Le Saint Père et le jeudi saint


On nous pose cette question :

D’après Mgr Xuereb, le lavement des pieds de femmes, dont une non-baptisée, a été fait pendant l’eucharistie du jeudi saint [2013]. C’est la fin de la réponse à la troisième question. http://fr.radiovaticana.va/news/2014/03/11/mgr_xuereb,_secr%C3%A9taire_particulier_du_pape_fran%C3%A7ois,_se_confie/fr1-780537

Bien sûr, il ne cherche pas à répondre précisément à la question de savoir si le lavement des pieds a été fait pendant la messe ou en dehors mais comme il le dit, il semble bien que c’était pendant et si cela avait été autrement, cela l’aurait suffisamment marqué pour qu’il ne s’exprime pas comme cela, non ?

Bon effectivement. Mais si le pape va contre les rubriques, et qu’il souhaite que ce soit institutionnalisé, il a le pouvoir de changer les rubriques. Il est pape. Et pour l’instant, il ne l’ a pas fait…. Et évidemment je souhaite qu’il ne le fasse pas.

Plusieurs diront que ce n’est pas si important. Il me semble pourtant que c’est fondamental, pour deux raisons :

– La liturgie est source et sommet de la vie de l’Église (Cf. Vatican II Sacrosanctum Concilium, 10) Donc on ne dira pas que tout cela est secondaire.

– à l’heure où on mélange les genres, il me semble essentiel que les signes de la liturgie de l’Église permettent à la femme d’être femme, et donc à l’homme de se donner à la femme. Ephésiens 5,24-25. La femme est soumise à l’homme pour que ce dernier la fasse resplendir. Apc 21,10. L’homme est au service (ministre) de la femme comme de l’Église pour qu’en lui étant soumise elle brille. Le don de l’homme à la femme c’est le don du Christ à l’Église, et le don du Père au Fils.

Si on perd tout cela de vue, demain on aura des diaconnesses, (et il y a une véritable revendication à l’heure actuelle pour cela : on voit ici que pour certaines c’est quasi acquis… !) après demain des prêtresses, après-après demain des évêquesses. La femme ne sera plus femme, elle ne resplendira plus, elle ne sera plus figure de la Jérusalem nouvelle mais une caricature masculinisée et avide de pouvoir. L’homme sera même empêché de se donner. La question n’est pas fonctionnelle – ce n’est pas une question de compétences, mais de symbole. Parce que cela a un sens, et un sens très profond.

Cf. Gertrud Von Lefort. La femme éternelle

« Ce n’est pas l’homme qui se révèle être la véritable figure apocalyptique de l’humanité (…) Comme figure reconnaissable humaine de l’Apocalypse, se dresse la femme : seule la femme infidèle à sa vocation peut représenter cette stérilité absolue du monde qui doit le conduire à sa mort et à son effondrement (…) La grande prostituée est la figure apocalyptique de la fin des temps. La prostituée signifie la suppression radicale de la ligne des « Fiat » » (…)

« L’analogie sublime et presque effrayante que l’Église pose à propos du mariage de l’homme et de la femme, en le disant semblable à l’union du Christ avec son Église, a un sens profond : convaincre la femme qu’épouse de l’homme, elle doit être aussi épouse du Christ et qu’elle appartient à Dieu. C’est seulement dans cette perspective que le mot célèbre de saint Paul sur la soumission de la femme à son mari prend sa véritable signification (…)

Car ce qui menace la femme, ce n’est en aucune façon son seul refus du don de soi, mais son exagération (…) La relation exclusive de la femme à l’homme absorbe alors en même temps ce qui revient à Dieu. Ainsi s’introduit dans la relation de la femme à l’homme, la même désolation et l’absence finale de tout horizon, que nous avons déjà reconnue comme un danger mortel de cette culture orientée vers le monde (…) La femme qu’on prétend « masculinisée », ne représente qu’une variante de la femme, qui a cessé de se consacrer à l’homme selon l’ordre divin »

Le problème de fond c’est qu’on a déjà commencé à glisser dans la pente… Et ça ne date malheureusement pas d’hier. Il est donc plus que jamais important dans notre société infectée par les « études de genre » de donner au vir sa place dans la vie paroissiale, et donc dans la vie liturgique car c’est la partie de la vie paroissiale qui lui revient de droit. Il faut donc conséquemment aller contre l’implication des femmes dans le ministère liturgique : lavement des pieds, enfants-de-choeuses, lecteuses, distributrices de la communion.

Le péché de la femme, c’est l’appétence pour le pouvoir. Le péché de l’homme c’est la démission face au service, qui est don. La femme comme l’homme ont besoin d’être aidés dans leur combat contre leur péché, et c’est ce que font les rubriques (« viri selecti » donc exclusivement des hommes pour le jeudi saint, et aussi la mention de la réservations aux viri des ministères d’acolyte et de lecteur dans Ministeria Quaedam par Paul VI.). Évidemment, ce n’est pas « nécessaire à la validité », et il peut y avoir des exceptions rendues nécessaires par les circonstances. Mais l’exception ne fait pas la loi, et l’extraordinaire n’est pas le quotidien. Car si on ne donne pas de visibilité explicite à la primauté d’ordre masculine dans la liturgie, c’est un pan entier du mystère du salut qui est rendu obscur par les « nécessités du siècle » qui ne sont en réalité rien d’autre que la mondanité.

Depuis un an on nous rappelle salutairement que l’Église n’est pas une ONG… Rendons donc visible cette vérité.

Les lecteuses – encore !

Suite aux nombreux retours positifs et aux questions posées sur notre sujet « les lecteuses », pour approfondir notre réflexion, je vous propose un texte de dom Bernard Botte,  Le  Mouvement liturgique,  Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973.

Botte

Quelques mots sur l’auteur : Dom Bernard Botte (1183-1980), moine puis abbé du Mont-César, a collaboré longtemps au premier Centre de pastorale liturgique, (devenu ensuite CNPL – Centre National de Pastorale Liturgique puis SNPLS – Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle) dès 1948 ; il a organisé des sessions d’études liturgiques à Vanves, et s’est impliqué depuis le début dans les conférences oecuméniques à l’Institut orthodoxe Saint Serge à Paris. On admet en général que c’est dom Botte qui a été à l’origine de l’insistance de la Constitution de Vatican II « De Sacra Liturgia » sur l’idée qu’un renouveau liturgique ne servirait à rien sans une formation liturgique sérieuse des prêtres. Nommé en 1956 premier directeur de l’Institut de Liturgie de Paris, il en est resté à la tête pendant 8 ans et y a laissé une emprunte profonde.  Egalement membre du Consilium pour la réforme de la liturgie après le Concile, il est l’auteur des prières d’ordination des évêques. Et c’est justement des ordres et de leur réforme dont il parle dans ce texte que nous vous proposons ci après.

Une fois réglé le problème des ordres majeurs, il fallut bien aborder celui des ordres mineurs. On m’avait empêché d’en parler dans mon premier rapport, mais rien ne m’empêchait de poser le problème, à titre privé, dans un article de revue. J’exposai donc ma position dans les Questions liturgiques. Je prévins loyalement mon supérieur, dom Baudouin de Bie, que cet article serait probablement mal accueilli à Rome et qu’il risquait d’avoir quelque difficulté. Mais il m’approuva sans réserve. Mon opinion était – et est toujours – que les ordres mineurs ne répondent plus aujourd’hui à une réalité et qu’ils ne sont plus qu’une fiction juridique. [Dom Botte parle bien sûr de l’époque précédant la réforme des ordres mineurs, dans l’intervalle entre la promulgation de la constitution sur la liturgie de Vatican II et le Motu Proprio de Paul VI, 1964-1972] L’office de portier n’est plus exercé par des clercs et les exorcistes ne peuvent exorciser rien ni personne. L’office de lecteur répond encore à un usage vivant et on peut le maintenir, mais il faut alors conférer cet ordre à ceux qui l’exercent réellement dans la plupart des églises et non aux clercs qui restent dans leur séminaire. [rappelons cependant qu’à l’époque, le lecteur ne lisait pas, puisque c’était le sous-diacre qui en était chargé…] Enfin l’ordre d’acolyte est exercé depuis des siècles par des jeunes gens ou de jeunes enfants. Il est ridicule de le conférer à des séminaristes au moment où ils vont cesser de l’exercer, à la veille du sous-diaconat, alors qu’ils ont servi la messe depuis de longues années. Il y a divorce entre les fonctions et les ordres. [Notons également que la le Concile Vatican II, dans Sacrosanctum Concilium, au numéro 28 précise : 28. In celebrationibus liturgicis quisque, sive minister sive fidelis, munere suo fungens, solum et totum id agat, quod ad ipsum ex rei natura et normis liturgicis pertinet. Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Ce divorce entre fonctions et ordres, que l’on souligne aujourd’hui comme résolu par la réforme des ordres, nous le verrons, est loin d’être réglé…]

Quant aux raisons invoquées pour le maintien des ordres mineurs, elles ne résistent pas à un examen sérieux. On parle d’une tradition vénérable qui remonterait aux premiers siècles de l’Église. C’est faux. Toute cette législation repose sur un document apocryphe, une fausse décrétale du VIIIè siècle, attribuée au Pape Caius du IIIè siècle. Les Pères du concile de Trente croyaient encore à son authenticité, mais ce n’est plus possible au temps de Vatican II. Les documents authentiques donnent une autre image. Les ordres mineurs répondaient à des fonctions réelles, utiles à la communauté, sans que les titulaires aspirent au sacerdoce. Il est vrai qu’avant d’accéder au sacerdoce, il fallait passer par l’un ou l’autre degré inférieur. Mais c’étaient des stages effectifs dans des fonctions réelles, et non un passage fictif dans tous les ordres. Il est probable d’ailleurs que les ordres de portier et d’exorciste étaient tombés en désuétude à Rome après le Vè siècle. Un autre argument en faveur des ordres mineurs était qu’ils constituaient une bonne préparation au sacerdoce. C’était peut-être vrai il y a 50 ans, ce ne l’est plus aujourd’hui. Les jeunes sont plus exigeants que nous l’étions à leur âge, et ils ont raison. Ils n’acceptent pas volontiers des usages qui ne leur paraissent pas authentiques et qui sentent la fiction. Et ils sont bien dans l’esprit de Vatican II qui nous a demandé de rendre aux rites leur vérité. En publiant cet article, j’espérais susciter une discussion qui fit avancer le problème. Il n’en fut rien. Les partisans des ordres mineurs ne répondirent pas, sans doute parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à répondre, et ceux qui partageaient mon opinion gardèrent un silence prudent. Quand le problème se posa devant le Conseil, on se trouva dans une situation délicate. Normalement, la question relevait de la compétence du groupe dont j’étais relator. Mais j’avais pris position publiquement et on ne pouvait s’attendre à ce que je change d’opinion. D’autre part, si je présentais un rapport dans le même sens que mon article, je me heurterais au même veto qui avait arrêté mon premier rapport. Pour sortir d’embarras, on créa une nouvelle commission présidée par l’évêque de Livourne. On m’invita à en faire partie, mais je refusai. Je savais d’avance qu’on rechercherait une de ces solutions diplomatiques qui sont censées satisfaire tout le monde et qui ne satisfont personne. Il y a quatre ordres mineurs. Certains veulent les garder, les autres les supprimer. On coupe la poire en deux : on en supprime deux, on en garde deux. C’est bien ce qui arriva. On proposa de garder deux ordres, celui de portier qui serait conféré aux sacristains et celui d’acolyte pour les séminaristes. Quand on présenta ce projet au Conseil, je me permis de demander aux évêques présents s’ils étaient disposés à conférer l’ordre de portier aux sacristains dans leur diocèse. Ma question souleva un rire qui suffit à montrer l’irréalisme de ce projet. On en resta là. [Notons aussi que dans ce premier projet… On avait une disparition du lecteur ! ]

Il y a quelques années, je reçus une lettre du cardinal Samoré, Préfet de la Congrégation des Sacrements. Il me demandait mon avis sur un problème qui lui était posé par une lettre du Secrétariat du Pape, dont il me donnait une copie. L’évêque de Rottenburg devait ordonner onze diacres mariés et il avait demandé au Pape la dispense de la tonsure, des ordres mineurs et du sous-diaconat. Vu l’urgence, le Pape avait accordé la dispense par télégramme, mais il demandait au Cardinal de lui fournir un rapport sur ce qu’il fallait faire dans des cas semblables. Dans sa lettre, le cardinal Samoré me faisait savoir que la Congrégation des Sacrements ne voyait aucun inconvénient à l’abrogation des ordres mineurs, qui ne représentaient plus aucun intérêt pour la vie de l’Église. J’envoyai donc au Cardinal un rapport dans lequel je proposais de garder comme seul ordre mineur le sous-diaconat. Il avait été exclu, par la Constitution apostolique Pontificalis Romani, de la liste des ordres majeurs et, par le fait même, il n’engageait plus au célibat. D’autre part, cet ordre est universel et il a des fonctions liturgiques propres. Je reçus les remerciements du cardinal Samoré avec un chèque de 10 000 lires, puis ce fut le silence pendant un certain temps. Un beau jour, je reçus un projet de décret. L’essentiel peut être résumé en peu de mots. Les ordres de portier et d’exorciste seraient abolis. Les ordres de lecteur et d’acolyte seraient maintenus, mais ils ne pourraient être conférés qu’à ceux qui se préparent au sacerdoce. Le sous-diaconat serait supprimé, mais les fonctions du sous-diacre seraient remplies par l’acolyte, «comme on le fait depuis longtemps en Orient». C’est évidemment une solution diplomatique analogue à celle qui avait été proposée au Conseil. [Avec le recul, 50 ans après nous nous rendons bien compte que c’est en fait le 2ème projet, qui au final ne sera pas non plus retenu par Paul VI, et qui suscite l’ire de dom Botte, qui est en fait mis en oeuvre aujourd’hui en France !] La suppression du portier et de l’exorciste s’imposait, et on s’étonne qu’il ait fallu attendre si longtemps pour qu’on s’en aperçoive. Le maintien du lecteur se justifierait si cet ordre pouvait être conféré à ceux qui en remplissent habituellement les fonctions. Mais si on réserve l’ordination de lecteur aux clercs enfermés dans leur séminaire, nous retombons dans la pure fiction. Il en est de même de l’acolytat. Il est évident que les fonctions propres de l’acolyte continueront à être exercées par des enfants ou des jeunes gens. Mais ce qui me dépasse, c’est ce qui est dit du sous-diaconat, C’est un ordre ancien et universel. Le sous-diacre a un vêtement propre, la tunique, et des fonctions bien définies : il lit l’épître à la messe solennelle, il assiste le prêtre à l’autel, il porte la croix en procession. Ces fonctions subsistent, mais l’ordre est supprimé et les fonctions sont transférées à l’acolyte, qui devient ainsi une sorte d’homme-orchestre, chargé de missions incompatibles entre elles. Mais le comble, c’est l’appel qui est fait à l’usage oriental. Il est impossible que les fonctions du sous-diacre soient confiées à l’acolyte en Orient, pour la bonne raison qu’il n’y a pas d’ordre d’acolyte. Ce qui est vrai, c’est que le sous-diaconat y est resté ordre mineur. Je ne puis expliquer cette singulière mesure que par une confusion. Le sous-diaconat est lié, dans l’usage latin, à l’engagement dans le célibat. Le rédacteur du projet a sans doute voulu éviter d’engager prématurément des jeunes gens dans l’obligation du célibat, mais il n’a pas vu que cette obligation n’existe plus. C’est peut-être un peu de ma faute. Dans la rédaction de la Constitution Pontificalis Romani – que j’ai préparée avec le Père Lécuyer -, nous avons estompé la réduction du sous-diaconat au rang d’ordre mineur et ses conséquences canoniques. Nous n’avons pas parlé explicitement du sous-diaconat, mais simplement déclaré que désormais ne seraient plus considérés comme ordres majeurs que l’épiscopat, la prêtrise et le diaconat. Canoniquement, c’est parfaitement clair : il est évident que le sous-diaconat n’est plus ordre majeur; par le fait même, l’obligation du célibat tombe, car il n’était imposé, aux termes du droit, que parce que le sous-diaconat était inclus dans les ordres majeurs. Mais un lecteur superficiel pouvait ne pas s’en apercevoir. Ce projet de décret fut envoyé aux Conférences épiscopales pour information. Je ne crois pas qu’il ait soulevé beaucoup d’enthousiasme. J’avais écrit ce qui précède le 9 septembre 1972.

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Le 11 du même mois, je reçus une lettre du cardinal Samoré accompagnant un document pontifical qui devait être promulgué le 14. C’était un Motu proprio de Paul VI, réglant le problème des ordres mineurs. [Il s’agit de Ministeria Quaedam] Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’en pris connaissance, mais je fus vite rassuré. La perspective a complètement changé; On est enfin sorti de la fiction juridique pour revenir à la vie de l’Église et à la pastorale. Il n’y a plus, au sens propre, d’ordres mineurs. Ceux de portier, d’exorciste et de sous-diacre sont abolis. Quant au lecteur et à l’acolyte, ils sont maintenus, mais ils ne sont plus comptés parmi les ordres cléricaux. Ce sont simplement des ministères, c’est-à-dire des services, qui peuvent être confiés normalement à des laïcs qui n’aspirent pas au sacerdoce. Il conviendra sans doute que les séminaristes s’acquittent également de ces services, mais c’est accidentel. Ces services ont une valeur en eux-mêmes, pour la vie de chaque Église, et leurs fonctions ont été élargies : le lecteur devient l’animateur de l’assemblée, l’acolyte remplit les fonctions du sous-diacre et devient le ministre extraordinaire de la communion. On voit le parti que pourront tirer de ces nouvelles dispositions les curés des paroisses. Je n’ai qu’un regret : c’est qu’on ait préféré l’appellation d’acolyte à celle de sous-diacre. Car, contrairement à l’acolytat, le sous-diaconat apparaît comme universel, aussi bien en Orient qu’en Occident. Mais ce n’est, somme toute, qu’une question de mots. [Le texte de dom Botte s’arrête là ; mais on voit bien qu’en réalité, il regrette de façon profonde qu’on n’ait pas tenu compte de ses remarques. Il insiste sur l’idée que ce ne sont que des mots. L’acolyte dans Ministeria quaedam, doit être lu comme « sous-diacre » ; mais nous en avons déjà parlé dans nos pages…  Et par ailleurs, comme déjà souligné, dom Botte a beau se réjouir du « changement complet de perspective » par rapport au 2ème projet qu’il qualifie de « fiction juridique », c’est bien ce projet là qui en réalité est mis en oeuvre jusqu’à aujourd’hui, a minima en France, et rappelons le contre le Motu Proprio de Paul VI et les avis d’un des plus brillants promoteurs du mouvement liturgique…]

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Institution à l’acolytat au séminaire d’Ars
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L’acolytat et le lectorat pour les seuls candidats aux ordres… Une « fiction juridique » pour dom Botte, personnage central de la réforme liturgique de Vatican II, et rédacteur de la prière d’ordination des évêques d’après Vatican II.

Les lecteuses – suite.

Sur le blog WDTPRS une bonne question et un débat auquel nous avons fait plusieurs fois référence sur ce site, ici, ici, et ici.

QUAERITUR: What is wrong with women being lectors? :Posted on 7 January 2013 by Fr. John Zuhlsdorf

Traduction : Requête : Qu’est-ce qui ne va pas avec les femmes – lecteurs [dans la liturgie] ? (le 7 janvier 2013, par l’abbé John Zuhlsdorf

First, only men are instituted, “official” lectors. Women can only substitute for them in their absence. Thus, they are an permitted exception to the rule.

Traduction : Premièrement, seuls les hommes sont institués lecteurs « officiels ». Les femmes peuvent seulement y être substitués en leur absence. Il y a donc une exception permise à la règle.

Commentaire : Oui, c’est assez surprenant, mais l’abbé Zulsdhorf a raison. Il n’ya pas de « lecteuses » dans le rite romain, et l’usage répandu de faire lire l’épître par Mme Michu est non seulement une exception à la règle mais en plus ne saurait être mise en œuvre de façon systématique sous prétexte de « parité » : j’ai déjà vu des curés m’expliquer qu’il fallait toujours faire lire le dimanche la première lecture par un homme et la seconde par une femme, pour respecter l’égalité… ! Or, vous me direz, on le voit souvent et même pas plus tard qu’hier, à la messe de l’Epiphanie, messe pontificale célébrée par le S. Père au cours de laquelle il y a eu quatre consécrations épiscopales ! Alors ? Et bien constatons tout de même un chose : malgré la demande explicite de certains pères synodaux (lors du Synode sur la Parole de Dieu), largement reprise par les médias de l’époque, la règle subsiste : il n’y a pas d’institution au lectorat pour les femmes ; la lecture par une femme à la messe n’est donc pas une règle.

Second, the very idea of women entering the sanctuary to perform a liturgical role is a historical oddity.

Traduction : Deuxièmement, l’idée même d’une femme qui entre dans le sanctuaire pour un rôle liturgique est une bizarrerie historique.

Commentaire : oui, c’est tout à fait exact. Le problème c’est qu’au moins en France, on n’a plus vraiment idée de ce qu’est le « sanctuaire ». Concrètement, c’est l’endroit où se tiennent les ministres qui ont une action à faire dans la liturgie de la Messe. Et la lecture étant une action liturgique véritable – et non pas une sorte de « dévotion biblique » qui précéderait pour s’y préparer – la liturgie de l’Eucharistie, il est préférable, que le lecteur ne soit pas présent du début à la fin de la liturgie dans le sanctuaire. Conséquemment, il n’est pas envisageable non plus qu’il ne soit pas dans la tenue du ministre (qui est l’aube). En tirant ces conclusions jusqu’au bout, s’il y a d’autres clercs présents (mais qui n’ont pas de rôle liturgique) ils ne se tiennent pas dans le sanctuaire mais dans le chœur, le chœur étant l’endroit où l’on chante… Pas l’endroit où est célébré le sacrifice eucharistique.

C’est pourquoi la lecture se fait de l’ambon, qui n’est rien d’autre qu’une extension de l’autel. Dans les églises où l’aménagement du sanctuaire a été fait correctement, l’ambon est lui-même dans un lieu surélevé, comme l’autel, et il st réalisé dans une logique architecturaleet décorative qui signifie cette parenté afin d’exprimer l’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ en conformité avec la théologie exprimée dans Vatican II par Dei Verbum, n°21 et Sacrosanctum Concilium, n°7 : « Lorsque dans l’Église on lit la Sainte Écriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » L’acte liturgique de la lecture est un sacramental. Il donc est essentiel que le cérémonial signifie cette réalité.

Third, we need a deeper understanding of “active participation”.

Traduction : Troisièmement, il nous faut une meilleure compréhension de la « participation active ».

Commentaire : oui, en effet : si une femme ne fait pas de lecture à la messe, cela ne s’ensuit pas que les femmes ne participent pas à la messe. Il faudrait même aller plus loin et pour tous : la lecture n’a pas pour fonction de faire connaître un passage de l’écriture sainte aux « auditeurs ». La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est plus efficace pour une femme ou pour un homme de faire la lecture. Dans les commentaires du billet de blog de l’abbé Zulsdhorf, quelqu’un faisait remarquer que les annonces dans les aéroports sont toujours faites par des voix de femmes par ce que nous y sommes plus attentifs, en répondant un peut de façon polémique à un autre intervenant qui expliquait quant à lui qu’en réalité, non, une voix de femme ne sera pas vraiment écoutée par des hommes tandis qu’une voix d’hommes sera toujours écoutée par des femmes. Tout cela réduit le débat à la question des rapports entre pouvoir et clergé dans l’Église occidentale, question qui est à la source des revendications pour l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise. Certaines personnes avancent même qu’en Orient, la question ne se pose pas dans ces termes, puisque justement, il n’y a pas ce rapport pouvoir / conflit entre clercs et laïcs. Peut être que justement une meilleure compréhension et application du Motu Proprio (de Paul VI) sur la réforme des ordres permettra à terme l’Église d’occident d’évoluer sur ces questions.

La lecture liturgique a pour fonction essentielle de permettre à la bible de devenir parole de Dieu (Cf. Cardinal Vanhoye, expert au Concile Vatican II), de faire entendre en quelque sorte d’incarner le Christ. Dans l’absolu, la lecture de la messe est faite essentiellement pour signifier que le Christ est au milieu de nous, par Sa parole. Cette réalité et cette signification essentielle dépasse de loin tout autre contrainte : dans l’absolu, même en langue étrangère, c’est-à-dire sans compréhension possible pour les auditeurs, la fonction liturgique est tout de même remplie. C’est la raison pour laquelle il y a un intérêt pastoral mais un non sens liturgique de « doubler » les lectures ; et que cela a un vrai sens de le proclamer (les chanter) en langue morte (grec ou latin) comme cela peut être très souvent vu à Rome, ou ailleurs.

Fourth, because the lectorate has always been a step to Holy Orders, women reading in the sanctuary can be seen by some as a step to the ordination of women to the priesthood.

Traduction : Quatrièmement, le lectorat a toujours été une étape vers les Saints Ordres, une femme qui lirait dans le sanctuaire ne peut être vu que comme une étape vers l’ordination des femmes à la prêtrise.

Commentaire : il y a sur notre site plusieurs articles déjà parus sur cette question : rappelons cependant plusieurs choses. Avant Ministeria Quaedam (qui réforme les ordres après Vatican II, motu proprio de Paul VI), celui qui recevait l’ordre mineur du lectorat ne lisait jamais, puisque la lecture était faite à la messe par le sous-diacre (épître) ou le diacre (évangile). Ensuite rappelons que le Missel de Paul VI prévoit que le sous-diacre lise à la Messe. Enfin, rappelons que le lecteur institué peut être appelé sous diacre (et pourquoi pas être habillé et fonctionner comme tel dans la liturgie de la messe). Enfin, disons le franchement : la suppression de la fonction liturgique de sous-diacre, c’est-à-dire du rôle de celui qui lit l’épître à la messe (et pour montrer l’unité de la table de la Parole et de la Table de l’Eucharistie, il a aussi un rôle mineur dans la liturgie eucharistique) est partie prenante du suicide culturel que subit la liturgie en Occident dans la deuxième partie du XXème siècle ; suicide qui n’est pas vraiment voulu par Paul VI (cf. Ministeria Quaedam, qui cherche à aligner la pratique occidentale avec la pratique orientale, où le sous-diaconat n’a jamais été un ordre majeur, mais une fonction liturgique essentielle). Il y a je crois des réflexions dans ce sens qui furent proposées dans ce sens par le Cardinal Ratzinger. Peut être nos lecteurs sauront retrouver les bonnes références… En tout cas il est aujourd’hui, depuis Benoît XVI, commun de voir un sous-diacre chanter l’épître en grec aux messe pontificales à S. Pierre de Rome…

Par ailleurs, parce que le lectorat est une étape vers l’ordre, et même l’étape ultime avant de recevoir l’ordination diaconale, il n’est pas envisageable de la conférer à une femme. Pour autant, ce n’est pas parce qu’on reçoit le lectorat que l’on est destiné aux ordres. Il y aurait une véritable réflexion à avoir là dessus. Il pourrait y avoir des lecteurs institués qui ne soient pas de  futurs diacres (permanents ou non). Et enfin, une autre ouverture : parce qu’il existe justement des degrés d’institution qui même si elles sont nécessaires à l’ordination ne mènent pas forcément vers elle, il y aurait peut être une relecture à faire sur la question de la pratique actuelle du diaconat permanent ? Mais c’est un autre sujet.  Pour une autre fois !DSC_3374