Les lecteuses – encore !

Suite aux nombreux retours positifs et aux questions posées sur notre sujet « les lecteuses », pour approfondir notre réflexion, je vous propose un texte de dom Bernard Botte,  Le  Mouvement liturgique,  Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973.

Botte

Quelques mots sur l’auteur : Dom Bernard Botte (1183-1980), moine puis abbé du Mont-César, a collaboré longtemps au premier Centre de pastorale liturgique, (devenu ensuite CNPL – Centre National de Pastorale Liturgique puis SNPLS – Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle) dès 1948 ; il a organisé des sessions d’études liturgiques à Vanves, et s’est impliqué depuis le début dans les conférences oecuméniques à l’Institut orthodoxe Saint Serge à Paris. On admet en général que c’est dom Botte qui a été à l’origine de l’insistance de la Constitution de Vatican II « De Sacra Liturgia » sur l’idée qu’un renouveau liturgique ne servirait à rien sans une formation liturgique sérieuse des prêtres. Nommé en 1956 premier directeur de l’Institut de Liturgie de Paris, il en est resté à la tête pendant 8 ans et y a laissé une emprunte profonde.  Egalement membre du Consilium pour la réforme de la liturgie après le Concile, il est l’auteur des prières d’ordination des évêques. Et c’est justement des ordres et de leur réforme dont il parle dans ce texte que nous vous proposons ci après.

Une fois réglé le problème des ordres majeurs, il fallut bien aborder celui des ordres mineurs. On m’avait empêché d’en parler dans mon premier rapport, mais rien ne m’empêchait de poser le problème, à titre privé, dans un article de revue. J’exposai donc ma position dans les Questions liturgiques. Je prévins loyalement mon supérieur, dom Baudouin de Bie, que cet article serait probablement mal accueilli à Rome et qu’il risquait d’avoir quelque difficulté. Mais il m’approuva sans réserve. Mon opinion était – et est toujours – que les ordres mineurs ne répondent plus aujourd’hui à une réalité et qu’ils ne sont plus qu’une fiction juridique. [Dom Botte parle bien sûr de l’époque précédant la réforme des ordres mineurs, dans l’intervalle entre la promulgation de la constitution sur la liturgie de Vatican II et le Motu Proprio de Paul VI, 1964-1972] L’office de portier n’est plus exercé par des clercs et les exorcistes ne peuvent exorciser rien ni personne. L’office de lecteur répond encore à un usage vivant et on peut le maintenir, mais il faut alors conférer cet ordre à ceux qui l’exercent réellement dans la plupart des églises et non aux clercs qui restent dans leur séminaire. [rappelons cependant qu’à l’époque, le lecteur ne lisait pas, puisque c’était le sous-diacre qui en était chargé…] Enfin l’ordre d’acolyte est exercé depuis des siècles par des jeunes gens ou de jeunes enfants. Il est ridicule de le conférer à des séminaristes au moment où ils vont cesser de l’exercer, à la veille du sous-diaconat, alors qu’ils ont servi la messe depuis de longues années. Il y a divorce entre les fonctions et les ordres. [Notons également que la le Concile Vatican II, dans Sacrosanctum Concilium, au numéro 28 précise : 28. In celebrationibus liturgicis quisque, sive minister sive fidelis, munere suo fungens, solum et totum id agat, quod ad ipsum ex rei natura et normis liturgicis pertinet. Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Ce divorce entre fonctions et ordres, que l’on souligne aujourd’hui comme résolu par la réforme des ordres, nous le verrons, est loin d’être réglé…]

Quant aux raisons invoquées pour le maintien des ordres mineurs, elles ne résistent pas à un examen sérieux. On parle d’une tradition vénérable qui remonterait aux premiers siècles de l’Église. C’est faux. Toute cette législation repose sur un document apocryphe, une fausse décrétale du VIIIè siècle, attribuée au Pape Caius du IIIè siècle. Les Pères du concile de Trente croyaient encore à son authenticité, mais ce n’est plus possible au temps de Vatican II. Les documents authentiques donnent une autre image. Les ordres mineurs répondaient à des fonctions réelles, utiles à la communauté, sans que les titulaires aspirent au sacerdoce. Il est vrai qu’avant d’accéder au sacerdoce, il fallait passer par l’un ou l’autre degré inférieur. Mais c’étaient des stages effectifs dans des fonctions réelles, et non un passage fictif dans tous les ordres. Il est probable d’ailleurs que les ordres de portier et d’exorciste étaient tombés en désuétude à Rome après le Vè siècle. Un autre argument en faveur des ordres mineurs était qu’ils constituaient une bonne préparation au sacerdoce. C’était peut-être vrai il y a 50 ans, ce ne l’est plus aujourd’hui. Les jeunes sont plus exigeants que nous l’étions à leur âge, et ils ont raison. Ils n’acceptent pas volontiers des usages qui ne leur paraissent pas authentiques et qui sentent la fiction. Et ils sont bien dans l’esprit de Vatican II qui nous a demandé de rendre aux rites leur vérité. En publiant cet article, j’espérais susciter une discussion qui fit avancer le problème. Il n’en fut rien. Les partisans des ordres mineurs ne répondirent pas, sans doute parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à répondre, et ceux qui partageaient mon opinion gardèrent un silence prudent. Quand le problème se posa devant le Conseil, on se trouva dans une situation délicate. Normalement, la question relevait de la compétence du groupe dont j’étais relator. Mais j’avais pris position publiquement et on ne pouvait s’attendre à ce que je change d’opinion. D’autre part, si je présentais un rapport dans le même sens que mon article, je me heurterais au même veto qui avait arrêté mon premier rapport. Pour sortir d’embarras, on créa une nouvelle commission présidée par l’évêque de Livourne. On m’invita à en faire partie, mais je refusai. Je savais d’avance qu’on rechercherait une de ces solutions diplomatiques qui sont censées satisfaire tout le monde et qui ne satisfont personne. Il y a quatre ordres mineurs. Certains veulent les garder, les autres les supprimer. On coupe la poire en deux : on en supprime deux, on en garde deux. C’est bien ce qui arriva. On proposa de garder deux ordres, celui de portier qui serait conféré aux sacristains et celui d’acolyte pour les séminaristes. Quand on présenta ce projet au Conseil, je me permis de demander aux évêques présents s’ils étaient disposés à conférer l’ordre de portier aux sacristains dans leur diocèse. Ma question souleva un rire qui suffit à montrer l’irréalisme de ce projet. On en resta là. [Notons aussi que dans ce premier projet… On avait une disparition du lecteur ! ]

Il y a quelques années, je reçus une lettre du cardinal Samoré, Préfet de la Congrégation des Sacrements. Il me demandait mon avis sur un problème qui lui était posé par une lettre du Secrétariat du Pape, dont il me donnait une copie. L’évêque de Rottenburg devait ordonner onze diacres mariés et il avait demandé au Pape la dispense de la tonsure, des ordres mineurs et du sous-diaconat. Vu l’urgence, le Pape avait accordé la dispense par télégramme, mais il demandait au Cardinal de lui fournir un rapport sur ce qu’il fallait faire dans des cas semblables. Dans sa lettre, le cardinal Samoré me faisait savoir que la Congrégation des Sacrements ne voyait aucun inconvénient à l’abrogation des ordres mineurs, qui ne représentaient plus aucun intérêt pour la vie de l’Église. J’envoyai donc au Cardinal un rapport dans lequel je proposais de garder comme seul ordre mineur le sous-diaconat. Il avait été exclu, par la Constitution apostolique Pontificalis Romani, de la liste des ordres majeurs et, par le fait même, il n’engageait plus au célibat. D’autre part, cet ordre est universel et il a des fonctions liturgiques propres. Je reçus les remerciements du cardinal Samoré avec un chèque de 10 000 lires, puis ce fut le silence pendant un certain temps. Un beau jour, je reçus un projet de décret. L’essentiel peut être résumé en peu de mots. Les ordres de portier et d’exorciste seraient abolis. Les ordres de lecteur et d’acolyte seraient maintenus, mais ils ne pourraient être conférés qu’à ceux qui se préparent au sacerdoce. Le sous-diaconat serait supprimé, mais les fonctions du sous-diacre seraient remplies par l’acolyte, «comme on le fait depuis longtemps en Orient». C’est évidemment une solution diplomatique analogue à celle qui avait été proposée au Conseil. [Avec le recul, 50 ans après nous nous rendons bien compte que c’est en fait le 2ème projet, qui au final ne sera pas non plus retenu par Paul VI, et qui suscite l’ire de dom Botte, qui est en fait mis en oeuvre aujourd’hui en France !] La suppression du portier et de l’exorciste s’imposait, et on s’étonne qu’il ait fallu attendre si longtemps pour qu’on s’en aperçoive. Le maintien du lecteur se justifierait si cet ordre pouvait être conféré à ceux qui en remplissent habituellement les fonctions. Mais si on réserve l’ordination de lecteur aux clercs enfermés dans leur séminaire, nous retombons dans la pure fiction. Il en est de même de l’acolytat. Il est évident que les fonctions propres de l’acolyte continueront à être exercées par des enfants ou des jeunes gens. Mais ce qui me dépasse, c’est ce qui est dit du sous-diaconat, C’est un ordre ancien et universel. Le sous-diacre a un vêtement propre, la tunique, et des fonctions bien définies : il lit l’épître à la messe solennelle, il assiste le prêtre à l’autel, il porte la croix en procession. Ces fonctions subsistent, mais l’ordre est supprimé et les fonctions sont transférées à l’acolyte, qui devient ainsi une sorte d’homme-orchestre, chargé de missions incompatibles entre elles. Mais le comble, c’est l’appel qui est fait à l’usage oriental. Il est impossible que les fonctions du sous-diacre soient confiées à l’acolyte en Orient, pour la bonne raison qu’il n’y a pas d’ordre d’acolyte. Ce qui est vrai, c’est que le sous-diaconat y est resté ordre mineur. Je ne puis expliquer cette singulière mesure que par une confusion. Le sous-diaconat est lié, dans l’usage latin, à l’engagement dans le célibat. Le rédacteur du projet a sans doute voulu éviter d’engager prématurément des jeunes gens dans l’obligation du célibat, mais il n’a pas vu que cette obligation n’existe plus. C’est peut-être un peu de ma faute. Dans la rédaction de la Constitution Pontificalis Romani – que j’ai préparée avec le Père Lécuyer -, nous avons estompé la réduction du sous-diaconat au rang d’ordre mineur et ses conséquences canoniques. Nous n’avons pas parlé explicitement du sous-diaconat, mais simplement déclaré que désormais ne seraient plus considérés comme ordres majeurs que l’épiscopat, la prêtrise et le diaconat. Canoniquement, c’est parfaitement clair : il est évident que le sous-diaconat n’est plus ordre majeur; par le fait même, l’obligation du célibat tombe, car il n’était imposé, aux termes du droit, que parce que le sous-diaconat était inclus dans les ordres majeurs. Mais un lecteur superficiel pouvait ne pas s’en apercevoir. Ce projet de décret fut envoyé aux Conférences épiscopales pour information. Je ne crois pas qu’il ait soulevé beaucoup d’enthousiasme. J’avais écrit ce qui précède le 9 septembre 1972.

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Le 11 du même mois, je reçus une lettre du cardinal Samoré accompagnant un document pontifical qui devait être promulgué le 14. C’était un Motu proprio de Paul VI, réglant le problème des ordres mineurs. [Il s’agit de Ministeria Quaedam] Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’en pris connaissance, mais je fus vite rassuré. La perspective a complètement changé; On est enfin sorti de la fiction juridique pour revenir à la vie de l’Église et à la pastorale. Il n’y a plus, au sens propre, d’ordres mineurs. Ceux de portier, d’exorciste et de sous-diacre sont abolis. Quant au lecteur et à l’acolyte, ils sont maintenus, mais ils ne sont plus comptés parmi les ordres cléricaux. Ce sont simplement des ministères, c’est-à-dire des services, qui peuvent être confiés normalement à des laïcs qui n’aspirent pas au sacerdoce. Il conviendra sans doute que les séminaristes s’acquittent également de ces services, mais c’est accidentel. Ces services ont une valeur en eux-mêmes, pour la vie de chaque Église, et leurs fonctions ont été élargies : le lecteur devient l’animateur de l’assemblée, l’acolyte remplit les fonctions du sous-diacre et devient le ministre extraordinaire de la communion. On voit le parti que pourront tirer de ces nouvelles dispositions les curés des paroisses. Je n’ai qu’un regret : c’est qu’on ait préféré l’appellation d’acolyte à celle de sous-diacre. Car, contrairement à l’acolytat, le sous-diaconat apparaît comme universel, aussi bien en Orient qu’en Occident. Mais ce n’est, somme toute, qu’une question de mots. [Le texte de dom Botte s’arrête là ; mais on voit bien qu’en réalité, il regrette de façon profonde qu’on n’ait pas tenu compte de ses remarques. Il insiste sur l’idée que ce ne sont que des mots. L’acolyte dans Ministeria quaedam, doit être lu comme « sous-diacre » ; mais nous en avons déjà parlé dans nos pages…  Et par ailleurs, comme déjà souligné, dom Botte a beau se réjouir du « changement complet de perspective » par rapport au 2ème projet qu’il qualifie de « fiction juridique », c’est bien ce projet là qui en réalité est mis en oeuvre jusqu’à aujourd’hui, a minima en France, et rappelons le contre le Motu Proprio de Paul VI et les avis d’un des plus brillants promoteurs du mouvement liturgique…]

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Institution à l’acolytat au séminaire d’Ars
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L’acolytat et le lectorat pour les seuls candidats aux ordres… Une « fiction juridique » pour dom Botte, personnage central de la réforme liturgique de Vatican II, et rédacteur de la prière d’ordination des évêques d’après Vatican II.

Les lecteuses – suite.

Sur le blog WDTPRS une bonne question et un débat auquel nous avons fait plusieurs fois référence sur ce site, ici, ici, et ici.

QUAERITUR: What is wrong with women being lectors? :Posted on 7 January 2013 by Fr. John Zuhlsdorf

Traduction : Requête : Qu’est-ce qui ne va pas avec les femmes – lecteurs [dans la liturgie] ? (le 7 janvier 2013, par l’abbé John Zuhlsdorf

First, only men are instituted, “official” lectors. Women can only substitute for them in their absence. Thus, they are an permitted exception to the rule.

Traduction : Premièrement, seuls les hommes sont institués lecteurs « officiels ». Les femmes peuvent seulement y être substitués en leur absence. Il y a donc une exception permise à la règle.

Commentaire : Oui, c’est assez surprenant, mais l’abbé Zulsdhorf a raison. Il n’ya pas de « lecteuses » dans le rite romain, et l’usage répandu de faire lire l’épître par Mme Michu est non seulement une exception à la règle mais en plus ne saurait être mise en œuvre de façon systématique sous prétexte de « parité » : j’ai déjà vu des curés m’expliquer qu’il fallait toujours faire lire le dimanche la première lecture par un homme et la seconde par une femme, pour respecter l’égalité… ! Or, vous me direz, on le voit souvent et même pas plus tard qu’hier, à la messe de l’Epiphanie, messe pontificale célébrée par le S. Père au cours de laquelle il y a eu quatre consécrations épiscopales ! Alors ? Et bien constatons tout de même un chose : malgré la demande explicite de certains pères synodaux (lors du Synode sur la Parole de Dieu), largement reprise par les médias de l’époque, la règle subsiste : il n’y a pas d’institution au lectorat pour les femmes ; la lecture par une femme à la messe n’est donc pas une règle.

Second, the very idea of women entering the sanctuary to perform a liturgical role is a historical oddity.

Traduction : Deuxièmement, l’idée même d’une femme qui entre dans le sanctuaire pour un rôle liturgique est une bizarrerie historique.

Commentaire : oui, c’est tout à fait exact. Le problème c’est qu’au moins en France, on n’a plus vraiment idée de ce qu’est le « sanctuaire ». Concrètement, c’est l’endroit où se tiennent les ministres qui ont une action à faire dans la liturgie de la Messe. Et la lecture étant une action liturgique véritable – et non pas une sorte de « dévotion biblique » qui précéderait pour s’y préparer – la liturgie de l’Eucharistie, il est préférable, que le lecteur ne soit pas présent du début à la fin de la liturgie dans le sanctuaire. Conséquemment, il n’est pas envisageable non plus qu’il ne soit pas dans la tenue du ministre (qui est l’aube). En tirant ces conclusions jusqu’au bout, s’il y a d’autres clercs présents (mais qui n’ont pas de rôle liturgique) ils ne se tiennent pas dans le sanctuaire mais dans le chœur, le chœur étant l’endroit où l’on chante… Pas l’endroit où est célébré le sacrifice eucharistique.

C’est pourquoi la lecture se fait de l’ambon, qui n’est rien d’autre qu’une extension de l’autel. Dans les églises où l’aménagement du sanctuaire a été fait correctement, l’ambon est lui-même dans un lieu surélevé, comme l’autel, et il st réalisé dans une logique architecturaleet décorative qui signifie cette parenté afin d’exprimer l’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ en conformité avec la théologie exprimée dans Vatican II par Dei Verbum, n°21 et Sacrosanctum Concilium, n°7 : « Lorsque dans l’Église on lit la Sainte Écriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » L’acte liturgique de la lecture est un sacramental. Il donc est essentiel que le cérémonial signifie cette réalité.

Third, we need a deeper understanding of “active participation”.

Traduction : Troisièmement, il nous faut une meilleure compréhension de la « participation active ».

Commentaire : oui, en effet : si une femme ne fait pas de lecture à la messe, cela ne s’ensuit pas que les femmes ne participent pas à la messe. Il faudrait même aller plus loin et pour tous : la lecture n’a pas pour fonction de faire connaître un passage de l’écriture sainte aux « auditeurs ». La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est plus efficace pour une femme ou pour un homme de faire la lecture. Dans les commentaires du billet de blog de l’abbé Zulsdhorf, quelqu’un faisait remarquer que les annonces dans les aéroports sont toujours faites par des voix de femmes par ce que nous y sommes plus attentifs, en répondant un peut de façon polémique à un autre intervenant qui expliquait quant à lui qu’en réalité, non, une voix de femme ne sera pas vraiment écoutée par des hommes tandis qu’une voix d’hommes sera toujours écoutée par des femmes. Tout cela réduit le débat à la question des rapports entre pouvoir et clergé dans l’Église occidentale, question qui est à la source des revendications pour l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise. Certaines personnes avancent même qu’en Orient, la question ne se pose pas dans ces termes, puisque justement, il n’y a pas ce rapport pouvoir / conflit entre clercs et laïcs. Peut être que justement une meilleure compréhension et application du Motu Proprio (de Paul VI) sur la réforme des ordres permettra à terme l’Église d’occident d’évoluer sur ces questions.

La lecture liturgique a pour fonction essentielle de permettre à la bible de devenir parole de Dieu (Cf. Cardinal Vanhoye, expert au Concile Vatican II), de faire entendre en quelque sorte d’incarner le Christ. Dans l’absolu, la lecture de la messe est faite essentiellement pour signifier que le Christ est au milieu de nous, par Sa parole. Cette réalité et cette signification essentielle dépasse de loin tout autre contrainte : dans l’absolu, même en langue étrangère, c’est-à-dire sans compréhension possible pour les auditeurs, la fonction liturgique est tout de même remplie. C’est la raison pour laquelle il y a un intérêt pastoral mais un non sens liturgique de « doubler » les lectures ; et que cela a un vrai sens de le proclamer (les chanter) en langue morte (grec ou latin) comme cela peut être très souvent vu à Rome, ou ailleurs.

Fourth, because the lectorate has always been a step to Holy Orders, women reading in the sanctuary can be seen by some as a step to the ordination of women to the priesthood.

Traduction : Quatrièmement, le lectorat a toujours été une étape vers les Saints Ordres, une femme qui lirait dans le sanctuaire ne peut être vu que comme une étape vers l’ordination des femmes à la prêtrise.

Commentaire : il y a sur notre site plusieurs articles déjà parus sur cette question : rappelons cependant plusieurs choses. Avant Ministeria Quaedam (qui réforme les ordres après Vatican II, motu proprio de Paul VI), celui qui recevait l’ordre mineur du lectorat ne lisait jamais, puisque la lecture était faite à la messe par le sous-diacre (épître) ou le diacre (évangile). Ensuite rappelons que le Missel de Paul VI prévoit que le sous-diacre lise à la Messe. Enfin, rappelons que le lecteur institué peut être appelé sous diacre (et pourquoi pas être habillé et fonctionner comme tel dans la liturgie de la messe). Enfin, disons le franchement : la suppression de la fonction liturgique de sous-diacre, c’est-à-dire du rôle de celui qui lit l’épître à la messe (et pour montrer l’unité de la table de la Parole et de la Table de l’Eucharistie, il a aussi un rôle mineur dans la liturgie eucharistique) est partie prenante du suicide culturel que subit la liturgie en Occident dans la deuxième partie du XXème siècle ; suicide qui n’est pas vraiment voulu par Paul VI (cf. Ministeria Quaedam, qui cherche à aligner la pratique occidentale avec la pratique orientale, où le sous-diaconat n’a jamais été un ordre majeur, mais une fonction liturgique essentielle). Il y a je crois des réflexions dans ce sens qui furent proposées dans ce sens par le Cardinal Ratzinger. Peut être nos lecteurs sauront retrouver les bonnes références… En tout cas il est aujourd’hui, depuis Benoît XVI, commun de voir un sous-diacre chanter l’épître en grec aux messe pontificales à S. Pierre de Rome…

Par ailleurs, parce que le lectorat est une étape vers l’ordre, et même l’étape ultime avant de recevoir l’ordination diaconale, il n’est pas envisageable de la conférer à une femme. Pour autant, ce n’est pas parce qu’on reçoit le lectorat que l’on est destiné aux ordres. Il y aurait une véritable réflexion à avoir là dessus. Il pourrait y avoir des lecteurs institués qui ne soient pas de  futurs diacres (permanents ou non). Et enfin, une autre ouverture : parce qu’il existe justement des degrés d’institution qui même si elles sont nécessaires à l’ordination ne mènent pas forcément vers elle, il y aurait peut être une relecture à faire sur la question de la pratique actuelle du diaconat permanent ? Mais c’est un autre sujet.  Pour une autre fois !DSC_3374

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (3)

Suite de notre article précédent.

 

Comme certains d'entre vous le savent, nous apprenons récemment par le cardinal Ouellet que Benoît XVI envisagerait la possibilité de conférer le ministère du lectorat aux femmes. Après avoir réfléchi à cette question sous l'angle des textes officiels à cette question (Vatican II, Ministeria quaedam de Paul VI, et la récente exhortation Verbum Domini), puis regardé les implications de cette perspective dans la théologie et la pratique du rite romain , nous proposons maintenant une lecture commentée du communiqué d’INFOCATHO sur le sujet qui nous occupe.

Les [commentaires] et les mises en valeur sont de nous.

INFOCATHO 2010-11-11 – UN MINISTÈRE INSTITUÉ POUR LES FEMMES DANS L'ÉGLISE


Le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, a confié que Benoît XVI étudiait la possibilité d´ouvrir aux femmes le ministère institué du lectorat,
[Cf. notre explication précédente , qui montre que Paul VI dans Ministeria Quaedam, s’était refusé à cette option] considéré par certains dans l´Eglise comme une porte d´accès au sacerdoce. [On voit bien ici que le débat est d’emblée faussé : il risque de se focaliser, et les journalistes ne se priveront pas de le faire – dans une polarisation entre l’opinion « tradi » qui voit dans le lectorat un « ordre mineur » qui revêt même une dimension sacramentelle et l’opinion de la frange « gauche » qui ne considère pas qu’il y a un lien nécessairement « ministériel » entre liturgie de la parole et liturgie eucharistique]

Présentant à la presse au Vatican l´Exhortation apostolique post-synodale "Verbum Domini" de Benoît XVI, l´ancien rapporteur général du synode d´octobre 2008 a ainsi indiqué que "le souhait des Pères synodaux que le ministère du lectorat soit ouvert aussi aux femmes" [lorsqu’on regarde la proposition citée dans notre article précédent, ce n’est pas exactement cela qui est mentionné : la rédaction de la proposition elle-même – qui d’ailleurs a été adoptée à grand peine – parle d’instituer, c'est à dire de rendre permanent, ordinaire – un ministère devant pourtant rester extraordinaire, (c'est à dire temporaire, en dehors de l'ordre des choses) – ce qui, nous sommes d’accord, – n’a aucun sens…] avait été pris en considération par le pape. "Le Saint-Père, a poursuivi le cardinal canadien, est en train d´étudier actuellement cette question".

Le cardinal Ouellet a indiqué qu´il s´agissait d´aller vers "une reconnaissance plus officielle de l´Eglise pour ce ministère laïcal". [SIC. Il est évident que la question de la reconnaissance des ministères laïcs est une question clef de la vie de l’Eglise et de la liturgie. Paul VI, sur ce point, n’a jamais été obéi, en France, du moins…]

Dans le long texte pontifical, cependant, Benoît XVI n´y fait pas directement allusion, [il ne devrait pas y avoir de battage médiatique, dans ces conditions…. ?] même s´il explique que les lecteurs choisis pour la première et la seconde lectures, homme ou femme, devront recevoir une "formation adéquate".[Nous avons vu dans notre article précédent que la question posée n’est pas directement en lien avec la compétence, mais a bien une connotation clairement liturgique et rituelle qui dépasse la préoccupation technique. La question de la capacité des lecteurs est d’ailleurs dans les paroisses malheureusement souvent réduite à leur éventuelle formation, et pas assez à la nature de l’opération qu’ils réalisent en lisant la Sainte Ecriture – un sacramental -dans le lieu et le moment liturgique.]

Le 25 octobre 2008, dans leurs propositions finales à l´intention du pape, les participants au synode avaient reconnu et encouragé "le service des laïcs dans la transmission de la foi". Ils expliquaient alors que, sur ce point, les femmes avaient un rôle indispensable. [Cela rejoint notre idée développée dans les articles précédents  : il faudrait proposer aux femmes non pas le ministère liturgique du lectorat, mais le ministère de catéchétiste, dont Vatican II parle et que le pape aborde dans Verbum Domini. C'est d'ailleurs la teneur de l'intervention du groupe de Mgr Carré (.proposition 17) : parmi les ministères envisagés pour les femmes, la proposition parle justement du ministère de catéchiste…. Alors ? Beaucoup de bruit pour rien ?]

"Il est souhaitable, écrivaient-ils alors dans la proposition 17, que le ministère du lectorat soit aussi ouvert aux femmes".  [Il va sans sire qu’aujourd’hui le lectorat est d’ores et déjà accessible aux femmes de manière extraordinaire, c'est-à-dire de façon exceptionnelle et temporaire. C’est évidemment utile. Ce n'est pourtant pas idéal, pour toutes les raisons développées dans les articles précédents. La nécessité pratique voire pastorale ne devrait jamais prendre le pas sur la réalité et la signification des signes liturgiques. Faut il donc renoncer à restaurer une fonction liturgique vénérable dans la plénitude de sa signification ministérielle, et liturgique, en en conférant le lectorat à des femmes de façon ordinaire et permanente, ce qui dénaturerait le ministère du lectorat ? C’est assurément une mauvaise idée, qui ne manquera pas de susciter des crispations ; c’est en plus inadapté, non conforme à l’usage du rite romain, et inutile. Enfin, c’est probablement vers d’autres ministères institués qu’il faut orienter les femmes, des ministères qui seraient davantage en synergie avec les charismes proprement féminins (Cf. Jean-Paul II Mulieris dignitatem]

Le ministère de lecteur est inscrit dans le droit de l´Eglise et remonte à 1972 lorsque les anciens ordres mineurs, le lectorat et l´acolytat (service de l´autel), sont devenus des ministères institués, et non ordonnés.

Si des femmes sont très souvent appelées à effectuer des lectures au cours des cérémonies liturgiques, elles ne sont pas, en revanche, officiellement considérées comme ayant reçu pour cela une mission explicite de l´Eglise, ou bien à titre temporaire. [Il ne s’agit pas non plus ici dans ces lignes de prétendre qu’il faut refuser dans tous les cas aux femmes de faire des lectures. Il s’agit de bien monter, en ne leur conférant pas ce ministère que ce n’est pas la façon ordinaire de mettre en œuvre la liturgie de la parole et d’annoncer pour l’Eglise qu’il est préférable que les lectures soient proclamées / chantées par des hommes, en lien fort avec la question du ministère liturgique de l’ordre sacerdotal]

Le Droit canon (can. 230) précise ainsi que "les laïcs hommes qui ont l´âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des évêques peuvent être admis d´une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d´acolyte". Dans les faits, le lectorat est généralement attribué aujourd´hui aux hommes qui se préparent au sacerdoce ou au diaconat permanent. [Et c’est une erreur : cela n’était pas dans les idées de Paul VI. C’est aussi la raison pour laquelle le lectorat est perçu comme une étape vers le sacrement de l’ordre, ce qu’il n’est pas et ne devrait pas être. C’est en réalité un héritage simplement inertiel de la pratique de l’Eglise d’avant le Concile. Il est bien entendu que Paul VI souhaitait que les candidats à l’ordre recoivent aupravant ces ministères institués. Il n’est cependant pas nécessaire que les ministères institués ne soient conférés qu’aux candidats à l’ordre. Et il est même envisageable que certains ministères institués qui n’ont aucun lien avec le sacrement de l’ordre ne soient pas conférés à des candidats à l’ordre….

En outre, de la même façon que l’Eglise préfère voir des jeunes garçons au service de l’autel – même si de façon extraordinaire, le service peut dans certains cas précis être accessible aux femmes – il serait intéressant de bien faire comprendre avec la pédagogie nécessaire – que c’est un ministère ordinairement masculin. Peut être que cela ferait d’ailleurs revenir un certain nombre d’hommes à l’Eglise….. !]

Ouvrir ce ministère aux femmes pourrait, selon certains observateurs, permettre de leur offrir une place reconnue dans l´Eglise qui ne soit pas le sacerdoce. [Nous continuons à penser qu’il faut donner un moyen institutionnel pour la reconnaissance des femmes et de leur apport dans l’Eglise. Mais le lectorat n’a – de part l’histoire de ce ministère, son évolution et sa signification rituelle et liturgique – les qualités requises pour remplir ce rôle nécessaire] (source : Service de presse du Vatican)

Commentaire :

Conférer aux femmes une place reconnue dans l'Eglise qui ne soit pas le sacerdoce : c'est évidemment le grand enjeu du débat, qui est réellement important aujourd'hui pour l'Eglise, et qui risque bien d'être occulté par cette proposition 17 qui d'ailleurs si on la lit bien, pourrait très bien être comprise comme ne concernant pas uniquement ou exclusivement la question du lectorat. Bien plus le ministère de catéchiste étant explicitement mentionné, c’est peut être cette piste qui sera à terme suivie par la le pape.

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (2)

 

(Suite de notre précédent article)

Le deuxième point auquel il faut s'attacher pour éviter de tomber dans le faux débat qui gronde actuellement dans les médias est le suivant : quelle est la signification rituelle et liturgiques des lectures (i.e. la « liturgie de la Parole ») dans la théologie de la liturgie et la praxis du rite romain ? On s'intéressera en particulier au développement théologique apporté par la réflexion menée lors du Concile Vatican II et les avancées concernant les rapports entre liturgie et Parole de Dieu apportées par la promulgation du Missel de Paul VI.

En effet, encore une fois, la question de la reconnaissance de l'apport essentiel des femmes à l'œuvre de l'Église ne doit pas être occultée par des prises de position idéologiques qui empêcheraient de leur voir conférer l'un ou l'autre ministère institué.

Vatican II affirme que « lorsque dans l’Eglise on lit la Sainte Ecriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » (Sacrosanctum Concilium, n°7). Les textes bibliques ont besoin de la liturgie pour devenir Parole vivante, proclamée par le Christ en personne dans l’assemblée de son Église. Ainsi, la proclamation de la Parole de Dieu, si elle n’est pas un sacrement, est un sacramental – une source objective de grâces. La célébration liturgique est le lieu et le moment de l’incarnation de la Parole de Dieu qui devient alors agissante par l’acte de sa proclamation. La table de l’autel est dans la liturgie le lieu privilégié de la présence trinitaire. L’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ (Cf. Dei Verbum, n°21) est signifiée par la décoration de l’autel qui en de nombreux endroits porte les symboles des quatre évangélistes. C’est la raison pour laquelle l’évangéliaire, pris sur l’autel, est apporté en procession à l’ambon ; l’ambon lui-même n’est pas – rituellement – à séparer de l’autel : il est partie prenante de l’espace sacré, du sanctuaire. La proclamation de l'Évangile, réservée à un ministre ordonné, et revêtu de ses ornements (a minima de l’étole), est préparée par la récitation silencieuse de la phrase : Purifie mon cœur et mes lèvres,  Dieu très saint, pour que je fasse entendre à mes frères la Bonne Nouvelle. La résonance de ce rite du Munda cor avec celui dit du Lavabo qui précède le sacrifice lui-même (Lave moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché) renforce encore l’intimité rituelle qu’exprime la liturgie entre les deux grandes parties de la messe (liturgie de la parole, liturgie eucharistique).

Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que l'acte de la proclamation de la Parole, s'il requiert des compétences techniques, n'est pas uniquement une question de formation du ministre. Pour être encore plus signifiante, la liturgie de la Parole devrait bénéficier de lecteurs institués ; un lecteur institué est en effet le signe liturgique que l’Eglise assume sa condition de Corps du Christ et qu’elle nomme et se réserve des fidèles qui par la grâce de ce sacrement (uniquement) ont la capacité d’incarner la Parole du Christ, du Prophète, de l’Apôtre.

C'est la raison pour laquelle également la pratique conventionnelle des paroisses de faire proclamer les lectures par une personne qui se lève de l'assemblée au moment de son intervention pour – sans autre préparation ni parement – monter à l'ambon devrait être discutée : si la liturgie de la Parole est – comme « sacramental » – issue rituellement de l'autel, il serait juste que le ministre de la Parole, y compris pour les deux premières lectures du dimanche – vienne du sanctuaire et non de la nef…. Il serait juste également qu'il soit revêtu d'une aube – comme le précise le Cérémonial des Evêques  :

(65) Le vêtement sacré pour tous les ministres quel que soit leur grade commun est l'aube, serrée autour des reins par le cordon,(…)

…. Ainsi que l'IGMR  :

(336) Le vêtement sacré commun à tous les ministres ordonnés et institués, de tout degré, est l’aube, serrée autour des reins par le cordon,

(339) Les acolytes, les lecteurs et les autres servants laïcs peuvent revêtir l’aube ou un autre vêtement légitimement approuvé dans chaque région.

NB : il est à noter que lorsque l’IGMR mentionne que les ministres « peuvent » revêtir l’aube, cela ne signifie pas qu’une autre option serait l’habit commun (civil). Mais bien que l’aube est un vêtement solennel de degré plus important que d’autres vêtements de chœur (comme par exemple la soutane et le surplis), et qu’il est licite que les ministres comme l’acolyte ou le lecteur s’en revêtent…

Par ailleurs il est également intéressant de constater que les ministères laïcs institués de lecteur et d'acolyte correspondent en réalité « fonctionnellement », lorsqu'ils sont joints l'un à l'autre exactement non pas aux anciens "ordres mineurs" de lecteur et d'acolyte (comme nous l’avons expliqué, l’ancien « lecteur ordonné » ne faisait jamis la lecture, mais il était chargé de l’enseignement doctrinal aux catéchumènes) mais à l'ancien "ordre majeur" du sous-diaconat. C'est en cela que l'on a pu dire à juste raison que Paul VI a supprimé les "ordres mineurs". Mais par contre concrètement il n'a pas réellement supprimé le sous-diaconat, puisqu'en promulguant de façon explicite le lectorat et l'acolytat, et en demandant que ces deux fonctions soient réellement "habitées" rituellement, il en a – en quelque sorte – institutionnalisé la fonction. Il faut rappeler que lors des messes "à trois chevaux" (avec prêtre, diacre et sous-diacre) dans la plupart des cas, le sous diacre était avant la réforme liturgique soit un prêtre soit un laïc "sous-diacre indu" (voir ci dessous). D'ailleurs, Paul VI en parle dans Ministeria quaedam, à deux reprises :

Dans les fonctions particulières à conserver et à adapter aux nécessités d'aujourd'hui, il y a celles qui touchent particulièrement aux ministères de la Parole et de l'Autel, et qu'on appelle dans l'Église latine lectorat, acolytat et sous-diaconat. Il convient de les conserver et de les adapter, pour qu'à partir de maintenant il y ait une double fonction incluant celle du sous-diacre : lecteur et acolyte.

 

Les ministères qui doivent être maintenus dans toute l'Église latine, d'une manière adaptée aux nécessités d'aujourd'hui, sont au nombre de deux : celui du Lecteur et celui de l'Acolyte. Les fonctions qui étaient jusqu'à présent attribuées au sous-diacre sont confiées au lecteur et à l'acolyte et par suite, dans l'Église latine, l'ordre majeur du sous-diaconat n'existe plus. Rien n'empêche cependant qu'au jugement des Conférences épiscopales, l'acolyte puisse, en certains lieux, porter le nom de sous-diacre.

 

Le sous-diaconat étant supprimé en tant qu'ordre majeur, sa fonction est cependant valorisée en tant que ministère laïc. Paul VI est ici influencé par l'usage de l'époque de faire porter la tunique de sous-diacre à des laïcs dignes avec pour fonction de proclamer ou chanter l'épître. Ces « sous-diacres laïcs » – auxquels Paul VI fait allusion dans Ministeria quaedam (« plusieurs fonctions qui, en réalité, leur sont jointes sont exercées, comme il arrive aussi maintenant, même par des laïcs, il semble opportun de reconnaître cette manière de faire et de l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui, ») étaient appelés « sous-diacres indus » non pas à cause de leur « indignité » mais parce qu'ils étaient revêtus (indutum) de l'attribut du sous-diacre : la tunique. Pour rappel, la tunique, dans le rite romain, est bien cet habit qui ressemble de façon assez forte à la dalmatique diaconale, mais qui dans sa coupe traditionnelle est supposée être plus longue, avec des manches plus resserrées.

Ce que nous souhaitons, au delà de la question du débat stérile que la question du lectorat pour les femmes va immanquablement soulever dans les médias est que cette disputatio :

        n'amène pas la fermeture de l'inauguration de la mise en œuvre de ministères institués féminins, mais qu'au contraire, ce soit l'occasion de découvrir la fécondité de ministères institués non liturgiques…

        ouvre la porte à une véritable réflexion de fond et une application concrète du Motu Proprio de Paul VI sur les ministères laïcs institués, qui pourraient aller jusqu'à l'instauration large dans les paroisses, de ministères laïcs institués pour les fonctions liturgiques (lecteurs et acolytes).

        relance la réflexion sur le sous-diaconat dans le rite romain ; ce ministère pluriséculaire et d'institution vénérable n'a d'ailleurs pas disparu dans d'autres rites notamment orientaux (un sous diacre oriental – en tunique ! – a ainsi chanté en Grec l'épître au dernier jeudi saint à Saint Pierre de Rome), même si il n'existe plus en tant qu'« ordre majeur ». Ce serait au passage – à l'issue d'un autre Synode, celui sur les églises orientales, une façon nouvelle de montrer à quel point les liturgies latines et grecques se répondent et sont issues d'un rameau unique, la foi apostolique.

 

 A suivre.

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes: débat stérile en vue ! (1)

Verbum Domini et ministère du lectorat étendu aux femmes : Débat stérile en vue ! (1)

Nous apprenons par le Cardinal préfet de la Congrégation des évêques et La Croix que Benoît XVI réfléchirait à la possibilité de conférer le « ministère institué » du lectorat aux femmes, chose que Paul VI dans son Motu Proprio Ministeria Quaedam, s'était refusé à envisager. Comment "lire" cette novelle, alors même que Benoît XVI  est réputé être un conservateur liturgique, tandis que Paul VI était réputé ne pas l'être ? Avant de nous emballer, lisons : 1) ce que dit Ministeria Quaedam sur les ministères institués, 2) ce que proposent les Pères synodaux, et 3) ce que conclut le pape dans Verbum Domini.

 

 

 

Avec la parution de l'exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu, un débat semble resurgir, issu d'une proposition des pères synodaux, qui concerne le ministère du lectorat, dont il serait envisagé l'ouverture aux femmes.

 Cela fait écho à une proposition d'un groupe de travail du Synode de 2008, dirigé par un prélat français, l'archevêque d'Albi, Mgr Pierrre-Marie Carré :  Zenit du 17 octobre 2008

La 7e proposition du groupe disait : « On pourrait reconnaître – instituer – des ministres extraordinaires de la Parole. Ces ministres – catéchistes, lecteurs, animateurs de communautés de base, hommes et femmes – seraient spécialement préparés pour cette mission et délégués officiellement par l'évêque ».

Nous faisions d'ailleurs remarquer à l'époque qu'un « ministère extraordinaire » peut être reconnu, mais s'il devient « institué » (sic), c'est qu'il est ordinaire. La formulation de la proposition est donc très mauvaise. Elle a d'ailleurs peut être  été adoptée – avec difficultés puisqu'il y a eu beaucoup de votes hostiles – sur un malentendu par l'assemblée synodale. On notera aussi qu'elle ne mentionne pas explicitement le « ministère du lectorat », mais de façon générale, un "ministère de la Parole" qui n'est pas forcément en "bijection" avec le ministère du lectorat. Par contre, il y a une mention explicite du ministère de catéchiste….

 Pour rappel, le ministère de lecteur dans la liturgie, ou « lectorat », est un a) ministère, b) laïc et c) institué. Ministère signifie « service ». Il est « laïc » c'est à dire qu'il est réservé aux non clercs (c'est à dire à ceux qui ne sont ni diacres, ni prêtres, ni évêques) et il est « institué », c'est à dire qu'il n'est pas temporaire mais attaché de façon définitive à la personne à qui il est conféré (on dit qu’il « imprime un caractère » à la personne qui en est revêtue). Ce ministère a succédé en 1972, par le Motu Proprio « Ministeria quaedam » de Paul VI à « l'ordre mineur » du « lecteur ». Deux remarques préliminaires :

1 – Le « lecteur » avant 1972 ne « lisait » jamais, puisque la lecture  notamment de l'épître à la Messe étaient réservées au Sous-Diacre ; le Sous-diaconat était alors un ordre majeur. Le « lecteur ordonné », avant 1972, était en fait chargé non pas des lectures de la Messe, mais de l’instruction des catéchumènes… Il est à noter également que plusieurs autres « ordres mineurs » étaient également vidés de leur substance ; par exemple aucun non clerc ne pratiquait la charge d' « exorciste », ordre mineur qui était pourtant habituellement conféré aux séminaristes. Il existait également une charge « d’ostiaire » ou « portier », qui avait pour but de s’assurer qu’aucun non baptisé n’assistait à ce qu’on appelait à l’époque « la messe des Fidèles » (aujourd’hui : la liturgie eucharistique) par opposition à la « messe des Catéchumènes » (aujourd’hui : la liturgie de la Parole).

2 – Paul VI a voulu redonner en 1972 une véritable « chair » aux ministères institués (ex- « ordres mineurs ») en en confiant deux à des laïcs. Les seuls ministères institués dont parle Paul VI sont des ministères en lien avec la liturgie (lecteur et acolyte – l'acolyte étant un autre mot pour « servant de messe »). Paul VI ne ferme pas la porte à l’institution d’autres ministères, qui pourraient ne pas être en lien direct avec la liturgie.

 La problématique d'aujourd'hui est bien de se poser concrètement la question de la reconnaissance de la contribution fondamentale des femmes dans l'Église et en particulier de ce qui concerne l'annonce de l'Évangile.  La question qui se pose aujourd'hui est donc : « faut il conférer des ministères institués aux femmes ? ». Nous avons bien peur que ce débat – essentiel – n'aboutisse pas parce que justement il se focalise sur une mauvaise question, qui est malheureusement formulée ainsi : « faut il conférer le ministère du lectorat aux femmes ? ». Parce qu'à l'évidence, il paraît tout à fait opportun et même bien venu de répondre « oui » à la première question ; et il faut également à toute force répondre « non » à la deuxième.

 Pourquoi ? Regardons bien les 1) textes (Ministeria Quaedam en particulier) et  2) l’usage liturgique du rite romain. Dans Ministeria Quaedam, Paul VI invite de façon claire à « laïciser » ce que furent les « ordres mineurs ». Ce qui n'était que de simples étapes symboliques vers la prêtrise, et que Pie XII avait déclaré "non sacramentel" en 1947 (Sacramentum Ordinis) devait être « réhabité » dans une pratique liturgique paroissiale et ordinaire : Motu Proprio Ministeria Quaedam, 15/08/1972, Paul VI :

« puisque les ordres mineurs ne sont pas toujours demeurés identiques et que plusieurs fonctions qui, en réalité, leur sont jointes sont exercées, comme il arrive aussi maintenant, même par des laïcs, il semble opportun de reconnaître cette manière de faire et de l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui, afin que les éléments vieillis de ces ministères soient supprimés ; ceux qui sont utiles soient maintenus ; ceux qui sont nécessaires soient définis ; »

Les ministères institués de lecteur et d'acolyte ne sont pas supposés être les seuls ministères institués rendus possibles par ce motu proprio de 1972 :

« Outre les fonctions communes à l'ensemble de l'Église latine, rien n'empêche les Conférences épiscopales de demander aussi au Siège Apostolique celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste [Cf. Décr. Ad Gentes, n. 15], et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres. »

Bien plus, l'Église pourrait voir l'éclosion de nouveaux ministères qui seraient distincts de ceux de « lecteur » et « acolyte » qui ne seraient pas exigés pour l'ordination sacerdotale, et donc mécaniquement, sans lien avec le sacrement de l’ordre :

et de même, [les ministères institués] qui doivent être exigés des candidats aux ordres [doivent être] fixés.

Il est très clair dans l’esprit de Paul VI qu’il y a lien fort entre l’ordre comme sacrement et l’institution non sacramentelle des ministères de l’acolytat et du lectorat. Il est également tout à fait clair que dans l'esprit de Paul VI, qu’il y a des ministères institués qui sont appelés à exister dans le futur, et qui sont distincts du « lectorat » et de « l'acolytat ».

Mais lesquels ? Il est un exemple très connu, celui du ministère de catéchiste, qui est largement utilisé dans les pays de mission, et que Paul VI a clairement en tête au moment d'écrire son Motu Proprio :

De même elle est digne d’éloge cette armée, qui a si magnifiquement mérité de l’œuvre des missions auprès des nations, l’armée des catéchistes hommes et femmes qui, pénétrés d’esprit apostolique, apportent par leurs labeurs considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l’expansion de la foi et de l’Église.

De nos jours, du fait du petit nombre de clercs pour évangéliser de si grandes multitudes et accomplir le ministère pastoral, la fonction des catéchistes a une très grande importance. Leur formation doit donc être améliorée et adaptée au progrès culturel de façon à ce qu’ils puissent remplir le plus parfaitement possible leur fonction en collaborateurs efficaces de l’ordre sacerdotal, – fonction qui se complique de charges nouvelles et plus amples.

Concile Œcuménique Vatican II, Décret Ad gentes, 17. 1965

Les hommes et les femmes sont mentionnés comme ayant la charge d'un ministère qui est une collaboration à l'ordre sacerdotal. Ce n'est pas rien ! Mettons-nous bien d'accord : lorsque dans les pays de mission on nomme des catéchistes, il ne s'agit pas des « dames caté » qui pleines de bonne volonté acceptent de prendre un peu de temps pour donner des cours de formation religieuse à des marmots plus ou moins disciplinés. Il s'agit dans les pays de mission d'une charge de très grande importance qui est un véritable « pivot » d'évangélisation, sans lequel rien n'est possible au regard de la vie de l'Église. Et qui correspond avec une très grande acuité à la situation de nos pays en pleine sécularisation.

C'est un exemple qui est d'ailleurs tout à fait en ligne avec le Synode qui nous occupe sur la Parole de Dieu ; L'exhortation Verbum Domini elle même les mentionne : (75)

Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l’apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l’expérience ecclésiale.

 

A suivre…..