.

4. Il ne milite pas pour le missel de 1962.

Des preuves ? Voyez ci dessous :


Le pape veut mettre fin aux abus, assure Mgr Malcom Ranjith

Rome, 13 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI va mettre fin aux « abus » dans la célébration de la messe et faire cesser « les affrontements » avec les partisans de la messe en latin, a déclaré jeudi un responsable du Vatican à l’agence I.Media, partenaire de l’Apic à Rome. Selon l’évêque sri-lankais Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape va « prendre des mesures » car la liturgie de l’Eglise catholique serait trop souvent « un signe de scandale ». Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard.

Q.: Vous avez récemment affirmé dans le quotidien catholique français La Croix que la réforme liturgique du Concile Vatican II n’avait “jamais décollé“. Ces mots ont surpris de nombreuses personnes…

R.: Je suis surpris, car je ne l’ai pas dit ainsi et ce n’est pas vrai. Je voulais dire que la réforme conciliaire – avec le renouveau spirituel attendu, avec les catéchèses profondes qui devaient relancer l’Eglise face au contexte séculariste – avait donné des résultats qui ne sont pas si positifs que cela. La réforme a bien décollé. Ainsi, l’utilisation de la langue vernaculaire est une chose positive, car tout le monde peut comprendre ce qui se passe à l’autel ou lors des lectures. De même, pour le sens de communion qui s’est développé. Mais ces éléments ont parfois été un peu trop accentués en abandonnant certains aspects positifs de la tradition de l’Eglise. Le cardinal Ratzinger lui-même, dans la préface du livre Tournés vers le Seigneur – l’orientation de la prière liturgique du père Uwe Michael Lang, a rappel é que l’abandon du latin et l’orientation du célébrant vers le peuple ne faisaient pas partie des conclusions du Concile.

Q.: Pour certains, qui ont fidèlement suivi le Concile, vos propos surprennent…

R.: Il ne s’agit pas d’abandonner le Concile, car il a déjà beaucoup influencé l’Eglise, comme dans son ouverture au monde. Mais, dans le même temps, il aurait fallu approfondir ce que nous possédions déjà. Il aurait fallu, comme dit le Concile, un changement ‘organique’, sans brusquerie, sans abandonner le passé. L’Encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean Paul II (publiée en avril 2003, ndlr), et l’Instruction Redemptoris Sacramentum (avril 2004) qu’il avait demandée à la Congrégation, indiquent bien que quelque chose n’allait pas. Le pape parlait alors avec une certaine amertume de ce qui se passait. Ainsi, on ne peut pas dire que tout s’est bien passé, mais on ne peut pas dire non plus que tout s’est mal passé. Les réformes du Concile, par la façon dont elles ont été traduites et mises en place, n’ont pas porté les fruits espérés.

Q.: Concrètement, que faut-il faire?

R.: Il y a deux extrêmes à éviter: permettre à chaque prêtre ou évêque de faire ce qu’il veut, ce qui crée la confusion, ou, au contraire, abandonner complètement une vision adaptée au contexte moderne et s’enfermer dans le passé. Aujourd’hui, ces deux extrêmes continuent de croître. Quel est le juste milieu ?… Il convient de réfléchir un moment, de célébrer sérieusement et d’améliorer ce que nous faisons actuellement.

Q.: Doit-on attendre un document pontifical ou de votre Congrégation à ce sujet ?

R.: Dans son livre L’esprit de la liturgie (publié en allemand en 2000, puis en français en 2001, ndlr), le cardinal Ratzinger avait présenté un cadre très complet de la question. Je crois que le pape est très conscient de ce qui se passe, qu’il étudie la question et qu’il faut faire quelque chose pour aller de l’avant. Il va prendre des mesures pour nous indiquer avec quel sérieux nous devons célébrer la liturgie. Il a la responsabilité que la liturgie devienne un signe d’édification de la foi et non un signe de scandale. Car, si la liturgie n’est pas capable de changer les chrétiens et de les faire devenir des témoins héroïques de l’Evangile, alors elle ne réalise pas sont but véritable. Celui qui a participé à la messe doit sortir de l’église convaincu que son engagement social, moral, politique et économique, est un engagement chrétien.

Q.: Les abus liturgiques sont-ils réellement si nombreux ?

R.: Chaque jour, nous recevons tellement de lettres, signées, où les gens se lamentent des nombreux abus : des prêtres qui font ce qu’ils veulent, des évêques qui ferment les yeux ou, même, justifient ce que font leurs prêtres au nom du ‘renouveau’… Nous ne pouvons pas nous taire. Il est de notre responsabilité d’être vigilants. Car, à la fin, les gens vont assister à la messe tridentine et nos églises se vident. La messe tridentine n’appartient pas aux Lefebvristes. C’est le moment de cesser les affrontements et de voir si nous avons été fidèles aux instructions de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium . C’est pourquoi il faut de la discipline pour ce que nous faisons sur l’autel. Les règles sont bien indiquées dans le Missel romain et les documents de l’Eglise.
(…)

 


(Source : http://www.dominicains.fr/article.php3?id_article=757).

Joie paradoxale,

27 juin 2006

Je viens de lire quelque chose d’assez curieux sous la plume d’un récent prélat romain, chargé de la liturgie : que la réforme liturgique depuis les années 1930 « n’a pas décollé ». Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe.

Qu’est-ce à dire : « pas décollé » ? J’aurais compris « pas abouti » : si tant est qu’on puisse, dans ce domaine, aboutir jamais à un état définitif ; j’aurais compris « abouti à des résultats critiquables », car on peut et doit toujours progresser ou corriger ; j’aurais compris encore : « n’a pas été mise en pratique de façon satisfaisante », tellement il est vrai que la chansonnette ânonnée et le pot en terre qui-veut-faire-pauvre sont le quotidien liturgique de la majorité des Français ; mais « pas décollé » ?
Et les textes du Concile ? Ils sont postérieurs à 1930, non ? Ils ne « décollent » pas ? Première nouvelle.
Et Duployé, Doncœur, et toutes les recherches, et tous les efforts, et la traduction liturgique de la Bible, et les pèlerinages, et Rimaud, et Berthier, et André Gouzes ? Toujours pas « décollé » ? Fichtre !
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des erreurs et des errements. Je suis le premier à me désoler de la platitude, du mauvais goût et de l’ignorance de la tradition que je vois çà et là. Mais « pas décollé » ? Grand Dieu ! Pour aller où ?

Résumons : le traducteur avait sans doute la tête ailleurs.

Heureusement, je me console en lisant un résultat de l’institut Médiamétrie : les sujets télévisés qui intéressent le plus les spectateurs sont, dans le désordre, la violence, le sexe et la religion. Pas de surprise pour les deux premiers, c’est aussi vieux que l’humanité.
Mais la religion ! Après de si longues décennies de négation, la voici qui revient. Chassez la religion par la porte, elle repassera par la fenêtre. Anarchiquement, sans doute, pas dans les rails, pas dans les cadres. Mais j’ai déjà dit que Dieu est libre et que la foi, même « sauvage », est une œuvre de l’Esprit. À nous d’ouvrir la fenêtre, comme disait Jean XXIII, à nous de laisser celui qui veut croire et être guéri venir au Christ même si c’est, comme le paralytique, par un trou du toit.

le frère Yves Combeau (Paris)