Plaidoyer pour l’usage de la langue latine dans la liturgie romaine (1)

Sur le forum de ce site, via notre article « La messe (dite de Paul VI) en latin et en grégorien, pourquoi pas ?  », un intervenant nous fait part d’un certain nombre d’arguments contre l’utilisation du latin dans la liturgie. Nous nous permettons dans ces colonnes de répondre à son développement, en montrant que l’usage du latin comme langue liturgique, non seulement est une option qui, loin d’être découragée par le Concile Vatican II, est au contraire encouragée. Mais nous montrerons aussi que même aujourd’hui, dans un contexte de sécularisation des mentalités, l’usage du latin dans la liturgie a une pertinence plus forte que jamais. Ce « plaidoyer » est en plusieurs volets, nous vous proposons ici et aujourd’hui le premier :

Pourquoi employer le latin ? Une raison nécessaire et suffisante : l’obéissance.

Le Concile Vatican II le demande explicitement. Regardons les textes et lisons les attentivement : le Concile ne dit pas « on pourra conserver si cela correspond à la sensibilité des peuples et des assemblées, dans une certaine mesure, la langue latine, à condition qu’elle soit comprise ». Le Concile est beaucoup plus directif : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». C’est explicite : les Pères conciliaires demandent que la langue latine soit maintenue. Pourquoi cette précision « dans les rites latins » ? Il faut le préciser car c’est souvent mal compris… quand l’Eglise parle de « rite », il s’agit d’une notion de droit canonique. Un rite est un usage liturgique recouvrant toutes les formes de célébrations (sacramentelles ou non, messe, office divin, et célébration des autres sacrements) conforme à la tradition d’une zone (en général culturelle). Toute l’Europe occidentale pratique un rite latin, qui en l’occurrence est le rite du pape, le rite romain. Il y a d’autres rites latins qui ne sont pas le rite romain. Mais cette notion de « rite » ne recouvre pas uniquement une réalité « formelle ». Elle correspond également à la tutelle d’un ordinaire. Les catholiques de rite romain sont mécaniquement sous l’autorité d’un ordinaire c’est-à-dire le plus souvent d’un évêque de rite romain il y a des chrétiens orientaux de rites grec qui peuvent être sous l’autorité d’un autre ordinaire ; il y aussi des ordinaires extra territoriaux…. Il ne s’agit pas de dire que l’usage du latin ne concerne que les « rites latins » mais comme nous nous célébrons la messe en français, nous n’avons pas à utiliser le latin. Même en célébrant en Français, nous nous rattachons à l’usage liturgique romain (qui n’est pas le seul rite catholique, ni le seul rite latin : il y a par exemple un usage milanais, qu’on appelle le rite ambrosien, avec une liturgie spécifique et même un chant spécifique). Le rite romain a un chant propre, qui est le chant grégorien, c’est aussi Vatican II qui le dit de façon explicite : «  L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. » Encore une fois, lorsque le Concile parle de « liturgie romaine », il ne s’agit pas uniquement de la liturgie dans la ville de Rome, mais bien de la liturgie dans toutes les régions où l’on a l’usage romain, et donc au premier chef en France et dans toute l’Europe occidentale (à quelques exceptions près, dont celle, déjà mentionnée, de Milan).

Mais pourquoi obéir ? Le faut il vraiment ? Quel intérêt ?

Effectivement, la lecture des textes du Concile sur la liturgie semble tellement loin de pourvoir s’appliquer à nos mentalités actuelles et à nos habitudes culturelles et rituelles qu’on se pose des questions… Le chant grégorien, le latin à la messe ? Mais cela fait très longtemps qu’on a abandonné tout ça, et on nous a dit pendant très longtemps que c’était en fin de compte le désir conciliaire de passer à autre chose… Il est évident que le Concile a concédé l’usage plus large de la langue vernaculaire ; il est exact aussi qu’il est bon de lutter contre une idée erronée selon laquelle le latin est indispensable à la liturgie, comme s’il était nécessaire pour donner un côté « magique » à l’action liturgique, comme si les formules de cette langue ancienne ajoutaient quoi que ce soit « de plus » à l’action sacramentelle. Cette idée est évidemment fausse. Mais il est tout à fait conforme et clair que le latin dans la liturgie n’a pas été supprimé par Vatican II, et qu’au contraire le Concile demande qu’il soit conservé, et ce de façon explicite. Si nous voulons avoir Vatican II comme boussole de notre vie chrétienne, nous ne pouvons pas faire comme si rien n’était écrit dans son texte sur la liturgie. C’est la première constitution qui a été discutée et votée, et ce de façon unanime par tous les Pères conciliaires. C’est un texte qui est indiscutable… Et qui a été repris en insistant sur ces deux points, dans tous les textes normatifs du rite romain depuis notamment les trois éditions typiques du missel romain rénové après le Concile, mais aussi dans plusieurs textes pontificaux ou émanant de la Congrégation du Culte divin très récemment. Il faut donc, même si cela peut coûter, tout faire pour appliquer le Concile et tous les textes liturgiques ultérieurs qui mentionnent l’usage du latin et du chant grégorien.

L’obéissance, une source de grâces.

Au vendredi de la II° semaine de Pâques, la liturgie nous donne ce texte (Hebr 5, 8-10) à méditer aux Vêpres (office du soir) :

Christus cum esset Fílius, dídicit ex his, quæ passus est, oboediéntiam et, consummátus, factus est ómnibus oboediéntibus sibi auctor salútis ætérnæ, appellátus a Deo póntifex iuxta órdinem Melchísedech.

Le Christ a appris, tout Fils qu’il est, par ses propres souffrances, ce que c’est qu’obéir; et maintenant que le voilà au terme, il sauve à jamais tous ceux qui lui obéissent, Dieu l’ayant déclaré grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech.

 

L’obéissance est une vertu fondamentale du christianisme. Saint Paul (Ph 2,8), tout comme l’auteur de l’épître aux Hébreux nous le dit et le redit. Saint Benoît tout pétri de la spiritualité de l’Eglise primitive et des Pères de l’Eglise le sait également et l’enseigne dans sa Règle (Règle, chapitre 5),:

 

Primus humilitatis gradus est oboedientia sine mora.

le premier degré de l’humilité, c’est l’obéissance sans délai.

 

Une obéissance sans délai, une obéissance qui sait souffrir, une obéissance sans murmure. Une obéissance qui fait sienne les désirs du maître. Voilà la source de la grâce. Et l’obéissance, si elle concerne tous les aspects de la vie chrétienne, s’applique spécialement à la chose liturgique, comme le montre explicitement la lettre aux Hébreux, puisque notre passage (ci-dessus) mentionne la nature sacerdotale du Christ et de son sacrifice sur la Croix. Ce qu’offre le Christ au monde sur la Croix, ce sont les mérites de son obéissance, en compensation de la désobéissance d’Adam, pour nous renouveler. Remarquons à quel point l’obéissance christique fut pénible, et à quel point la désobéissance d’Adam fut minime… C’est le Christ, pontife suprême, qui par l’acte liturgique de l’obéissance, nous réconcilie à Dieu. Alors, oui, il est nécessaire d’obéir pour être sauvés. Donc obéissons à l’Esprit saint en consentant à accepter les enseignements explicites de l’Eglise.

Les offices des laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies en latin / français pour chaque jour.

Réciter les offices des laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies en latin / français pour chaque jour :

Le schéma retenu pour ces offices n’est pas celui des moines, mais bien celui de Rome, qui est proposé pour l’Eglise universelle.

On ne s’étonnera donc pas de ne pas retrouver ses repères. Ce « bréviaire en ligne » a pour objectif de mettre à la portée de tout un chacun la richesse de la tradition de la liturgie romaine en langue latine. Car la liturgie en latin n’est justement pas l’apanage des seuls monastères.

On nous reproche parfois de pratiquer un chant beaucoup trop relié à une langue elle même non sue ou incompréhensible… Il nous fallait donc faire de cette langue une langue de prière quotidienne… Et pourquoi pas partager cela avec tous nos amis internautes ?

La traduction française proposée cherche donc à être la plus proche possible du latin, tout en restant lisible. Elle n’est pas spécialement littéraire, mais vise à essayer de mieux faire comprendre la richesse du texte original.

Les psaumes sont tirés de la Néo-vulgate (c) librairie éditrice vaticane, les traductions françaises sont le fruit d’un travail spécifique réalisé à partir des versions Crampon, Fillion de la bible et du travail de l’abbaye bénédictine de Saint Wandrille sur les psaumes. Les Hymnes sont tirés du Liber hymnarius, c’est à dire de l’Hymnaire de Solesmes, qui est aussi le très officiel volume II de l’Antiphonale Romanum en usage dans l’Eglise universelle. Le schéma suit en effet scrupuleusement la Liturgia Horarum editio typica altera (1985), pour la psalmodie et les lectures, les antiennes, les répons et les oraisons. Nous espérons en tout cas que même non chanté, cet office tel qu’il est proposé pourra être d’un grand secours à nos lecteurs. Il est possible de naviguer dans tous les offices de l’année en utilisant simplement le calendrier liturgique présent en haut à gauche de chaque page de ce site. Il sera ainsi à terme possible de bénéficier de l’ensemble de l’office pour toute l’année, d’un simple clic, sans avoir à tourner des pages ou faire des renvois : la prière des heures à l’usage du béotien !

Si un éditeur catholique était intéressé par une version imprimée de ce travail, il serait assurément bien accueilli par beaucoup de chrétiens, qui ne trouvent pas leur compte dans la version actuelle de ’Prière du Temps Présent’. Il y a encore beaucoup de choses à compléter.

Bien sûr, tout prêtre ou tout clerc astreint à l’office peut très bien remplir son obligation en utilisant nos pages, à partir du moment où il récite l’office en latin et s’aide de la traduction française, puisque le texte reprend exactement le texte de Liturgia Horarum. Par contre, le texte français que nous mettons n’a rien d’officiel. Il n’est pas utilisable dans un contexte liturgique. Pour l’équivalent de ce que nous proposons, mais avec la version officielle de la Liturgie des heures française, on pourra se reporter très utilement à l’excellent site Prier avec l’Eglise , proposé et encouragé par le CNPL . Nous mentionnons en particulier la disponibilité prochaine sur ce site du SNPLS de l’office des lectures (autrement appelé « Vigiles » – selon l’appellation traditionnelle de la Règle de S. Benoît – ou « Matines »).

Nous signalons également l’initiative de la Communauté Saint Martin de réaliser à partir des travaux de l’atelier de paléographie de Solesmes un ’antiphonaire’ officieux qui reprend exactement cette idée, mais avec la notation musicale : « Les Heures Grégoriennes » .

Nos utilisateurs seront indulgents en constatant que pour le moment, tout n’est pas présent, et il reste des erreurs d’ordo ou des traductions manquantes. Nous allons nous efforcer de mettre tout cela à jour au fur et à mesure que l’année avancera. Cela représente un gros travail de traduction, de mise en page, de relecture. Notre équipe est évidemment très motivée, mais accepte tous les coups de main ! En particulier, nous apprécions les remarques, corrections de traduction, de mise en page, de fautes, etc… N’hésitez pas à nous contacter pour cela !

[Mise à jour importante : Les offices ont été transférés sur le site http://www.societaslaudis.org Pour avoir l’ensemble de ce qui est disponible et même participer à la traduction de certains textes qui manquent encore, n’hésitez pas à visiter notre site « frère ». ]

Dom Hervé Courau, osb : Chant grégorien et participation active.

Un recueil bref mais intéressant qui pose une question très pertinente : on parle beaucoup de « participation active » dans la liturgie depuis Vatican II, mais sommes – nous vraiment fidèles à l’esprit que donnaient à cette expression les Pères conciliaires mais aussi tout le magistère du XX° siècle en ce qui concerne le chant à la messe, et plus particulièrement le chant liturgique par excellence, le grégorien ?

I-Grande-131310-chant-gregorien-et-participation-active.netLe TRP. Abbé de Triors nous livre dans ce opuscule bref mais riche une intéressante réflexion sur la notion si mal employée de « participation active » et l’applique justement à un art réputé non participatif, le chant grégorien.

C’est audacieux, mais réussi : l’art grégorien, art liturgique par excellence, est justement présenté comme une musique permettant le mieux possible d’entrer dans le mystère de la Foi.

Dom Courau nous fait par exemple saisir la différence fondamentale et voulue par les pères conciliaires qui a été établie entre « participatio activa » et « participatio actuosa ». Il nous montre par exemple, que notre notion aujourdhui banalisée de « participaiton active » n’a pas – au regard du texte original de Vatican II – la signification que certains ont voulu lui donner ou lui donnent encore.

La plus belle citation de ce petit opuscule, vous la trouverez en p. 17, revient probablement – à tout Seigneur tout Honneur – à Madame Cécile Bruyère, fondatrice et première abbesse de Ste Cécile de Solesmes :

« L’Eglise doit avoir un chant, autrement elle serait morne. Mais ce chant, nous l’avons, et c’est un chant incomparable. La seconde personne de la Sainte Trinité est descendue sur la Terre,le Verbe s’est fait chair. Et qu’est la seconde personne de la Sainte Trinité, qu’est le Verbe ? Il est tout à la fois un chantre et un chant. Chantre unique qui a donné une voix à la création entière, chant qui ne s’épuise jamais, car Dieu fait tout par son Verbe, chant que nous redisons sans cesse. » (In Spiritu et veritate, Solesmes, 1966, P.123)

Cette citation rappelle à s’y méprendre un passage des Institutions liturgiques de dom Guéranger, commenté pour nous par dom Debout lors de notre session à Solesmes en janvier 2004.


NB :
Voilà en 47 pages très faciles à lire une bonne définition et une vision d’ensemble sur le chant grégorien. C’est court, c’est simple, c’est bien illustré par des citations des auteurs spirituels – souvent bénédictins ! – les plus marquants du XX° siècle. A lire, donc, ce n’est pas long mais très profitable ! (en vente, 5 euros chez Téqui)