Veillons : Plaidoyer pour une liturgie longue et nocturne.

Non dormiámus sicut céteri, sed vigilémus et sóbrii simus. (1 Thes 5,6)

 

Un office de « Matines » ou de « Vigiles » : une réflexion sur la célébration nocturne de la Noël d’été 2013, nativité de S. Jean Baptiste

Le mot « vigile » vient du latin vigilare : éveiller. La vigile au singulier, désigne la veille d’un jour. Tandis que les vigiles au pluriel désignent les vigiliae matutinae, la prière de l’Église célébrée la nuit. Cet office des Vigiles (appelé longtemps « matines ») prolonge la pratique du Christ et des premiers chrétiens qui priaient longuement de nuit. Il n’était pas rare qu’en un temps où le dimanche n’était pas jour de repos chômé, les fidèles passent une grande partie de la nuit en prière, jusqu’à l’aube où était célébré le sacrifice eucharistique, avant qu’ils ne regagnent chacun son travail.


Les Vigiles sont un office particulier, parce qu’il est nocturne, et que la nuit est ambiguë. C’est le temps du repos de la nature, grâce au silence et à l’obscurité ; c’est aussi le temps du repos du corps de l’homme mais aussi celui de son cœur, qui demeure inquiet (sans repos), tant qu’il ne repose pas en Dieu (Saint Augustin).

Quand les premiers moines, en Égypte, voulurent vivre une prière aussi constante que possible, ils élurent le psautier biblique, pris dans l’ordre numérique des psaumes, comme le tissu conjonctif de leur prière, notamment nocturne. C’est ainsi que les frères avaient coutume de se réunir à la tombée du jour ou un peu plus tard pour une très longue veillée, où étaient chantées (il vaudrait mieux dire cantilées) par l’un d’eux des séries de douze psaumes, ponctués de Gloire au Père, où tout le monde se levait et se prosternait face contre terre. Certains chantaient ainsi tout le psautier (les 150 psaumes), d’autres le répartissaient sur la semaine.

Dans les églises séculières (notamment les cathédrales et les basiliques), on se réunissait aussi de nuit pour la prière. Saint Ambroise en 386, entraînant son peuple à veiller dans la basilique porcienne à Milan pour résister aux troupes impériales qui menaçaient d’occuper l’édifice, lui fit chanter pour la première fois les psaumes en alternance.

Saint Jean Cassien, un auteur monastique du début du Ve siècle, indique le déroulement des Vigiles, qui comporte dès cette époque, outre des psaumes, de longues lectures (« leçons ») prises dans les différents livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. On y ajoutera par la suite d’autres prises dans les auteurs ecclésiastiques, déjà qualifiés de « Pères », c’est à dire jouissant d’une autorité certaine dans l’Église.

Saint Benoît, le Père des moines d’Occident au VIe siècle, indique dans sa Règle le détail des psaumes affectés à chaque jour et mentionne trois « nocturnes » (au moins pour les jours de fête), qui partagent l’office de nuit : le premier composé de six psaumes précédant quatre leçons scripturaires (composé de texte de la bible) suivies chacune d’un répons, le second encore de six psaumes introduisant quatre leçons patristiques (composé de textes tirés de Pères e l’Église), le troisième de trois cantiques de l’Ancien Testament faisant fonction de psaumes avant un commentaire de l’Évangile divisé lui aussi en quatre leçons tirées d’un auteur patristique. Cet office, avec son commencement (l’invitatoire et l’hymne du jour) et sa conclusion (Te Deum, évangile du jour, Te decet laus, et la collecte du jour) forme un ensemble impressionnant qui donne son poids et son sérieux à la prière nocturne.

L’Office qui va être celui des chanoines desservant cathédrales et collégiales suit à peu près le même schéma, avec des nuances où chacun met la fierté de son usage propre. Les laïcs fondent parfois des confréries pour soutenir la prière de nuit des chanoines en y assistant eux-mêmes.

Les Vigiles, à partir du Moyen Age et dans la suite, ne sont plus seulement une récitation, même chantée, c’est un véritable office liturgique, avec tout un ballet d’exécutants qui interviennent selon un déroulement savamment prévu. Les jours solennels, de somptueuses chapes sont revêtues par les chantres tandis qu’ils chantent l’invitatoire et le 3ème nocturne. Les premiers mots de chaque antienne
sont entonnés à tour de rôle par chacun des membres du chœur en commençant par le premier de chaque côté. Autour du lutrin en forme d’aigle placé au centre, où sont chantées les leçons et les répons, se succèdent chantres et lecteurs, en commençant cette fois-ci par les plus jeunes. Au moment de l’Évangile, le célébrant revêt la chape à son tour et, entouré de lumières et précédé de l’encens, il se rend à l’ambon d’où est chanté le texte évangélique…

La grâce de l’office des vigiles tient à cette heure où tout repose et où l’on veille pour louer Dieu dans le silence de la nuit. Tout part de la prière silencieuse qui l’a normalement précédé et tout conduit à un recueillement qui se prolonge ensuite, pendant de longues minutes, après la dernière note chantée. Moment d’attention donnée aux choses de Dieu, dans une souveraine gratuité…

Le psaume 15 dit : « même la nuit mon cœur m’instruit. » car le Seigneur nous instruit pendant la nuit : c’est le cas dans les songes. Le psaume 62 dit :

« Je songe à Toi sur ma couche, au long des veilles je médite sur Toi. ».

De la même façon, c’est pendant la nuit que Paul et Silas louent le Seigneur en prison. La veille a la signification d’une d’une présence intime à Dieu, et même d’une union à Dieu-époux. C’est pendant son sommeil que Dieu a tiré Ève de son côté, et c’est aussi la nuit que l’homme et la femme ne font qu’une seule chair. C’est le temps de l’intimité de l’amour. « Je dors mais mon cœur veille » dit le cantique des cantiques ; et c’est par une grâce spéciale de Dieu qu’il y a repos du corps et du cœur.

Mais le démon s’oppose à l’action de Dieu spécialement pendant ce temps privilégié. C’est pourquoi la veille est le lieu d’un combat spirituel contre les ténèbres et le sommeil, c’est à dire le péché qui rend opaque à la grâce de Dieu. L’épisode de Samuel, appelé par Dieu pendant la nuit, montre qu’il faut se réveiller, pour pouvoir écouter la Parole de Dieu :

« Parle, Seigneur, Ton serviteur écoute. »:

il faut un engagement de notre volonté.

« Ne réveillez pas mon époux avant qu’il ne le veuille (Cantique 2, 7). »

L’agonie à Gethsémani est une prière de Vigiles, et c’est aussi un combat. L’office des Vigiles a donc une dimension ascétique, parce que le démon a sur nous un pouvoir de lassitude, pour nous décourager de prier. Mais Dieu regarde avec bienveillance tous ceux qui ont le courage de prendre sur leur sommeil pour prier.

La veille est donc le mémorial de la Pâque du Christ, mais aussi celui de la Pâque juive : Le livre de l’Exode au chapitre 12, au verset 19 dit :

« Au milieu de la nuit, le Seigneur frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte »

et au verset 42 :

« Cette nuit durant laquelle le Seigneur a veillé pour les faire sortir d’Égypte doit être pour tous les Israélites une veille pour le Seigneur, pour leurs générations. »

C’est cette articulation qui est l’axe de toute veille chrétienne. Sagesse 18, 13 :

« Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, Ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal. »

Ces versets sont lus dans l’Église comme une prophétie appliquée à la nuit de Pâques, puisque l’Exode est la sortie d’Égypte, et le passage au désert vers la terre promise, mais aussi la Pâque du Christ, Sa mort, Sa résurrection et Son entrée dans la gloire.

La grande Vigile est donc celle de Pâques. C’est la première qui est célébrée par l’Église, puis vient ensuite progressivement celle de Noël et de la Pentecôte, et celle de chaque dimanche.

Nous vivons dans l’attente de la réalisation des promesses du Christ, de Sa seconde venue dans la gloire avec les anges et les saints. Dans cette attente, l’office liturgique des Vigiles nous encourage à veiller pour être prêts, les lampes à la main, lorsqu’Il viendra. Cette vigilance est rappelée par Jésus par la parabole des dix vierges, ou celle du voleur, dont les péricopes sont lues lors des dimanches qui précèdent la célébration, à la fin de l’année liturgique, de la solennité du Christ-Roi dont le caractère eschatologique est fortement marqué. Ces appels sont répercutés dans les épîtres :

2 Pierre 3, 10 : « Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur. »

1 Thessaloniciens 5, 1-8 : « Quant aux temps et moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive. Vous savez vous-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur arrive comme un voleur en pleine nuit. »

Et c’est par la Foi que nous dissipons les Ténèbres, puisque Saint Paul nous dit que parce que nous avons la foi, nous sommes enfants de lumière. Dans la veille, il s’agit alors de rejoindre Dieu qui ne dort pas. Alors que lors de la nuit, chacun dort ou s’enivre, et ne pense pas au Seigneur, le Chrétien, lui, veille, et reste sobre, et résiste, fort dans la foi, au diable, qui comme un lion qui rugit, rôde et cherche à le dévorer. (cf. 1 Pierre 5,8)

C’est parce que nous avons une prière communautaire que l’Église organise de façon précise la liturgie des Vigiles. L’office des Vigiles antique à 12 psaumes et 12 leçons a été allégé au siècle dernier, mais la présentation générale de la liturgie des heures recommande de conserver à l’office de lectures son caractère nocturne (n°72). Elle indique qu’on peut utiliser l’office de lectures pour célébrer les Vigiles, en faisant suivre les lectures par les trois cantiques, l’Évangile et le Te Deum (n°73). Les vigiles sont spécialement recommandées pour les grandes fêtes de l’année liturgique afin de marquer la spiritualité de la veille et de l’écoute de la Parole.


Venite Adoremus

 

Un ordo et un cérémonial : aucune solution parfaite.

Motivés par l’idée d’une veille liturgique, nous avions trois choix possibles :

  • L’office de Lectures de Liturgia Horarum
  • L’office des Matines de la forme extraordinaire du rite
  • L’office des Vigiles du rite monastique.

Chacune de ces options participe de la même réalité liturgique, avec cependant des différences substantielles. Chacune d’entre elles avait ses avantages et ses inconvénients. La première était à coup sûr la plus naturelle, celle qui était dans « l’ordre des choses ». Elle peut de plus être célébrée pour les dimanche et solennités de façon « protracta », ou allongée. Plusieurs difficultés – notamment pratiques – cependant : nous disposons des mélodies des hymnes, de l’invitatoire et du Te Deum, mais pas (ou peu…) des répons et des antiennes. A cela s’ajoute que cette célébration de l’avis de spécialistes liturgiques est à la fois court (une heure maximum : Invitatoire, hymne, 3 psaumes et leur antienne, deux – longues – leçons et deux répons, auxquels on peut ajouter 3 cantiques avec une antienne, le Te Deum et le chant de l’Évangile) et n’est pas vraiment conçu pour être célébré de façon solennelle au chœur, mais est davantage un instrument de piété individuelle, dans le contexte liturgique de la « récitation » du bréviaire, clairement sur le modèle du bréviaire de Quinones d’après le Concile de Trente.

La deuxième solution possible aurait été d’adopter l’ordo dit « extraordinaire », avec la répartition des psaumes datant du début du XX° siècle (sous S. Pie X). Outre le fait que cette répartition n’est pas traditionnelle (au sens où ce n’est pas celle du Moyen Age ou de l’antiquité tardive), opter seulement pour l’office nocturne d’une logique « extraordinaire » alors que nous pratiquons pour le reste de la liturgie (y compris « des heures ») la forme ordinaire aurait probablement été incongru, si l’on regarde la cohérence de l’office en son entier.

La troisième solution, celle que nous avons retenue, a ses avantages et ses inconvénients. Le premier avantage est que c’est un ordo « ordinaire » qui se prête bien à une intégration dans une cohérence liturgique avec l’usage des hymnes, invitatoires, et oraisons du rite romain post-conciliaire (dont nous avons les partitions, comme mentionné, via Liber hymnarius (1983), qui est partie prenante de l’Antiphonale romanum, le livre officiel de la liturgie romaine pour le chant de l’office divin). Il existe un livre, le responsorial monastique de 1895, qui fournit l’ensemble de la musique (y compris les antiennes) pour les occasions où un office de ce type peut être chanté (dimanches, solennités et autres fêtes). Comme expliqué dans un autre article, nous avons également largement puisé dans le site Gregofacsimil, qui propose une restitution des répons de l’office de nuit. On y adjoint facilement les psaumes grâce au Psalterium monasticum de 1983 (qui même si ce n’est pas un livre officiel, contient des ressources intéressantes) et les 12 leçons afférentes, très riches en contenu dans le lectionnaire monastique. Cet ordo est éminemment traditionnel, puisqu’il est conforme à la règle de Saint Benoît qui impose les 12 psaumes nombre de psaumes en dessous duquel selon une antique tradition (la « règle de l’ange », nombre de psaumes en dessous duquel il est impensable de descendre). Pour plus de détails sur l’évolution de l’office de nuit, on lira avec intérêt cette page : par l’abbé Jean-Pierre Herman. Une célébration entièrement chantée de cet ordo donne un office long au minimum de 2 heures 30 (pour la S. Jean Baptiste 2013, l’office a en l’occurrence duré près de 3 heures).

En conformité avec la règle ancienne romano-franque de deux grandes parties à l’office nocturne : une partie ascétique avec une longue psalmodie et une partie solennelle avec le chant de l’Évangile par l’évêque dans sa cathédrale– dont en réalité, l’office de Lectures de Liturgia Horarum porte la trace. L’office est présidé par l’officiant en chape, et l’alternance de la psalmodie entre les 4 chantres et le reste du chœur, entre le Domine Labia mea aperies à l’hymne, puis de l’antienne du 3ème nocturne au Benedicamus Domino. Une façon pour nous d’intégrer dans le cursus de l’idée de Liturgia Horarum, mais sans renier l’héritage des siècles …

Cet ordo a aussi des inconvénients : la répartition des psaumes de nuit dans la règle de saint Benoît n’a aucun lien avec celle retenue dans l’office romain d’après le concile. Il est donc tout à fait possible d’avoir le même jour, à quelques heures d’intervalle, à deux reprises le même psaume chanté, une fois comme office diurne, et une autre fois comme office nocturne.

Il n’y a donc aujourd’hui donc aucune solution parfaite pour user de la tradition de la prière nocturne, dans un cadre paroissial, ou en tout cas aucune solution parfaitement authentique et juste ; celle que nous avons retenue a d’ailleurs, il faut le reconnaître essentiellement été motivée par des contraintes qui ne sont pas uniquement guidés par des motifs théologico-liturgiques. L’intérêt artistique tout d’abord : chanter 12 répons est extrêmement motivant pour une chorale grégorienne… Intérêt pédagogique ensuite : chanter 12 psaumes et 3 cantiques permet également de proposer aux débutants une véritable initiation à la modalité, à la prosodie latine, et au solfège grégorien, puisque chacun des psaumes est accompagnée d’une antienne, dont la difficulté technique est bien moindre que celle des répons. Par ailleurs, le fait de chanter 12 leçons courtes permet justement de revenir à l’origine de l’art grégorien, qui est ne l’oublions pas, l’amplification progressive des récitatifs, mais aussi de les répartir entre chantres.


Te Decet laus

 

Une liturgie à déployer plus souvent pendant l’année

Cette expérience, si elle demeure à améliorer, oblige à faire entrer en cohérence ce que nous pratiquons au niveau du chant liturgique grégorien et la raison profonde de le faire. Nous ne chantons pas tous les jours, comme les moines, l’office des Vigiles, parce que nous n’avons pas cette occasion de nous retrouver en commun. Et pourtant, en le faisant « avec toutes les options », quelques rares fois dans l’année, nous expérimentons et même nous goûtons l’ascèse et l’effort que cela demande, ainsi que l’accomplissement au plan de la prière que cela apporte.

Nous reprenons donc rendez-vous avec la cathédrale du Puy et la chapelle des Pénitents, comme en 2012, pour une liturgie dans cet esprit pour les 14 et 15 septembre (fête de l’Exaltatio Crucis, qui est un premier ordre là bas, avec 1ères vêpres, Vigiles au rite monastique et messe chantée le lendemain), mais aussi pour l’ouverture de la nouvelle années liturgique, soit le premier dimanche de l’Avent 2013. En attendant que cela devienne une habitude… ordinaire !

Cette expérience a également des conséquences en ce qui concerne l’interprétation : chanter 3 heures sans arrêt, ce n’est pas chanter cinq fois deux minutes pour le propre de la Messe. Cela oblige concrètement à rétablir les rapports du psychique avec la voix, à repositionner le corps comme expression d’une louange vocale, et non plus comme simplement un « accessoire de piété », que l’on met à genoux pour mieux aider notre esprit à faire oraison… Par une liturgie longue et fatigante, nous le remettons là où il aurait du rester : réconcilié avec l’esprit et l’âme baptisée, dont il est l’instrument de la gloire.


A chacun sa bougie

Pentecôte : l’octave suprême ?

Le site web du « New Liturgical Movement » nous propose cette semaine la republication d’un article de Guy Nichols, oratorien britannique. Nous connaissons l’implication des oratoriens en Angleterre dans le sens du mouvement de ce que l’on a pu appeler la « Réforme de la réforme » (liturgique, s’entend, bien sûr). Nous avons traduit ce texte, proposé des commentaires et des mises en gras.


Pentecôte : l’octave suprême ?

« .. considérons les offices du bréviaire pour la Pentecôte et son Octave comme la plus importante, peut être de toute l’année ». (Bienheureux John, Henry Newman.)

L’an dernier, j’ai lu avec le plus grand intérêt l’article de Gregory Dipippo sur l’octave de Pentecôte.

A la lumière de cet article, et au regard de la saison liturgique en cours, vos lecteurs pourront être intéressés de connaître une nouvelle initiative qui se déroulera lors de cette Pentecôte à Dorchester on Thames, OxfordShire, en Angleterre, une église dont il a été plusieurs fois question sur le site web du « New Liturgical Movement » [NDT : « Nouveau Mouvement Liturgique »]. Cette fois, j’ai ajouté mes propres réflexions sur l’importance de restaurer l’observance liturgique de l’Octave de Pentecôte.

Pentecôte 2013 à Villars les Dombes avec l’ensemble de l’ordinaire et du propre chanté en grégorien.

A Dorchester, le dimanche de Pentecôte (Whitsunday [NDT : le « blanc-dimanche » ]) a été célébré avec une magnifique messe solennelle dans le nouvel ordo missae et précédé par le chant solennel de l’office de Tierce en latin tiré du brévaire d’avant 1970 (qui comprend principalement le Veni Creator et les sections II à V du psaume 118) [Nous chantons quant à nous également l’office de tierce avant la messe de la plupart des dimanches dans à la cathédrale S. Charles Borromée de Saint Etienne 42000, mais selon l’antiphonale romanum de 2009]. Tandis que la messe a commencé en vernaculaire et était quasiment entièrement chantée, c’est la langue latine qui a pris le dessus à partir du Pater jusqu’à la fin. Le Célébrant était assisté par un diacre et un acolyte vêtu de la tunique. [Les oratoriens britanniques tirent donc légitimement parti des rubriques du Missel de 1970 qui prévoit l’action du sous-diacre, comme nous l’avons à plusieurs reprises mentionné dans nos pages.] L’ordinaire de la messe, la « Messe de l’homme armé » de Morales était chanté par le Newman Consort d’Oxford, un groupe en lien avec l’ordinariat de Notre-Dame de Walshingam, [ce sont les ex-anglicans, devenus catholiques mais ayant conservé leur usages liturgiques. Notons qu’ils ont gardé l’ensemble de leur prélats ex « évêques anglicans » qui bien que mariés ont été ordonnés prêtres et officient avec les pontificalia c’est-à-dire mitre crosse, croix pectorale, en tant qu’ordinaires. Notons aussi la proximité entre les Oratoriens et ces ex Anglicans. La rigueur liturgique des premiers favorisant la conversion des seconds. Il y a bien un lien fort entre liturgie et œcuménisme, liturgie et évangélisation] qui a également chanté le Confirma Hoc Deus de Byrd.

Plus intéressant et plus marquant, deux jeunes adultes, récemment baptisés, furent confirmés grâce à un indult spécial, après l’homélie. [Rappelons que la confirmation est du ressort de l’évêque, théoriquement. L’indult spécial, c’est que le sacrement a dû être donné par un simple prêtre oratorien.] Ils portaient des robes blanches des néophytes, illustrant par là l’origine de l’appellation familière en Anglais « Whitsunday » [NDT : « blanc-dimanche »] comme c’est le moment dans l’usage, dans les temps anciens des baptêmes d’adultes sous nos climats nordiques. Après la chrismation, l’assemblée entière ayant renouvelé sa foi baptismale avec les candidats à la place du Credo, fut aspergée avec l’eau baptismale, accompagnée par le chant du Vidi Aquam.

Comme il apparaît que la grande fête de « l’anniversaire de l’Eglise » est célébrée de façon plus appropriée sur une période plus étendue que ce qui est possible pour la seule journée réservée à cela dans le missel de 1970, l’octave de Pentecôte est désormais célébrée avec une série de messes votives du Saint Esprit, mais avec quelques différences importantes. [Nous avons nous aussi à la cathédrale saint Charles de saint Etienne le lundi de Pentecôte une messe votive du Saint Esprit, en latin avec le propre grégorien de la veille, complet].

Vêpres de la Pentecôte à l’oratoire de Birmingham

En cohérence avec l’idée du Saint Père exprimée dans Summorum Pontificum
[le motu proprio de Benoît XVI en 2007 libéralisant la forme ancienne de la liturgie romaine, selon les livres liturgiques de 1962] que les deux formes du rite romain devraient s’enrichir mutuellement, l’Octave est célébrée largement en forme ordinaire, mais en utilisant des éléments tirés largement des messes de l’octave datant d’avant 1970. [Rappelons que l’octave de Pentecôte existait jusqu’en 1970, mais a été supprimé pour des raisons non expliquées, ce qui est il est vrai curieux, surtout lorsqu’on sait que Paul VI lui-même fut très surpris par cette décision du Consilium pour l’application de la réforme liturgique et s’en était même plaint à plusieurs de ses proches. L’octave de la Pentecôte est extrêmement traditionnel, et les lignes qui suivent vont non seulement expliquer en quoi, mais aussi comment faire pour en tirer tous les fruits, y compris dans une liturgie utilisant les livres d’après 1970] Les chants propres sont tirés du Graduale des messes de l’octave d’avant 1970, particulièrement l’Alléluia et sa séquence Veni Sancte Spiritus chantés en latin. [Notons l’ordre : l’alléluia, puis la séquence.] Les lectures de chaque jour sont celles proposées par l’ancien missel, étendues lors des quatre temps du mercredi et du samedi. [Les quatre temps, qui sont aujourd’hui réduits à une dévotion populaire ont jusqu’en 1970 une véritable conséquence liturgique, que l’oratoire d’Angleterre n’hésite pas à mettre en œuvre lors de cette octave. Bel exemple.] A la place des graduels, pour les messes de semaine, les psaumes responsoriaux sont tirés du lectionnaire actuel pour être apairés au caractère spécifique de chacun des jours. [On constate donc que le formulaire de la messe lue est retenu en semaine, donc avec les psaumes responsoriaux, tandis que les graduels sont pour la messe chantée. Ce qui est tout à fait cohérent. Dans une logique extra monastique, il n’y a pas de vraie raison de chanter entièrement chaque jour la messe.]

Par exemple, l’évangile du mardi, « la porte de la bergerie » (Jn 10,1-10) a comme prélude idéal le psaume 22, tandis que la longue série des lectures de l’ancien testament du samedi reprend l’un des thèmes préchrétiens de la fête juive de la Pentecôte, l’offrande à Dieu des premiers fruits de la récolte, pour laquelle les psaumes 64, 106 et 125 qui sont proposés dans le calendrier du Novus Ordo et qui donc sont choisis ici. [Enrichissement mutuel des deux formes du rite romain]

Observation sur le retour de l’octave de Pentecôte.

Le passage au temps ordinaire immédiatement au lundi qui suit la Pentecôte est violent. Ce n’est pas seulement le retour au temps ordinaire en soi qui pose problème parce que de toutes façons, il faut bien y revenir à un moment ou à un autre. Non, le problème que plusieurs de vos correspondants partagent avec moi est qu’en réalité, le premier lundi vert après la Pentecôte nous arrive de nulle part. En plus de ce côté abrupt, les féries qui suivent désormais la Pentecôte appartiennent à une suite entièrement déconnectée qui a été rompue avant le Carême et qui n’a aucun élément de continuité avec ce qui la précède immédiatement. La transition [entre temps pascal et un temps ordinaire qui est en fait une continuité par rapport à une période de précarême] avec une fin de l’octave de Pentecôte qui se terminait par le samedi des Quatre Temps, en transition avec les 1ères vêpres de la Trinité, qui marquait le début d’une nouvelle saison par une fête célébrant la descente du Saint Esprit « menant l’Église vers la vérité toute entière. »

Concrètement, quel est le résultat de la perte de l’octave de Pentecôte ?

Premièrement, l’effet le plus malheureux est de réduire la Pentecôte à une voie sans issue. Parce que désormais, c’est un seul jour qui clôt tout le temps pascal, à partir duquel tout ce qui suit est sans continuité : le temps ordinaire ne semble pas être la suite de la Pentecôte, mais semble la supplanter. Si bien que la Pentecôte semble désormais se contenter de regarder en arrière vers Pâques, dont elle est la célébration de conclusion, plutôt que d’être à la fois la réminiscence de Pâques et la mise en marche au travers du « temps vert » représentant la vie post pentecostale de l’Église jusqu’au second avènement. [Second avènement, c’est-à-dire parousie, que justement le reste de la dynamique de l’année liturgique post conciliaire a voulu particulièrement mettre en avant, avec la fête du Christ roi au dernier dimanche per annum / ordinaire, le chant de la séquence Dies irae à l’office, et la fameuse anamnèse qui s’achève par deux mots lourds de sens : Donec venias : jusqu’à ce que Tu viennes.]

Deuxièmement, cette rupture et cette discontinuité est encore plus appuyée par la nomenclature « temps ordinaire ». Alors qu’à partir de l’appellation « temps après la pentecôte » seul, l’Eglise a pu positionner une relation à cette fête (même de façon différente que le temps après Pâques en fonction de la fête de Pâques elle même), il y a en réalité plus qu’un rapport de nom. [le Graduale romanum de 1961 donne comme appellation tempus per annum post pentecosten. Le Graduale romanum de 1975 supprime les deux derniers mots pour garder seulement tempus per annum. Derrière cette observation il y aussi la mise en cause légitime de l’interchangeabilité des formulaires pour le temps per annum avant carême ou après pentecôte, qui est probablement la plus grosse faute de goût de l’organisation du temporal d’après le Concile, c’est-à-dire des suppression des semaines de septuagésime et sexagésime.] Bien sûr, la temps pascal est plus organiquement et thématiquement lié à Pâques que toute la période « Post Pentecosten » l’est à la Pentecôte. Pour autant, la correspondance entre le temps après la Pentecôte d’un côté et l’ère entière de l’Église désormais dotée du Saint Esprit et dans l’attente de la Parousie d’un autre côté, était formellement manifesté dans cette longue période « verte » de l’année ecclésiastique. [Dans cette perspective, et c’est probablement la partie la plus convaincante de l’article de Nichols, c’est justement l’organisation du temporal de la nouvelle année liturgique post conciliaire qui prêcherait pour le maintien de l’octave de Pentecôte, puisque depuis 1970, le temps vert d’après la pentecôte est orienté vers le point d’orgue de la solennité parousique du Christ roi de l’univers.] C’était spécialement clair au début de la saison avec les fêtes contemplant les mystères de la Trinité et du Corpus Christi, et à la toute fin via les évangiles eschatologiques des [derniers] dimanches [per annum / ordinaires].

Troisièmement, la forte limitation de la présence pentecostale à la méditation d’un seul jour laisse un vide que les charismatiques pentecôtistes chercheront à combler. Même si historiquement il y a beaucoup de raisons pour lesquelles ce mouvement a grandi à l’intérieur de l’Eglise, ce n’est pas sans signification que le caractère a-liturgique des potentiels promoteurs d’une vie dévotionnelle pneumatologique à l’intérieur de l’Église latine a coïncidé avec cette désormais célébration très réduite de l’avènement de l’Esprit et de Son rôle dans l’Eglise jusqu’à la Parousie. [Un prêtre me faisait remarquer d’ailleurs que tous les mouvements du « renouveau » et de la prière informelle des charismatiques sont justement nés de l’absence de célébration de la liturgie des heures et de l’office divin pendant la période transitoire du début de la réforme liturgique où l’Eglise n’avait pas encore sa prière propre des heures en conformité avec la volonté du Concile. Remarquons d’ailleurs que tout cela commence à peine à être corrigé… L’insistance des mouvement du renouveau sur les charismes de l’Esprit Saint ne viennent ils pas aussi de la suppression de la célébration du Saint Esprit donné à l’Église dans l’octave de Pentecôte mais aussi et conséquemment dans la plus grande partie du cycle du temporal, qui peut, certaines années aller en fonction de la date de Pâques, aller jusqu’à 28 semaines ? ]

En lien avec un focus pneumatologique sur la liturgie, je trouve difficile de voir comment la neuvaine de pré pentecôte (comme défendue par Mgr Bunigni) peut remplacer de façon adéquate le poids de l’octave d’après Pentecôte. Laissez moi immédiatement constater que j’ai la conviction que les Messes de la forme ordinaire pour la période entre l’Ascension et la Pentecôte sont admirables en tant que préparation dans la prière à la descente de l’Esprit, et que c’est un excellent exemple de la manière dont certains aspects de la forme ordinaire peuvent certainement devenir un enrichissement dont la forme extraordinaire pourrait bénéficier (tout comme l’euchologie et le lectionnaire du temps pascal en son entier). [Notons qu’à l’office, aux vêpres, la forme ordinaire a également pendant la neuvaine tous les jours le Veni Creator comme hymne des vêpres.] En même temps, il faut considérer qu’une phase de préparation est seulement ce qu’elle est : une préparation à l’événement, et non pas son accomplissement. L’octave de Pentecôte représente l’accomplissement du déversement de l’Esprit tel qu’Il est manifesté dans la vie post pentecostale de l’Église.

A ceux qui suggèrent que l’Eglise devrait tout simplement faire avec, [j’apprécie chez les oratoriens anglais cette capacité à ne pas se laisser happer par la contrainte, à s’élever au dessus de la problématique pour essayer de pousser en avant des solution fiables et viables. C’est la créativité britannique qu’il nous manque parfois en France ?] et passer directement de du dimanche de la Pentecôte au temps ordinaire sans aucun délai, je dis que l’Octave de Pentecôte, bien loin d’introduire un retard dans l’inauguration [NDT : de la nouvelle saison liturgique], est le moment de la mise en scène pour le temps ordinaire qui suit. Tout lecteur attentif des textes des messes et des offices de l’Octave se rend immédiatement compte que ce ne sont pas seulement des réminiscences historiques des différents aspects de la descente de l’Esprit Saint qui y sont décrites. En fait, l’Esprit n’est mentionné dans les Évangiles d’aucune des messes au long de l’Octave. Les messes votives du lectionnaire de Paul VI contiennent certes un regroupement des péricopes évangéliques qui mentionnent le Saint Esprit explicitement, mais ce n’est pas ce que l’Église visait dans les formulaires des messes de l’octave de Pentecôte : ce sont les effets du déversement de l’Esprit pendant l’Octave qui sont célébrés lors de ces passages évangéliques. Pourquoi alors l’Église utilisait-elle des passages de l’Évangile sans aucune référence à la venue de l’Esprit pendant l’octave de Pentecôte ? C’est bien sûr la conséquence de la nature baptismale de l’Octave, commençant bien sûr avec sa Vigile. [Dans plusieurs endroits en France, nous avons une réflexion sur la mise en œuvre de la Vigile de Pentecôte avec toutes ses lectures, en cherchant à lui donner une solennité voisine de la vigile de Pâques. C’est évidemment une excellente chose. Peut être faudrait il aussi en tirer toutes les conséquences et étendre cette réflexion à l’octave qui suit conséquemment cette vigile solennelle.] C’est le caractère baptismal qui a formé la colonne vertébrale et le matériau catéchétique de l’Octave et au regard de son rang particulièrement solennel, d’une façon égale à la célébration de Pâques elle même.

Pentecôte 2013 à Villars les Dombes : au fond la schola Saint Maur chante Spiritus Domini replevit orbem terrarum (Introït, puis Vidi Aquam, Kyrie Gloria. Après chaque lecture, un répons alléluiatique, puis la séquence Veni Sancte Spiritus)

Quatrièmement, si le caractère et la solennité de l’octave de Pentecôte sont ultimement en lien à la célébration baptismale de la Pentecôte, l’octave devrait continuer à exister dans une forme identique à celle qu’elle avait jusqu’en 1970 ; et devrait il y avoir ici deux célébrations du Baptême d’une solennité voisine à chacune des extrémités d’une même saison [liturgique] ? Si non, alors est ce que la Pentecôte devrait continuer à être marquée par un octave aussi solennel que celui qui était utilisé pour lui donner une telle splendeur ?

En ce qui concerne le premier point, il est douteux de considérer le « doublet » de la vigile de Pentecôte pour la célébration du baptême comme redondant. Il peut simplement être considéré comme la remise à plus tard de la cérémonie baptismale à un moment plus tardif et plus clément de l’année. L’Eglise pendant des siècles n’a trouvé aucune incongruité à la célébration des deux vigiles, même si le Baptême n’est célébré qu’à l’un des deux en certains endroits et à certaines périodes. J’avancerai cependant que ce « doublet » n’est pas une simple « duplication ». Comme cela a été célébré pendant la plus grande partie de l’histoire de l’Église latine, Pâques et Pentecôte ont été comprises comme des fêtes en lien avec les fonts [baptismaux]. Elles sont toutes deux, de façon complémentaire, une célébration de la fécondité sacramentelle. La Résurrection et le déversement de l’Esprit ne devraient pas être traités comme si l’on pouvait réduire l’ensemble à un seul événement identique, mais comme les étapes successives d’un seul Mystère Pascal dans lequel la seconde et la troisième personne de la Trinité agissent de façon spécifique en fonction de la volonté salvifique du Père des cieux. [Notons l’expression de « mystère pascal », qui est aussi également beaucoup sous la plume d’un autre oratorien liturgiste, ami français : le RP Bouyer, et qui a beaucoup influencé la théologie de la liturgie d’après Vatican II]

Pour prendre le second point : si le baptême n’a pas à être célébré avec la même sorte de solennité à la Pentecôte qu’à Pâques, alors la Pentecôte a t’elle à se voir attribuée une octave du même rang et d’un caractère équivalent à celle de Pâques ? Il faut soulever alors la question du caractère de l’octave de Pâques précisément comme baptismal. Toutes les péricopes évangéliques de l’octave de Pâques sont tirées des événements tirés des apparitions de la Résurrection. Sous cet aspect, l’octave de Pâques, a un caractère bien que baptismal par ses Introïts, oraisons, et épîtres est plus évidemment lié à l’événement historique qu’il célèbre que l’octave de Pentecôte. En fait, du point de vue des péricopes évangéliques, c’est la Pentecôte qui a qui a le plus clairement un caractère post baptismal. En regardant soigneusement les deux octaves, il apparaît clairement qu’ils sont unis par le même caractère baptismal, mais de façon complémentaire : le premier, basé sur l’événement historique de la résurrection comme cause originelle de notre salut, et le second célébrant le déversement de l’Esprit comme le moyen de la continuité de l’accomplissement de cette rédemption dans les sacrements de l’Église. [Avec le rappel au passage que les sacrement sont bien une affaire avec l’Esprit Saint…]

Bien plus, si tous les dons de l’Esprit qui sont donnés au Baptême sont célébrés de façon explicite à Pâques, pourquoi l’Église a t’elle besoin de célébrer liturgiquement la Pentecôte, et pourquoi préparer cette célébration par une neuvaine précédant l’Ascension ?

Cinquièmement, la Pentecôte est une fête qui demande une résonance à cause de son importance dans la vie de l’Église afin d’être rendue claire. Une octave fournit à une fête l’espace pour résonner. C’est la réponse à l’image que donnait le pape Paul VI de la cloche de l’Église qui sonne avant la Messe, en vue de préparer les fidèles psychologiquement à prendre part à la liturgie. Pour amplifier cette image, on pourrait dire que plus la cloche sonne tôt, plus le nombre de cloches qui sonnent est important, plus la célébration qu’elles annoncent est grande et est préparée.

De façon similaire, de la même façon qu’un fort son a besoin de temps pour s’épanouir afin que son timbre puisse être apprécié, un fête a également besoin de temps. Celle qui se termine en un seul jour a peu d’espace où résonner, et donne l’impression qu’elle n’a pas beaucoup à nous dire alors qu’elle a besoin d’être entendue à loisir. J’avancerais qu’une grande octave emprunte une splendeur proportionnée en avance en ce qui concerne la fête et la splendeur de sa célébration.

En fin de compte, il est également important de ne pas oublier les offices du bréviaire de la Pentecôte et de son octave, que le Bienheureux John Henry Newman appelle « les plus magnifiques, peut être, de toute l’année » (v. An Essay in Aid of a Grammar of Assent, ch. 5, section 2, « Belief in the Holy Trinity »). Ces réflexions issues des Pères sur les lectures de l’Évangile de chaque jour nous invitent à approfondir notre assimilation des mystères de la Vie de l’Église, dont l’âme est l’Esprit Saint (CEC 797).

En résumé le caractère de la Pentecôte comme consommation et accomplissement du Mystère pascal suggère qu’il est convenable de célébrer cette fête avec une octave, similaire en caractère et en rang à celle de Pâques. Pâques regarde à la fois en arrière vers la Passion du Seigneur et son « passage vers le Père » et vers l’avant vers le temps pascal comme la saison liturgique pendant laquelle la résurrection et sa signification pour notre vie éternelle est dévoilée pour nous. D’une façon parallèle, la Pentecôte regarde en arrière vers la promesse du don du Paraclet qui est faite à Pâques et devant dans le Temps après la Pentecôte qui représente la vie de l’Eglise sous l’emprise constante de l’Esprit saint et enrichie de Ses sacrements qui donnent la vie.

Guy Nicholls Cong Orat June 25th 2011 and 29th May 2012

D’autres photos de la célébration de la messe de Pentecôte à Villars sont disponibles ici : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-messe-de-la-pentecote-117916368.html

Et là : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-pentecote-suite-117922589.html