Cardinal Sarah – l’action silencieuse du cœur

Plusieurs sites internet ont proposé des extraits du livre ou d’articles récemment parus sous la plume du Cardinal Sarah, préfet de la congrégation du culte divin. Nous avons le plaisir de vous proposer l’intégralité du texte traduit en Français de l’article paru dans l’Osservatore Romano du 12 juin 2015.


Le Cardinal Sarah. (Oui, la soutane blanche lui va bien…)

L’ACTION SILENCIEUSE DU CŒUR

Article du Préfet de la Congrégation du Culte Divin, S. E. le cardinal Robert Sarah, paru le 12 juin 2015 dans l’ « Osservatore Romano ».

Cinquante années après sa promulgation par le Pape Paul VI, va-t-on enfin lire la constitution du concile Vatican II sur la Sainte Liturgie ? « Sacrosanctum Concilium », de fait, n’est pas un simple catalogue de « recettes » de réforme, mais vraiment et à proprement parler la « grande charte » de toute action liturgique.

Dans cette constitution, le concile nous donne une magistrale leçon de méthode. En effet, loin de se contenter d’une approche extérieure et disciplinaire de la liturgie, le concile veut nous faire contempler ce qu’elle est dans son essence. La pratique de l’Eglise dérive toujours de ce qu’elle reçoit et contemple dans la révélation ; la pastorale ne peut se déconnecter de la doctrine.

Dans l’Eglise, « ce qui relève de l’action est ordonné à la contemplation » (cf. Sacrosanctum Concilium, n°2) La constitution conciliaire nous invite à redécouvrir l’origine trinitaire de l’action liturgique. En effet, le concile établit une continuité entre la mission du Christ Rédempteur et la mission liturgique de l’Eglise. « De même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres », afin que, « par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique » ils exercent « l’œuvre du salut » (cf. n°6).

Mettre en œuvre la liturgie n’est donc rien d’autre que mettre en œuvre l’action du Christ. La liturgie est, dans son essence, actio Christi : « L’œuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu » (n°5). C’est lui, le grand prêtre, le vrai sujet, l’acteur véritable de la liturgie. (cf. n°7). Si ce principe vital n’est pas accueilli dans la foi, on risque de faire de la liturgie une œuvre humaine, une autocélébration de la communauté.

Au contraire, l’œuvre propre de l’Eglise consiste à entrer dans l’action du Christ, à s’inscrire dans cette « œuvre » que le Père lui a donné à faire. C’est pourquoi « la plénitude du culte divin est entrée chez nous », car c’est « son humanité, dans l’unité de la personne du Verbe, qui fut l’instrument de notre salut ». (n°5). L’Eglise, Corps du Christ, doit donc devenir à son tour un instrument dans les mains du Verbe.

C’est là la signification ultime de ce concept-clef de la constitution conciliaire : l’actuosa participatio. Une telle participation consiste pour l’Eglise à devenir un instrument du Christ-Prêtre, afin de participer à sa mission trinitaire. L’Eglise participe activement à l’œuvre liturgique du Christ dans la mesure où elle en est l’instrument. En ce sens, l’expression « communauté célébrante » n’est pas dépourvue d’ambiguïté, et requiert un emploi prudent (cf. Redemptoris sacramentum, n°42). La participatio actuosa ne doit pas non plus être comprise comme la nécessité de faire quelque chose. Sur ce point l’enseignement du concile a été souvent déformé. Il s’agit en effet de nous laisser prendre par le Christ, qui nous associe à son sacrifice. C’est pourquoi la « participation » liturgique doit être comprise comme une grâce du Christ, « qui s’associe toujours l’Eglise » (S.C., n°7). C’est à lui d’avoir l’initiative et la primauté. L’Eglise « l’invoque comme son Seigneur et passe par Lui pour rendre son culte au Père éternel ». (n°7)

Le prêtre doit donc devenir cet instrument qui laisse transparaître le Christ. Comme l’a rappelé il y a peu le pape François, le célébrant n’est pas le présentateur d’un spectacle, il ne doit pas rechercher la sympathie de l’assemblée en se posant devant elle comme son interlocuteur principal. Entrer dans l’esprit du concile signifie au contraire s’effacer, renoncer à être le point focal.

Contrairement à ce qui est parfois soutenu, il est tout à fait conforme à la constitution conciliaire, et tout à fait opportun que, pendant le rite pénitentiel, le chant du Gloria, les oraisons et la prière eucharistique, tous, prêtre et fidèles, se tournent ensemble vers l’Orient, pour exprimer leur volonté de participer à l’œuvre du culte et de la rédemption accomplie par le Christ. Cette manière de faire pourrait être opportunément mise en œuvre dans les cathédrales, où la vie liturgique doit être exemplaire (cf. n°47).

Bien entendu, il y a d’autres parties de la messe dans lesquelles le prêtre, agissant in persona Christi capitis, entre dans un dialogue nuptial avec l’assemblée. Mais ce face à face n’a d’autre but que de conduire à un tête à tête avec Dieu, tête à tête qui, au moyen de la grâce de l’Esprit-Saint, deviendra un cœur à cœur. Le concile propose ainsi d’autres moyens pour favoriser la participation : « les acclamations des fidèles, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques, et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles ». (n°30)

Une lecture trop rapide, et surtout trop humaine, a porté à conclure qu’il fallait que les fidèles soient constamment occupés. La mentalité occidentale contemporaine, modelée par la technique et fascinée par les médias, a voulu faire de la liturgie une œuvre de pédagogie efficace et rentable. Dans cet esprit, on a cherché à rendre les célébrations « conviviales ». Les acteurs liturgiques, animés de motivations pastorales, cherchent souvent à faire œuvre didactique en introduisant dans les célébrations des éléments profanes et spectaculaires. Ne voit-on pas parfois fleurir les témoignages, les mises en scène et les applaudissements ? On croit ainsi favoriser la participation des fidèles mais on réduit en fait la liturgie à un jeu humain.

« Le silence n’est pas une vertu, ni le bruit un péché, disait Thomas Merton, mais le tumulte, la confusion, le bruit continu de la société moderne ou de certaines liturgies eucharistiques sont révélateurs de l’atmosphère de ses péchés les plus graves, de son impiété, de son désespoir. Un monde de propagande, d’argumentation infinie, d’invectives, de critiques, ou simplement de bavardages, est un monde dans lequel la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. La messe devient un tapage confus, la prière un bruit extérieur et intérieur. » (Thomas Merton, Le signe de Jonas, Paris, Albin Michel, 1955, p. 322)

Le risque est bien réel de ne laisser aucune place à Dieu dans nos célébrations. Nous encourrons la tentation des hébreux dans le désert : ils ont cherché à se créer un culte à leur mesure et à leur hauteur ; n’oublions pas qu’ils ont fini prosternés devant l’idole du veau d’or.

Il est temps de se mettre à l’écoute du concile. La liturgie est « principalement le culte de la divine majesté » (n°33). Elle a une valeur pédagogique dans la mesure où elle est complètement ordonnée à la glorification de Dieu et au culte divin. La liturgie nous place réellement en présence de la transcendance divine. La vraie participation signifie renouveler en nous cet «émerveillement» que saint Jean Paul II tenait en grande considération. (cf. Ecclesia de eucharistia, n°6). Cet émerveillement sacré, cette crainte joyeuse, requiert notre silence face à la divine majesté. On oublie toujours que le « silence sacré » est un des moyens indiqués par le concile pour favoriser la participation.

Si la liturgie est œuvre du Christ, est-il nécessaire que le célébrant y introduise ses propres commentaires ? Nous devons nous rappeler que, lorsque le missel autorise une intervention, celle-ci ne doit pas devenir un discours profane et humain, un commentaire plus ou moins subtil sur l’actualité, ou des salutations mondaines aux personnes présentes, mais une très brève exhortation à entrer dans le mystère (cf. PGMR, n°50). Quant à l’homélie, elle est elle-même un acte liturgique qui possède ses propres règles. La participatio actuosa à l’œuvre du Christ présuppose de laisser le monde profane pour entrer dans « l’action sacrée par excellence » (SC n°7). De fait, « prétendrions-nous, avec une certaine arrogance, de rester dans l’humain pour entrer dans le divin ? » (R. Sarah, Dieu ou rien, p. 178)

En ce sens il est regrettable que le sanctuaire de nos églises ne soit pas un lieu strictement réservé au culte divin où l’on pénètre en habits profanes, comme si l’espace sacré n’était pas clairement délimité par l’architecture. Et parce que le concile enseigne que le Christ est présent dans sa parole lorsque celle-ci est proclamée, il est également nocif que les lecteurs n’aient pas une tenue appropriée qui montrent qu’ils ne prononcent pas une parole humaine mais une parole divine.

La liturgie est une réalité fondamentalement mystique et contemplative, et, en conséquence, hors de portée de notre action humaine. Même la « participation » est une grâce de Dieu. C’est pourquoi elle présuppose de notre part une ouverture au mystère célébré. Ainsi, la constitution recommande la pleine compréhension des rites (cf. n°34) mais dans le même temps prescrit que les fidèles « sachent dire ou chanter ensemble, en langue latine, les parties de la messe qui leur reviennent ». (n°54)

En effet, la compréhension des rites n’est pas une œuvre de la raison humaine laissée à elle-même, qui devrait tout saisir, tout comprendre, tout dominer. La compréhension des rites sacrés est celle du sensus fidei , où la foi vive s’exerce à travers le symbole, et qui connaît plus par syntonie que par concept. Cette compréhension suppose que l’on s’approche du mystère avec humilité.

Aura-t-on le courage de suivre le concile jusqu’à ce point ? Une telle lecture, illuminée par la foi, est pourtant fondamentale pour l’évangélisation. En effet, « elle montre l’Eglise à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations, sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité » (n°2). La liturgie doit cesser d’être un lieu de désobéissance aux prescriptions de l’Eglise.

Plus spécifiquement, elle ne peut plus être une occasion de déchirure entre chrétiens. Les lectures dialectiques de Sacrosanctum Concilium, l’herméneutique de la rupture, dans un sens ou dans l’autre, ne sont pas le fruit d’un esprit de foi. Le concile n’a pas voulu rompre avec les formes liturgiques héritées de la tradition, il a voulu plutôt les approfondir. La constitution établit que « les formes nouvelles [sortiront] des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ». (n°23)

En ce sens, il est nécessaire que ceux qui célèbrent selon l’usus antiquior le fassent sans esprit d’opposition, et donc dans l’esprit de Sacrosanctum Concilium. De la même manière, ce serait une erreur que de considérer la forme extraordinaire du rite romain comme dérivant d’une autre théologie que celle du rite réformé. Il serait d’ailleurs souhaitable que dans une prochaine édition du missel le rite pénitentiel et l’offertoire de l’usus antiquior soient placés en annexe, de manière à souligner que les deux formes liturgiques s’éclairent l’une et l’autre, en continuité et sans opposition.

Si nous vivons dans cet esprit, alors la liturgie cessera d’être le lieu des rivalités et des critiques, pour nous faire enfin participer activement à cette liturgie « qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu comme ministre du sanctuaire » (n°8).

(traduction abbé B. Martin)

La réforme liturgique du Concile Vatican II : un retour à l’antique ?

A l’occasion du 50ème anniversaire de la Constitution de Vatican II sur la liturgie, nous reproduisons ici le texte de la conférence prononcée sur ce thème lors de la rencontre diocésaine du Centre S. Augustin, le 4 décembre 2013 à Saint Etienne.

La réforme liturgique du Concile Vatican II : un retour à l’antique ?

B. MARTIN, recteur de la cathédrale Saint-Charles, Saint-Étienne.


Le Concile Vatican II (1962-1965) : l’aula conciliaire, en la basilique vaticane

    Le titre de cette intervention peut apparaître comme un peu provocateur, dans la mesure ou le grand public a plutôt vécu la réforme liturgique issue du Concile Vatican II comme une grande « rupture instauratrice », entraînant l’abandon de beaucoup des formes extérieures de la célébration, et en particulier de tout un patrimoine musical latin et grégorien. Ce sentiment de rupture a d’ailleurs produit à son tour la résistance de groupes attachés aux formes antérieures de la liturgie, réaction dont les Pères conciliaires de Vatican II ne pouvaient pas imaginer l’importance . Il reste qu’au-delà des exagérations iconoclastes d’une certaine mise en œuvre de la réforme, un examen attentif de ses principes directeurs montre que comme toute réforme authentique dans l’Eglise catholique, elle est d’abord un retour aux sources. Dans la tradition théologique du catholicisme, tout renouveau se présente toujours, peu ou prou, comme une redécouverte, selon le principe théologique exprimé dès le V° siècle par saint Vincent de Lérins : nihil innovetur nisi quod traditum est .

La redécouverte des sources

    La réforme liturgique issue du Concile de Trente obéissait à ce principe. Dans la bulle de promulgation du Missel révisé par les soins d’une commission pontificale ad hoc, le pape Pie V exposait que la liturgie y avait été ramenée « aux normes primitives des saints Pères », ad pristinam sanctorum Patrum normam ; des « experts », eruditis viris, avaient recherché les manuscrits les plus vénérables, codices, à la Bibliothèque Vaticane et au dehors, pour restituer le rite dans toute sa pureté . En réalité la commission pontificale n’était guère remontée au-delà du XIII° siècle, et le Missel de 1570 correspond grosso modo au Missel en usage dans la cour romaine au moment du pontificat d’Innocent III, missel adopté par les franciscains et répandu par eux dans toute la chrétienté. C’est seulement au XVIII° siècle que les sources antiques furent mises à la disposition du public érudit, avec l’édition par Muratori, en 1748, de la Liturgia romana vetus . Les textes publiés étaient les sacramentaires, forme primitive des livres liturgiques, que l’on appelle Léonien, Gélasien et Grégorien, du nom des papes supposés en être les rédacteurs.

Ce travail érudit fut relayé, au XIX° et dans la première moitié du XX° siècle, par un certains nombre d’auteurs, bénédictins pour la plupart, qui mirent à la disposition d’un public beaucoup plus vaste les recherches des spécialistes. Le plus connu est le français Dom Prosper Guéranger (1805-1875), le restaurateur de la vie bénédictine en France. Dom Guéranger publia d’abord entre 1840 et 1851 des Institutions liturgiques qui étaient un vibrant plaidoyer en faveur de la liturgie romaine, qui n’avait pas encore été adoptée par tous les diocèses de France. Dans le même temps, de 1842 à 1869, Dom Guéranger publia en 9 volumes l’année liturgique, ouvrage destiné à faire connaître aux fidèles les richesses de la tradition liturgique ; en conformité avec les goûts esthétiques du temps, la période médiévale restait cependant, pour Dom Guéranger, la référence privilégiée. Le monastère de Dom Guéranger, Solesmes, était dans le même temps le lieu de la « restauration » du chant grégorien, selon des méthodes assez comparables aux restaurations architecturales du moment. …

    Une cinquantaine d’années plus tard, à Rome cette fois, une œuvre semblable fut reprise par un autre bénédictin, Dom Ildefonse Schuster (1880-1954), alors abbé du monastère de Saint-Paul Hors les Murs ( il devint ensuite, en 1929, archevêque de Milan et cardinal ). Dom Schuster fit paraître de 1923 à 1932 les 9 volumes du Liber Sacramentorum, « notes historiques et liturgiques sur le Missel Romain » . La perspective de Dom Schuster n’était plus médiévisante, mais s’inspirait des sources écrites antiques et d’un contexte monumental romain qu’il connaissait directement. Dom Schuster eut un auditeur attentif dans la personne d’un jeune prêtre de Brescia venu travailler à la Curie, Don Giovanni Battista Montini – le futur Paul VI. Le même Jean-Baptiste Montini (né en 1897) avait eu contact avec la tradition liturgique bénédictine française par l’intermédiaire des moines d’Hautecombe, repliés à Chiari entre 1903 et 1922 : le jeune Montini y fit des retraites à partir des années 1913, alors que le Père hôtelier du monastère n’était autre que Dom Buenner, historien de la liturgie lyonnaise …

    Pendant que les cloîtres bénédictins sensibilisaient une certaine élite catholique aux questions liturgiques, l’édition savante des sources, commencée au XVIII° siècle par Tomasi et Muratori, prenait après 1945 un nouvel essor. Il faut citer trois ouvrages qui ont eu une influence directe sur l’élaboration de la liturgie de Vatican II. Un bénédictin belge, Dom Bernard Botte, publia en 1949 dans la collection lyonnaise Sources Chrétiennes un essai de restitution du texte de la Tradition apostolique, c’est-à-dire d’un témoignage unique sur la liturgie du III° siècle ; ce texte est à l’origine directe d’une des « nouvelles » prières eucharistiques du Missel de 1969. Un jésuite autrichien, Joseph Jungmann, publiait dans le même temps une étude très fouillée sur l’histoire de la messe romaine depuis les origines, Missarum solemnia . Enfin un professeur de la faculté de théologie de Lyon, le P. Antoine Chavasse, publiait en 1957 une édition critique du Sacramentaire Gélasien, avec un essai d’analyse et d’interprétation . Ces ouvrages rendaient possible un travail sur la liturgie qui n’était plus seulement le fruit de rêveries médiévales ou antiquisantes, mais pouvait s’appuyer sur une étude fouillée des sources authentiques.

Les premiers essais effectifs

    Déjà dans les années précédant la guerre de 1939-1945, les ouvrages de Dom Schuster et les travaux des liturgistes allemands (un bénédictin de Maria-Laach, Dom Odo Casel, et un chanoine de Klosternenburg, en Autriche, Dom Pius Parch) avaient montré l’importance de la Veillée Pascale dans l’organisation liturgique et sacramentelle de l’Église ancienne. C’est dans la nuit de Pâques qu’étaient célébrés, par l’évêque entouré de ses prêtres et de ses diacres, au sein d’une unique assemblée du peuple chrétiens, les rites majeurs de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation, eucharistie. A la fin des années 1930, l’antique rite était réduit à une célébration ignorée des fidèles, célébrée à la sauvette par le curé et ses vicaires, au fond de l’église, le matin du Samedi Saint … et les règles rigides qui entouraient alors les actions liturgiques ne permettaient pas d’agir autrement – sauf à le faire sans demander la permission. C’est l’initiative que prirent quelques pionniers français audacieux, aumôniers d’étudiants ou aumôniers scouts pour la plupart ; citons l’un d’entre eux, le P. Robert Amiet, professeur de sciences naturelles à l’Institution des Chartreux, à Lyon, qui avec quelques Scouts fit une première expérience de restitution de la Veillée Pascale, d’abord dans une petite chapelle entre Lyon et Vienne, Notre-Dame de Limon, en 1938, puis, à Pâques 1939, dans la petite paroisse beaujolaise de Chervinges. Le cardinal Gerlier, consulté, avait répondu qu’il ne fallait pas lui demander une permission qu’il n’avait pas le droit de donner … et qu’il fermerait les yeux. Le P. Robert Amiet, devenu un fervent liturgiste, a raconté ces expériences et quelques autres en préliminaire à sa savante étude sur la Veillée Pascale, œuvre d’une vie, parue aux éditions du Cerf quelques mois avant sa propre mort (1999). Ces expériences pionnières portèrent assez rapidement du fruit, puisqu’en février 1951 la Congrégation romaine des Rites rétablissait la forme antique de la Veillée Pascale ; les termes du décret étaient hautement significatifs de l’importance prise par la recherche historique et des conséquences qu’il fallait en tirer : « Notre époque, marquée par un développement des recherches sur la liturgie ancienne, a vu naître un vif désir de ramener à sa splendeur primitive la vigile Pascale et de lui rendre sa place originelle » . L’ensemble de la Semaine Sainte devait suivre, à Pâques 1956.

    Une autre initiative dont il faut bien saisir l’importance fut la diffusion auprès du laïcat catholique le plus actif et le plus fervent des missels des fidèles – c’est dire des traductions commentées du texte intégral du Missel latin. Semblables traductions existaient depuis le XVII° siècle ; le premier mouvement Janséniste, en particulier, avait développé amplement ces initiatives, sur lesquelles pesaient cependant un léger soupçon de protestantisme . Au XIX° siècle, malgré les efforts de Dom Guéranger pour faire connaître les trésors de la liturgie, les Paroissiens ou les eucologes mis dans les mains des fidèles comportaient surtout des élévations pieuses ou des paraphrases destinées à nourrir la prière des fidèles pendant que se déroulait, en parallèle, la célébration liturgique. La fibre liturgique bénédictine se retrouve encore dans cette initiative, puisque le premier et le plus célèbre de ces missels des fidèles fut le Missel quotidien et vespéral de Dom Lefebvre, publié pour la première fois en 1916 par l’abbaye Saint André, avec l’appui des évêques successifs de Lille, le cardinal Charost, puis, après 1928, le cardinal Liénart. L’initiative, considérée un peu au début comme réservée à quelques petits cercles d’intellectuels fervents, devait recevoir après guerre une éclatante confirmation dans l’encyclique du Pape Pie XII consacrée à la liturgie, Mediator Dei et hominum (1947) : « Ceux-là sont dignes de louanges qui, en vue de rendre plus facile et plus fructueuse pour le peuple chrétien la participation au sacrifice eucharistique, s’efforcent opportunément de mettre entre les mains du peuple le Missel Romain, de manière que les fidèles, unis au prêtre, prient avec lui à l’aide des mêmes paroles et avec les sentiments même de l’Église » . Les éditeurs du « Dom Lefevre », ainsi qu’on appelait ce missel, placèrent fièrement la dernière partie de cette phrase en encadrement de la page de titre, dans les éditions qui suivirent. Il est certain que cette initiative, qui avait d’abord pour but de faciliter aux fidèles l’accès à la tradition liturgique latine, a eu pour conséquence indirecte de faire se poser avec une acuité nouvelle la question de la célébration de la liturgie en langue vulgaire – question que le Concile de Trente avait écartée, mais qui sera, après le Concile Vatican II, l’aspect le plus visible de la réforme liturgique.

    Il faut peut-être dire un mot d’un autre aspect de la célébration, qui est aussi, par certains côtés, un retour à l’usage antique, à savoir la célébration face aux fidèles. On y a vu un des aspects très visibles de la réforme de Vatican II (encore qu’elle n’en fasse aucune mention), et cela a été bien souvent un point de friction avec les différentes instances de la conservation du patrimoine, lorsqu’il a fallu adapter les édifices anciens aux normes nouvelles. A dire vrai, nous nous posons aujourd’hui la question d’une manière toute différente de l’époque antique : dans les premiers siècles, la question n’était pas celle de savoir si l’on célébrait « face à Dieu » ou « face aux fidèles », mais bien celle de l‘orientation, c’est-à-dire de la prière en direction de l’orient, lieu du retour attendu du Christ, Soleil levant qui vient nous visiter. Une prière que saint Augustin utilisait systématiquement à la fin de ses homélies commence par les mots Conversi ad Dominum …( tournés vers le Seigneur) : elle donne à penser qu’après la liturgie de la Parole forcément célébrée face à l’assemblée, tous se retournaient vers l’orient pour la suite de la célébration. Il est certain qu’à Rome, l’usage de l’autel papal face à l’assemblée vient du fait que la basilique Saint-Pierre est occidentée, c’est-à-dire que son abside est tournée vers l’ouest, particularité architecturale liée au désir de construire l’autel à l’aplomb du tombeau de l’Apôtre ; celui-ci étant adossé à la colline, la construction ne pouvait se développer qu’en direction de l’est, donc en sens contraire de l’usage habituel. Mais le pontife, à l’autel, continuait à prier, selon l’usage, versus ad orientem, donc face aux fidèles – ou face à la porte.

    Cela dit, l’usage de la célébration face aux fidèles, s’il peut tout de même prétendre à l’antiquité, n’est peut-être pas venu, pour le coup, d’un désir de retour à l’antique, mais plutôt du désir de retrouver dans la célébration habituelle avec les fidèles une proximité qui avait été expérimentée dans les conditions extrêmes des messes sur le front, en 1914-1918 et en 1939-1940, ou les conditions exceptionnelles des messes en plein air des camps Scouts et des rassemblements de jeunesse de l’entre-deux guerres. La « mode », si l’on peut dire, de la célébration face aux fidèles s’est développée dans les années 1950 – donc antérieurement à la réforme liturgique de Vatican II, et indépendamment d’elle . Dès 1947 l’encyclique Mediator Dei, déjà citée, réprouve l’idée « de rendre à l’autel sa forme primitive de table » et l’un des derniers éclats de Paul Claudel sera un article rageur, dans le Figaro Littéraire du 23 janvier 1955, intitulé La Messe à l’envers .

La restauration liturgique de Vatican II

    On parle habituellement de la réforme liturgique du concile Vatican II. Or le texte de la constitution conciliaire parle habituellement de la restauration liturgique, instauratio liturgica. L’idée directrice est bien de retrouver, autant que faire se peut, l’état primitif. C’est ce qu’on lit au n° 50, à propos de la révision (recognitio) du rite de la messe : « En gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera ; on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira, selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure ou cela apparaîtra opportun ou nécessaire » . Quand on pense aux querelles qui ont suivi la « révision » de 1969, il est piquant de retrouver dans le texte du concile Vatican II l’expression même par laquelle le pape Pie V présentait le travail préparatoire au missel de 1570 : retrouver « l’ancienne norme des saints Pères », pristinam sanctorum Patrum normam . De fait le travail des liturgistes du XVI° siècle s’appuyait sur des principes similaires, mais ne disposait pas véritablement des sources antiques, comme nous l’avons vu plus haut. Le travail suggéré par le Concile n’est pas non plus sans analogie avec la restauration des édifices : supprimer les ajouts inutiles, retrouver les lignes primitives au prix d’un décapage prudent, rétablir lorsqu’on le peut l’état d’origine. De fait la grande majorité des textes « nouveaux » du Missel de 1969 proviennent en fait des anciens sacramentaires ; la prière eucharistique II est une adaptation d’un texte du III° siècle, la tradition apostolique ; la prière eucharistique III a été composée à partir d’éléments provenant des missels gallicans ou mozarabes, et la prière eucharistique IV est une version « simplifiée » d’une anaphore byzantine attribuée à saint Basile (IV° siècle). On pourrait donner, à chaque page, de semblables exemples. L’impression de « nouveauté » a cependant prévalu, peut-être aussi parce qu’une nouveauté « sauvage » avait surgi avant même la promulgation du missel officiel : Dom Bernard Botte raconte dans ses souvenirs que si le pape Paul VI avait pris la décision de faire confectionner par le concilium chargé de la rédaction du missel trois nouvelles prières eucharistiques, c’est qu’il était effrayé de voir qu’en Hollande, on avait commencé sans plus attendre à rédiger une foule de prières eucharistiques non officielles (on se rappelle peut-être le recueil du P. Oosterhuis, qui eut, dans ces années-là, un certain succès).

    La révision de l’ordinaire de la messe, tel qu’il était demandé au n° 50 de la constitution conciliaire, s’accompagnait d’une autre demande importante, formulée immédiatement après (n°51) : « Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors bibliques pour que, dans un nombre d’années déterminées, on lise au peuple la partie la plus importante (praestantior) des Saintes Écritures ». Cette mise dans les mains du peuple chrétien du trésor de la Sainte Écriture à travers les lectures de la messe a été saluée depuis le départ comme une des très heureuses initiatives de la réforme liturgique. Là encore, on s’inspirait, pour une part, de l’antique : ainsi l’utilisation systématique de deux lectures avant l’évangile, aux messes dominicales, la première d’entre elles étant, la plupart du temps, une lecture de l’Ancien Testament. On ne faisait là que retrouver l’usage primitif, progressivement disparu dans le haut moyen âge, lorsque l’on avait « raccourci » tous les choix de textes et de prières pour faire tout tenir dans un seul volume, à l’époque où la production d’un manuscrit était longue et onéreuse. On retrouvait aussi l’utilisation nécessaire de plusieurs livres pour célébrer la messe. Alors qu’avant 1969 tout tenait dans le seul missel du prêtre, il fallait désormais, comme aux temps antiques, en plus du missel réservé aux prières sacerdotales, le lectionnaire contenant l’ensemble des lectures, un évangéliaire, et les différents livres de chant. Le choix et la répartition de ces lectures était cependant, lui, d’une radicale nouveauté. Sauf pour quelques féries du carême, les rédacteurs du nouveau lectionnaire ont délibérément abandonné les antiques répartitions des lectures, au profit de système de « lecture continue », permettant de lire les textes essentiels, praestantior pars Scripturarum, en trois ans pour les dimanches, en deux ans pour la semaine. Dans ce domaine, une lecture inspirée des principes directeurs de l’exégèse historico-critique avait prévalu sur les antiques rapprochements de textes inspirés, eux, par l’exégèse symbolique et allégorique des Pères de l’Église. Curieusement aussi, alors que l’on proclamait haut et fort les vertus de ce « retour » à l’Écriture Sainte, on abandonnait, dans la pratique, l’usage de ne tirer que de l’Écriture Sainte les chants de la messe ; les antiennes grégoriennes traditionnelles, introït, offertoire, communion, toutes tirées des textes bibliques, même si elles figuraient toujours dans le missel, disparaissaient de fait au profit des cantiques en langue vulgaire, d’une qualité laissant bien souvent à désirer. Nous avons encore à découvrir, quarante ans après la promulgation du missel, que le psaume est un chant et que l’Écriture Sainte n’est pas cantonnée aux seules lectures.

    Un autre thème majeur se lisait au n° 21 de la constitution conciliaire. La « restauration » des rites avait aussi une  visée particulière, permettre la « participation » du peuple chrétien : « Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire » .
Ce sera un des leitmotiv de la mise en place de la réforme, la «participation des fidèles ».   Mais le mot français ne traduit que très imparfaitement le latin participatio. Je serai tenté de dire que c’est une des expressions « martyres» du Concile. Participatio est un mot que la vieille langue liturgique utilise pour parler d’abord de la communion eucharistique, participatio sacramenti. Nous prions pour être rendus « participants » des mystères, pour y avoir part, non seulement par une communion extérieure, mais par la conscience intérieure de ce qu’ils signifient. Un autre passage de la constitution Sacrosanctum Concilium, au n°48, explicite très bien ce que le concile entend par « participation » : « Que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la Table du Seigneur ; qu’offrant la victime sans tâche, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi unis à lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes. » (C’est nous qui soulignons).
Le sens premier de « participation » vise donc d’abord l’intelligence intérieure de ce que nous recevons dans le sacrement de l’eucharistie ; la « compréhension » « consciente » et « pieuse » de ce qui est accompli est la condition préalable pour participer « activement ». Le mot latin employé par le concile, actuosus, actuose, ne signifie d’ailleurs pas « actif » mais « agissant » : l’actuosa participatio, c’est une participation « qui porte son fruit » , qui agit en nous. Ce n’est donc pas d’abord une activité vibrionante autour du sanctuaire, mais plutôt ce qui peut faciliter l’intériorité, la conscience profonde de ce qui est célébré, l’accueil de la grâce.

    L’élément qui a donné le plus fortement une impression de rupture avec la liturgie antérieure a sans doute été l’abandon de la langue latine, qui apparaissait jusqu’alors comme l’enveloppe obligée de la liturgie. « L’Église a estimé nécessaire cette mesure – disait le Pape Paul VI le 7 mars 1965, jour de l’entrée en application de ce premier élément de la réforme – pour rendre intelligible sa prière. Le bien du peuple exige ce souci de rendre possible la participation active des fidèles au culte public de l’Église. L’Église a fait un sacrifice en ce qui concerne sa langue propre, le latin, qui est une langue sacrée, grave, belle, extrêmement expressive et élégante. Elle a fait le sacrifice de traditions séculaires, et, surtout, de l’unité de langue entre ses divers peuples, pour le bien d’une plus grande universalité, pour arriver à tous »

    La restauration des rites devait enfin se traduire également dans l’espace. La constitution conciliaire déjà citée donnait dans sa dernière partie quelques directives assez précises : tout en stipulant qu’il fallait « conserver avec tout le soin possible » le trésor artistique légué par les siècles passés, il convenait désormais d’avoir en vue « une noble beauté plutôt que la seule somptuosité ». Les évêques se voyaient invités à veiller « à ce que le mobilier sacré ou les œuvres de prix, en tant qu’ornements de la maison de Dieu, ne soient pas aliénés ou détruits » ; mais dans le même temps il était bien annoncé que les règles régissant « la structure …des édifices, la forme et la construction des autels, […] la distribution harmonieuse des images sacrées, de la décoration et de l’ornementation » étaient appelées à être révisées.

L’ « esthétique » sous-jacente à la réforme liturgique de 1969 est peut-être le côté par lequel apparaît le plus clairement son aspect de « retour à l’antique ». Le pape Paul VI en donna le premier l’exemple, en abandonnant les fastueux ornements hérités de la Contre-Réforme au profit d’ornements directement inspirés des modèles antiques, d’une  « noble simplicité ». Ce n’était d’ailleurs là que la dernière étape d’un mouvement commencé au XIX° siècle avec Dom Guéranger, tout a fait parallèle au mouvement de retour aux textes anciens. Mais, plus encore, c’est dans la « spatialisation » de la liturgie que se traduisait cette idée. Le modèle spatial sous-jacent au Missel tridentin est soit la messe « privée » (le prêtre, seul à l’autel avec son servant), soit, pour la messe solennelle, la messe « paroissiale », incluant l’instruction des fidèles, le « prône », depuis la chaire. Le modèle sous jacent au Missel de 1969 est bien plutôt la messe « stationnale » des basiliques antiques, c’est-à-dire la messe présidée par l’évêque, à sa cathèdre, face aux fidèles et entouré de son presbyterium, rassemblant tout le peuple de Dieu pour une célébration unique.

***

    Le cardinal de Lubac a fait remarquer, dans un regard sur son œuvre modestement intitulé « mémoire sur l’occasion de mes écrits », que l’une des sources des difficultés de réception du concile Vatican II tient à une méprise. Le retour à la tradition authentique de l’Église a fait les frais d’un affrontement non pas entre « anciens » et « modernes », comme on a pu le penser, mais entre deux formes de « modernité » : une « modernité pétrifiée » au XIX° siècle, ne sachant pas reconnaître dans ce qu’elle prenait pour des « nouveautés » les « normes primitives des saints Pères » ; et une « modernité nouvelle, agitée mais sans boussole », interprétant comme une rupture purificatrice – du passé faisons table rase – ce qui se voulait une restauration respectueuse.

Le pape Benoît XVI, des premiers aux derniers discours de son pontificat, n’a cessé d’insister pour que l’on interprète le Concile Vatican II non pas dans une herméneutique de la « rupture », mais dans une herméneutique de la continuité. Cela vaut, en premier, pour la « restauration » liturgique. Puissions-nous, au bout de cinquante ans, entrer dans la possession tranquille des richesses que le nouveau missel a mis dans les mains des fidèles – richesses, redisons-le, pour la plupart issues des sources les plus anciennes et les plus vénérables. Le missel entré en vigueur le 30 novembre 1969 ne se voulait pas une liturgie de « rupture ». Comme son prédécesseur de 1570, et sans doute mieux que lui, il voulait réaliser le véritable retour « aux normes primitives des saints Pères ». Par bien des côtés, nous avons encore à le découvrir.

Le chant grégorien aujourd’hui : difficultés, défi, évangélisation

Suite de notre série « origine et actualité du chant grégorien ». 1er article ici et 2ème article ici, 3ème article ici.

 


Graduale Triplex 1979. répons Ingrediente de la procession des Rameaux Avec la notation Sangalienne sous la portée.

On se rend bien compte de la difficulté que nous avons aujourd’hui par rapport au poids théologique et rituel que peut emporter avec lui le répertoire du chant grégorien. L’urgence est donc de rendre vivant, actuel, quotidien le répertoire grégorien non pas par attrait pour un certain « sound reverberatif » même si – au moins dans un premier temps – il paraît plus roboratif que certaines chansonnettes qu’on entend aujourd’hui dans les églises, mais pour ce qu’il est : le cant de l’Eglise en prière, celle de l’« Épouse, chérie de l’Époux et toujours exaucée ». Il nous faut donc aller plus loin, retrouver le caractère universel et transhistorique de ce répertoire romano-franc, au sujet duquel, une fois l’idéologie dépassée, tout le monde arrive à se mettre d’accord.

Les mélodies grégoriennes de forme ornée sont irremplaçables. Et elles sont caractéristiques. De certains Introïts émane un charme qui créée le climat de la célébration, liée au temps liturgique et à la fête. (…) Certains graduels, offertoires, ou communions sont des perles précieuses qui alimentent profondément la piété des fidèles.(…) Chantés comme il faut, avec sentiment et compétence par une schola ou même par un chantre vraiment qualifié, dans le silence recueilli et méditatif de l’assemblée, ils émeuvent profondément et unissent à Dieu. Lorsque l’on a toutes les possibilités de bien exécuter ce répertoire, ce serait une erreur de l’abandonner pour des mélodies plus simples ou populaires » (P. Annibale Bunigni, secrétaire du Consilium pour l’application de la réforme liturgique de Vatican II)

Le chant grégorien, il n’y a rien de plus sérieux. La raison pour laquelle nous écarterons les arguments de ceux qui nous expliquent qu’en fin de compte, le rite et / le chant, ce n’est pas le plus important, est parfaitement résumée dans l’intervention de Benoît XVI au collège des Bernardins :

« Il y a encore un autre pas à faire. La Parole de Dieu elle-même nous introduit dans un dialogue avec Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler. En particulier, dans le Livre des Psaumes, il nous donne les mots avec lesquelles nous pouvons nous adresser à Lui. Dans ce dialogue, nous Lui présentons notre vie, avec ses hauts et ses bas, et nous la transformons en un mouvement vers Lui. Les Psaumes contiennent en plusieurs endroits des instructions sur la façon dont ils doivent être chantés et accompagnés par des instruments musicaux. Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le Gloria qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le Sanctus qui, selon Isaïe 6, est l’acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. À ce sujet, écoutons encore une fois Jean Leclercq : « Les moines devaient trouver des accents qui traduisent le consentement de l’homme racheté aux mystères qu’il célèbre : les quelques chapiteaux de Cluny qui nous aient été conservés montrent les symboles christologiques des divers tons du chant » (cf. Dom Jean Leclerc,. L’Amour des lettres et le désir de Dieu Initiation aux auteurs monastiques du Moyen Âge, p. 229).

Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : Coram angelis psallam Tibi, Domine – en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la regio dissimilitudinis, dans la ‘région de la dissimilitude’. Saint Augustin avait tiré cette expression de la philosophie platonicienne pour caractériser l’état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions, VII, 10.16) : l’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la ‘région de la dissimilitude’, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une « créativité » personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les « oreilles du cœur » les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité. »

Nous ferons donc du chant grégorien non seulement parce que c’est beau, que c’est juste, et que c’est ce que demande l’Église, mais parce que nous y trouverons notre voie d’humanité. Trouver notre voie par notre voix… Saint Exupéry, qui rappelons-le était non croyant, semble même faire écho au S. Père sur ce sujet, dans sa Lettre au général « X » (1943).

« Ah général, il n’y a qu’un problème, un seul, de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle. Des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j’avais la foi, il est bien certain que, passée cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterais plus que Solesmes. On ne peut plus vivre de Frigidaires, de politique, de belote et de mots croisés. »

Évidemment, ce texte est de plus en plus d’actualité, même si on ne la référence au frigidaire et à la belote serait revue si ce texte était écrit aujourd’hui…

La question du chant liturgique en général et du chant grégorien en particulier n’est pas aussi simple que ce qu’on veut nous faire croire… Pour percevoir ce qu’est le chant grégorien, il faut le pratiquer dans son ensemble, les pièces ornées comme les récitatifs, en imbiber le quotidien, et remettre son souffle et son corps, et donc son cœur et son âme à sa vraie place sous le regard de Dieu.

« De fait, la meilleure école pour comprendre et pénétrer les secrets d’un répertoire demeure la pratique régulière de ce répertoire : (…) Alors pourquoi cette résistance face à la volonté de restaurer en totalité ou en partie – selon les circonstances – la messe célébrée sous sa forme latine et grégorienne ? Les générations nouvelles seraient-elles plus ignorantes que celles qui les ont précédées ? (…)

Le chant grégorien n’a pas à devenir une musique de conservatoires ou de concerts, ou de disques : il n’a pas à être momifié pour être présenté dans des musées. Il doit demeurer vivant, redevenir vivant au sein de nos assemblées ; c’est en l’entendant et en le chantant au cours des liturgies qu’il pourra nourrir les fidèles au point que ceux-ci se sentiront davantage encore faire partie du peuple de Dieu.

Il est grand temps de sortir de notre torpeur : les exemples lumineux doivent venir des cathédrales, des grandes églises, des monastères et des couvents, des séminaires et des maisons de formation religieuse… Ainsi les plus petites paroisses seront-elles « contaminées » à leur tour par la suprême beauté du chant de l’Église. Ainsi, le pouvoir de persuasion du chant grégorien va-t-il rayonner pour aller jusqu’à conforter le peuple dans son authentique sens de la foi catholique. Et l’esprit du chant grégorien inspirera les nouvelles compositions, tout en guidant les efforts faits en vue de l’inculturation à travers un véritable Sensus Ecclesiae. (…) C’est le bon moment pour agir : n’attendons plus. (Mgr Miserachs Grau, 2005, directeur de l’institut pontifical de musique sacrée, Rome).

Pratiquer au quotidien le chant grégorien, c’est en particulier le pratiquer dans l’office divin, qui rappelons-le n’est pas un sacrement, et donc n’a pas nécessairement besoin d’un ministre ordonné pour être mis en œuvre (même si c’est préférable). L’office divin st donc atteignable pour tous et chacun, y compris dans chacune de nos maisons, au quotidien.

En conclusion de la première partie (fiches 1 à 4)

Lorsqu’on fait un parcours historique du répertoire du chant grégorien et de ses notations, on se rend compte qu’on est en présence d’une réalité somme toute assez mouvante, ce qui est tout de même le comble pour un répertoire dont la réputation est d’être une sorte de paradigme de tradition.

Ne serait-ce qu’au point de vue de l’évolution des « notations » :un répertoire composé sans aucune référence à la musique écrite (chose tout à fait impensable à l’époque) puis passage progressif de l’écriture neumatique à la portée, puis réforme profonde du chant à l’époque baroque, puis « reinventio » du répertoire.

Si on essaie de toucher la réalité du répertoire grégorien au travers des publications (antiphonaires et graduels) on a alors : les deux principales notations neumatiques (Laon et Saint Gall), puis manuscrits sur portées, puis les différentes éditions imprimées. L’édition médicéenne, dont nous avons montré la faible valeur, puis Graduels de dom Pothier, antiphonaire de 1912, antiphonaire monastique de 1934 (avec légitimation mais non « canonicité ») des épisèmes et points (dits « signes rythmiques de Solesmes »), puis avènement des éditions triplex (la première version étant le « graduel neumé » de dom Cardine à partir duquel a été tiré le Graduale Triplex de 1979, à partir d’une édition du graduel vatican de 1908 sur lequel l’édition « commerciale » de 1961 a ajouté les fameux signes rythmiques, sans aucune réflexion mélodique), puis les éditions du psalterium monasticum (1981) et du liber hymnarius de 1983 (le second étant un livre officiel du rite romain) qui revoient déjà de façon assez forte le système de notation impliquant une certaine évolution des règles interprétatives), puis de l’Antiphonale Monasticum de 2005, des Heures grégoriennes de 2008, et de l’Antiphonale romanum de 2009. Les dernières éditions en particulier proposent des graphies précises pour les uncinus, strophae, salicus ; les barres, demi barres et quart de barre sont beaucoup mieux placées et on un sens musical (ce qui n’est pas du tout le cas sur le Graduale romanum de 1908 et ses succédanés), sans parler de cette œuvre musicologique mais inutilisable dans une « vraie » liturgie qu’est le Graduale novum de 2011. Bref, aujourd’hui, lorsqu’on parle de la « notation carrée » du chant grégorien, on est face à une réalité multiforme. Nous verrons donc, dans les prochaines fiches, la relation que nous pouvons établir entre les partitions modernes, les manuscrits et l’interprétation.

Ordo de la messe latin – français

On nous a beaucoup demandé un ordo de la messe ordinaire chantée. Le voici. Vous pouvez également télécharger une version pdf formatée pour tenir sur 8 pages, soit si elle est imprimée en livret recto verso, deux feuilles à insérer dans votre Graduale.

Liturgie de la Messe chantée en grégorien. Prière eucharistique I (canon romain)

Livret latin –français Forme ordinaire du rite romain en conformité avec la pratique léguée du rite romain (Cf. IMGR 2002,42)

(NB : les traductions mentionnées ici ne sont pas à l’usage liturgique. Elles ont pour seul but d’aider à une meilleure compréhension du latin)

Introït :
Pendant l’entrée du célébrant, le chœur (ou la schola) chante une antienne parfois accompagnée de versets
(introït). (Texte sur l’encart).

In nómine Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti.

R/. Amen

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. R/. Amen.

Dóminus vobíscum.

Vel : Pax vobis

Le Seigneur soit avec vous. (ou une autre salutation prévue au missel)

Ou : la Paix soit avec vous
(messe pontificale)

R/. Et avec votre esprit.

Acte pénitentiel : Le dimanche on procède au rite de l’aspersion. Après la bénédiction de l’eau et du sel (ad libitum), on chante l’ant. Asperges me ou au temps pascal Vidi Aquam (textes et mélodies sur l’encart). Sinon on procède à l’acte pénitentiel simple :

Fratres, agnoscámus peccáta nostra, ut apti simus ad sacra mystéria celebránda.

Préparons-nous à la célébration de l’eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs.

Confíteor Deo omnipoténti et vobis, fratres, quia peccávi nimis cogitatióne, verbo, ópere et omissióne: et, percutientes sibi pectus, dicunt: mea culpa, mea culpa, mea máxima culpa. Deinde prosequuntur: Ideo precor beátam Maríam semper Vírginem, omnes Angelos et Sanctos, et vos, fratres, oráre pro me ad Dóminum Deum nostrum.

Misereátur nostri omnípotens Deus et, dimissís peccátis nostris, perdúcat nos ad vitam aetérnam. R/. Amen.

Je confesse à Dieu tout puissant et à vous, mes frères, car j’ai péché par la pensée, la parole, les actes et par omission : et en se frappant la poitrine on dit : je suis coupable, je suis coupable, je suis grandement coupable. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, tous les Anges et les Saints, et vous, frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Aie pitié de nous Dieu tout puissant et, nos péchés ayant été remis, conduis-nous à la vie éternelle. R/. Amen.

Supplication solennelle : la formule peut être chantée deux ou trois fois. La supplication solennelle en forme de litanie est entrée dans la messe au moins dès le VI° siècle. « Kyrios » signifie Seigneur et rappelle le pouvoir suprême de Jésus sur toute la création. « Christos » signifie oint d’huile, marqué pour une mission précise. Jésus est envoyé parmi nous pour nous sauver du péché et de la mort.

Kyrie, eléison. (bis ou ter)

Christe, eléison. (bis ou ter)

Kyrie, eléison. (bis ou ter)

Seigneur, aie pitié (bis ou ter)

O Christ, aie pitié (bis ou ter)

Seigneur, aie pitié (bis ou ter)

Hymne de louange. (Réservé aux dimanches et à certaines fêtes, hors Avent et Carême). Cette hymne commence par le chant des anges la nuit de Noël, puis elle développe une louange à chacune des personnes divines mais particulièrement au Christ, comme l’Agneau de Dieu, le Fils égal du Père.

Célébrant : Gloria in excelsis Deo

Schola : Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.

Assemblée : Laudamus te.

Schola : Benedicimus te.

Assemblée : Adoramus te.

Schola : Glorificamus te.

Assemblée : Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam,

Schola : Domine Deus, Rex caelestis, Deus Pater omnipotens.

Assemblée : Domine Fili unigenite, Iesu Christe.

Schola : Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris,

Assemblée : qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

Schola : qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram ;

Assemblée : qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

Schola : Quoniam tu solus Sanctus,

Assemblée : tu solus Dominus,

Schola : tu solus Altissimus, Iesu Christe.

Assemblée : Cum Sancto Spiritu : in gloria Dei Patris.

Tous :Amen.

Célébrant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux

Schola : Et paix sur la terre aux hommes qui L’aiment.

Assemblée : Nous Te louons.

Schola : Nous Te bénissons.

Assemblée : Nous T’adorons.

Schola : Nous Te glorifions.

Assemblée : Nous Te rendons grâce pour Ton immense gloire,

Schola : Seigneur Dieu, Roi du ciel, Dieu le Père tout puissant

Assemblée : Seigneur, Fils unique, Jésus-Christ.

Schola : Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père,

Assemblée : Toi qui enlèves le péché du monde, aie pitié de nous.

Schola : Toi qui enlèves le péché du monde; reçois notre prière.

Assemblée : Toi qui es assis à la droite du Père, aie pitié de nous.

Schola : Car Toi seule es Saint,

Assemblée : Toi seul es Seigneur,

Schola :Toi seul es le Très-Haut, Jésus-Christ.

Assemblée : Avec le Saint Esprit, dans la gloire de Dieu le Père,

Tous : Amen.

Collecte :
l’assemblée prie en silence quelques instants et le prêtre rassemble (collecte) toutes ces prières personnelles dans une formule inspirée du mystère du jour (texte sur l’encart).

1ère lecture : Elle est proférée par un lecteur, de l’ambon. Elle peut être lue ou préférablement, chantée. A l’issue de la lecture, acclamation :

Verbum Domini. R/. Deo gratias.

Parole du Seigneur. R/. Nous rendons grâces à Dieu.

Psalmodie : Répons graduel ou répons alléluiatique.

Après la lecture, il est de coutume de psalmodier. A la messe chantée, un répons « graduel » (chanté sur les « degrés ») est exécuté par la schola ou quelques chantres. Au temps pascal, c’est un répons alléluiatique. Le répons est repris après le chant du verset, à moins que l’on prévoie de chanter ensuite (ad libitum) un répons alléluiatique, que l’on enchaînera immédiatement.

2ème lecture : Les dimanches et les solennités, elle est proférée par un lecteur, de l’ambon. Elle peut être lue ou préférablement, chantée. A la fin de la lecture, acclamation (c’est cette mélodie qui est utilisée s’il n’ya qu’une seule lecture) :

Verbum Domini. R/. Deo gratias.

Parole du Seigneur. R/. Nous rendons grâces à Dieu.

Psalmodie  Répons alléluiatique ou trait – (séquence). Texte sur l’encart.

Après la deuxième lecture, à la messe chantée, l’autre psalmodie est habituellement un répons alléluiatique, ou, en carême un trait. Si la liturgie prévoit une séquence, le cas échéant, à la messe chantée, on ne reprend alors pas le répons mais on enchaîne directement la séquence après le verset alléluiatique.

Evangile. (texte sur l’encart). Chanté ou lu par le diacre ou le prêtre.

Dóminus vobíscum. R/. Et cum spíritu tuo. Lectio sancti Evangélii secúndum N., R/. Glória tibi, Dómine,

Le Seigneur soit avec vous. R/. Et avec votre esprit.

Lecture du saint Évangile selon Mathieu (Marc / Luc / Jean).

R/. Gloire à Toi Seigneur.

 

Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.

Homélie : obligatoire le dimanche et les solennités.

Profession de foi (Credo). Texte sur l’encart.
Chanté le dimanche et certaines grandes fêtes.

Prière universelle
(ad libitum) :
introduite par le célébrant, elle est ordinairement lue ou préférablement chantée à l’ambon par le diacre. Réintroduite à l’occasion de la réforme liturgique issue du concile Vatican II, la prière universelle ou « des fidèles » est de forme litanique reprend une pratique très ancienne de rites orientaux ou occidentaux. La réponse de l’assemblée est ordinairement « Kyrie Eleison ».

Offertoire. Pendant la procession des offrandes le chœur (ou la schola) chante une antienne, parfois accompagnée d’un verset, (textes sur l’encart) pendant que les ministres accomplissent le rite de la praeparatio donorum en silence. A l’invitation du prêtre on se met debout et il conclut le rite par une prière, à laquelle répond le diacre, ou un concélébrant, l’acolyte, (le cas échéant, les mots entre crochets sont ad libitum prononcés à mi-voix) ou encore l’assemblée.

Oráte, fratres: [ut meum ac vestrum sacrifícium acceptábile fiat apud Deum Patrem omnipoténtem.

R/. Suscípiat Dóminus sacrifícium de mánibus tuis ad laudem et glóriam nóminis sui, ad utilitátem quoque nostram totiúsque Ecclésiae suae sanctae.]

Priez mes frères: [ afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréé par Dieu le Père tout-puissant.

R/. Que le Seigneur reçoive de vos mains un sacrifice à la louange et à la gloire de Son Nom,  pour notre bien et celui de toute Sa sainte Église. ]

Et, après un temps de prière silencieuse.

Prière sur les oblats (oratio super oblata) texte sur l’encart.

La prière eucharistique est l’action de grâces solennelle au cours de laquelle l’Église, par le ministère du prêtre, consacre le pain et le vin, les change en corps et sang du Christ, offerts au Père pour le salut du monde. On peut reconnaître dans cette longue prière trois points forts : le chant de la préface, le récit de la Cène, la doxologie finale. Il y a un grand nombre de préfaces, le célébrant choisit celle qui convient le mieux au mystère liturgique du jour. Leur cadre littéraire est toujours le même : une louange au Père par son Fils Jésus-Christ. Mais on rend grâces particulièrement pour un aspect du mystère du salut. La préface s’ouvre par un dialogue qui assure l’unité d’intention entre le célébrant et l’assemblée, et elle s’épanouit, par un mouvement lyrique, dans le chant du Sanctus, qui évoque la liturgie éternelle devant le trône de Dieu.

Dóminus vobíscum. R/. Et cum spíritu tuo.

Sursum corda. R/. Habémus ad Dóminum.

Grátias agámus Dómino Deo nostro. R/. Dignum et iustum est.

Le Seigneur soit avec vous.
R/: Et avec votre esprit.
Elevons notre cœur.
R/: Nous le tournons vers le Seigneur.
Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
R/. Cela est juste et bon.

Vere dignum et iustum est, aequum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere: Dómine, sancte Pater, omnípotens aetérne Deus: …

Vraiment il est juste et bon, c’est notre devoir et notre salut, de Te rendre grâces toujours et en tout lieu : Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant :

… (texte sur l’encart)

Sanctus, Sanctus, Sanctus Dóminus Deus Sábaoth. Pleni sunt caeli et terra glória tua. Hosánna in excélsis. Benedíctus qui venit in nómine Dómini. Hosánna in excélsis.

Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers. Le ciel et la terre sont remplis de Ta Gloire. Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. 

On se met à genoux, jusqu’au Per ipsum (Cf. IGMR 2002,43). La prière eucharistique I ou Canon romain s’ouvre sur une prière pour l’unité de l’Église, autour du pape et de l’évêque du diocèse. La messe en effet n’est pas l’action privée de tel prêtre, mais la liturgie de l’Église entière par le ministère du prêtre, son représentant. Celui-ci doit donc faire mention explicite de son union avec la hiérarchie.

TE ígitur, clementíssime Pater, per Iesum Christum, Fílium tuum, Dóminum nostrum, súpplices rogámus ac pétimus, uti accépta hábeas signat semel super panem et calicem simul, dicens: et benedícas + haec dona, haec múnera, haec sancta sacrifícia illibáta, in primis, quae tibi offérimus pro Ecclésia tua sancta cathólica: quam pacificáre, custodíre, adunáre et régere dignéris toto orbe terrárum: una cum fámulo tuo Papa nostro N. et Antístite nostro N. et ómnibus orthodóxis atque cathólicae et apostólicae fídei cultóribus.

Père très clément, Toi vers qui montent nos louanges, nous Te prions humblement et nous Te supplions, par Jésus Christ, Ton Fils, notre Seigneur, d’accepter et de bénir + ces dons, ces présents, ces offrandes saintes et sans taches . Nous Te les présentons avant tout, pour Ta sainte Église catholique : daigne lui donner la paix, la protéger, la rassembler dans l’unité et la gouverner par toute la terre en communion avec Ton serviteur notre Pape N. , notre Évêque N. , l’ensemble des évêques, des prêtres et tous ceux qui veillent fidèlement sur la foi catholique et apostolique.

Chaque prêtre (qui célèbre ou concélèbre) présente au memento des fidèles les vivants qui lui ont été recommandés.

MEMENTO, Dómine, famulórum famularúmque tuárum N. et N. et ómnium circumstántium, quorum tibi fides cógnita est et nota devótio, pro quibus tibi offérimus: vel qui tibi ófferunt hoc sacrifícium laudis, pro se suísque ómnibus: pro redemptióne animárum suárum, pro spe salútis et incolumitátis suae: tibíque reddunt vota sua aetérno Deo, vivo et vero.

Souviens-Toi, Seigneur, de Tes serviteurs et de Tes servantes N. et N. et de tous ceux ici assemblés, dont tu connais la foi et la dévotion. Pour eux nous T’offrons ou ils T’offrent  eux-mêmes ce Sacrifice de louange, pour eux et pour les leurs, pour la rédemption de leur âme, dans l’espérance du salut et de leur conservation ; et ils Te rendent cet hommage, à Toi, Dieu éternel, vivant et vrai .  

L’Église du ciel, avec ses saints, est toujours présente à la Messe. Les saints ici nommés sont ceux que l’Église romaine honore particulièrement. Nous demandons leur intercession. Pour les grandes fêtes et certaines occasions, il existes des Communicantes propres (le cas échéant, texte sur l’encart).

COMMUNICANTES, et memóriam venerántes, in primis gloriósae semper Vírginis Maríae, Genetrícis Dei et Dómini nostri Iesu Christi: + sed et beáti Ioseph, eiúsdem Vírginis Sponsi, et beatórum Apostolórum ac Mártyrum tuórum, Petri et Pauli, Andréae, (Iacóbi, Ioánnis, Thomae, Iacóbi, Philíppi, Bartholomaei, Matthaei, Simónis et Thaddaei: Lini, Cleti, Cleméntis, Xysti, Cornélii, Cypriáni, Lauréntii, Chrysógoni, Ioánnis et Pauli, Cosmae et Damiáni) et ómnium Sanctórum tuórum; quorum méritis precibúsque concédas, ut in ómnibus protectiónis tuae muniámur auxílio. (Per Christum Dóminum nostrum. Amen.)

Unis dans une même communion, nous voulons vénérer en premier lieu la mémoire de la Glorieuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ et ensuite de Saint Joseph, son très chaste Époux, de Tes Saints Apôtres et Martyrs, Pierre et Paul, André, (Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Simon et Jude, Lin, Clet, Clément, Xyste, Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien) et de tous Tes Saints . Accorde-nous, par leurs mérites et leurs prières d’être, toujours et partout, munis du secours de Ta protection . (Par le Christ notre Seigneur . Amen.)

Avant de prononcer les paroles de la consécration, l’Église demande que ce sacrifice assure notre salut intégral, nous donnant en ce monde troublé un gage de la paix de Dieu, et, pour le monde à venir, une espérance de gloire.

HANC ígitur oblatiónem servitútis nostrae, sed et cunctae famíliae tuae, quaesumus, Dómine, ut placátus accípias: diésque nostros in tua pace dispónas, atque ab aetérna damnatióne nos éripi et in electórum tuórum iúbeas grege numerári. (Per Christum Dóminum nostrum. Amen.)

Voici donc l’Offrande que nous Te présentons, nous Tes serviteurs et Ta famille entière : nous Te supplions de l’accepter avec bienveillance, de disposer nos jours dans la paix, de nous arracher à la damnation éternelle et de nous recevoir au nombre de Tes élus .(Par le Christ notre Seigneur . Amen.)

Toute sanctification ou consécration est l’œuvre particulière de l’Esprit Saint : c’est lui qui donne la vie. L’Église supplie Dieu d’intervenir pour la consécration, qui change le pain et le vin au corps et au sang du Christ.

QUAM oblatiónem tu, Deus, in ómnibus, quaesumus, benedíctam, adscríptam, ratam, rationábilem, acceptabilémque fácere dignéris: ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectíssimi Fílii tui, Dómini nostri Iesu Christi.

Cette Oblation, Dieu, nous T’en prions, daigne la bénir, l’agréer, l’approuver pleinement, la rendre parfaite et digne de Te plaire afin qu’elle devienne pour nous le Corps et le Sang de Ton Fils bien-aimé Jésus Christ, notre Seigneur.

Le prêtre redit, parlant en son nom, les paroles de Jésus consacrant et changeant le pain en Son corps et le vin en Son sang. Dès que les paroles de consécration sont dites, le Seigneur est réellement présent sous les apparences du pain et du vin. L’assemblée adore le Corps et le Sang du Christ lorsque le prêtre lui montre le calice et l’hostie.

QUI, prídie quam paterétur, accépit panem in sanctas ac venerábiles manus suas, et elevátis óculis in caelum ad te Deum Patrem suum omnipoténtem, tibi grátias agens benedíxit, fregit, dedítque discípulis suis, dicens: ACCÍPITE ET MANDUCÁTE EX HOC OMNES: HOC EST ENIM CORPUS MEUM, QUOD PRO VOBIS TRADÉTUR.

La veille de Sa Passion, Il prit le pain dans Ses mains saintes et vénérables, et, les yeux élevés au ciel, vers Toi, Dieu Son Père tout-puissant, Te rendant grâces, Il le bénit, le rompit, et le donna à Ses disciples en disant : PRENEZ ET MANGEZ EN TOUS : CECI EST MON CORPS, LIVRE POUR VOUS.

Símili modo, postquam cenátum est, accípiens et hunc praeclárum cálicem in sanctas ac venerábiles manus suas, item tibi grátias agens benedíxit, dedítque discípulis suis, dicens: ACCÍPITE ET BÍBITE EX EO OMNES: HIC EST ENIM CALIX SÁNGUINIS MEI NOVI ET AETÉRNI TESTAMÉNTI, QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDÉTUR IN REMISSIÓNEM PECCATÓRUM. HOC FÁCITE IN MEAM COMMEMORATIÓNEM. Mystérium fídei.

De même, après le repas, prenant aussi ce précieux Calice dans Ses mains saintes et vénérables, Te rendant grâces de nouveau, Il le bénit, et le donna à Ses disciples en disant : PRENEZ ET BUVEZ EN TOUS : CECI EST LE CALICE DE MON SANG,  LE SANG DE L’ALLIANCE NOUVELLE ET ETERNELLE, QUI SERA VERSE POUR VOUS ET POUR UNE MULTITUDE EN REMISSION DES PECHES. FAITES CECI EN MEMOIRE DE MOI. Mystère de foi.

R/. Mortem tuam annuntiámus, Dómine, et tuam resurrectiónem confitémur, donec vénias.

R/. Nous annonçons Ta mort, Seigneur, nous célébrons Ta résurrection, jusqu’à ce que tu viennes.

L’Eucharistie est le mémorial de tout le « mystère pascal » ; aussi, après le récit de la Cène et l’évocation de la Passion, fait-on mémoire de la phase glorieuse du mystère, la Résurrection et l’Ascension. Celui qui est ici présent, c’est le Christ vainqueur de la mort, le Vivant, et il se donne à nous comme l’aliment de la vie éternelle : « Je suis le Pain vivant ».

UNDE et mémores, Dómine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, eiúsdem Christi, Fílii tui, Dómini nostri, tam beátae passiónis, necnon et ab ínferis resurrectiónis, sed et in caelos gloriósae ascensiónis: offérimus praeclárae maiestáti tuae de tuis donis ac datis hóstiam puram, hóstiam sanctam, hóstiam immaculátam, Panem sanctum vitae aetérnae et Cálicem salútis perpétuae.

C’est pourquoi, Seigneur, nous Tes serviteurs et Ton peuple saint avec nous, faisant mémoire de la Passion bienheureuse de Ton Fils, Jésus Christ notre Seigneur, de Sa Résurrection du séjour des morts et de Sa Glorieuse Ascension dans les cieux, nous Te présentons, Dieu de gloire et de majesté, cette Offrande choisie parmi les biens que Tu donnes, l’Hostie pure, l’Hostie sainte, l’Hostie immaculée, le Pain sacré de la vie éternelle et le Calice de l’éternel salut

Abel présenta à Dieu les prémices de son troupeau ; Abraham, ce qu’il eut de plus cher, son fils Isaac ; Melchisédech, roi et prêtre mystérieux, offrit lui aussi le pain et le vin. L’Église offre à Dieu le sacrifice unique et définitif du Christ Jésus, dont tous les autres sacrifices n’étaient que des figures.

SUPRA quae propítio ac seréno vultu respícere dignéris: et accépta habére, sícuti accépta habére dignátus es múnera púeri tui iusti Abel, et sacrifícium Patriárchae nostri Abrahae, et quod tibi óbtulit summus sacérdos tuus Melchísedech, sanctum sacrifícium, immaculátam hóstiam.

Sur ces offrandes daigne jeter un regard favorable et accueillir dans Ta bienveillance ce Sacrifice Saint, cette Hostie immaculée, comme il Te plut d’accueillir les présents de Ton serviteur Abel le Juste, le Sacrifice de notre père Abraham, et celui que T’offrit Ton grand-prêtre Melchisedech.

Le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. Tandis que monte vers Dieu le sacrifice du Christ et de l’Église, la grâce, la bienveillance du Père va redescendre sur tous ceux qui participent à ce mystère de salut dans les dispositions voulues.

SUPPLICES te rogámus, omnípotens Deus: iube haec perférri per manus sancti Angeli tui in sublíme altáre tuum, in conspéctu divínae maiestátis tuae; ut, quotquot ex hac altáris participatióne sacrosánctum Fílii tui Corpus et Sánguinem sumpsérimus, omni benedictióne caelésti et grátia repleámur. (Per Christum Dóminum nostrum. Amen.)

Nous T’en supplions, Dieu tout-puissant, fais porter ces Offrandes par Ton Saint Ange sur Ton autel céleste en présence de Ta divine majesté, afin qu’en recevant ici, par notre communion à l’autel, le Corps et le Sang sacrés de Ton Fils, nous puissions être comblés de Ta grâce et de toute bénédiction céleste . (Par le Christ notre Seigneur . Amen.)

Comme il l’a fait pour les vivants, chaque prêtre (célébrant ou concélébrant) prie maintenant pour les défunts qui lui ont été recommandés.

MEMENTO étiam, Dómine, famulórum famularúmque tuárum N. et N., qui nos praecessérunt cum signo fídei, et dórmiunt in somno pacis. Ipsis, Dómine, et ómnibus in Christo quiescéntibus, locum refrigérii, lucis et pacis, ut indúlgeas, deprecámur. (Per Christum Dóminum nostrum. Amen.)

Souviens-Toi aussi, Seigneur, de Tes serviteurs et de Tes servantes N. et N.  qui nous ont précédé,  marqués du signe de la foi, et qui dorment du sommeil de la paix. Pour ceux-là, Seigneur, et pour tous ceux qui reposent dans le Christ : qu’ils entrent, nous implorons Ta bonté, dans le séjour de la fraîcheur, de la lumière et de la paix,. (Par le Christ notre Seigneur . Amen.)

On achève ici la liste des saints protecteurs de l’Église de Rome.

NOBIS quoque peccatóribus fámulis tuis, de multitúdine miseratiónum tuárum sperántibus, partem áliquam et societátem donáre dignéris cum tuis sanctis Apóstolis et Martyribus: cum Ioánne, Stéphano, Matthía, Bárnaba, (Ignátio, Alexándro, Marcellíno, Petro, Felicitáte, Perpétua, Agatha, Lúcia, Agnéte, Caecília, Anastásia) et ómnibus Sanctis tuis: intra quorum nos consórtium, non aestimátor mériti, sed véniae, quaesumus, largítor admítte. Per Christum Dóminum nostrum.

Et à nous aussi pécheurs, Tes serviteurs, qui mettons notre espérance en Ta miséricorde infinie, daigne nous accorder une place dans la communauté de Tes Saints Apôtres et Martyrs, de Jean, Etienne, Matthias, Barnabé, (Ignace, Alexandre, Marcellin, Pierre, Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie) et de tous Tes Saints ; admets-nous en leur compagnie, nous T’en supplions, sans considérer nos mérites mais Ta miséricorde. Par le Christ notre Seigneur.

Le sacrifice du Christ a une valeur et une efficacité tellement uniques que se résume et s’accomplit en lui tout ce qui a valeur devant Dieu. Fils de Dieu et tête de toute l’humanité nouvelle, Jésus nous entraîne ainsi dans le mouvement trinitaire de louange et de gloire au Père dans l’unité de l’Esprit d’Amour.

Per quem haec ómnia, Dómine, semper bona creas, sanctíficas, vivíficas, benedícis, et praestas nobis.

Par Lui, Seigneur, Tu ne cesses de créer tous ces biens et Tu les sanctifies, Tu les vivifies et Tu les bénis pour nous en faire don.

PER ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipoténti, in unitáte Spíritus Sancti, omnis honor et glória per ómnia saecula saeculórum.

R/. AMEN.

Par lui, avec lui et en lui, T’es donné, Dieu, père tout puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, dans tous les siècles des siècles.

Toute l’assemblée donne son adhésion à la prière eucharistique :

R/. AMEN

Avant de communier au pain de vie, l’assemblée chante de Pater, la prière que Jésus lui-même enseigna à ses disciples (Mt 6,9). Nous y demandons notre pain quotidien. Au-delà de la nourriture du corps, il s’agit là d’abord, selon une tradition très ancienne, de l’Eucharistie, le pain « supersubstantiel ». Le Pater contient une demande de pardon, demande essentielle avant d’approcher la table du Seigneur. Seul les prêtres célébrants étendent les mains.

Praecéptis salutáribus móniti, et divína institutióne formáti, audémus dícere:

Avertis par de salutaires préceptes, et instruits par la leçon divine, nous osons dire :

Pater noster, qui es in caelis: sanctificétur nomen tuum; advéniat regnum tuum; fiat volúntas tua, sicut in caelo, et in terra. Panem nostrum cotidiánum da nobis hódie; et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris; et ne nos indúcas in tentatiónem; sed líbera nos a malo.

Notre Père, qui es aux cieux, que Ton nom soit sanctifié; que Ton règne arrive; que Ta volonté soit faite comme ciel sur la terre. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien, et remets-nous nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à nos débiteurs et ne nous abandonne pas dans l’épreuve, mais délivre-nous du malin.

Líbera nos, quaesumus, Dómine, ab ómnibus malis, da propítius pacem in diébus nostris, ut, ope misericórdiae tuae adiúti, et a peccáto simus semper líberi et ab omni perturbatióne secúri: exspectántes beátam spem et advéntum Salvatóris nostri Iesu Christi.

Libère-nous, Seigneur, nous T’en supplions, de tout mal, donne la paix à nos jours, et, par le secours de l’œuvre de Ta miséricorde, fais que nous soyons toujours libérés du péché, et établis loin des perturbations : dans l’attente de la bienheureuse espérance de l’avènement de notre Sauveur Jésus-Christ.

Quia tuum est regnum, et potéstas, et glória in saecula.

R/. Car à Toi appartient le règne, la puissance et la gloire, dans les siècles.

Dómine Iesu Christe, qui dixísti Apóstolis tuis: Pacem relínquo vobis, pacem meam do vobis: ne respícias peccáta nostra, sed fidem Ecclésiae tuae; eámque secúndum voluntátem tuam pacificáre et coadunáre dignéris. Qui vivis et regnas in saecula saeculórum. R/. Amen.

Seigneur Jésus-Christ, qui a dit à Tes Apôtres : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix : ne regarde pas nos péchés, mais la foi de Ton Eglise, et pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix, et conduis-la vers l’unité parfaite, toi qui règnes pour les siècles des siècles.

R/ Amen.

Pax Dómini sit semper vobíscum. R/. Et cum spíritu tuo.

Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous.

R/. Et avec votre esprit.

Après cela, si c’est opportun, le diacre ou le prêtre dit (ou chante) : Offérte vobis pacem. (offrez vous la paix) Et tous à leur place, s’échangent un en silence signe de paix (seuls les ministres ordonnés disent : Pax tecum R/. Et cum spiritu tuo.). La tradition de l’osculum pacis avant la communion est très ancienne (Mt 5,24), elle date probablement de l’époque apostolique. Elle ne doit être l’occasion d’aucune effusion.

Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi: miserére nobis. Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi: miserére nobis. Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi: dona nobis pacem. Quod etiam pluries repeti potest, si fractio panis protrahitur. Ultima tamen vice dicitur: dona nobis pacem.

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde : aie pitié de nous. 

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde : aie pitié de nous.  

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde : donne-nous la paix. 

Sur les bords du Jourdain, Jean-Baptiste avait désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde (Jn, 1,36). Tous ajoutent la prière de l’humble centurion rapportée dans l’Évangile (Mt 8,5) : « Seigneur, je ne suis pas digne ». On se met à genoux (Cf. IGMR 2002,43)

Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccáta mundi. Beáti qui ad cenam Agni vocáti sunt. R/. Dómine, non sum dignus, ut intres sub téctum meum, sed tantum dic verbo, et sanábitur ánima mea.

Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui enlève les péchés du monde.

R/. Seigneur, je ne suis pas digne que Tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole, et mon âme sera guérie.

Au moment même où le célébrant communie, le chœur (ou la schola) entonne l’antienne de communion (texte sur l’encart). En distribuant la communion, le prêtre rappelle à chacun qu’il s’agit du Corps du Christ : pensons à répondre « Amen », affirmant ainsi notre foi en la présence réelle de Jésus dans l’hostie. La communion est ordinairement reçue dans la bouche. Si on ne se met pas à genoux pour communier, on aura soin de génuflecter avant de recevoir le sacrement.

Corpus Christi. R/. Amen.

Le Corps du Christ. R/. Amen

Prière après la communion (texte sur l’encart)

Bénédiction. Si la bénédiction est solennelle (avec invocations, aux grandes fêtes) ou pontificale, on la reçoit à genoux.

Dóminus vobíscum. R/. Et cum spíritu tuo.

 

[Sit nomen Domini benedictum.

R/. Ex hoc nunc et usque in sæculum.

Adiutorium nostrum in nomine Domini.

R/. Qui fecit cælum et terram.]

Benedícat vos omnípotens Deus, Pater, et Fílius, + et Spíritus Sanctus.

Le Seigneur soit avec vous .   

R/. Et avec votre esprit .

A la bénédiction par un évêque :

[Que le nom du Seigneur soit béni. R/. Maintenant et toujours.

Notre secours est dans le nom du Seigneur R/. Qui a fait le ciel et la terre.]

Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint Esprit.

R/. Amen. 

Ensuite, le diacre, ou le prêtre, chante, avec une mélodie identique au Kyrie, ou ad libitum, sur la mélodie simple :

Ite, missa est. R/. Deo grátias.

Allez la Messe est dite. R/. Rendons grâces à Dieu.

Mgr Marini : l’intérêt de la réforme liturgique de Paul VI

Je crois que l’intérêt majeur de la réforme liturgique menée par Paul VI a été de débarrasser la liturgie de la poussière et de la cendre qui s’étaient accumulées sur elle au cours du temps. Dans cette optique, cette réforme a été pour l’Eglise une bénédiction, un don du Seigneur qu’il convient d’accueillir avec gratitude. Pourtant, lorsque cette réforme – et ce fut le cas en certains endroits – génère des abus, des déformations menant à la trahison de la grande tradition liturgique, elle en perd toute sa richesse.

Mgr Guido Marini, maître des cérémonies pontificales de Benoît XVI.

La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète

La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s'est éloignée toujours plus de ce que voulait Vatican II. On a une liturgie dégénérée en show où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide de bêtises à la mode et de maximes moralisatrices aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe des fabricants de liturgies, et une attitude de recul d'autant plus prononcée chez ceux qui cherchent dans la liturgie non pas le showmaster spirituel, mais la rencontre avec le Dieu vivant devant qui tout le "faire" devient insignifiant.
Cardinal Ratzinger, dans Gedenkschrifft für Klaus Gamber, édition Luther, Cologne 1989.

Joie paradoxale du décollage…

La rumeur selon laquelle le pape a nommé Mgr Ranjith comme nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin, afin de contrebalancer le Cardinal Arinze trop « conciliaire » est établie dans les milieux dits « tradis ». D’ailleurs, la rumeur a été largement confirmée par un article de La Croix, dans lequel ce dernier aurait expliqué que la réforme liturgique du concile « n’a pas décollé ». Mgr Ranjith qui serait  ainsi un fervent tenant de la liturgie de S. Pie V,  qui allait enfin (!) mettre à bas « l’affreuse liturgie conciliaire ».

On se demande vraiment de qui on se moque. D’après les brillants analystes de la politique vaticane, Benoît XVI aurait donc placé donc dans la même équipe deux personalités opposées, certainement dans le but  de faire ne sorte de déclancher une guerre des missels à la congrégation du culte divin.

Le Fr Yves Combeau, o,p, du  couvent de Paris, nous alerte heureusement : « Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe. » (on lira son article, disponible sur le site web des dominicains, ci-dessous…) Sous la plume de ce brillant religieux, il faut évidemment comprendre : « Quelle belle opération de désinformation ! ». Nous le suivons donc entièrement. Car la vraie figure de Mgr Ranjith, apparaît parfaitement dans cette interview non pas de La Croix mais de l’APIC. Cette dernière est une agence de presse au service du Vatican. Qui potest intellegere, intellegat.

Dans cette interview – menée cette fois par un excellent journaliste, qui manifestement, lui n’a pas de problème avec les traductions… – il s’agit d’Antoine-Marie Izoard, on peut lire que, en fait :

1. Mgr Ranjith n’a donc jamais parlé de « non-décollage ».

2. Il dénonce cependant l’attitude « béate » d’un certain  nombre de prêtres et de fidèles qui considèrent que Redemptionis Sacramentum ne les concernent pas ou que toutes les questions afférentes aux abus liturgiques ne les concernent pas ou ne peuvent pas les concerner. Oui, il faut le répéter : « quelque chose ne va pas » !

3. Il renvoie vigoureusement aux normes telles qu’elles sont définies par le siège épiscopal.

4. Il ne milite pas pour le missel de 1962.

Des preuves ? Voyez ci dessous :


Le pape veut mettre fin aux abus, assure Mgr Malcom Ranjith

Rome, 13 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI va mettre fin aux « abus » dans la célébration de la messe et faire cesser « les affrontements » avec les partisans de la messe en latin, a déclaré jeudi un responsable du Vatican à l’agence I.Media, partenaire de l’Apic à Rome. Selon l’évêque sri-lankais Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape va « prendre des mesures » car la liturgie de l’Eglise catholique serait trop souvent « un signe de scandale ». Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard.

Q.: Vous avez récemment affirmé dans le quotidien catholique français La Croix que la réforme liturgique du Concile Vatican II n’avait “jamais décollé“. Ces mots ont surpris de nombreuses personnes…

R.: Je suis surpris, car je ne l’ai pas dit ainsi et ce n’est pas vrai. Je voulais dire que la réforme conciliaire – avec le renouveau spirituel attendu, avec les catéchèses profondes qui devaient relancer l’Eglise face au contexte séculariste – avait donné des résultats qui ne sont pas si positifs que cela. La réforme a bien décollé. Ainsi, l’utilisation de la langue vernaculaire est une chose positive, car tout le monde peut comprendre ce qui se passe à l’autel ou lors des lectures. De même, pour le sens de communion qui s’est développé. Mais ces éléments ont parfois été un peu trop accentués en abandonnant certains aspects positifs de la tradition de l’Eglise. Le cardinal Ratzinger lui-même, dans la préface du livre Tournés vers le Seigneur – l’orientation de la prière liturgique du père Uwe Michael Lang, a rappel é que l’abandon du latin et l’orientation du célébrant vers le peuple ne faisaient pas partie des conclusions du Concile.

Q.: Pour certains, qui ont fidèlement suivi le Concile, vos propos surprennent…

R.: Il ne s’agit pas d’abandonner le Concile, car il a déjà beaucoup influencé l’Eglise, comme dans son ouverture au monde. Mais, dans le même temps, il aurait fallu approfondir ce que nous possédions déjà. Il aurait fallu, comme dit le Concile, un changement ‘organique’, sans brusquerie, sans abandonner le passé. L’Encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean Paul II (publiée en avril 2003, ndlr), et l’Instruction Redemptoris Sacramentum (avril 2004) qu’il avait demandée à la Congrégation, indiquent bien que quelque chose n’allait pas. Le pape parlait alors avec une certaine amertume de ce qui se passait. Ainsi, on ne peut pas dire que tout s’est bien passé, mais on ne peut pas dire non plus que tout s’est mal passé. Les réformes du Concile, par la façon dont elles ont été traduites et mises en place, n’ont pas porté les fruits espérés.

Q.: Concrètement, que faut-il faire?

R.: Il y a deux extrêmes à éviter: permettre à chaque prêtre ou évêque de faire ce qu’il veut, ce qui crée la confusion, ou, au contraire, abandonner complètement une vision adaptée au contexte moderne et s’enfermer dans le passé. Aujourd’hui, ces deux extrêmes continuent de croître. Quel est le juste milieu ?… Il convient de réfléchir un moment, de célébrer sérieusement et d’améliorer ce que nous faisons actuellement.

Q.: Doit-on attendre un document pontifical ou de votre Congrégation à ce sujet ?

R.: Dans son livre L’esprit de la liturgie (publié en allemand en 2000, puis en français en 2001, ndlr), le cardinal Ratzinger avait présenté un cadre très complet de la question. Je crois que le pape est très conscient de ce qui se passe, qu’il étudie la question et qu’il faut faire quelque chose pour aller de l’avant. Il va prendre des mesures pour nous indiquer avec quel sérieux nous devons célébrer la liturgie. Il a la responsabilité que la liturgie devienne un signe d’édification de la foi et non un signe de scandale. Car, si la liturgie n’est pas capable de changer les chrétiens et de les faire devenir des témoins héroïques de l’Evangile, alors elle ne réalise pas sont but véritable. Celui qui a participé à la messe doit sortir de l’église convaincu que son engagement social, moral, politique et économique, est un engagement chrétien.

Q.: Les abus liturgiques sont-ils réellement si nombreux ?

R.: Chaque jour, nous recevons tellement de lettres, signées, où les gens se lamentent des nombreux abus : des prêtres qui font ce qu’ils veulent, des évêques qui ferment les yeux ou, même, justifient ce que font leurs prêtres au nom du ‘renouveau’… Nous ne pouvons pas nous taire. Il est de notre responsabilité d’être vigilants. Car, à la fin, les gens vont assister à la messe tridentine et nos églises se vident. La messe tridentine n’appartient pas aux Lefebvristes. C’est le moment de cesser les affrontements et de voir si nous avons été fidèles aux instructions de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium . C’est pourquoi il faut de la discipline pour ce que nous faisons sur l’autel. Les règles sont bien indiquées dans le Missel romain et les documents de l’Eglise.
(…)

 


(Source : http://www.dominicains.fr/article.php3?id_article=757).

Joie paradoxale,

27 juin 2006

Je viens de lire quelque chose d’assez curieux sous la plume d’un récent prélat romain, chargé de la liturgie : que la réforme liturgique depuis les années 1930 « n’a pas décollé ». Ou bien le traducteur était distrait, ou bien le sens m’échappe.

Qu’est-ce à dire : « pas décollé » ? J’aurais compris « pas abouti » : si tant est qu’on puisse, dans ce domaine, aboutir jamais à un état définitif ; j’aurais compris « abouti à des résultats critiquables », car on peut et doit toujours progresser ou corriger ; j’aurais compris encore : « n’a pas été mise en pratique de façon satisfaisante », tellement il est vrai que la chansonnette ânonnée et le pot en terre qui-veut-faire-pauvre sont le quotidien liturgique de la majorité des Français ; mais « pas décollé » ?
Et les textes du Concile ? Ils sont postérieurs à 1930, non ? Ils ne « décollent » pas ? Première nouvelle.
Et Duployé, Doncœur, et toutes les recherches, et tous les efforts, et la traduction liturgique de la Bible, et les pèlerinages, et Rimaud, et Berthier, et André Gouzes ? Toujours pas « décollé » ? Fichtre !
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des erreurs et des errements. Je suis le premier à me désoler de la platitude, du mauvais goût et de l’ignorance de la tradition que je vois çà et là. Mais « pas décollé » ? Grand Dieu ! Pour aller où ?

Résumons : le traducteur avait sans doute la tête ailleurs.

Heureusement, je me console en lisant un résultat de l’institut Médiamétrie : les sujets télévisés qui intéressent le plus les spectateurs sont, dans le désordre, la violence, le sexe et la religion. Pas de surprise pour les deux premiers, c’est aussi vieux que l’humanité.
Mais la religion ! Après de si longues décennies de négation, la voici qui revient. Chassez la religion par la porte, elle repassera par la fenêtre. Anarchiquement, sans doute, pas dans les rails, pas dans les cadres. Mais j’ai déjà dit que Dieu est libre et que la foi, même « sauvage », est une œuvre de l’Esprit. À nous d’ouvrir la fenêtre, comme disait Jean XXIII, à nous de laisser celui qui veut croire et être guéri venir au Christ même si c’est, comme le paralytique, par un trou du toit.

le frère Yves Combeau (Paris)