La liturgie, célébration de la Parole de Dieu (IV)

Suite et fin de notre série sur la liturgie et la Parole de Dieu.
4- Et pour la messe en latin ?

Cette réflexion pose la question de l’intelligibilité de l’Ecriture. Il ne faut pas préjuger de la non compréhension – ou de la compréhension par les fidèles de la liturgie. Rien n’indique que l’usage de  la langue courante est le seul critère permettant au fidèle de participer efficacement au mystère célébré. Au delà des questions fameuses liées à la qualité des traductions – c’est un autre débat dans lequel nous ne rentrerons pas ici – dans beaucoup de cas, la liturgie en langue courante a été le prétexte pour certains pasteurs de négliger l’enseignement doctrinal dans l’homélie. Que les traductions soient bonnes, c’est important, évidemment ; mais cela ne peut pas dispenser d’une mise en perspective y compris doctrinale.

Il est enfin une autre perspective : si dans la liturgie de la Parole comme dans la liturgie de l’Eucharistie, c’est le même mystère chrétien qui est  non seulement annoncé mais vécu, pourquoi faudrait il traiter de façon aussi différente les deux célébrations ? Leur unité substantielle est rarement traitée dans la préparation des célébrations, en particulier dans la liturgie solennelle. Il faut penser en particulier au chant. Dans la liturgie eucharistique, les acclamations (Sanctus, Anamnèse, Agnus) ou le canon lui même est souvent chanté ; l’évangile rarement, et les lectures presque jamais.

Dans le cadre  de la liturgie en latin, on n’ose pas ou plus chanter également les lectures et / ou l’évangile en latin. Si on envisage une liturgie complète dans laquelle on désire mettre en œuvre à la fois les questions artistiques et les questions rationnelles, il serait probablement intéressant de chanter l’évangile (ou plus) en latin, quitte à en donner ensuite une lecture en Français si on le désire. En séparant de façon trop abrupte le « style » de célébration entre les deux grandes parties de la messe, n’abaisse-t’on pas trop la capacité d’évocation mystérique de la célébration liturgique au détriment de l’une ou de l’autre des parties ? De plus, pourquoi – toujours dans l’optique d’une célébration de la messe « en latin » – la question de l’intelligibilité de la Parole de Dieu ne serait applicable que dans la liturgie de la Parole et pas dans la liturgie de l’Eucharistie ? Dans le graduel romain, il est prévu des tons de chant pour l’Evangile, mais aussi pour chacune des deux lectures, ainsi que pour le psaume responsorial (Cf. le Graduale Simplex) ou le répons graduel entre les deux lectures, sans parler de l’alléluia ou même, le cas échéant de la séquence.

Il y a peut être une chose qu’il faut bien comprendre ; la liturgie de la Parole n’est pas une « sous liturgie » ; elle est même peut être liturgie pure dans le sens où elle n’est pas intrinsèquement attachée au Sacrement eucharistique. En ce sens, elle n’est pas « utilitaire » ; ce qui fait l’efficacité de ce dernier, ce n’est en effet pas les lectures qui ont précédé le canon, qui lui seul est « prière eucharistique ». Cette réflexion est aussi – d’ailleurs – valable pour la liturgie des heures.

La liturgie, célébration de la Parole de Dieu (II)

Suite de notre série sur la Parole de Dieu.
2 L’Ecriture Sainte, la Parole de Dieu et la Liturgie dans leurs rapports mutuels

Rien de tout cela n’est un hasard. Dans le plan divin, la Messe autant que la Parole de Dieu nous sont données pour notre salut, pour nous aider à pénétrer le mystère, et unifier nos vies à la Sienne (Cf. 2Thim 3,15-16 et Jn 20,31). Dans la Messe, l’Ecriture sainte devient effective. Notre culte est transformé justement parce  que c’est dans la liturgie que les extraits de la Bible que nous entendons – mots humains – sont pleinement la parole de Dieu (Cf. 1 Thess 2,13). C’est le sens profond de l’acclamation  « Verbum Domini – Deo Gratias » « Parole du Seigneur – Nous rendons grâce à Dieu » que nous chantons à la fin de chacune des lectures à la Messe. Seule la Parole sacrée de Dieu peut transsubstantier du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ. La signification de la Bible et son but sont entièrement réalisés dans la liturgie et plus particulièrement en son centre, la Messe. La Parole de Dieu devient alors « Esprit et Vie » et « les Paroles de la Vie éternelle » (Cf. Jn 6,63 et 69).
La liturgie comme « incarnation » de la Parole divine, son support biblique a sans doute été beaucoup trop laissé de côté dans le catholicisme de ces derniers siècles. Vatican II a voulu replacer tout cela dans la bonne perspective mais il est exact que même 40 années après le Concile, la richesse de cette signification profonde n’est pas encore perçue par la plupart des fidèles.
Lors de l’année de l’Eucharistie instituée par Jean-Paul II, Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, avait quant à lui institué une « année de la Parole » ; certains fidèles avaient dénoncé cet état de fait en cherchant à opposer les directives de leur évêque à celles de Rome. On voit bien qu’en réalité, la connexion entre Eucharistie et Parole est tellement forte qu’avec cette réflexion diocésaine, on peut largement affirmer les fidèles de Nanterre n’ont pas été lésés, bien au contraire ! Il ne s’agit même pas de « complémentarité » entre les deux approches, entre les deux sujets. Il s’agit bel et bien de la même réalité, qui est proprement une réalité liturgique.
A ce sujet précis, il faut rappeler quelques éléments tirés de l’enseignement du concile :
Dei Verbum n°21 :
« L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle fait pour le Corps même du Seigneur, puisqu’elle ne cesse, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table qui est celle de la Parole de Dieu aussi bien que du Corps du Christ et de le présenter aux fidèles ».
Mais c’est surtout Sacrosanctum Concilium, la constitution sur la liturgie qui est particulièrement pertinente pour la question qui nous intéresse :
« [Le Christ] est là présent dans sa parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les saintes Écritures ».
et au n°7 :
« Dans la célébration liturgique, la proclamation de la parole de Dieu ne se fait pas d’une seule manière, et elle ne frappe pas toujours le cœur des auditeurs avec la même efficacité ; mais c’est toujours le Christ qui est présent dans sa parole, lui qui, accomplissant pleinement le mystère du salut, sanctifie les hommes et offre au Père le culte parfait ».
Le statut de l’Ecriture sainte dans la vie chrétienne est proposé d’une façon tout à fait renouvelée dans le Concile : non seulement il y a une intégration totale de la Bible dans l’action liturgique, mais il y a surtout l’idée que l’Ecriture Sainte devient Parole de Dieu de façon « sacramentale » dans la liturgie. Vatican II parle de lecture « dans l’église » de la Bible.
Le Fr. Patrick Prétot (moine bénédictin de la,Pierre qui Vire, directeur de l’Institut supérieur de Liturgie à l’Institut Catholique et membre du Centre National de Pastorale Liturgique) explique (Vatican II : une nouvelle appréciation de la Parole de Dieu) que :
L’affirmation de la présence du Christ dans la proclamation des Écritures – « lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les saintes Écritures » (SC 7) – confère à la liturgie de la Parole non seulement un poids symbolique décisif mais bien plus, une véritable dimension sacramentelle puisqu’en théologie sacramentaire catholique classique, les sacrements « effectuent ce qu’ils figurent » ou encore « opèrent ce qu’ils signifient. »  La proclamation de la Parole dans la liturgie effectue ce qu’elle figure puisque, par elle, c’est la voix même du Christ qui parvient aux auditeurs. On touche, par là, le réalisme de la médiation liturgique, la force de la proclamation liturgique qui permet d’entendre la « viva vox evangelii ».
Des travaux sur la formation du canon des Ecritures gagneraient à être plus connus et montreraient dans beaucoup de cas la précédence de la liturgie sur l’Ecriture, voire le caractère proprement liturgique de certaines péricopes évangéliques, qui ont été proprement conçues pour une proclamation dans le cadre liturgique. A la messe, nous ne venons pas simplement pour entendre ou prononcer à haute voix un texte, mais bien pour replacer l’Ecriture Sainte dans son environnement naturel, qui n’est justement pas écriture mais parole, et Parole de Dieu.

La liturgie, célébration de la Parole de Dieu (I)

L’ensemble de la liturgie est pétri d’expressions bibliques. Le problème est que pour beaucoup de nos contemporains, il n’y a en fin de compte pas grand chose en commun entre l’Ecriture Sainte et la Liturgie.
Or, non seulement la Messe est entièrement une paraphrase de la Bible, mais la Bible est en majeure partie écrite pour la liturgie. En réalité dans le plan divin de la rédemption, Bible et liturgie sont faites l’une pour l’autre.  On peut affirmer qu’une des causes de l’écriture de la Bible est la liturgie, et quand ce n’est pas directement le cas, l’Ecriture Sainte est une codification ou une justification du culte divin.

1- La liturgie eucharistique, une parapharase de la Bible

Chaque messe commence par le digne de la croix : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ce signe de croix est lui même un rite qui nous vient des apôtres, qui dès les premiers temps du christianisme, « scellent » les nouveaux baptisés en le traçant sur leur front (cf. Eph 1,13, Ap 7,13). Les mots que nous prononçons en faisant ce signe font partie des derniers mots que le Christ lui même a prononcés pour ses apôtres (Mt 28,19). Ensuite le prêtre salue l’assemblée, en employant directement un vocabulaire biblique (2Th 4,22) : « Le Seigneur soit avec vous ». Dans l’Ecriture sainte, ces mots sont une demande une sollicitation de la présence divine, sa protection et son aide (Ex 3,12, Lc 1,28). Même quand le prêtre choisit une formule de salutation différente (« Gratia Domini Ieus Christi et caritas Dei… », « La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ … », cette formule est directement issue également dans l’Ecriture ( 2 Cor 13,14 Eph 1,2). Et la messe continue ainsi, comme un dialogue entre les fidèles et Dieu, avec pour médiateur de prêtre. Ce qui est frappant, c’est que justement nous continuons ce dialogue en utilisant entièrement le langage biblique.
Cela continue avec le rite pénitentiel suivi de la prière de supplication : Ps 51, Baruch 3,2, Lc 18,13-38-39. Nous continuons ainsi avec l’hymne des anges lors de la nuit de Noël (Gloria in excelsis Deo, Gloire à Dieu…) qui est dans Lc 2,14. Même les prières eucharistiques sont fortement imprégnées de vocabulaire étroitement liés à l’Ecriture Sainte. Avant de nous agenouiller devant l’autel, nous chantons une autre hymne angélique qui est également présente dans la bible « Sanctus Sanctus Sanctus, Dominus Deus sabaoth », « Saint Saint Saint le Seigneur… ») tiré de Is 6,3 et repris dans Ap 4,8 en la joignant à la psalmodie triomphale de ceux qui accueillirent Jésus à Jérusalem (« Hosanna in excelsis », « Hosanna au plus haut des cieux » (Mc 11,9-10). Au centre de la Messe, nous entendons à nouveau les mots du Christ lors de la dernière Cène (Mc 14, 22-24). Nous prions le notre Père avec les paroles que le Rédempteur nous a lui-même données (Mt 6,9-13) et nous le reconnaissons en reprenant une phrase de S. Jean Baptiste ( Jn 1,29-36) : « Ecce agnus Dei » : « Voici l’agneau de Dieu ». Avant de le recevoir dans la communion, nous confessons notre indignité avec les mots mêmes du centurion (Lc 7,7). Nous nous agenouillons,(Ps 95,6 Actes 21,5), nous chantons des hymnes (2 Mach 10,7-38, Actes 16,25), nous échangeons le baiser de paix (1 Samuel 25,6 1Thes 5,26). Nous nous approchons de l’autel (Gen 12,7 Exode 24,4 Samuel 24,25, Ap 16,7) avec de l’encens (Jr 41,5 Ap 4,8) ; il y a un clergé (Exode 28,3-4 Ap 20,6), nous offrons du pain et du vin (Gn 14,18 Mt 26,26-28). Depuis le signe de croix jusqu’au dernier « Amen », (Cf. Néhémie 8,6, 2 Cor 1,20) la liturgie de la messe est entièrement tissée de gestes et de paroles bibliques.

La liturgie, célébration de la Parole de Dieu

L’ensemble de la liturgie est pétri d’expressions bibliques. Le problème est que pour beaucoup de nos contemporains, il n’y a en fin de compte pas grand chose en commun entre l’Ecriture Sainte et la Liturgie.

Or, non seulement la Messe est entièrement une paraphrase de la Bible, mais la Bible est en majeure partie écrite pour la liturgie. En réalité dans le plan divin de la rédemption, Bible et liturgie sont faites l’une pour l’autre.  On peut affirmer qu’une des causes de l’écriture de la Bible est la liturgie, et quand ce n’est pas directement le cas, l’Ecriture Sainte est une codification ou une justification du culte divin.

La liturgie eucharistique, une parapharase de la Bible

Chaque messe commence par le digne de la croix : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ce signe de croix est lui même un rite qui nous vient des apôtres, qui dès les premiers temps du christianisme, « scellent » les nouveaux baptisés en le traçant sur leur front (cf. Eph 1,13, Ap 7,13). Les mots que nous prononçons en faisant ce signe font partie des derniers mots que le Christ lui même a prononcés pour ses apôtres (Mt 28,19). Ensuite le prêtre salue l’assemblée, en employant directement un vocabulaire biblique (2Th 4,22) : « Le Seigneur soit avec vous ». Dans l’Ecriture sainte, ces mots sont une demande une sollicitation de la présence divine, sa protection et son aide (Ex 3,12, Lc 1,28). Même quand le prêtre choisit une formule de salutation différente (« Gratia Domini Iesu Christi et caritas Dei… », « La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ … », cette formule est directement issue également dans l’Ecriture ( 2 Cor 13,14 Eph 1,2). Et la messe continue ainsi, comme un dialogue entre les fidèles et Dieu, avec pour médiateur de prêtre. Ce qui est frappant, c’est que justement nous continuons ce dialogue en utilisant entièrement le langage biblique.

Cela continue avec le rite pénitentiel suivi de la prière de supplication : Ps 51, Baruch 3,2, Lc 18,13-38-39 ; avec l’hymne des anges lors de la nuit de Noël (Gloria in excelsis Deo, Gloire à Dieu…) qui est dans Lc 2,14. Même les prières eucharistiques sont fortement imprégnées de vocabulaire étroitement liés à l’Ecriture Sainte. Avant de nous agenouiller devant l’autel, nous chantons une autre hymne angélique qui est également présente dans la bible « Sanctus Sanctus Sanctus, Dominus Deux sabaoth », « Saint Saint Saint le Seigneur… ») tiré de Is 6,3 et repris dans Ap 4,8 en la joignant à la psalmodie triomphale de ceux qui accueillirent Jésus à Jérusalem (« Hosanna in excelsis », « Hosanna au plus haut des cieux » (Mc 11,9-10). Au centre de la Messe, nous entendons à nouveau les mots du Christ lors de la dernière Cène (Mc 14, 22-24). Nous prions le notre Père avec les paroles que le Rédempteur nous a lui même données (Mt 6,9-13) et nous le reconnaissons en reprenant une phrase de S. Jean Baptiste ( Jn 1,29-36) : « Ecce agnus Dei » : « voici l’agneau de Dieu ». Avant de le recevoir dans la communion, nous confessons notre indignité avec les mots mêmes du centurion (Lc 7,7). Nous nous agenouillons,(Ps 95,6 Actes 21,5), nous chantons des hymnes (2 Mach 10,7-38, Actes 16,25), nous échangeons le baiser de paix (1 Samuel 25,6 1Thes 5,26). Nous nous approchons de l’autel (Gen 12,7 Exode 24,4 Samuel 24,25, Ap 16,7) avec de l’encens (Jr 41,5 Ap 4,8) ; il y a un clergé (Exode 28,3-4 Ap 20,6), nous offrons du pain et du vin (Gn 14,18 Mt 26,26-28). Depuis le signe de croix jusqu’au dernier « Amen », (Cf. Néhémie 8,6, 2 Cor 1,20) la liturgie de la messe est entièrement tissée de gestes et de paroles bibliques.

L’Ecriture Sainte devient Parole de Dieu dans la Liturgie

Rien de tout cela n’est un hasard. Dans le plan divin, la Messe autant que la Parole de Dieu nous sont données pour notre salut, pour nous aider à pénétrer le mystère, et unifier nos vies à la Sienne (Cf. 2Thim 3,15-16 et Jn 20,31). Et c’est dans la Messe que l’Ecriture sainte devient actuelle. Notre culte est transformé justement parce

 que c’est dans la liturgie que les extraits de la Bible que nous entendons – mots humains – sont vraiment la parole de Dieu (Cf. 1 Thess 2,13). C’est le sens profond de l’acclamation  « Verbum Domini – Deo Gratias » « Parole du Seigneur – Nous rendons grâces à Dieu » que nous chantons à la fin de chacune des lectures à la Messe. Seule la Parole sacrée de Dieu peut transsubstantier du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ. La signification de la Bible et son but sont entièrement réalisés dans la liturgie et plus particulièrement en son centre, la Messe. La Parole de Dieu devient alors « Esprit et Vie » et « les Paroles de la Vie éternelle » (Cf. Jn 6,63 et 69).

La liturgie comme « incarnation » de la Parole divine, son support biblique a sans doute été beaucoup trop laissé de côté dans le catholicisme de ces derniers siècles. Vatican II a voulu replacer tout cela dans la bonne perspective mais il est exact que même 40 années après le Concile, la richesse de cette signification profonde n’est pas encore perçue par la plupart des fidèles.

Lors de l’année de l’Eucharistie instituée par Jean-Paul II, Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, avait quant à lui institué une « année de la Parole » ; certains fidèles avaient dénoncé cet état de fait en cherchant à opposer les directives de leur évêque à celles de Rome. On voit bien qu’en réalité, la connexion entre Eucharistie et Parole est tellement forte qu’avec cette réflexion diocésaine, on peut largement affirmer les fidèles de Nanterre n’ont pas été lésés, bien au contraire ! Il ne s’agit même pas de « complémentarité » entre les deux approches, entre les deux sujets. Il s’agit bel et bien de la même réalité, qui est proprement une réalité liturgique.

A ce sujet précis, il faut rappeler quelques éléments tirés de l’enseignement du concile :

Dei Verbum n°21 : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle fait pour le Corps même du Seigneur, puisqu’elle ne cesse, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table qui est celle de la Parole de Dieu aussi bien que du Corps du Christ et de le présenter aux fidèles ». Mais c’est surtout Sacrosanctum Concilium, la constitution sur la liturgie qui est particulièrement pertinente pour la question qui nous intéresse : « [Le Christ] est là présent dans sa parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les saintes Écritures ».

Le statut de l’Ecriture sainte dans la vie chrétienne est proposé d’une façon tout à fait enthousiasmante dans le Concile : non seulement il y a une intégration totale de la Bible dans l’action liturgique, mais il y a surtout l’idée que l’Ecriture Sainte devient Parole de Dieu de façon efficace dans la liturgie. Vatican II parle de lecture « dans l’église » de la Bible. C’est le lieu et la célébration liturgique qui transforme à la manière d’un sacramental l’Ecriture en Parole.

Les recherches sur la formation du canon des écritures ont aussi montré qu’en réalité, si la liturgie est la bible célébrée c’est bien parce qu’en fait la bible est la mise par écrit de la liturgie, et que donc la liturgie précède l’Ecriture sainte dans l’histoire du Christianisme (Cf. les travaux de Y.M. Blanchard sur l’émergence du canon des Ecritures. C’est quelque chose d’assez peu connu ou en tout cas mal intégré dans la mentalité des fidèles. Cette affirmation peut choquer, mais elle est très logique. La répartition typique des récits évangéliques en péricopes, l’intégration tardive de l’Apocalypse dans la Bible chrétienne, les salutations liturgiques ou les hymnes des épîtres montrent bien qu’une très grande partie du nouveau testament a été conçu et rédigé pour être lu dans des célébrations liturgiques.

Chanter aussi les lectures de la Messe ou de l’office divin. 

Tout cela a également des conséquences dans la pratique de la liturgie, en tant que culte dû à Dieu. L’Eglise ne se désintéresse pas de la bonne compréhension par les fidèles de ce qui est proclamé dans l’église pendant la Messe. Mais la première fonction de la liturgie de la Parole n’est pas la compréhension par les fidèles mais de procéder à un acte liturgique, qui est de faire vivre la Parole de Dieu : la liturgie de la Parole n’est pas d’abord « didactique ». Son efficacité est comparable à celle des sacrements, « ex opere operato », et c’est bien ce que souligne et au n°4 de la Présentation Générale du Lectionnaire Romain (PGLR) : « Dans la célébration liturgique, la proclamation de la parole de Dieu ne se fait pas d’une seule manière, et elle ne frappe pas toujours le cœur des auditeurs avec la même efficacité ; mais c’est toujours le Christ qui est présent dans sa parole, lui qui, accomplissant pleinement le mystère du salut, sanctifie les hommes et offre au Père le culte parfait ». L’approche liturgique de la Parole de Dieu est donc foncièrement différente de l’approche exégétique. La compréhension et la méditation, dirigée et orientée de l’Ecriture, c’est le rôle de l’homélie qui peut évidemment s’appuyer ou non sur l’exégèse.

Au même titre que la liturgie eucharistique, la liturgie de la Parole est un mémorial, une action liturgique qui est bien sûr détachée de l’aspect sacramentel, mais qui est à n’en pas douter un sacramental. Ceci a des  conséquences directes pour nous grégorianistes et praticiens de la liturgie, et rejoint la pensée de Dom Guéranger, pour qui le chant liturgique est justement le reflet et l’écho de l’incarnation du Verbe. Nous pensons donc en particulier qu’il faut autant que possible chanter les lectures, pour bien valoriser l’aspect tant souligné de Dei Verbum de « la table de la Parole de Dieu« .