Une homélie de lundi de Pentecôte

A la demande de plusieurs, voici les citations faites par M. le curé lors de l’homélie de la Messe du lundi de Pentecôte, célébrée à la Grand’Eglise (Saint-Etienne, place Boivin) à 18h30 :


L’ART SACRÉ ET LA LITURGIE

La « société de service » et son individualisme consommateur ne cherchent plus leur office du dimanche à l’église, ni même au musée, mais au supermarché et son prolongement de tous les instants, les grands et petits écrans domestiques ou portables, éclipsant et englobant, dans leur torrent d’images fulgurantes et de sons tonitruants, tous les arts de leur préhistoire mondiale […]

La liturgie catholique et l’intériorité chrétienne, pour ne rien dire de l’élémentaire liberté d’esprit ni de la simple capacité de comprendre et de goûter les chefs d’œuvres des arts anciens, sont chloroformés par une nébuleuse d’ignorance bavarde qui occupe, prévient, et obstrue la vue, l’ouïe et le jugement du plus grand nombre avec une efficacité inégalée.

Une telle plaie d’Égypte abattue sur les âmes et sur les corps qui la subissent sans réagir demande, pour être combattue, une vaillance critique s’inspirant du Christ chassant les marchands du Temple. […] L’art dit « contemporain », tautologie de la société de consommation contemporaine, est ivre de son propre vide comme cette société est ivre elle-même de sa propre platitude. Ce n’est pas de cet art dont a besoin l’Église pour se montrer un recours impavide et sûr contre la nuée énorme de sauterelles qui dévore le feuillage intérieur des hommes comme elle dévore le feuillage de la terre qu’ils habitent.


Le temple où se répète chaque jour le sacrifice rédempteur du Christ a besoin de renouer avec sa propre bibliothèque théologique, avec sa propre mémoire liturgique, avec le sens intransigeant de la grandeur et de l’amour de Dieu. Il ne doit pas craindre de se dresser à rebours de la tendance générale à l’enfer climatisé, afin de redevenir l’aimant qui attire à lui tous ceux et toutes celles qui aspirent à s’éveiller vraiment du puissant sommeil chloroformé, inventé par l’homme moderne pour éteindre en lui l’étincelle de vie éternelle. Le grand art de l’Église, elle ne l’emprunte pas au monde, ce sont ses propres sacrements, c’est le goût et le savoir qu’ils lui inspirent, pierres angulaires de toute vraie beauté.

Marc FUMAROLI

In Arts Sacrés, n° 1, 2009, p. 93

Par ailleurs, vous trouverez ci-dessous une messe de la Pentecôte à la basilique vaticane, présidée et célébrée par le pape Benoît XVI. Nos amis diacres seront heureux de consulter cette archive précisément à la minute 1 :27 :51 …

Pentecôte : une ou plusieurs ?

La particularité de la fête de la Pentecôte, c’est que le récit de l’événement qu’elle célèbre ne se trouve pas dans l’Évangile, mais, comme chacun sait, dans le livre des Actes des Apôtres. Il est vrai que l’Évangile du jour évoque aussi à sa façon une effusion de l’Esprit, puisque c’est le récit de la rencontre de Jésus avec ses Apôtres le jour de Pâques, qui comporte le don de l’Esprit Saint à ceux-ci de la bouche même du Sauveur qui déclare « recevez l’Esprit Saint », au point qu’on appelle parfois cet épisode « la petite Pentecôte », en forçant le terme, puisque Pentecôte veut dire cinquante et qu’il désigne une fête distincte de Pâques dans le calendrier juif.

Mais nous sommes déjà alertés sur le fait que l’événement survenu au sein de la communauté primitive cinquante jours après Pâques n’est pas tout à fait un événement comme ceux qui ont marqué la vie du Christ et que nous commémorons tout au long de l’année liturgique (Annonciation, Nativité, etc…). Ce n’est pas un de ces mystères uniques qui ont ponctué le temps de la manifestation du Verbe dans notre chair. Nous sommes déjà sur un autre versant, qui est la vie de l’Eglise, vivifiée par l’Esprit, intimement liée au Christ, sans aucun doute, mais ce nouveau cours correspond à l’assimilation que les hommes vont devoir faire du mystère pascal où Jésus a tout donné dans l’offrande ultime de lui-même, désormais agréée par le Père. Tout, c’est-à-dire d’abord et surtout l’Esprit qu’il a « livré » en mourant sur la Croix (Jean 19,30). D’ailleurs, il l’avait dit lui-même et clairement annoncé : « le Paraclet, l’Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26) ; et encore : « quand le Paraclet, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Celui-ci me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. Tout ce que le Père a, est à moi. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera » (Jean 16,13-15).


Le rôle de l’Esprit n’est pas d’écrire une autre histoire, un prolongement à la vie et à l’enseignement du Christ, mais de nous dire le Christ de manière à nous faire entrer chacun personnellement dans l’expérience du Premier-Né, de nous assimiler profondément à lui, d’une façon toujours nouvelle. Cette inépuisable actualisation du Christ dans nos cœurs et dans nos vies est l’œuvre propre de l’Esprit, et Jésus lui-même s’est effacé pour lui faire place. C’est ce qui distingue à jamais la vie des disciples du Christ des sectateurs de n’importe quel maître ou gourou : nous ne sommes pas des clones de Jésus, ni perroquets qui répètent ses phrases. Nous ne sommes pas non plus des gens qui « partent » du Christ, comme on peut partir de Jean-Jacques Rousseau ou de Lénine pour élaborer un système qui s’inspire plus ou moins de ses paroles, mais qui s’en éloignent aussi peu à peu. Nous avons toujours le Christ devant nous et pas derrière, parce que, justement, le Seigneur Saint Esprit nous « fait souvenir de tout ce qu’il a dit ».

 
 

On s’étonne parfois que Jésus n’ait pas dit plus clairement certaines choses (sur sa divinité, par exemple). C’est parce que justement parce que son rôle n’était pas de se rendre témoignage à lui-même et que cette tâche, c’est celle de l’Esprit : « Il me rendra témoignage » (Jean 15,26). Il l’a fait dans la louange liturgique, dans l’activité dogmatique, dans la prière des saints. Mais le rôle de l’Esprit n’est pas seulement doctrinal, il est aussi puissance de vie qui accompagne le dynamisme missionnaire de l’Eglise, dans la mesure où celui-ci rend témoignage au Christ. C’est lui qui la soutient dans les persécutions et inspire des réponses d’une audace et d’une justesse incroyables (cf. Matthieu 10,19)…

 
 

En ce sens, l’Eglise vit une continuelle Pentecôte, qui se manifeste particulièrement quand elle est en prière au milieu de l’agitation de ce monde (lire Actes 4,31 : « quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient réunis trembla, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit; et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance »).

 
 

Courage : l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre !

 

P. Michel Gitton, recteur de la basilique S. Quiriace de Provins.

Pentecôte : l’octave suprême ?

Le site web du « New Liturgical Movement » nous propose cette semaine la republication d’un article de Guy Nichols, oratorien britannique. Nous connaissons l’implication des oratoriens en Angleterre dans le sens du mouvement de ce que l’on a pu appeler la « Réforme de la réforme » (liturgique, s’entend, bien sûr). Nous avons traduit ce texte, proposé des commentaires et des mises en gras.

Pentecôte : l’octave suprême ?

« .. considérons les offices du bréviaire pour la Pentecôte et son Octave comme la plus importante, peut être de toute l’année ». (Bienheureux John, Henry Newman.)

L’an dernier, j’ai lu avec le plus grand intérêt l’article de Gregory Dipippo sur l’octave de Pentecôte.

A la lumière de cet article, et au regard de la saison liturgique en cours, vos lecteurs pourront être intéressés de connaître une nouvelle initiative qui se déroulera lors de cette Pentecôte à Dorchester on Thames, OxfordShire, en Angleterre, une église dont il a été plusieurs fois question sur le site web du « New Liturgical Movement » [NDT : « Nouveau Mouvement Liturgique »]. Cette fois, j’ai ajouté mes propres réflexions sur l’importance de restaurer l’observance liturgique de l’Octave de Pentecôte.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes avec l’ensemble de l’ordinaire et du propre chanté en grégorien.

A Dorchester, le dimanche de Pentecôte (Whitsunday [NDT : le « blanc-dimanche » ]) a été célébré avec une magnifique messe solennelle dans le nouvel ordo missae et précédé par le chant solennel de l’office de Tierce en latin tiré du brévaire d’avant 1970 (qui comprend principalement le Veni Creator et les sections II à V du psaume 118) [Nous chantons quant à nous également l’office de tierce avant la messe de la plupart des dimanches dans à la cathédrale S. Charles Borromée de Saint Etienne 42000, mais selon l’antiphonale romanum de 2009]. Tandis que la messe a commencé en vernaculaire et était quasiment entièrement chantée, c’est la langue latine qui a pris le dessus à partir du Pater jusqu’à la fin. Le Célébrant était assisté par un diacre et un acolyte vêtu de la tunique. [Les oratoriens britanniques tirent donc légitimement parti des rubriques du Missel de 1970 qui prévoir l’action du sous-diacre, comme nous l’avons à plusieurs reprises mentionné dans nos pages.] L’ordinaire de la messe, la « Messe de l’homme armé » de Morales était chanté par le Newman Consort d’Oxford, un groupe en lien avec l’ordinariat de Notre-Dame de Walshingam, [ce sont les ex-anglicans, devenus catholiques mais ayant conservé leur usages liturgiques. Notons qu’ils ont gardé l’ensemble de leur prélats ex « évêques anglicans » quibien que mariés ont été orfonnés prêtres et officient avec les pontificalia c’est-à-dire mitre crosse, croix pectorale, en tant qu’ordinaires. Notons aussi la proximité entre les Oratoriens et ces ex Anglicans. La rigueyr liturgique des prmeirs favorisant la conversion des seconds. Il y a bien un lien fort entre liturgie et œcuménisme, liturgie et évangélisation] qui a également chanté le Confirma Hoc Deus de Byrd.

Plus intéressant et plus marquant, deux jeunes adultes, récemment baptisés, furent confirmés grâce à un indult spécial, après l’homélie. [Rappelons que la confirmation est du ressort de l’évêque, théoriquement. L’indult spécial, c’est que le sacrement a dû être donné par un simple prêtre oratorien.] Ils portaient des robes blanches des néophytes, illustrant par là l’origine de l’appellation familière en Anglais « Whitsunday » [NDT : « blanc-dimanche »] comme c’est le moment dans l’usage, dans les temps anciens des baptêmes d’adultes sous nos climats nordiques. Après la chrismation, l’assemblée entière ayant renouvelé sa foi baptismale avec les candidats à la place du Credo, fut aspergée avec l’eau baptismale, accompagnée par le chant du Vidi Aquam.

Comme il apparaît que la grande fête de « l’anniversaire de l’Eglise » est célébrée de façon plus appropriée sur une période plus étendue que ce qui est possible pour la seule journée réservée à cela dans le missel de 1970, l’octave de Pentecôte est désormais célébrée avec une série de messes votives du Saint Esprit, mais avec quelques différences importantes. [Nous avons nous aussi à la cathédrale saint Charles de saint Etienne le lundi de Pentecôte une messe votive du Saint Esprit, en latin avec le propre grégorien de la veille, complet].


Vêpres de la Pentecôte à l’oratoire de Birmingham

En cohérence avec l’idée du Saint Père exprimée dans Summorum Pontificum
[le motu proprio de Benoît XVI en 2007 libéralisant la forme ancienne de la liturgie romaine, selon les livres liturgiques de 1962] que les deux formes du rite romain devraient s’enrichir mutuellement, l’Octave est célébrée largement en forme ordinaire, mais en utilisant des éléments tirés largement des messes de l’octave datant d’avant 1970. [Rappelons que l’octave de Pentecôte existait jusqu’en 1970, mais a été supprimé pour des raisons nojn expliquées, ce qui est il est vrai curieux, surtout lorsqu’on sait que Paul VI lui-même fut très surpris par cette décision du Consilium pour l’applicaitond e la réforme liturgique et s’en était même plaint à plusieurs de ses proches. L’octave de la Pentecôte est extrêmement traditionnel, et les ligens qui suivent vont non seulement expliquer en quoi, mais aussi comment faire pour en tirer tous les fruits, y compris dans une liturgie utilisant les livres d’après 1970] Les chants propres sont tirés du Graduale des messes de l’octave d’avant 1970, particulièrement l’Alléluia et sa séquence Veni Sancte Spiritus chantés en latin. [Notons l’ordre : l’alléluia, puis la séquence.] Les lectures de chaque jour sont celles proposées par l’ancien missel, étendues lors des quatre temps du mercredi et du samedi. [Les quatre temps, qui sont aujourd’hui réduits à une dévotion populaire ont jusqu’en 1970 une véritable conséquence liturgique, que l’oratoire d’Angleterre n’hésite pas à mettre en œuvre lors de cette octave. Bel exemple.] A la place des graduels, pour les messes de semaine, les psaumes responsoriaux sont tirés du lectionnaire actuel pour être apairés au caractère spécifique de chacun des jours. [On constate donc que le formulaire de la messe lue est retenu en semaine, donc avec les psaumes responsoriaux, tandis que les graduels sont pour la messe chantée. Ce qui est tout à fait cohérent. Dans une logique extra monastique, il n’ya pas de vraie raison de chanter entièrement chaque jour la messe.]

Par exemple, l’évangile du mardi, « la porte de la bergerie » (Jn 10,1-10) a comme prélude idéal le psaume 22, tandis que la longue série des lectures de l’ancien testament du samedi reprend l’un des thèmes préchrétiens de la fête juive de la Pentecôte, l’offrande à Dieu des premiers fruits de la récolte, pour laquelle les psaumes 64, 106 et 125 qui sont proposés dans le calendrier du Novus Ordo et qui donc sont choisis ici. [Enrichissement mutuel des deux formes du rite romain]

Observation sur le retour de l’octave de Pentecôte.

Le passage au temps ordinaire immédiatement au lundi qui suit la Pentecôte est violent. Ce n’est pas seulement le retour au temps ordinaire en soi qui pose problème parce que de toutes façons, il faut bien y revenir à un moment ou à un autre. Non, le problème que plusieurs de vos correspondants partagent avec moi est qu’en réalité, le premier lundi vert après la Pentecôte nous arrive de nulle part. En plus de ce côté abrupt, les féries qui suivent désormais la Pentecôte appartiennent à une suite entièrement déconnectée qui a été rompue avant le Carême et qui n’a aucun élément de continuité avec ce qui la précède immédiatement. La transition [entre temps pascal et un temps ordinaire qui est en fait une continuité par rapport à une période de précarême] avec une fin de l’octave de Pentecôte qui se terminait par le samedi des Quatre Temps, en transition avec les 1ères vêpres de la Trinité, qui marquait le début d’une nouvelle saison par une fête célébrant la descente du Saint Esprit « menant l’Église vers la vérité toute entière. »

Concrètement, quel est le résultat de la perte de l’octave de Pentecôte ?

Premièrement, l’effet le plus malheureux est de réduire la Pentecôte à une voie sans issue. Parce que désormais, c’est un seul jour qui clôt tout le temps pascal, à partir duquel tout ce qui suit est sans continuité : le temps ordinaire ne semble pas être la suite de la Pentecôte, mais semble la supplanter. Si bien que la Pentecôte semble désormais se contenter de regarder en arrière vers Pâques, dont elle est la célébration de conclusion, plutôt que d’être à la fois la réminiscence de Pâques et la mise en marche au travers du « temps vert » représentant la vie post pentecostale de l’Église jusqu’au second avènement. [Second avènement, c’est-à-dire parousie, que justement le reste de la dynamique de l’année liturgique post conciliaire a voulu particulièrement mettre en avant, avec la fête du Christ roi au dernier dimanche per annum / ordinaire, le chant de la séquence Dies irae à l’office, et la fameuse anamnèse qui s’achève par deux mots lourds de sens : Donec venias : jusqu’à ce quee Tu viennes.]

Deuxièmement, cette rupture et cette discontinuité est encore plus appuyée par la nomenclature « temps ordinaire ». Alors qu’à partir de l’appellation « temps après la pentecôte » seul, l’Eglise a pu positionner une relation à cette fête (même de façon différente que le temps après Pâques en fonction de la fête de Pâques elle même), il y a en réalité plus qu’un rapport de nom. [le Graduale romanum de 1961 donne comme appellation tempus per annum post pentecosten. Le Graduale romanum de 1975 supprimme les deux derniers mots pour garder seulement tempus per annum. Derrière cette observation il y aussi la mise en cause légitime de l’interchangeabilité des formulaires pour le temps per annum avant carême ou après pentecôte, qui est probablement la plus grosse faute de goût de l’organisation du temporal d’après le Concile, c’est-à-dire des suppression des semaines de septuagésime et sexagésime.] Bien sûr, la temps pascal est plus organiquement et thématiquement lié à Pâques que toute la période « Post Pentecosten » l’est à la Pentecôte. Pour autant, la correspondance entre le temps après la Pentecôte d’un côté et l’ère entière de l’Église désormais dotée du Saint Esprit et dans l’attente de la Parousie d’un autre côté, était formellement manifesté dans cette longue période « verte » de l’année ecclésiastique. [Dans cette perspective, et c’est probablement la partie la plus convaincante de l’article de Nichols, c’est justement l’organisation du temporal de la nouvelle année liturgique post conciliaire qui prêcherait pour le maintien de l’octave de Pentecôte, puisque depuis 1970, le temps vert d’après la pentecôte est orienté vers le point d’orgue de la solennité parousique du Christ roi de l’univers.] C’était spécialement clair au début de la saison avec les fêtes contemplant les mystères de la Trinité et du Corpus Christi, et à la toute fin via les évangiles eschatologiques des [derniers] dimanches [per annum / ordinaires].

Troisièmement, la forte limitation de la présence pentecostale à la méditation d’un seul jour laisse un vide que les charismatiques pentecôtistes chercheront à combler. Même si historiquement il y a beaucoup de raisons pour lesquelles ce mouvement a grandi à l’intérieur de l’Eglise, ce n’est pas sans signification que le caractère a-liturgique des potentiels promoteurs d’une vie dévotionnelle pneumatologique à l’intérieur de l’Église latine a coïncidé avec cette désormais célébration très réduite de l’avènement de l’Esprit et de Son rôle dans l’Eglise jusqu’à la Parousie. [Un prêtre me faisait remarquer d’ailleurs que tous les mouvements du « renouveau » et de la prière informelle des charismatiques sont justement nés de l’absence de célébration de la liturgie des heures et de l’office divin pendant la période transitoire du début de la réforme liturgique où l’Eglise n’avait pas encore sa prière propre des heures en conformité avec la volonté du Concile. Remarquons d’ailleurs que tout cela commence à peine à être corrigé… L’insistance des mouvement du renouveau sur les charismes de l’Esprit Saint ne viennent ils pas aussi de la suppression de la célébration du Saint Esprit donné à l’Église dans l’octave de Pentecôte mais aussi et conséquemment dans la plus grande partie du cycle du temporal, qui peut, certaines années aller en fonction de la date de Pâques, aller jusqu’à 28 semaines ? ]

En lien avec un focus pneumatologique sur la liturgie, je trouve difficile de voir comment la neuvaine de pré pentecôte (comme défendue par Mgr Bunigni) peut remplacer de façon adéquate le poids de l’octave d’après Pentecôte. Laissez moi immédiatement constater que j’ai la conviction que les Messes de la forme ordinaire pour la période entre l’Ascension et la Pentecôte sont admirables en tant que préparation dans la prière à la descente de l’Esprit, et que c’est un excellent exemple de la manière dont certains aspects de la forme ordinaire peuvent certainement devenir un enrichissement dont la forme extraordinaire pourrait bénéficier (tout comme l’euchologie et le lectionnaire du temps pascal en son entier). [Notons qu’à l’office aux vêpres, la forme ordinaire a également pendant la neuvaine tous le sjours le Veni Creator comme hymne des vêpres.] En même temps, il faut considérer qu’une phase de préparation est seulement ce qu’elle est : une préparation à l’événement, et non pas son accomplissement. L’octave de Pentecôte représente l’accomplissement du déversement de l’Esprit tel qu’Il est manifesté dans la vie post pentecostale de l’Église.

A ceux qui suggèrent que l’Eglise devrait tout simplement faire avec, [j’apprécie chez les oratoriens anglais cette capacité à ne pas se laisser happer par la contrainte, à s’élever au dessus de la problématique pour essayer de pousser en avant des solution fiables et viables. C’est la créativité britannique qu’il nous manque parfois en France ?] et passer directement de du dimanche de la Pentecôte au temps ordinaire sans aucun délai, je dis que l’Octave de Pentecôte, bien loin d’introduire un retard dans l’inauguration [NDT : de la nouvelle saison liturgique], est le moment de la mise en scène pour le temps ordinaire qui suit. Tout lecteur attentif des textes des messes et des offices de l’Octave se rend immédiatement compte que ce ne sont pas seulement des réminiscences historiques des différents aspects de la descente de l’Esprit Saint qui y sont décrites. En fait, l’Esprit n’est mentionné dans les Evangiles d’aucune des messes au long de l’Octave. Les messes votives du lectionnaire de Paul VI contiennent certes un regroupement des péricopes évangéliques qui mentionnent le Saint Esprit explicitement, mais ce n’est pas ce que l’Église visait dans les formulaires des messes de l’octave de Pentecôte : ce sont les effets du déversement de l’Esprit pendant l’Octave qui sont célébrés lors de ces passages évangéliques. Pourquoi alors l’Église utilisait – elle des passages de l’Évangile sans aucune référence à la venue de l’Esprit pendant l’octave de Pentecôte ? C’est bien sûr la conséquence de la nature baptismale de l’Octave, commençant bien sûr avec sa Vigile. [Dans plusieurs endroits en France, nous avons une réflexion sur la mise en œuvre de la Vigile de Pentecôte avec toutes ses lectures, en cherchant à lui donner une solennité voisine de la vigile de Pâques. C’est évidemment une excellente chose. Peut être faudrait il aussi en tirer toutes les conséquences et étendre cette réflexion à l’octave qui suit conséquemment cette vigile solennelle.] C’est le caractère baptismal qui a formé la colonne vertébrale et le matériau catéchétique de l’Octave et au regard de son rang particulièrement solennel, d’une façon égale à la célébration de Pâques elle même.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes : au fond la schola Saint Maur chante Spiritus Domini replevit orbem terrarum (Introït, puis Vidi Aquam, Kyrie Gloria. Après chaque lecture, un répons alléluiatique, puis la séquence Veni Sancte Spiritus)

Quatrièmement, si le caractère et la solennité de l’octave de Pentecôte sont ultimement en lien à la célébration baptismale de la Pentecôte, l’octave devrait continuer à exister dans une forme identique à celle qu’elle avait jusqu’en 1970 ; et devrait il y avoir ici deux célébrations du Baptême d’une solennité voisine à chacune des extrémités d’une même saison [liturgique] ? Si non, alors est ce que la Pentecôte devrait continuer à être marquée par un octave aussi solennel que celui qui était utilisé pour lui donner une telle splendeur ?

En ce qui concerne le premier point, il est douteux de considérer le « doublet » de la vigile de Pentecôte pour la célébration du baptême comme redondant. Il peut simplement être considéré comme la remise à plus tard de la cérémonie baptismale à un moment plus tardif et plus clément de l’année. L’Eglise pendant des siècles n’a trouvé aucune incongruité à la célébration des deux vigiles, même si le Baptême n’est célébré qu’à l’un des deux en certains endroits et à certaines périodes. J’avancerai cependant que ce « doublet » n’est pas une simple « duplication ». Comme cela a été célébré pendant la plus grande partie de l’histoire de l’Église latine, Pâques et Pentecôte ont été comprises comme des fêtes en lien avec les fonts [baptismaux]. Elles sont toutes deux, de façon complémentaire, une célébration de la fécondité sacramentelle. La Résurrection et le déversement de l’Esprit ne devrait pas être traité comme si l’on pouvait réduire l’ensemble à un seul événement identique, mais comme les étapes successives d’un seul Mystère Pascal dans lequel la seconde et la troisième personne de la Trinité agissent de façon spécifique en fonction de la volonté salvifique du Père des cieux. [Notons l’expression de « mystère pascal », qui est aussi également beaucoup sous la plume d’un autre oratorien liturgiste, amsi français : le RP Bouyer, et qui a beaucoup influencé la théologie de la liturgie d’après Vatican II]

Pour prendre le second point : si le baptême n’a pas à être célébré avec la même sorte de solennité à la Pentecôte qu’à Pâques, alors la Pentecôte a t’elle à se voir attribuée une octave du même rang et d’un caractère équivalent à celle de Pâques ? Il faut soulever alors la question du caractère de l’octave de Pâques précisément comme baptismal. Toutes les péricopes évangéliques de l’octave de Pâques sont tirées des événements tirés des apparitions de la Résurrection. Sous cet aspect, l’octave de Pâques, a un caractère bien que baptismal par ses Introïts, oraisons, et épîtres est plus évidemment lié à l’événement historique qu’il célèbre que l’octave de Pentecôte. En fait, du point de vue des péricopes évangéliques, c’est la Pentecôte qui a qui a le plus clairement un caractère post baptismal. En regardant soigneusement les deux octaves, il apparaît clairement qu’ils sont unis par le même caractère baptismal, mais de façon complémentaire : le premier, basé sur l’événement historique de la résurrection comme cause originelle de notre salut, et le second célébrant le déversement de l’Esprit come le moyen de la continuité de l’accomplissement de cette rédemption dans les sacrements de l’Église. [Avec le rappel au passage que les sacrement sont bien une affaire avec l’Esprit Saint…]

Bien plus, si tous les dons de l’Esprit qui sont donnés au Baptême sont célébrés de façon explicite à Pâques, pourquoi l’Église a t’elle besoin de célébrer liturgiquement la Pentecôte, et pourquoi préparer cette célébration par une neuvaine précédant l’Ascension ?

Cinquièmement, la Pentecôte est une fête qui demande une résonance à cause de son importance dans la vie de l’Église afin d’être rendue claire. Une octave fournit à une fête l’espace pour résonner. C’est la réponse à l’image que donnait le pape Paul VI de la cloche de l’Église qui sonne avant la Messe, en vue de préparer les fidèles psychologiquement à prendre part à la liturgie. Pour amplifier cette image, on pourrait dire que plus la cloche sonne tôt, plus le nombre de cloches qui sonnent est important, plus la célébration qu’elles annoncent est grande et est préparée.

De façon similaire, de la même façon qu’un fort son a besoin de temps pour s’épanouir afin que son timbre puisse être apprécié, un fête a également besoin de temps. Celle qui se termine en un seul jour a peu d’espace où résonner, et donne l’impression qu’elle n’a pas beaucoup à nous dire alors qu’elle a besoin d’être entendue à loisir. J’avancerais qu’une grande octave emprunte une splendeur proportionnée en avance en ce qui concerne la fête et la splendeur de sa célébration.

En fin de compte, il est également important de ne pas oublier les offices du bréviaire de la Pentecôte et de son octave, que le Bienheureux John Henry Newman appelle « les plus magnifiques, peut être, de toute l’année » (v. An Essay in Aid of a Grammar of Assent, ch. 5, section 2, « Belief in the Holy Trinity »). Ces réflexions issues des Pères sur les lectures de l’Évangile de chaque jour nous invitent à approfondir notre assimilation des mystères de la Vie de l’Église, dont l’âme est l’Esprit Saint (CEC 797).

En résumé le caractère de la Pentecôte comme consommation et accomplissement du Mystère pascal suggère qu’il est convenable de célébrer cette fête avec une octave, similaire en caractère et en rang à celle de Pâques. Pâques regarde à la fois en arrière vers la Passion du Seigneur et son « passage vers le Père » et vers l’avant vers le temps pascal comme la saison liturgique pendant laquelle la résurrection et sa signification pour notre vie éternelle est dévoilée pour nous. D’une façon parallèle, la Pentecôte regarde en arrière vers la promesse du don du Paraclet qui est faite à Pâques et devant dans le Temps après la Pentecôte qui représente la vie de l’Eglise sous l’emprise constante de l’Esprit saint et enrichie de Ses sacrements qui donnent la vie.

Guy Nicholls Cong Orat June 25th 2011 and 29th May 2012

D’autres photos de la célébration de la messe de Pentecôte à Villars sont disponibles ici : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-messe-de-la-pentecote-117916368.html

Et là : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-pentecote-suite-117922589.html