Plaidoyer pour l’usage de la langue latine dans la liturgie romaine (1)

Sur le forum de ce site, via notre article « La messe (dite de Paul VI) en latin et en grégorien, pourquoi pas ?  », un intervenant nous fait part d’un certain nombre d’arguments contre l’utilisation du latin dans la liturgie. Nous nous permettons dans ces colonnes de répondre à son développement, en montrant que l’usage du latin comme langue liturgique, non seulement est une option qui, loin d’être découragée par le Concile Vatican II, est au contraire encouragée. Mais nous montrerons aussi que même aujourd’hui, dans un contexte de sécularisation des mentalités, l’usage du latin dans la liturgie a une pertinence plus forte que jamais. Ce « plaidoyer » est en plusieurs volets, nous vous proposons ici et aujourd’hui le premier :

Pourquoi employer le latin ? Une raison nécessaire et suffisante : l’obéissance.

Le Concile Vatican II le demande explicitement. Regardons les textes et lisons les attentivement : le Concile ne dit pas « on pourra conserver si cela correspond à la sensibilité des peuples et des assemblées, dans une certaine mesure, la langue latine, à condition qu’elle soit comprise ». Le Concile est beaucoup plus directif : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». C’est explicite : les Pères conciliaires demandent que la langue latine soit maintenue. Pourquoi cette précision « dans les rites latins » ? Il faut le préciser car c’est souvent mal compris… quand l’Eglise parle de « rite », il s’agit d’une notion de droit canonique. Un rite est un usage liturgique recouvrant toutes les formes de célébrations (sacramentelles ou non, messe, office divin, et célébration des autres sacrements) conforme à la tradition d’une zone (en général culturelle). Toute l’Europe occidentale pratique un rite latin, qui en l’occurrence est le rite du pape, le rite romain. Il y a d’autres rites latins qui ne sont pas le rite romain. Mais cette notion de « rite » ne recouvre pas uniquement une réalité « formelle ». Elle correspond également à la tutelle d’un ordinaire. Les catholiques de rite romain sont mécaniquement sous l’autorité d’un ordinaire c’est-à-dire le plus souvent d’un évêque de rite romain il y a des chrétiens orientaux de rites grec qui peuvent être sous l’autorité d’un autre ordinaire ; il y aussi des ordinaires extra territoriaux…. Il ne s’agit pas de dire que l’usage du latin ne concerne que les « rites latins » mais comme nous nous célébrons la messe en français, nous n’avons pas à utiliser le latin. Même en célébrant en Français, nous nous rattachons à l’usage liturgique romain (qui n’est pas le seul rite catholique, ni le seul rite latin : il y a par exemple un usage milanais, qu’on appelle le rite ambrosien, avec une liturgie spécifique et même un chant spécifique). Le rite romain a un chant propre, qui est le chant grégorien, c’est aussi Vatican II qui le dit de façon explicite : «  L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. » Encore une fois, lorsque le Concile parle de « liturgie romaine », il ne s’agit pas uniquement de la liturgie dans la ville de Rome, mais bien de la liturgie dans toutes les régions où l’on a l’usage romain, et donc au premier chef en France et dans toute l’Europe occidentale (à quelques exceptions près, dont celle, déjà mentionnée, de Milan).

Mais pourquoi obéir ? Le faut il vraiment ? Quel intérêt ?

Effectivement, la lecture des textes du Concile sur la liturgie semble tellement loin de pourvoir s’appliquer à nos mentalités actuelles et à nos habitudes culturelles et rituelles qu’on se pose des questions… Le chant grégorien, le latin à la messe ? Mais cela fait très longtemps qu’on a abandonné tout ça, et on nous a dit pendant très longtemps que c’était en fin de compte le désir conciliaire de passer à autre chose… Il est évident que le Concile a concédé l’usage plus large de la langue vernaculaire ; il est exact aussi qu’il est bon de lutter contre une idée erronée selon laquelle le latin est indispensable à la liturgie, comme s’il était nécessaire pour donner un côté « magique » à l’action liturgique, comme si les formules de cette langue ancienne ajoutaient quoi que ce soit « de plus » à l’action sacramentelle. Cette idée est évidemment fausse. Mais il est tout à fait conforme et clair que le latin dans la liturgie n’a pas été supprimé par Vatican II, et qu’au contraire le Concile demande qu’il soit conservé, et ce de façon explicite. Si nous voulons avoir Vatican II comme boussole de notre vie chrétienne, nous ne pouvons pas faire comme si rien n’était écrit dans son texte sur la liturgie. C’est la première constitution qui a été discutée et votée, et ce de façon unanime par tous les Pères conciliaires. C’est un texte qui est indiscutable… Et qui a été repris en insistant sur ces deux points, dans tous les textes normatifs du rite romain depuis notamment les trois éditions typiques du missel romain rénové après le Concile, mais aussi dans plusieurs textes pontificaux ou émanant de la Congrégation du Culte divin très récemment. Il faut donc, même si cela peut coûter, tout faire pour appliquer le Concile et tous les textes liturgiques ultérieurs qui mentionnent l’usage du latin et du chant grégorien.

L’obéissance, une source de grâces.

Au vendredi de la II° semaine de Pâques, la liturgie nous donne ce texte (Hebr 5, 8-10) à méditer aux Vêpres (office du soir) :

Christus cum esset Fílius, dídicit ex his, quæ passus est, oboediéntiam et, consummátus, factus est ómnibus oboediéntibus sibi auctor salútis ætérnæ, appellátus a Deo póntifex iuxta órdinem Melchísedech.

Le Christ a appris, tout Fils qu’il est, par ses propres souffrances, ce que c’est qu’obéir; et maintenant que le voilà au terme, il sauve à jamais tous ceux qui lui obéissent, Dieu l’ayant déclaré grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech.

 

L’obéissance est une vertu fondamentale du christianisme. Saint Paul (Ph 2,8), tout comme l’auteur de l’épître aux Hébreux nous le dit et le redit. Saint Benoît tout pétri de la spiritualité de l’Eglise primitive et des Pères de l’Eglise le sait également et l’enseigne dans sa Règle (Règle, chapitre 5),:

 

Primus humilitatis gradus est oboedientia sine mora.

le premier degré de l’humilité, c’est l’obéissance sans délai.

 

Une obéissance sans délai, une obéissance qui sait souffrir, une obéissance sans murmure. Une obéissance qui fait sienne les désirs du maître. Voilà la source de la grâce. Et l’obéissance, si elle concerne tous les aspects de la vie chrétienne, s’applique spécialement à la chose liturgique, comme le montre explicitement la lettre aux Hébreux, puisque notre passage (ci-dessus) mentionne la nature sacerdotale du Christ et de son sacrifice sur la Croix. Ce qu’offre le Christ au monde sur la Croix, ce sont les mérites de son obéissance, en compensation de la désobéissance d’Adam, pour nous renouveler. Remarquons à quel point l’obéissance christique fut pénible, et à quel point la désobéissance d’Adam fut minime… C’est le Christ, pontife suprême, qui par l’acte liturgique de l’obéissance, nous réconcilie à Dieu. Alors, oui, il est nécessaire d’obéir pour être sauvés. Donc obéissons à l’Esprit saint en consentant à accepter les enseignements explicites de l’Eglise.

Ce qu’en dit Vatican II dans Sacrosanctum Concilium

L’enseignement de Vatican II sur l’usage de la langue du pays pour la Liturgie dans Sacrosanctum Concilium.

1. Introduction

L’objet de cet article est de poser un
masque sur la constitution « de Sacra Liturgia » de 1963 pour en faire
ressortir les éléments concernant l’usage de la langue du pays dans la
Liturgie.

Le but est d’interpréter le moins
possible les rubriques de cette constitution et si il faut les
interpréter, cela est fait dans un sens de continuité de la Tradition
Ecclésiale, en considérant que le Concile Vatican II va dans la
continuité de toutes les réformes précédentes sans rupture :

4. Enfin, obéissant

fidèlement à la tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère
l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites
légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et
les favoriser de toutes manières ; et il souhaite que, là où il en est
besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une
saine tradition et qu’on leur rende une nouvelle vitalité en accord
avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui.

2. Principes Généraux pour la restauration et le progrès de la Liturgie

Le premier article faisant référence aux règles à observer sur l’usage de la langue est le suivant :

36. [Langue liturgique]

§ 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.

§ 2. Toutefois, soit
dans la Messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les
autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être
souvent très utile pour le peuple : on pourra donc lui accorder une
plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un
certain nombre de prières et de chants, conformément aux nommes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.

§ 3. Ces normes étant
observées, il revient à l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur
le territoire, mentionnée à l’article 22, § 2 (même, le cas échéant,
après avoir délibéré avec les évêques des régions limitrophes de même
langue), de statuer si on emploie la langue du pays et de quelle façon,
en faisant agréer, c’est-à-dire ratifier, ses actes par le Siège
apostolique.

§ 4. La traduction du
texte latin dans la langue du pays, à employer dans la liturgie, doit
être approuvée par l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le
territoire, dont il est question ci-dessus.

Donc la règle première est d’utiliser
le latin. Ce dernier n’est pas mis à l’index, au contraire il reste
dans la Tradition de l’Eglise la langue liturgique.

Pour pouvoir utiliser la langue du
pays, il faut se reporter à chaque chapitre de cette constitution et
observer les normes qui s’y trouvent. Néanmoins, quelque soient ces
normes, le Siège apostolique, donc Rome, doit agréer cet usage et la
traduction du texte latin.

En résumé, le Saint Concile autorise
l’usage de la langue du pays dans la Liturgie. Il définit des normes
pour cet usage dans chaque grande partie de la Liturgie : Messe,
Liturgia Horarum, sacrements, chant, …

De plus, pour les cas particuliers que nous verrons au long des chapitres suivants, des adaptations sont possibles :

39. [Ces adaptations relèvent de l’autorité ecclésiastique]

Dans les limites fixées
par les éditions typiques des livres liturgiques, il reviendra à
l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22. § 2, de déterminer les adaptations, surtout
pour l’administration des sacrements, les sacramentaux, les
processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les arts,
conformément toutefois aux normes fondamentales contenues dans la
présente Constitution.
Cet article montre quelle est la marge de manœuvre exacte des
adaptations. Il renvoie au livres liturgiques tel le Missale Romanum,
mais ce n’est l’objet de notre étude. Pour information, le titre IX de
la Présentation Générale du Missel Romain donne les indications pour la
Messe.

Enfin, l’article suivant donne les
possibilités exceptionnelles pour le cas particulier de
l’Evangélisation des peuples et des terres de mission :

40. [Urgence et difficultés de l’adaptation, surtout dans les missions]

Mais, comme en
différents lieux et en différentes circonstances il est urgent
d’adapter plus profondément la liturgie, ce qui augmente la difficulté :

1) L’autorité
ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à
l’article 22, § 2, considérera avec attention et prudence ce qui, en ce
domaine, à partir des traditions et de la mentalité de chaque peuple,
peut opportunément être admis dans le culte divin. Les adaptations
jugées utiles ou nécessaires seront proposées au Siège apostolique pour
être introduites avec son consentement.

2) Mais pour que
l’adaptation se fasse avec la circonspection nécessaire, faculté sera
donnée par le Siège apostolique à cette autorité ecclésiastique
territoriale de permettre et de diriger, le cas échéant, les
expériences préalables nécessaires dans certaines assemblées
appropriées à ces essais et pendant un temps limité.

3) Parce que les lois
liturgiques présentent ordinairement des difficultés spéciales en
matière d’adaptation, surtout dans les missions, on devra, pour les
établir, avoir à sa disposition des hommes experts en ce domaine.

Il s’agit du cadre missionnaire en vue
de l’évangélisation des peuples ne connaissant pas encore le Chirst.
Dans ces cas particuliers, après accord du Saint Siège, on peut
utiliser plus largement la langue du pays dans la Messe.

3. Le Mystère de l’Eucharistie

Notre second article à étudier est donc celui définissant la norme pour la Messe :

54. [Usage de la langue du pays]

On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec concours de peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l’article 36 de la présente Constitution.

On
veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter
ensemble en langue latine aussi les parties de l’ordinaire de la messe
qui leur reviennent
.

Mais si quelque part un
emploi plus large de la langue du pays dans la messe semble opportun,
on observera ce qui est prescrit à l’article 40 de la présente
Constitution.

L’usage de la langue de
pays dans la Messe est autorisé pour la proclamation de la Parole de
Dieu et pour la prière universelle. Cet usage est donc limité à la
seule Liturgie de la Parole.

Cet article dit clairement que les
chants et en particulier l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus,
Pater, Agnus, Ite) n’ont pas à être traduits.

4. Les autres sacrements et les sacramentaux

Le chapitre suivant nous enseigne :

63. [Langue du pays et rituels particuliers]

Puisque assez souvent
dans l’administration des sacrements et des sacramentaux l’emploi de la
langue du pays peut être d’une grande utilité chez le peuple, on lui
donnera une plus large place selon les règles qui suivent :

a) Dans
l’administration des sacrements et des sacramentaux, on peut employer
la langue du pays, conformément à l’article 36 ;

b) En suivant la
nouvelle édition du rituel romain, des rituels particuliers, adaptés
aux nécessités de chaque région, y compris en ce qui concerne la
langue, seront préparés au plus tôt par
l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22, § 2, de la présente Constitution ; et, une
fois les actes révisés par le Siège apostolique, ces rituels seront
employés dans leurs régions respectives. Dans la composition de ces
rituels ou de ces recueils particuliers de rites, on n’omettra pas les instructions mises en tête de chaque rite dans le rituel romain, qu’elles soient pastorales ou rubricales, ou bien qu’elles aient une importance particulière au point de vue social.

Dans le cadre des sacrements et des
sacramentaux, l’usage de la langue du pays est recommandé. Le Saint
Siège se réserve un droit de regard sur les traductions mais ces
dernières doivent être très fidèles au contenu du texte latin original.

5. L’Office Divin

Pour l’office Divin, à ce jour plus connu sous le nom de Liturgie des Heures, Vatican II nous dit :

101. [La langue à employer]

§ I. Selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine ;
toutefois, pouvoir est donné à l’Ordinaire de concéder l’emploi d’une
traduction en langue du pays, composée conformément à l’article 36, pour des cas individuels, aux clercs chez qui l’emploi de la langue latine est un empêchement grave à acquitter l’office divin comme il faut.

§ 2. Quant aux moniales et aux membres, hommes non clercs ou femmes, des instituts des états de perfection, le supérieur compétent peut leur accorder d’employer la langue du pays dans l’office divin, même pour la célébration chorale, pourvu que la traduction soit approuvée.

§ 3. Tout clerc
astreint à l’office divin, s’il célèbre celui-ci dans la langue du
pays, avec un groupe de fidèles ou avec ceux qui sont énumérés au
paragraphe 2, satisfait à son obligation du moment que le texte de la
traduction est approuvé.

Là encore, les Saints Pères du Concile
nous enseignent à utiliser de préférence la version originale (et donc
latine) des textes. Selon le paragraphe 1, la célébration de l’Office
Divin en paroisse doit se faire en latin.

Néanmoins, en dernier recours, l’usage de la langue du pays est autorisé « pour des cas individuels ».

Encore une fois, on remarque le soin qu’il faut apporter à la traduction puisque le Saint Siège doit la valider avant usage.

6. La Musique Sacrée

Il faut d’abord répondre à une question légitime : qu’est -ce que la Musique Sacrée ?

La première du chapitre VI de la constitution Sacrosanctum Concilium nous donne la définition suivante :

112. [Musique sacrée et liturgie]

La tradition musicale
de l’Église universelle a créé un trésor d’une valeur inestimable qui
l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux
paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie
solennelle.

Donc la musique et le chant sacré représentent un ensemble de pièces ayant pour textes la Parole de Dieu.

Quant à l’usage de la langue du pays, un premier article nous dit :

113. [Le chant dans l’action liturgique]

L’action liturgique
présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés
solennellement avec chant, que les ministres sacrés y interviennent et
que le peuple y participe activement.

Quant à la langue à
employer, on observera les prescriptions de l’article 36 ; pour la
messe, de l’article 54 ; pour les sacrements, de l’article 63 ; pour
l’office divin, de l’article 101.

Il s’agit des articles étudiés précédemment.

Un second article s’attache à une spécificité du rite romain :

116. [Le chant grégorien]

L’Église
reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie
romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes
choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Les autres genres de
musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de
la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec
l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30.

Le renvoi concerne la participation des fidèles dans l’action Liturgique :

30. Pour promouvoir la
participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les
réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi
les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi
en son temps un silence sacré.
En donnant la première place au chant grégorien, l’Eglise

reconnaît également l’existence d’autres formes de chant. Néanmoins
l’article 30 montre que ces autres formes qu’ils trouveront plus leur
place dans l’Office Divin que dans la Messe.

Ce point de vue est confirmé par l’article suivant :

117. On achèvera
l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on
procurera une édition plus critique des livres déjà édités
postérieurement à la restauration de saint Pie X.

Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises.

Le résultat concret est la révision et
l’édition du Graduale Romanum, contenant toutes les pièces nécessaires
à la célébration des Messes dans tous les temps et années Liturgiques,
et l’édition d’un Graduale Simplex mettant à disposition des mélodies
plus simples facilement chantables par une assemblée.

De même, la prise en compte de l’existence du chant en langue du pays est notifiée plus clairement :

118. [Le chant religieux populaire]

Le chant religieux
populaire sera intelligemment favorisé, pour que dans les exercices
pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes,
conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix
des fidèles puissent se faire entendre.

On note que ce type de chant n’est pas
considéré comme chant sacré. De ce fait, il est réservé pour des temps
de prières non liturgique (groupes de prière, veillées de prière,
pèlerinages, …). Son usage dans la Liturgie devra se faire avec
attention et prudence afin de bien respecter le sens Liturgique de
certaines pièces ou célébrations.

Enfin, nous trouvons également les dispositions concernant les terres de mission :

119. [Musique traditionnelle des peuples]

Puisque, dans certaines régions, surtout en pays de mission,
on trouve des peuples possédant une tradition musicale propre qui tient
une grande place dans leur vie religieuse et sociale, on accordera à
cette musique l’estime qui lui est due et la place convenable, aussi
bien en formant leur sens religieux qu’en adaptant le culte à leur
génie dans l’esprit des articles 39 et 40.

C’est pourquoi, dans la formation musicale des missionnaires,
on veillera activement à ce que, dans la mesure du possible, ils soient
capables de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à
l’école que dans les actions sacrées.

Il dit clairement que ces adaptations ne s’appliquent qu’aux terres de mission.

Les articles 40 et 39 permettent de définir clairement les autorités compétentes pour ces adaptations.

Les offices des laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies en latin / français pour chaque jour.

Réciter les offices des laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies en latin / français pour chaque jour :

Le schéma retenu pour ces offices n’est pas celui des moines, mais bien celui de Rome, qui est proposé pour l’Eglise universelle.

On ne s’étonnera donc pas de ne pas retrouver ses repères. Ce « bréviaire en ligne » a pour objectif de mettre à la portée de tout un chacun la richesse de la tradition de la liturgie romaine en langue latine. Car la liturgie en latin n’est justement pas l’apanage des seuls monastères.

On nous reproche parfois de pratiquer un chant beaucoup trop relié à une langue elle même non sue ou incompréhensible… Il nous fallait donc faire de cette langue une langue de prière quotidienne… Et pourquoi pas partager cela avec tous nos amis internautes ?

La traduction française proposée cherche donc à être la plus proche possible du latin, tout en restant lisible. Elle n’est pas spécialement littéraire, mais vise à essayer de mieux faire comprendre la richesse du texte original.

Les psaumes sont tirés de la Néo-vulgate (c) librairie éditrice vaticane, les traductions françaises sont le fruit d’un travail spécifique réalisé à partir des versions Crampon, Fillion de la bible et du travail de l’abbaye bénédictine de Saint Wandrille sur les psaumes. Les Hymnes sont tirés du Liber hymnarius, c’est à dire de l’Hymnaire de Solesmes, qui est aussi le très officiel volume II de l’Antiphonale Romanum en usage dans l’Eglise universelle. Le schéma suit en effet scrupuleusement la Liturgia Horarum editio typica altera (1985), pour la psalmodie et les lectures, les antiennes, les répons et les oraisons. Nous espérons en tout cas que même non chanté, cet office tel qu’il est proposé pourra être d’un grand secours à nos lecteurs. Il est possible de naviguer dans tous les offices de l’année en utilisant simplement le calendrier liturgique présent en haut à gauche de chaque page de ce site. Il sera ainsi à terme possible de bénéficier de l’ensemble de l’office pour toute l’année, d’un simple clic, sans avoir à tourner des pages ou faire des renvois : la prière des heures à l’usage du béotien !

Si un éditeur catholique était intéressé par une version imprimée de ce travail, il serait assurément bien accueilli par beaucoup de chrétiens, qui ne trouvent pas leur compte dans la version actuelle de ’Prière du Temps Présent’. Il y a encore beaucoup de choses à compléter.

Bien sûr, tout prêtre ou tout clerc astreint à l’office peut très bien remplir son obligation en utilisant nos pages, à partir du moment où il récite l’office en latin et s’aide de la traduction française, puisque le texte reprend exactement le texte de Liturgia Horarum. Par contre, le texte français que nous mettons n’a rien d’officiel. Il n’est pas utilisable dans un contexte liturgique. Pour l’équivalent de ce que nous proposons, mais avec la version officielle de la Liturgie des heures française, on pourra se reporter très utilement à l’excellent site Prier avec l’Eglise , proposé et encouragé par le CNPL . Nous mentionnons en particulier la disponibilité prochaine sur ce site du SNPLS de l’office des lectures (autrement appelé « Vigiles » – selon l’appellation traditionnelle de la Règle de S. Benoît – ou « Matines »).

Nous signalons également l’initiative de la Communauté Saint Martin de réaliser à partir des travaux de l’atelier de paléographie de Solesmes un ’antiphonaire’ officieux qui reprend exactement cette idée, mais avec la notation musicale : « Les Heures Grégoriennes » .

Nos utilisateurs seront indulgents en constatant que pour le moment, tout n’est pas présent, et il reste des erreurs d’ordo ou des traductions manquantes. Nous allons nous efforcer de mettre tout cela à jour au fur et à mesure que l’année avancera. Cela représente un gros travail de traduction, de mise en page, de relecture. Notre équipe est évidemment très motivée, mais accepte tous les coups de main ! En particulier, nous apprécions les remarques, corrections de traduction, de mise en page, de fautes, etc… N’hésitez pas à nous contacter pour cela !

[Mise à jour importante : Les offices ont été transférés sur le site http://www.societaslaudis.org Pour avoir l’ensemble de ce qui est disponible et même participer à la traduction de certains textes qui manquent encore, n’hésitez pas à visiter notre site « frère ». ]

Dom Hervé Courau, osb : Chant grégorien et participation active.

Un recueil bref mais intéressant qui pose une question très pertinente : on parle beaucoup de « participation active » dans la liturgie depuis Vatican II, mais sommes – nous vraiment fidèles à l’esprit que donnaient à cette expression les Pères conciliaires mais aussi tout le magistère du XX° siècle en ce qui concerne le chant à la messe, et plus particulièrement le chant liturgique par excellence, le grégorien ?

I-Grande-131310-chant-gregorien-et-participation-active.netLe TRP. Abbé de Triors nous livre dans ce opuscule bref mais riche une intéressante réflexion sur la notion si mal employée de « participation active » et l’applique justement à un art réputé non participatif, le chant grégorien.

C’est audacieux, mais réussi : l’art grégorien, art liturgique par excellence, est justement présenté comme une musique permettant le mieux possible d’entrer dans le mystère de la Foi.

Dom Courau nous fait par exemple saisir la différence fondamentale et voulue par les pères conciliaires qui a été établie entre « participatio activa » et « participatio actuosa ». Il nous montre par exemple, que notre notion aujourdhui banalisée de « participaiton active » n’a pas – au regard du texte original de Vatican II – la signification que certains ont voulu lui donner ou lui donnent encore.

La plus belle citation de ce petit opuscule, vous la trouverez en p. 17, revient probablement – à tout Seigneur tout Honneur – à Madame Cécile Bruyère, fondatrice et première abbesse de Ste Cécile de Solesmes :

« L’Eglise doit avoir un chant, autrement elle serait morne. Mais ce chant, nous l’avons, et c’est un chant incomparable. La seconde personne de la Sainte Trinité est descendue sur la Terre,le Verbe s’est fait chair. Et qu’est la seconde personne de la Sainte Trinité, qu’est le Verbe ? Il est tout à la fois un chantre et un chant. Chantre unique qui a donné une voix à la création entière, chant qui ne s’épuise jamais, car Dieu fait tout par son Verbe, chant que nous redisons sans cesse. » (In Spiritu et veritate, Solesmes, 1966, P.123)

Cette citation rappelle à s’y méprendre un passage des Institutions liturgiques de dom Guéranger, commenté pour nous par dom Debout lors de notre session à Solesmes en janvier 2004.


NB :
Voilà en 47 pages très faciles à lire une bonne définition et une vision d’ensemble sur le chant grégorien. C’est court, c’est simple, c’est bien illustré par des citations des auteurs spirituels – souvent bénédictins ! – les plus marquants du XX° siècle. A lire, donc, ce n’est pas long mais très profitable ! (en vente, 5 euros chez Téqui)