Sacramentalité du sous-diaconat et conséquences…

Un débat très intéressant a eu lieu récemment sur « le forum catholique » http://www.leforumcatholique.org/forum.php sur la tonsure, et de fil en aiguille, sur le sous-diaconat et sa sacramentalité. L’intérêt du débat mentionné est qu’il s’agit d’une réflexion théologique datant d’avant Ministeria Quaedam, c’est-à-dire d’avant la réforme des ordres, et la suppression des quatre ordres mineurs qui étaient portier, exorciste, lecteur et acolyte. Un intervenant (« Alexandre ») mentionné une référence du Précis de théologie dogmatique de Louis Ott (Salvator, Mulhouse, 1955) dans lequel il est expliqué que le Concile de Trente ne prend pas position que la question de la sacramentalité du sous-diaconat.

C’est une réflexion intéressante et qui va en l’espèce directement contre la position exprimée sur le site Salve Regina ci-dessous :

http://www.salve-regina.com/salve/La_sacramentalit%C3%A9_du_sous-diaconat_et_des_ordres_mineurs
(abbé Sébastien Dufour, fssp, 2002).

Cela ne manquera donc pas d’alimenter la réflexion ici même entamée, notamment par la référence faite ici même aux mémoires de Dom Botte, qui qualifie de « fiction juridique » l’ordination aux ordres mineurs d’avant le Concile et qui souligne la tradition de non sacramentalité du sous-diaconat, qui par contre est un ministère liturgique tout à fait traditionnel qu’il conviendrait justement de ne pas négliger ; rappelons que  le Missel de Paul VI en parle (dans sa première édition typique) :




Remarquons au passage que la fiction juridique que mentionnait Dom Botte dans les années 1970 s’est largement inversée, puisque l’idée de Paul VI de conférer ces « ministères » aux laïcs – hommes est devenue extrêmement rare, puisque seuls les candidats aux ordres (diaconat, permanent ou non, et sacerdoce) se voient aujourd’hui dans l’Église latine (a minima en France) conférer le lectorat et l’acolytat (comprendre : le sous-diaconat). Les ordres mineurs étaient une fiction juridique… Soit. Et bien les ministères institués le demeurent… Nihil novo sub sole. D’ailleurs, que penser du caractère permanent de la collation d’un tel ministère ? Ex. Le candidat aux ordres qui finalement renonce à l’ordination ? Question qui apparaît irrésolue, et qui semble d’ailleurs renforcer cette idée de « fiction juridique » : Cf. http://www.romanrite.com/brief.html

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/le-lectorat-etendu-aux-femmes/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-1/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-2/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-2-lamict-laube-paree-lamict-pare/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-3-laube-paree-et-la-tunique-sous-diaconale/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-suite/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-encore/

… Et qu’on pourra compléter par l’étude de ceci :

http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/diaconate-documents/cap4.html

… Ainsi que du Motu Proprio de Benoît XVI sur les diacres :

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/apost_letters/documents/hf_ben-xvi_apl_20091026_codex-iuris-canonici_fr.html

Car au-delà de la question de la sacramentalité du sous-diaconat se pose une autre question brûlante, celle de la sacramentalité du diaconat lui-même, qui comme le montre le document précité (en provenance de la Commission Théologique Internationale) a fait l’objet de débats dans l’Église au cours des siècles. Nous invitons également nos lecteurs qui seraient intéressés par cette question à un excellent article de Catholica, http://wwww.catholica.presse.fr/ sous la plume de l’abbé Laurent Jestin, Clercs Laïcs et Sacerdoce, qui soulève très opportunément les rapports entre réforme des ordres et ecclésiologie, autour d’une réflexion sur le « sacerdoce commun », le « in persona Christi », et le « in persona Christi capitis », qui n’est pas sans lien avec la question de la sacramentalité de l’épiscopat qu’a définie dogmatiquement le Concile Vatican II. Ces mentions pourront peut être apparaître arides pour certains, qui ne verraient pas de façon immédiate le lien avec l’actualité, à savoir les revendications féministes actuelles en ce qui concerne les « ministères » liturgiques et ordonnés : un certain nombre de rumeurs enflent en effet en ce moment sur l’intention qu’aurait le pape François d’admettre au diaconat les femmes, et conséquemment également d’ouvrir les « ministères non ordonnés » liturgiques à ces dernières – ce qui ne manquerait pas de réjouir mes chères amies Anne et Christine – surtout Christine qui aime la dentelle. Cette rumeur a été amplifiée notamment à la suite du dernier jeudi saint où la pape François a procédé au lavement des pieds de femmes, dans une prison italienne pour mineurs, alors même que le rite, lorsqu’il est effectué à l’intérieur de la célébration eucharistique du Jeudi Saint (messe In cena Domini) est strictement réservée aux hommes (la rubrique mentionne : « viri selecti »). Un détail échappa probablement aux commentateurs : il semble que le pape a effectué ce geste justement en dehors de la célébration elle-même de la messe, c’est à dire en revenant à une pratique dévotionnelle (et belle) qui s’est longtemps faite en rapport non pas à une signification « sacramentale » mais à une question de charité. Cela se fait notamment dans les communautés religieuses, notamment féminines. Quelle réalité donner aux ministères « institués » (anciens « ordres mineurs »), quelle réalité (caractère) impriment ils (permanence ?) sur ceux qui le reçoivent ? Conséquemment, les définitions de jadis assimilant engagement au célibat et caractère sacramentel, le diacre permanent marié reçoit il l’ordre ? Dans quelle mesure, à partir du moment où justement, les ministères institués n’étant conférés qu’au moment de l’admission aux seuls séminaristes (qui se destinent dans le célibat au sacerdoce) ? Quelle réalité sacramentelle également peut on voir dans l’ordination sacerdotale d’ex-anglicans mariés qui vont même jusqu’à porter les « Pontificalia » (mitre crosse, anneau, croix pectorale » dans le cadre des ordinariats institués par Benoît XVI dans son Motu Proprio Anglicanorum coetibus ? Bref, tout ne va pas de soi, ça vaut la peine de se pencher sur toutes ces questions et essayer de comprendre…


Msgr Keith Newton, prêtre catholique, depuis le 15 Janvier 2011, marié, trois enfants,


Msgr Keith Newton ordinaire de l’ordinariat de ND de Notre-Dame de Walshingam, qui accueille les anciens Anglicans dans L’Église catholique romaine.

Le sujet n’est pas simple. Sur la question de la participation d’hommes mariés et / ou de femmes aux ministères liturgiques (institués), ou plutôt de leur absence, une raison souvent avancée est la sagesse pastorale. Pour maintenir les directives de Paul VI sur la réservation aux seuls hommes des ministères d’acolytes ou de lecteur, les conférences épiscopales feraient en sorte de les lier nécessairement à l’ordre (sacramentel) pour éviter d’être débordé par les revendications féministes qui ne manqueraient pas alors de voir le jour. C’est sage. Mais est-ce juste ?


La « diaconnesse » Phoebé : « Comméndo autem vobis Phoebem sorórem nostram, quae est minístra ecclésiae, quae est Cénchreis » (Rom 16,1)

Il y aurait une autre idée : celle tout simplement de rappeler que justement, le ministère liturgique est par essence masculin, et que comme le rappelle Saint Paul, « Mulíeres in ecclésiis táceant, non enim permíttitur eis loqui; sed súbditae sint, sicut et Lex dicit. ». (1 Cor 14,34). Et que ce qu’il faut lier à l’ordre ce n’est pas le ministère mais bien son caractère liturgique… Pour aller encore plus loin, un tel changement de braquet permettrait de redonner aux célébrations liturgiques et même à la spiritualité le caractère viril qui leur manque… Parce que tout est lié. A part le prêtre ou le diacre (mais pour combien de temps ? ) on ne voit plus que des femmes à l’Église, et la liturgie elle-même est féminisée, en particulier par les chants… De la même façon qu’il faut décourager les « enfants de choeuses », il faut décourager les « lecteuses ». Mais nous en avons déjà beaucoup parlé dans nos pages. On se souviendra des mots explicites du Cardinal Arinze, ancien préfet de la Congrégation du Culte divin sous Jean-Paul II, sur la question :

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/cardinal-arinze-2-les-filles-enfant-de-choeur/

« Je pense qu’introduire des filles au service de l’autel fut une erreur. (…). Je n’ai pas le pouvoir de changer ça. Cependant il faut rappeler que traditionnellement, les garçons enfant de chœur ont toujours eu une grand attention, parce que c’est d’eux que sont issus la plupart des séminaristes. Parce qu’ils sont près du prêtre et c’est pour cela que Dieu leur donne de cette façon la grâce ; et si le prêtre fait bien, ils aimeront être comme lui. Donc c’est naturel, c’est tout. Les Italiens appellent les enfants de chœur les « petits clercs », (…) Dans mon pays, le curé de la cathédrale envoie chaque année au petit séminaire au moins 20 à 30 garçons, chaque année, qui sont tous des enfants de chœur. Parce que les femmes ne sont pas ordonnées prêtres, si elles se trouvent dans la même situation près de l’autel, que va-t-il advenir ? Vous ne pouvez pas faire d’elle un prêtre … Voulez vous la frustrer ? »
« L’Église n’oblige aucun évêque ou prêtre à avoir des filles enfant de chœur. »
« Dans notre document Redemptionis sacramentum, voyez comme c’est formulé : traditionnellement, ce sont les garçons qui servent la messe. En certains cas, sur autorisation de l’évêque du lieu, les filles peuvent être amenées à servir la messe… Ce n’est pas une loi divine que les femmes ne servent pas la messe. L’Église a pu l’autoriser. Donc il faut que nous fassions avec. Mais si cela dépendait de ma seule responsabilité, vous savez bien ce qu’il arriverait. »

Pour achever notre réflexion, nous en appelons donc à une revilirisation du christianisme occidental, et donc nous faisons un appel aux hommes pour qu’ils n’hésitent plus à s’impliquer davantage dans la vie spirituelle de leur propre famille, de leur entourage, de leur paroisse. Pour qu’ils soient réellement l’image du Christ dans leur propre famille, qui est une Ecclesiola. Et que pour cela ils n’hésitent pas à demander à leur épouse de reprendre sa place de femme. Certains se posent la question de savoir comment et pourquoi, dans nos sociétés d’occident, l’islam a du succès (alors que cette religion / idéologie / système civilisationnel est largement battu en brèche dans certains pays du proche orient…).Et bien ! Gertrud Von Lefort a la réponse dans son livre majeur, La femme éternelle :

 » Le voile est, en ce monde, le symbole du métaphysique. Il est aussi le symbole de la féminité. Dans toutes les grandes circonstances de la vie d’une femme, on la montre voilée. ( …) L’épouse, le jour de ses noces, la veuve, la religieuse sont revêtues du même vêtement symbolique. Le comportement extérieur est toujours essentiel. Et comme il sort de la personne, il en exprime aussi la substance (…) « Le dévoilement de la femme brise toujours son mystère. La femme, qui s’est refusée au don de soi, même sur le plan des sens, mais qui se consacre au plus misérable de tous les cultes, celui de son propre corps, et cela au milieu d’une effroyable détresse de ses contemporains, cette femme atteint un degré de déchéance qui détruit le dernier lien qui peut la rattacher à sa vocation métaphysique. Ici, ce n’est plus le visage enfantin et insignifiant de la vanité féminine qui fait face, mais celui de cette face commune et hallucinante, visage qui représente le contraire de l’image divine, le masque sans visage de la sexualité féminine. Ce masque, ce n’est même pas celui du prolétaire bolchevique défiguré par la haine et la faim : il est la véritable emblème d’un monde moderne sans Dieu ». Cette figure rejoint celle de l’Apocalypse : « Ce n’est pas l’homme qui se révèle être la véritable figure apocalyptique de l’humanité (…) Comme figure reconnaissable humaine de l’Apocalypse, se dresse la femme : seule la femme infidèle à sa vocation peut représenter cette stérilité absolue du monde qui doit le conduire à sa mort et à son effondrement (…) La grande prostituée est la figure apocalyptique de la fin des temps. La prostituée signifie la suppression radicale de la ligne des « Fiat » » (…) « L’analogie sublime et presque effrayante que l’Église pose à propos du mariage de l’homme et de la femme, en le disant semblable à l’union du Christ avec son Église, a un sens profond : convaincre la femme qu’épouse de l’homme, elle doit être aussi épouse du Christ et qu’elle appartient à Dieu. C’est seulement dans cette perspective que le mot célèbre de saint Paul sur la soumission de la femme à son mari prend sa véritable signification (…) Car ce qui menace la femme, ce n’est en aucune façon son seul refus du don de soi, mais son exagération (…) La relation exclusive de la femme à l’homme absorbe alors en même temps ce qui revient à Dieu. Ainsi s’introduit dans la relation de la femme à l’homme, la même désolation et l’absence finale de tout horizon, que nous avons déjà reconnue comme un danger mortel de cette culture orientée vers le monde (…) La femme qu’on prétend « masculinisée », ne représente qu’une variante de la femme, qui a cessé de se consacrer à l’homme selon l’ordre divin  » (…) « Or, la femme est comme le pivot du sacré dans l’histoire de l’humanité. C’est par elle en premier que l’humanité s’ouvre à sa dimension transcendante et religieuse. La crise de la religion est liée à celle du mystère de la femme (…) La femme est l’axe vertical mais caché de l’humanité quand elle répond à Dieu. Il faut que le mystère de la femme soit sauvegardé pour que le mystère du salut puisse continuer à opérer en plénitude » 

Avant de subir les foudres de mes amies, je rappelle tout simplement qui est l’auteur : (cf. http://roseaudor.free.fr/article.php3?id_article=85 )

Que connaît-on en France de Gertrud von Le Fort (1876- 1971) ? Sait-on qu’avant la guerre, Claudel la tenait pour une des plus grandes poétesses de son temps (Hymnes à l’Eglise), qu’Hermann Hesse l’a proposée pour le prix Nobel de littérature en 1949 ? Sait-on aussi que jusqu’à la fin elle a correspondu avec Edith Stein, (Bienheureuse Thérèse Bénédicte de la Croix)
qui l’a d’ailleurs inspirée pour La femme éternelle. Ce qui est frappant dans toute son œuvre narrative, c’est qu’elle part toujours de l’histoire, qu’elle connaît bien par ses études, pour la transfigurer. « Je n’ai jamais considéré l’histoire comme une fuite de mon époque mais comme une distance qui permet de mieux reconnaître son propre temps comme on perçoit vraiment la forme d’une montagne quand on n’en est pas trop proche » : c’est ce que montre sa nouvelle la plus connue (en France particulièrement) La dernière à l’échafaud (1931) qui se joue pendant la révolution française. Dans un premier temps, elle peut bien être lue comme une dénonciation et un refus de toute idéologie ou de tout mouvement totalitaire sans visage, mais elle est surtout un récit qui peu à peu est transfiguré grâce à la figure si émouvante de Blanche de la Force, personnage qu’elle a inventé à partir de son nom, et que Bernanos va reprendre vingt cinq ans après dans sa célèbre pièce Dialogues des Carmélites
(qui fera le tour du monde grâce à l’opéra que Poulenc en a tiré). Bernanos, lui, insiste sur le thème de la peur de la mort et de l’abandon à la grâce pour la surmonter, en gommant un peu l’arrière-plan historique (1948). Depuis, il est vrai que la gloire de l’écrivain français a quelque peu éclipsé celle de sa devancière, du moins en France, ce qui est fort injuste. Car, dans cette nouvelle, le souci dominant de la romancière est aussi de nous embarquer sur la scène du monde contemporain : dans ce beau monde du XVIIIème siècle en train de se dissoudre dans les atrocités de la Terreur se profile aussi l’effondrement à suivre de l’Allemagne. Toute son œuvre romanesque est bien prémonition du monde où nous devons vivre.
Dans tous ses récits Gertrud von Le Fort rayonne d’une forte tendresse maternelle lucide, celle qui nous irradie spirituellement pour nous permettre à notre tour de changer notre regard sur nous-mêmes, d’affronter notre histoire, d’en connaître ou d’en pressentir enfin la part irréductible et non cessible à l’horreur du temps.

Bien plus que les manifestations, les débats à l’assemblée nationale, les pétitions, c’est donc probablement la liturgie qui nous sauvera de l’idéologie du gender.

Mais alors, sous prétexte d’une lutte civilisationnelle et politique, on nierait les ministères féminins dans l’Église ? Ce serait oublier que justement, non.. Et que ce que revendiquent certains courants féministes, à savoir « une place pour les femmes dans l’Église », cette dernière le leur a déjà largement conféré : cela a un nom, ça s’appelle la virginité consacrée, et il y a même un ordre, avec une liturgie qui s’apparente très fortement par sa solennité, au fait de conférer un ministère :


Statue découverte à la Chartreuse de Gosnay, où une moniale est représentée en diaconesse. L’Évangile est chanté par l’abbesse, dans un cadre liturgique, encore aujourd’hui, à l’office des Vigiles monastiques. L’usage des moniales chartreuses était même de revêtir l’élue de l’étole diaconale. Les abbesses elles aussi portent les Pontificalia (croix pectorale, anneau, crosse) et en usent dans le cadre liturgique exactement de la même façon que les évêques.

La fonction pontificale de la consécration des vierges est même une des plus solennelles. La consécration dans cet ordre a été remis à l’ordre du jour par Vatican II, après l’intérêt renouvelé pour cette réalité ecclésiale traditionnelle rapportée par Dom Guéranger. Et il y a une filiation évidente entre l’ordo diaconissarum et l’ordo virginum. Il apparaît donc bien que les « revendications » pour une « place des femmes dans l’Église » reposent largement sur l’ignorance la signification de cette magnifique consécration des vierges. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) qui rappelons le n’était pas moniale, donc pas cloîtrée, mais simple tertiaire dominicaine, est le modèle même des vierges consacrées. Qu’on ne dise pas que celle qui fut déclarée docteur de l’Église par Paul VI n’eut pas d’influence dans l’Église ! Son influence directe sur le pape poussa ainsi Grégoire XI à revenir d’Avignon à Rome.


L’abbesse de Sainte Cécile de Solesmes

Huysmans a des mots émouvants en ce qui concerne le pontifical de la consécration des vierges, mais à son époque cela ne pouvait se faire que dans le cadre monastique.

Oui, à certains instants, l’on a envie de bramer l’admiration qui vous étouffe! Le chef-d’oeuvre de l’art ecclésial, c’est peut-être le Pontifical des Vierges. L’on est pris, dès le début, aux moelles; alors qu’après le verset alleluiatique de la messe, l’évêque ou l’abbé qui officie, s’assied, en haut de l’autel, sur le falstidorium, le siège des prélats, en face du public, et que le maître des cérémonies ou l’assistant entonne cette phrase empruntée à la parabole des Vierges, de saint Matthieu: »Vierges prudentes, apportez vos lampes, voici l’époux qui arrive; allez au-devant de Lui. » Et la vierge, tenant un flambeau allumé, fait un pas et s’agenouille.Alors le prélat, qui représente le Christ, l’appelle debout, par trois fois, et elle répond en d’admirables antiphones: – « Me voici » – et elle s’avance, à mesure, plus près. L’on dirait d’un oiseau que fascine un bon serpent. Et, d’un bout à l’autre, l’office se déroule, éloquent, presque massif, ainsi que pendant l’ample et la forte préface; caressant et comme parfumé par toutes les essences de l’Orient, alors que le choeur des nonnes chante ces phrases du Livre De La Sagesse: « Viens, ma bien-aimée, l’hiver est passé, la tourterelle chante, les fleurs de la vigne embaument »; délicieux vraiment en cet épisode des fiançailles où la novice acclame le Christ, s’affirme « fiancée à celui que les anges servent, à celui dont les astres du ciel admirent la beauté »; puis, levant le bras droit en l’air, elle montre son doigt où brille la bague bénie par le prélat et, folle de joie, s’écrie: « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a liée à lui par son anneau et il m’adorne telle qu’une épouse! » – Et de très antiques oraisons sanctifient, macèrent ainsi que dans de célestes aromates la petite Esther qui, regardant le chemin parcouru depuis la probation et songeant que le mariage est maintenant consommé, chante, au comble de ses voeux: « Enfin, voici ce que j’ai tant désiré, je tiens ce que j’ai tant espéré, je suis unie dans les cieux à celui que j’ai tant aimé sur la terre… » et, après la récitation de la préface, la messe continue… Que sont, en comparaison de ce drame vraiment divin qui se joue entre l’âme et Dieu, les pauvres machines inventées par les théâtriers anciens ou modernes? Mon Dieu, les serins!

Pour comprendre la beauté de cette fonction liturgique magnifique, il faut lire le Rational de Durand de Mende : http://books.google.fr/books?hl=fr&id=HMgHAAAAQAAJ&q=%22cons%C3%A9cration+des+vierges%22#v=snippet&q=%22cons%C3%A9cration%20des%20vierges%22&f=false

Aujourd’hui, il y a des vierges consacrées dans el monde :

A Christine : moi non plus….

Déjà deux fumées noires. C’est à la troisième fumée qu’en 2005, on apprit l’élection du Cardinal Ratzinger comme pape. Les cardinaux sont retirés depuis hier sans la chapelle Sixtine, sous la fresque du jugement dernier, et sous le regard de Dieu, qui les jugera, votent en leur âme et conscience pour choisir celui qui doit être le successeur de Pierre. Pendant ce temps les médias se perdent en conjectures, les télévisions sont braquées sur une petite cheminée sur le toit, somme toute plutôt banal de la fameuse chapelle. On nous demande quel est notre favori, à la Schola Saint Maur : Mais enfin bien sûr, Mauro Pacienza, qui d’autre ? C’est évident !!! Car nous le savons bien, Maur, c’est le fidèle disciple de Benoît, et comme un autre Pierre, il a marché sur les eaux… Donc…
mauroMais ce pape ne plairait pas à Christine Pedotti… Christine Pedotti qui commet des articles sur le site de magazine (mourant) Témoignage chrétien. Le pire c’est que ses idées sont reprises par des quotidiens nationaux, et même certains qui se prétendent catholiques. Jusqu’où va le buzz ! Comme quoi, lorsqu’on a rien à dire, on finit vraiment par dire n’importe quoi. Comme habituellement, le gras est de nous ainsi que les commentaires en rouge.

Je ne suis pas entrée ! [Moi non plus, chère Christine…]
Par Christine Pedotti

J’avais pourtant préparé mon coup de longue date : une longue robe rouge, très élégamment ceinturée, un chapeau et des chaussures assortis… Mais ça n’a pas suffi, je ne serai pas la 116e cardinale de ce conclave, et ceci pour une simple anomalie chromosomique ! [1 fois]
J’avais pourtant préparé mon coup de longue date : une longue robe rouge, très élégamment ceinturée, un chapeau et des chaussures assortis… Il n’y avait que pour les dentelles que j’avais hésité. Ordinairement, je les porte dessous, or, il semble que selon les usages locaux, il faut les porter dessus. Je m’en suis rapportée au vieux proverbe : « When in Rome, do as the Romans do », « à Rome, fais comme les Romains ». Et puisque je suis à Rome…

Mais ça n’a pas suffi, je ne serai pas la 116e cardinale de ce conclave, et ceci pour une simple anomalie chromosomique ! [2 fois. Quelle anomalie chromosomique, chère Christine ? Vous ne me paraissez pas souffrir de handicap, en tout cas d’handicap physique… ? Nous vous expliquerez vous ?] Certes, on me fera observer que, surtout, je n’ai pas été « créée » – c’est le terme adéquat – « cardinale » par l’un des derniers papes. C’est très juste. Mais précisément, n’est-ce pas là que se situe le problème ?

DES CARDINALES

Pourquoi le pape n’appelle-t-il autour de lui, en son conseil, que des hommes ? [Pourquoi le Christ n’a t’il appelé, que des apôtres, et pas des apôtresses ? C’est vrai que c’est scandaleux. Ce sera donc une discussion que vous aurez chère Christine, avec le Christ lui même lorsque vous le rencontrerez, à l’heure de votre mort. Vous pourrez alors aisément, je pense, Lui reprocher son grand manque de liberté intérieure.] On me rétorquera qu’il appelle des évêques et que, jusqu’à plus ample informé, il n’y a parmi les évêques, prêtres et diacres de l’Église catholique aucune femme. [Ni dans les églises orientales dont le christianisme reconnaît la validité des ordres. Bref, en fait il n’y a même validement aucun évêque, prêtre ou diacre femme tout court…]

Cette impossibilité d’appeler des femmes à l’ordination s’appuierait sur une solide tradition qui viendrait de Jésus lui-même. [Oui, en effet il faudrait utiliser ‘indicatif, pas le conditionnel. Jean Paul II a tout de même été explicite sur ce point, en engageant son infaillibilité pontificale sur cette question. ] On pourrait en discuter, [et bien non, justement. On ne devrait plus en discuter, cette question a justement été réglée de façon définitive.] mais ce n’est pas notre sujet. En effet, ce sont ces cardinaux qui pourraient éventuellement être aussi des cardinales. [Non.]

Que dit la tradition ? Originellement, les cardinaux sont le clergé de Rome, donc, bien évidemment des hommes ordonnés, évêques, prêtres, diacres… [Oui, voici la vértiable tradition qui nous vient des apôtres, qui a présidé à l’election de tous les successeurs de Pierre, depuis l’origine… La seule tradition, la vraie.] Mais, il y a un gros MAIS. Dans le passé, cette tradition a changé. Pendant des siècles, des cardinaux ont été désignés, qui n’étaient nullement prêtres ou évêques. [Il y avait aussi des abbés de commende, des évêques qui n’étaient que bénéficiaires des revenus  et non pas clercs. Bref, pas forcément la période la plus reluisante de l’histoire de l’Eglise. Il y a eu pendant un moment, et jusqu’au XXème siècle, une possibilité pour le pouvoir politique de s’opposer à l’élection d’un pape… Vous voulez aussi remettre ça au goût du jour, sous prétexte que la tradition a changé ? Soyons sérieux. On n’en est plus là, fort heureusement. Vous êtes friande de la série Borgia de Canal+ ? Vous ne voulez tout de même pas qu’on revienne en arrière, tout de même ? Je ne vous savais pas aussi conservatrice … Par ailleurs si on est vraiment sérieux, on sait bien par principe que si une tradition « a changé » c’est que justement cette « petite » tradition n’était pas en conformité avec la (grande) Tradition] Les Français se souviennent du cardinal Mazarin, exemple d’un cardinal qui n’était pas prêtre. Il n’avait reçu que les ordres mineurs. Aujourd’hui, ces ordres mineurs (lecteur, acolyte) sont toujours conférés à des laïcs. [Depuis Paul VI, le pape de Vatican II, il y a eu une réforme des ordres… Le lectorat et l’acolytat ne sont plus des ordres – même mineurs – mais des ministères institués laïcs. Et en plus de ça ils sont réservés aux hommes. Oui oui. Dans la liturgie d’après le Concile, celle que vous devriez connaître, la lecture de la messe est supposée être faite par un lecteur institué, forcément homme. C’était la volonté de Paul VI, oui oui, le pape de Vatican II. Motu proprio Ministeria Quaedam… Bref, essayez de mettre à jour vos connaissances, vous avez 50 ans de retard. J’ai la conviction que justement si on appliquait correctement le désir de Vatican II sur le lectorat et l’acolytat, vous seriez la première à vous plaindre d’un soit disant machisme, puisque mécaniquement, madame Michu ne pourrait plus être « lecteuse » à la messe.]

Alors, il est vrai que le code de droit canonique de 1983 [celui qu’a promulgué le bienheureux Jean-Paul II… ] a précisé que désormais, il faudrait être évêque pour devenir cardinal. [Ce n’est pas ça :  à sa création, le cardinal est ordonné évêque, s’il ne l’est pas. Et en plus il y a toujours des exceptions, comme le Cardinal Vanhoye, immense exégète et expert en écriture sainte au Concile, créé par Benoît XVI, qui a demandé et obtenu de rester prêtre. Mais il n’a jamais été électeur.] Mais dans la longue tradition de l’Église, ce qu’on a fait en 1983, on peut le défaire en 2013, surtout qu’il ne s’agit ni de la foi ni des mœurs, mais d’une simple question juridique sur le gouvernement de l’Église. [Vous vous trompez. La grande Tradition c’est que les cardinaux sont membres du clergé de Rome, donc ordonnés.]

Afin de montrer à quel point l’habitude de choisir les cardinaux parmi les évêques est récente, on peut rappeler que le dernier cardinal « laïc » est mort en 1927. [Si vous revendiquez cela, c’est que quelque part vous allez contre le désir de réforme qui a justement initié Vatican II. En fait vous êtes traditionaliste ou quoi ? ] On dit [oui, bon, les rumeurs… hein… ] aussi que Paul VI a proposé la pourpre à Jacques Maritain – qui a refusé – mais qu’il avait créé Jean Guitton cardinal in petto (en secret). [In petto ça veut dire sur le champs. Créer un cardinal en secret, c’est « in pectore ». Tant que vous êtes à Rome, profitez pour prendre deux ou trois cours de latin…] Les deux hommes étaient des laïcs… comme moi. Mais des hommes… [Pour rappel, un homme n’est pas une femme et une femme n’est pas un homme… J’ai l’impression qu’il faut quand même le rappeler, malgré l’idéologie dominante, la théorie du gender et la propagande pour le « mariage » des homosexuels… ]

Je propose donc de restaurer officiellement l’ancienne tradition du cardinalat pour des personnes éminentes et non ordonnées. [Ce n’est pas une tradition, mais ce fut une décadence, heureusement réformée.] Quelques grands hommes d’abord, et quelques années plus tard (la progressivité est pédagogique) de grandes femmes. Et le tour est joué. [Quel tour ? Quelle utilité ? Pourquoi ? Quelle justification ? Bref, Christine, quels arguments ? Je n’en vois aucun…] Il et elles seront électeurs et électrices. Si on ne change pas la règle, ils ne pourront désigner que quelqu’un qui pourra devenir évêque de Rome, donc pour l’instant, [comment ça « pour l’instant » ? Quand on prend ses désirs pour la réalité, quand on en vient à tordre la rationnalité pour qu’elle se plie à ses fantasmes, ça s’appelle l’idéologie.] un homme célibataire.

LE PAPE N’EST PAS LA REINE D’ANGLETERRE

Voilà qui m’amène à parler des femmes. Parce que, quand même, voir ces 115 hommes en robe rouge et dentelles entrer en conclave, tous plus vieux que moi (et je ne suis plus une perdrix de l’année), [m’enfin Christine, pourquoi dites vous ça ? Je vous assure que vous ne faites pas votre âge. Et votre énergie, votre pugnacité…. Vous semblez avoir… 22 ans, non ?] ça fait un choc.

Évidemment, si on considère ce rite comme une sorte de folklore désuet, ça peut prêter à sourire. La papauté, avec ses étranges coutumes et ses cérémonies d’un autre âge, c’est un peu comme la monarchie anglaise : on se moque un peu, mais on reste fasciné devant sa télé.

Mais si, comme moi, on croit que l’Église n’est pas un conservatoire des traditions et arts religieux, [curieux,juste auparavant, vous nous expliquiez vouloir restaurer ce que vous appelez « une tradition »… ] mais le porte-voix d’une bonne nouvelle de fraternité et d’espérance pour toute l’humanité, [oui oui, et précisément, c’est pour cela que les pratiques électives de l’Eglise ne s’aligneront pas sur celles du monde] alors, le spectacle de ces hommes en rouge est, quelles que soient leurs qualités personnelles, désolant. [Mais alors pourquoi donc rêvez vous d’être parmi eux ? Manque un peu de rationnel, votre discours…]

Bon, allez, il faut se remonter le moral ! En attendant la prochaine fumée noire, je vais faire un truc de fille : profiter que je suis à Rome pour me trouver une belle paire de chaussures rouges. [Vous êtes à Rome : profitez plutôt d’être tout près du collège cardinalice pour vous unir à lui par la prière : Veni Creator. Texte, musique et traduction ici ]

Les lecteuses – encore !

Suite aux nombreux retours positifs et aux questions posées sur notre sujet « les lecteuses », pour approfondir notre réflexion, je vous propose un texte de dom Bernard Botte,  Le  Mouvement liturgique,  Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973.

Botte

Quelques mots sur l’auteur : Dom Bernard Botte (1183-1980), moine puis abbé du Mont-César, a collaboré longtemps au premier Centre de pastorale liturgique, (devenu ensuite CNPL – Centre National de Pastorale Liturgique puis SNPLS – Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle) dès 1948 ; il a organisé des sessions d’études liturgiques à Vanves, et s’est impliqué depuis le début dans les conférences oecuméniques à l’Institut orthodoxe Saint Serge à Paris. On admet en général que c’est dom Botte qui a été à l’origine de l’insistance de la Constitution de Vatican II « De Sacra Liturgia » sur l’idée qu’un renouveau liturgique ne servirait à rien sans une formation liturgique sérieuse des prêtres. Nommé en 1956 premier directeur de l’Institut de Liturgie de Paris, il en est resté à la tête pendant 8 ans et y a laissé une emprunte profonde.  Egalement membre du Consilium pour la réforme de la liturgie après le Concile, il est l’auteur des prières d’ordination des évêques. Et c’est justement des ordres et de leur réforme dont il parle dans ce texte que nous vous proposons ci après.

Une fois réglé le problème des ordres majeurs, il fallut bien aborder celui des ordres mineurs. On m’avait empêché d’en parler dans mon premier rapport, mais rien ne m’empêchait de poser le problème, à titre privé, dans un article de revue. J’exposai donc ma position dans les Questions liturgiques. Je prévins loyalement mon supérieur, dom Baudouin de Bie, que cet article serait probablement mal accueilli à Rome et qu’il risquait d’avoir quelque difficulté. Mais il m’approuva sans réserve. Mon opinion était – et est toujours – que les ordres mineurs ne répondent plus aujourd’hui à une réalité et qu’ils ne sont plus qu’une fiction juridique. [Dom Botte parle bien sûr de l’époque précédant la réforme des ordres mineurs, dans l’intervalle entre la promulgation de la constitution sur la liturgie de Vatican II et le Motu Proprio de Paul VI, 1964-1972] L’office de portier n’est plus exercé par des clercs et les exorcistes ne peuvent exorciser rien ni personne. L’office de lecteur répond encore à un usage vivant et on peut le maintenir, mais il faut alors conférer cet ordre à ceux qui l’exercent réellement dans la plupart des églises et non aux clercs qui restent dans leur séminaire. [rappelons cependant qu’à l’époque, le lecteur ne lisait pas, puisque c’était le sous-diacre qui en était chargé…] Enfin l’ordre d’acolyte est exercé depuis des siècles par des jeunes gens ou de jeunes enfants. Il est ridicule de le conférer à des séminaristes au moment où ils vont cesser de l’exercer, à la veille du sous-diaconat, alors qu’ils ont servi la messe depuis de longues années. Il y a divorce entre les fonctions et les ordres. [Notons également que la le Concile Vatican II, dans Sacrosanctum Concilium, au numéro 28 précise : 28. In celebrationibus liturgicis quisque, sive minister sive fidelis, munere suo fungens, solum et totum id agat, quod ad ipsum ex rei natura et normis liturgicis pertinet. Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Ce divorce entre fonctions et ordres, que l’on souligne aujourd’hui comme résolu par la réforme des ordres, nous le verrons, est loin d’être réglé…]

Quant aux raisons invoquées pour le maintien des ordres mineurs, elles ne résistent pas à un examen sérieux. On parle d’une tradition vénérable qui remonterait aux premiers siècles de l’Église. C’est faux. Toute cette législation repose sur un document apocryphe, une fausse décrétale du VIIIè siècle, attribuée au Pape Caius du IIIè siècle. Les Pères du concile de Trente croyaient encore à son authenticité, mais ce n’est plus possible au temps de Vatican II. Les documents authentiques donnent une autre image. Les ordres mineurs répondaient à des fonctions réelles, utiles à la communauté, sans que les titulaires aspirent au sacerdoce. Il est vrai qu’avant d’accéder au sacerdoce, il fallait passer par l’un ou l’autre degré inférieur. Mais c’étaient des stages effectifs dans des fonctions réelles, et non un passage fictif dans tous les ordres. Il est probable d’ailleurs que les ordres de portier et d’exorciste étaient tombés en désuétude à Rome après le Vè siècle. Un autre argument en faveur des ordres mineurs était qu’ils constituaient une bonne préparation au sacerdoce. C’était peut-être vrai il y a 50 ans, ce ne l’est plus aujourd’hui. Les jeunes sont plus exigeants que nous l’étions à leur âge, et ils ont raison. Ils n’acceptent pas volontiers des usages qui ne leur paraissent pas authentiques et qui sentent la fiction. Et ils sont bien dans l’esprit de Vatican II qui nous a demandé de rendre aux rites leur vérité. En publiant cet article, j’espérais susciter une discussion qui fit avancer le problème. Il n’en fut rien. Les partisans des ordres mineurs ne répondirent pas, sans doute parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à répondre, et ceux qui partageaient mon opinion gardèrent un silence prudent. Quand le problème se posa devant le Conseil, on se trouva dans une situation délicate. Normalement, la question relevait de la compétence du groupe dont j’étais relator. Mais j’avais pris position publiquement et on ne pouvait s’attendre à ce que je change d’opinion. D’autre part, si je présentais un rapport dans le même sens que mon article, je me heurterais au même veto qui avait arrêté mon premier rapport. Pour sortir d’embarras, on créa une nouvelle commission présidée par l’évêque de Livourne. On m’invita à en faire partie, mais je refusai. Je savais d’avance qu’on rechercherait une de ces solutions diplomatiques qui sont censées satisfaire tout le monde et qui ne satisfont personne. Il y a quatre ordres mineurs. Certains veulent les garder, les autres les supprimer. On coupe la poire en deux : on en supprime deux, on en garde deux. C’est bien ce qui arriva. On proposa de garder deux ordres, celui de portier qui serait conféré aux sacristains et celui d’acolyte pour les séminaristes. Quand on présenta ce projet au Conseil, je me permis de demander aux évêques présents s’ils étaient disposés à conférer l’ordre de portier aux sacristains dans leur diocèse. Ma question souleva un rire qui suffit à montrer l’irréalisme de ce projet. On en resta là. [Notons aussi que dans ce premier projet… On avait une disparition du lecteur ! ]

Il y a quelques années, je reçus une lettre du cardinal Samoré, Préfet de la Congrégation des Sacrements. Il me demandait mon avis sur un problème qui lui était posé par une lettre du Secrétariat du Pape, dont il me donnait une copie. L’évêque de Rottenburg devait ordonner onze diacres mariés et il avait demandé au Pape la dispense de la tonsure, des ordres mineurs et du sous-diaconat. Vu l’urgence, le Pape avait accordé la dispense par télégramme, mais il demandait au Cardinal de lui fournir un rapport sur ce qu’il fallait faire dans des cas semblables. Dans sa lettre, le cardinal Samoré me faisait savoir que la Congrégation des Sacrements ne voyait aucun inconvénient à l’abrogation des ordres mineurs, qui ne représentaient plus aucun intérêt pour la vie de l’Église. J’envoyai donc au Cardinal un rapport dans lequel je proposais de garder comme seul ordre mineur le sous-diaconat. Il avait été exclu, par la Constitution apostolique Pontificalis Romani, de la liste des ordres majeurs et, par le fait même, il n’engageait plus au célibat. D’autre part, cet ordre est universel et il a des fonctions liturgiques propres. Je reçus les remerciements du cardinal Samoré avec un chèque de 10 000 lires, puis ce fut le silence pendant un certain temps. Un beau jour, je reçus un projet de décret. L’essentiel peut être résumé en peu de mots. Les ordres de portier et d’exorciste seraient abolis. Les ordres de lecteur et d’acolyte seraient maintenus, mais ils ne pourraient être conférés qu’à ceux qui se préparent au sacerdoce. Le sous-diaconat serait supprimé, mais les fonctions du sous-diacre seraient remplies par l’acolyte, «comme on le fait depuis longtemps en Orient». C’est évidemment une solution diplomatique analogue à celle qui avait été proposée au Conseil. [Avec le recul, 50 ans après nous nous rendons bien compte que c’est en fait le 2ème projet, qui au final ne sera pas non plus retenu par Paul VI, et qui suscite l’ire de dom Botte, qui est en fait mis en oeuvre aujourd’hui en France !] La suppression du portier et de l’exorciste s’imposait, et on s’étonne qu’il ait fallu attendre si longtemps pour qu’on s’en aperçoive. Le maintien du lecteur se justifierait si cet ordre pouvait être conféré à ceux qui en remplissent habituellement les fonctions. Mais si on réserve l’ordination de lecteur aux clercs enfermés dans leur séminaire, nous retombons dans la pure fiction. Il en est de même de l’acolytat. Il est évident que les fonctions propres de l’acolyte continueront à être exercées par des enfants ou des jeunes gens. Mais ce qui me dépasse, c’est ce qui est dit du sous-diaconat, C’est un ordre ancien et universel. Le sous-diacre a un vêtement propre, la tunique, et des fonctions bien définies : il lit l’épître à la messe solennelle, il assiste le prêtre à l’autel, il porte la croix en procession. Ces fonctions subsistent, mais l’ordre est supprimé et les fonctions sont transférées à l’acolyte, qui devient ainsi une sorte d’homme-orchestre, chargé de missions incompatibles entre elles. Mais le comble, c’est l’appel qui est fait à l’usage oriental. Il est impossible que les fonctions du sous-diacre soient confiées à l’acolyte en Orient, pour la bonne raison qu’il n’y a pas d’ordre d’acolyte. Ce qui est vrai, c’est que le sous-diaconat y est resté ordre mineur. Je ne puis expliquer cette singulière mesure que par une confusion. Le sous-diaconat est lié, dans l’usage latin, à l’engagement dans le célibat. Le rédacteur du projet a sans doute voulu éviter d’engager prématurément des jeunes gens dans l’obligation du célibat, mais il n’a pas vu que cette obligation n’existe plus. C’est peut-être un peu de ma faute. Dans la rédaction de la Constitution Pontificalis Romani – que j’ai préparée avec le Père Lécuyer -, nous avons estompé la réduction du sous-diaconat au rang d’ordre mineur et ses conséquences canoniques. Nous n’avons pas parlé explicitement du sous-diaconat, mais simplement déclaré que désormais ne seraient plus considérés comme ordres majeurs que l’épiscopat, la prêtrise et le diaconat. Canoniquement, c’est parfaitement clair : il est évident que le sous-diaconat n’est plus ordre majeur; par le fait même, l’obligation du célibat tombe, car il n’était imposé, aux termes du droit, que parce que le sous-diaconat était inclus dans les ordres majeurs. Mais un lecteur superficiel pouvait ne pas s’en apercevoir. Ce projet de décret fut envoyé aux Conférences épiscopales pour information. Je ne crois pas qu’il ait soulevé beaucoup d’enthousiasme. J’avais écrit ce qui précède le 9 septembre 1972.

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Le 11 du même mois, je reçus une lettre du cardinal Samoré accompagnant un document pontifical qui devait être promulgué le 14. C’était un Motu proprio de Paul VI, réglant le problème des ordres mineurs. [Il s’agit de Ministeria Quaedam] Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’en pris connaissance, mais je fus vite rassuré. La perspective a complètement changé; On est enfin sorti de la fiction juridique pour revenir à la vie de l’Église et à la pastorale. Il n’y a plus, au sens propre, d’ordres mineurs. Ceux de portier, d’exorciste et de sous-diacre sont abolis. Quant au lecteur et à l’acolyte, ils sont maintenus, mais ils ne sont plus comptés parmi les ordres cléricaux. Ce sont simplement des ministères, c’est-à-dire des services, qui peuvent être confiés normalement à des laïcs qui n’aspirent pas au sacerdoce. Il conviendra sans doute que les séminaristes s’acquittent également de ces services, mais c’est accidentel. Ces services ont une valeur en eux-mêmes, pour la vie de chaque Église, et leurs fonctions ont été élargies : le lecteur devient l’animateur de l’assemblée, l’acolyte remplit les fonctions du sous-diacre et devient le ministre extraordinaire de la communion. On voit le parti que pourront tirer de ces nouvelles dispositions les curés des paroisses. Je n’ai qu’un regret : c’est qu’on ait préféré l’appellation d’acolyte à celle de sous-diacre. Car, contrairement à l’acolytat, le sous-diaconat apparaît comme universel, aussi bien en Orient qu’en Occident. Mais ce n’est, somme toute, qu’une question de mots. [Le texte de dom Botte s’arrête là ; mais on voit bien qu’en réalité, il regrette de façon profonde qu’on n’ait pas tenu compte de ses remarques. Il insiste sur l’idée que ce ne sont que des mots. L’acolyte dans Ministeria quaedam, doit être lu comme « sous-diacre » ; mais nous en avons déjà parlé dans nos pages…  Et par ailleurs, comme déjà souligné, dom Botte a beau se réjouir du « changement complet de perspective » par rapport au 2ème projet qu’il qualifie de « fiction juridique », c’est bien ce projet là qui en réalité est mis en oeuvre jusqu’à aujourd’hui, a minima en France, et rappelons le contre le Motu Proprio de Paul VI et les avis d’un des plus brillants promoteurs du mouvement liturgique…]

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Institution à l’acolytat au séminaire d’Ars
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L’acolytat et le lectorat pour les seuls candidats aux ordres… Une « fiction juridique » pour dom Botte, personnage central de la réforme liturgique de Vatican II, et rédacteur de la prière d’ordination des évêques d’après Vatican II.

Les lecteuses – suite.

Sur le blog WDTPRS une bonne question et un débat auquel nous avons fait plusieurs fois référence sur ce site, ici, ici, et ici.

QUAERITUR: What is wrong with women being lectors? :Posted on 7 January 2013 by Fr. John Zuhlsdorf

Traduction : Requête : Qu’est-ce qui ne va pas avec les femmes – lecteurs [dans la liturgie] ? (le 7 janvier 2013, par l’abbé John Zuhlsdorf

First, only men are instituted, “official” lectors. Women can only substitute for them in their absence. Thus, they are an permitted exception to the rule.

Traduction : Premièrement, seuls les hommes sont institués lecteurs « officiels ». Les femmes peuvent seulement y être substitués en leur absence. Il y a donc une exception permise à la règle.

Commentaire : Oui, c’est assez surprenant, mais l’abbé Zulsdhorf a raison. Il n’ya pas de « lecteuses » dans le rite romain, et l’usage répandu de faire lire l’épître par Mme Michu est non seulement une exception à la règle mais en plus ne saurait être mise en œuvre de façon systématique sous prétexte de « parité » : j’ai déjà vu des curés m’expliquer qu’il fallait toujours faire lire le dimanche la première lecture par un homme et la seconde par une femme, pour respecter l’égalité… ! Or, vous me direz, on le voit souvent et même pas plus tard qu’hier, à la messe de l’Epiphanie, messe pontificale célébrée par le S. Père au cours de laquelle il y a eu quatre consécrations épiscopales ! Alors ? Et bien constatons tout de même un chose : malgré la demande explicite de certains pères synodaux (lors du Synode sur la Parole de Dieu), largement reprise par les médias de l’époque, la règle subsiste : il n’y a pas d’institution au lectorat pour les femmes ; la lecture par une femme à la messe n’est donc pas une règle.

Second, the very idea of women entering the sanctuary to perform a liturgical role is a historical oddity.

Traduction : Deuxièmement, l’idée même d’une femme qui entre dans le sanctuaire pour un rôle liturgique est une bizarrerie historique.

Commentaire : oui, c’est tout à fait exact. Le problème c’est qu’au moins en France, on n’a plus vraiment idée de ce qu’est le « sanctuaire ». Concrètement, c’est l’endroit où se tiennent les ministres qui ont une action à faire dans la liturgie de la Messe. Et la lecture étant une action liturgique véritable – et non pas une sorte de « dévotion biblique » qui précéderait pour s’y préparer – la liturgie de l’Eucharistie, il est préférable, que le lecteur ne soit pas présent du début à la fin de la liturgie dans le sanctuaire. Conséquemment, il n’est pas envisageable non plus qu’il ne soit pas dans la tenue du ministre (qui est l’aube). En tirant ces conclusions jusqu’au bout, s’il y a d’autres clercs présents (mais qui n’ont pas de rôle liturgique) ils ne se tiennent pas dans le sanctuaire mais dans le chœur, le chœur étant l’endroit où l’on chante… Pas l’endroit où est célébré le sacrifice eucharistique.

C’est pourquoi la lecture se fait de l’ambon, qui n’est rien d’autre qu’une extension de l’autel. Dans les églises où l’aménagement du sanctuaire a été fait correctement, l’ambon est lui-même dans un lieu surélevé, comme l’autel, et il st réalisé dans une logique architecturaleet décorative qui signifie cette parenté afin d’exprimer l’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ en conformité avec la théologie exprimée dans Vatican II par Dei Verbum, n°21 et Sacrosanctum Concilium, n°7 : « Lorsque dans l’Église on lit la Sainte Écriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » L’acte liturgique de la lecture est un sacramental. Il donc est essentiel que le cérémonial signifie cette réalité.

Third, we need a deeper understanding of “active participation”.

Traduction : Troisièmement, il nous faut une meilleure compréhension de la « participation active ».

Commentaire : oui, en effet : si une femme ne fait pas de lecture à la messe, cela ne s’ensuit pas que les femmes ne participent pas à la messe. Il faudrait même aller plus loin et pour tous : la lecture n’a pas pour fonction de faire connaître un passage de l’écriture sainte aux « auditeurs ». La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est plus efficace pour une femme ou pour un homme de faire la lecture. Dans les commentaires du billet de blog de l’abbé Zulsdhorf, quelqu’un faisait remarquer que les annonces dans les aéroports sont toujours faites par des voix de femmes par ce que nous y sommes plus attentifs, en répondant un peut de façon polémique à un autre intervenant qui expliquait quant à lui qu’en réalité, non, une voix de femme ne sera pas vraiment écoutée par des hommes tandis qu’une voix d’hommes sera toujours écoutée par des femmes. Tout cela réduit le débat à la question des rapports entre pouvoir et clergé dans l’Église occidentale, question qui est à la source des revendications pour l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise. Certaines personnes avancent même qu’en Orient, la question ne se pose pas dans ces termes, puisque justement, il n’y a pas ce rapport pouvoir / conflit entre clercs et laïcs. Peut être que justement une meilleure compréhension et application du Motu Proprio (de Paul VI) sur la réforme des ordres permettra à terme l’Église d’occident d’évoluer sur ces questions.

La lecture liturgique a pour fonction essentielle de permettre à la bible de devenir parole de Dieu (Cf. Cardinal Vanhoye, expert au Concile Vatican II), de faire entendre en quelque sorte d’incarner le Christ. Dans l’absolu, la lecture de la messe est faite essentiellement pour signifier que le Christ est au milieu de nous, par Sa parole. Cette réalité et cette signification essentielle dépasse de loin tout autre contrainte : dans l’absolu, même en langue étrangère, c’est-à-dire sans compréhension possible pour les auditeurs, la fonction liturgique est tout de même remplie. C’est la raison pour laquelle il y a un intérêt pastoral mais un non sens liturgique de « doubler » les lectures ; et que cela a un vrai sens de le proclamer (les chanter) en langue morte (grec ou latin) comme cela peut être très souvent vu à Rome, ou ailleurs.

Fourth, because the lectorate has always been a step to Holy Orders, women reading in the sanctuary can be seen by some as a step to the ordination of women to the priesthood.

Traduction : Quatrièmement, le lectorat a toujours été une étape vers les Saints Ordres, une femme qui lirait dans le sanctuaire ne peut être vu que comme une étape vers l’ordination des femmes à la prêtrise.

Commentaire : il y a sur notre site plusieurs articles déjà parus sur cette question : rappelons cependant plusieurs choses. Avant Ministeria Quaedam (qui réforme les ordres après Vatican II, motu proprio de Paul VI), celui qui recevait l’ordre mineur du lectorat ne lisait jamais, puisque la lecture était faite à la messe par le sous-diacre (épître) ou le diacre (évangile). Ensuite rappelons que le Missel de Paul VI prévoit que le sous-diacre lise à la Messe. Enfin, rappelons que le lecteur institué peut être appelé sous diacre (et pourquoi pas être habillé et fonctionner comme tel dans la liturgie de la messe). Enfin, disons le franchement : la suppression de la fonction liturgique de sous-diacre, c’est-à-dire du rôle de celui qui lit l’épître à la messe (et pour montrer l’unité de la table de la Parole et de la Table de l’Eucharistie, il a aussi un rôle mineur dans la liturgie eucharistique) est partie prenante du suicide culturel que subit la liturgie en Occident dans la deuxième partie du XXème siècle ; suicide qui n’est pas vraiment voulu par Paul VI (cf. Ministeria Quaedam, qui cherche à aligner la pratique occidentale avec la pratique orientale, où le sous-diaconat n’a jamais été un ordre majeur, mais une fonction liturgique essentielle). Il y a je crois des réflexions dans ce sens qui furent proposées dans ce sens par le Cardinal Ratzinger. Peut être nos lecteurs sauront retrouver les bonnes références… En tout cas il est aujourd’hui, depuis Benoît XVI, commun de voir un sous-diacre chanter l’épître en grec aux messe pontificales à S. Pierre de Rome…

Par ailleurs, parce que le lectorat est une étape vers l’ordre, et même l’étape ultime avant de recevoir l’ordination diaconale, il n’est pas envisageable de la conférer à une femme. Pour autant, ce n’est pas parce qu’on reçoit le lectorat que l’on est destiné aux ordres. Il y aurait une véritable réflexion à avoir là dessus. Il pourrait y avoir des lecteurs institués qui ne soient pas de  futurs diacres (permanents ou non). Et enfin, une autre ouverture : parce qu’il existe justement des degrés d’institution qui même si elles sont nécessaires à l’ordination ne mènent pas forcément vers elle, il y aurait peut être une relecture à faire sur la question de la pratique actuelle du diaconat permanent ? Mais c’est un autre sujet.  Pour une autre fois !DSC_3374

Le lectorat étendu aux femmes ?

Parmi les propositions du récent synode des évêques sur la Parole de Dieu, ZENIT nous rend compte d’une proposition votée par les évêques, qui serait l’ouverture du ministère du lectorat aux femmes.

Au-delà de la question de savoir si ce point particulier correspond à une attente des femmes elles mêmes (une reconnaissance de l’utilité de leur action dans l’Eglise) mais aussi de l’Eglise elle-même, il est intéressant de positionner le débat dans un contexte historique et normatif.

ZENIT nous explique les points suivants :

Au cours du synode, l'idée d'un ministère extraordinaire de la Parole, pour hommes et femmes, a été exprimée par un groupe linguistique français dont l'archevêque d'Albi, Mgr Pierre-Marie Carré, bibliste, était le rapporteur (cf. Zenit du 17 octobre 2008).

La 7e proposition du groupe disait : « On pourrait reconnaître – instituer – des ministres extraordinaires de la Parole. Ces ministres – catéchistes, lecteurs, animateurs de communautés de base, hommes et femmes – seraient spécialement préparés pour cette mission et délégués officiellement par l'évêque ».

Une première observation : il est assez cocasse de proposer « d’instituer » un ministère « extraordinaire ». Par définition, si un ministère est institué, il n’est plus extraordinaire, mais ordinaire. Il est tout à fait exact que depuis le 7 juillet 2007, le terme « extraordinaire » a la cote, dans le domaine de la liturgie, mais tout de même…. Cela rend cette proposition bien obscure.

Par ailleurs, il faut souligner que les évêques ont proposé au pape à la suite du synode, 54 propositions ; toutes sont passées avec 5 "non" ou moins. Celle ci – notable exception, – est passée avec 45 "non" et 3 abstentions. Elle n’a pas du tout fait l’unanimité, et probablement pas pour des raisons de « mysoginie »….

Par ailleurs, des ministres extraordinaires de la Parole, y compris femmes, il y  en a de fait un peu partout, de façon très répandue. Donc de quoi parle concrètement cette proposition, si ce n’est de quelque chose qui existe déjà ? Pour la question spécifique de la proclamation des lectures à la Messe, on est bien forcé de constater que de toutes façons, pour des raisons proprement pragmatiques, il y a des ministres extraordinaires femmes. C’est prévu par le droit canon ; c’est une habitude ancrée. Ce n’est pas l’objet de cet article de justifier ou non la pertinence de conserver cette habitude.

 

Si la proposition du synode est bien d’encadrer l’accès à ce « ministère extraordinaire » pour les hommes et les femmes, et qu’il corresponde à un mandat officiel de l’évêque ou du supérieur religieux, cela semble tout à fait louable. Par contre, si cette proposition vise à proposer que des femmes accèdent au ministère institué du lecteur, elle va alors clairement contre la tradition du rite romain et d’autres rites orientaux. Le lecteur, dans les églises orientales, comme le sous-diacre, correspondent à l’état clérical. Dans le rite romain, depuis 1973 et un motu proprio de Paul VI, les « ordres mineurs » sont abrogés.

 

On confère des « ministères institués » qui sont au nombre de deux (lecteur et acolyte) aux hommes seuls.

Pour bien comprendre les enjeux du problème, lisons bien les textes :

Missale romanum, 2002, Insitutio generalis:

Munus lectiones proferendi ex traditione non est præsidentiale sed ministeriale. Lectiones ergo a lectore proferantur, Evangelium autem a diacono vel, eo absente, ab alio sacerdote annuntietur. Si tamen diaconus vel alius sacerdos præsto non sit, ipse sacerdos celebrans Evangelium legat ; et si alius quoque idoneus lector absit, sacerdos celebrans etiam alias lectiones proferat.

 

Post singulas lectiones qui legit profert acclamationem, cui respondens, populus congregatus honorem tribuit verbo Dei fide et grato animo recepto.

 

59. Traditionnellement la fonction de prononcer les lectures ne relève pas de la présidence mais du ministère. Les lectures sont donc proclamées par le lecteur tandis que l’Évangile est annoncé par le diacre ou, à son défaut, par un autre prêtre. Toutefois s’il n’y a pas de diacre ou d’autre prêtre, le prêtre célébrant lit lui-même l’Évangile ; et s’il ne se trouve pas non plus un autre lecteur capable, le prêtre célébrant proclame aussi les autres lectures.

Après chaque lecture, le lecteur prononce une acclamation, à laquelle, par sa réponse, le peuple rassemblé rend honneur à la parole de Dieu accueillie dans la foi d’un cœur reconnaissant.

 

99. Lector instituitur ad proferendas lectiones sacræ Scripturæ, Evangelio excepto. Potest etiam intentiones orationis universalis proponere et, deficiente psalmista, psalmum inter lectiones proferre.

In celebratione eucharistica lector proprium munus habet (cf. nn. 194-198), quod ipse per se exercere debet.

99. Le lecteur est institué pour proclamer les lectures de l’Écriture sainte, excepté l’Évangile. Il peut aussi proposer les intentions de la prière universelle et, à défaut de psalmiste, dire le psaume entre les lectures.

Dans la célébration eucharistique, le lecteur a sa fonction propre (cf. nn. 194-198) qu’il doit exercer par lui-même.

 

101. Deficiente lectore instituto, alii laici deputentur ad proferendas lectiones sacræ Scripturæ, qui revera apti sint huic muneri adimplendo et sedulo præparati, ut fideles ex auditione lectionum divinarum suavem et vivum sacræ Scripturæ affectum in corde concipiant.

101. À défaut de lecteur institué, d’autres laïcs sont désignés pour proclamer les lectures de la sainte Écriture, à condition d’être vraiment aptes à remplir cette fonction et soigneusement préparés afin que, à l’audition des lectures divines, les fidèles conçoivent dans leur cœur un amour savoureux et vivant pour la sainte Écriture.

Ca veut dire que concrètement, d’après ce que nous observons en France, le seul ministre institué "lecteur", c'est le prêtre ou le diacre. Et que c'est l'un ou l'autre qui sont les ministres ordinaires de la parole, en cas d'absence d'un lecteur institué (c'est à dire dans 99,9% des cas). Les autres ne le font (et c'est valable aussi pour la prière universelle), qu’en vertu d'une suppléance extraordinaire.

 

Or, la situation que nous observons aujourd’hui ne correpond pas du tout à ce que Paul VI avait en tête lorsqu’il abroge les « ordres mineurs » :

 

« Ministeria Quaedam »:

 

II. Les ministères peuvent être confiés à des laïcs, de telle sorte qu'ils ne soient plus réservés aux candidats au sacrement de l'ordre.

 

Concrètement, cela ne s'est jamais fait, en tout cas en France. Donc Paul VI n'a pas été obéi, au moins dans notre pays.

Paul VI insiste par ailleurs sur l’idée que l’institution du lectorat est proprement réservée aux hommes, et de façon explicite dans son Motu Proprio :

« Ministeria Quaedam »:

 

VII. Etre institué lecteur et acolyte, conformément à la vénérable tradition de l'Église, est réservé aux hommes.

 

Par ailleurs, avec Ministeria Quaedam, Paul VI apparemment, abroge une pratique très ancienne dans le rite romain et dans d'autres rites orientaux : l'ordre majeur du sous-diaconat. Il est certain que le sous diacre a un rôle mineur et non indispensable dans la liturgie. Pour autant, il exprime assez bien justement la structuration de l'assemblée liturgique selon divers ordres et ministères. Dans la forme extraordinaire l'alignement prêtre-diacre-sous-diacre sur les degrés de l'autel exprime cette réalité à merveille, et il serait peut être intéressant de s'en inspirer.

« Ministeria Quaedam » :

 

IV.Les ministères qui doivent être maintenus dans toute l'Église latine, d'une manière adaptée aux nécessités d'aujourd'hui, sont au nombre de deux : celui du Lecteur et celui de l'Acolyte. Les fonctions qui étaient jusqu'à présent attribuées au sous-diacre sont confiées au lecteur et à l'acolyte et par suite, dans l'Église latine, l'ordre majeur du sous-diaconat n'existe plus. Rien n'empêche cependant qu'au jugement des Conférences épiscopales, l'acolyte puisse, en certains lieux, porter le nom de sous-diacre.

 

On pourrait donc très bien imaginer qu'un acolyte/lecteur laïc institué porte la tunique sous diaconale, chante les lectures, tienne une place dans la partie eucharistique ; bref, l'ancienne place du sous diacre. Paul VI va même plus loin : rien n'empêche qu'on continue à l'appeler "sous-diacre". Alors ?

 

Le sous-diacre laïc, c'est d'ailleurs quelque chose qui avant le Concile s'est fait largement en France : on voyait très souvent et même encore aujourd'hui dans la forme extraordinaire des sous diacres "non ordonnés", des sortes de "sous-diacres extraordinaires". C'est banal. Là, on en ferait quelque chose d'un peu moins "sauvage", puisqu'en l'espèce, dans la pensée de Paul VI, le sous diacre est "institué". Ca pourrait vraiment valoir la peine. Par contre on n'a jamais vu de "diacres extraordinaires". C'est une raison probable d'ailleurs de l'abrogation de sous-diaconat comme "ordre majeur". Mais quand on lit bien les textes, une bonne application de Ministeria Quaedam ne signifie pas l'abrogation du sous diaconat. Il signifie l'abrogation du sous-diaconat comme ordre mineur, mais pas comme "ministère institué".

Le problème reste entier. Avec la « normalisation » d’instituts et de paroisses pratiquant la « forme extraordinaire » du rite romain, de façon tout à fait officielle, à côté de la forme ordinaire, resurgit la question du statut du sous-diacre dans le rite romain, qui, il faut bien le constater de façon pratique, n’a pas disparu… Il faudra probablement un éclaircissement tout à fait net de Rome sur ce point. Le sous diacre dans un institut pratiquant la forme extraordinaire est il laïc ou clerc ? Il apparaît clairement qu’au regard des normes d’aujourd’hui, le statut clérical s’acquiert au diaconat, et pas avant….

 

Reste la question des femmes. Cela n'est pas choquant outre mesure de donner des fonctions officielles et canoniques à des femmes, pour reconnaître leur forte valeur ajoutée dans l'Eglise, sur énormément de questions qui relèvent proprement d'un charisme féminin, notamment sous la forme de ministères institués. Il existait dans les « ordres mineurs » d'autrefois des choses qui n'étaient pas proprement liturgiques. En particulier, l'ordre mineur du portier et du catéchiste, Portier, c'est une fonction d'accueil. Catéchiste, c'est une fonction d'éducation chrétienne. Ces deux anciens "ordres mineurs" ont d'ailleurs une connexion très forte avec la "Parole de Dieu", puisqu'il s'agit concrètement dans chaque cas d'une mission d'apostolat et de transmission de la Révélation. En tant que ministères institués, on pourrait très bien les confier à des femmes, en ayant bien en tête que ce ne sont pas des fonctions liturgiques et qu’évidemment cela ne confère pas le statut clérical ! Cela permettrait cependant de valoriser l'action des femmes dans l'Eglise ; on pourrait même trouver d'autres "ministères institués" réservés aux femmes. Ce serait peut être intelligent, et il faudrait réfléchir là dessus. Les groupes qui revendiquent le diaconat des femmes renvoient à une pratique de l'antiquité tardive des "diaconesses", qui étaient en fait des laïques qui aidaient au baptême par immersion des femmes adultes. C'était typiquement un "ministère" réservé aux femmes. Il faudrait voir dans quelle mesure il était institué. Ce n'était de toutes façons en aucun cas quelque chose correspondant au sacrement de l'ordre.

 

Quant à exorciste… On voit mal un non prêtre faire des exorcismes, et il est très clair que cet "ordre mineur" avait en 1973 depuis très longtemps perdu de son contenu.

 

Encore une fois, voilà ce que dit Paul VI, dans ce motu proprio qu'il reste à appliquer :

« Ministeria Quaedam » :

Outre les fonctions communes à l'ensemble de l'Église latine, rien n'empêche les Conférences épiscopales de demander aussi au Siège Apostolique celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste, et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres.

Là encore on voit bien que ce motu proprio n’a pas été appliqué. Ce qui est encore plus curieux, justement, c’est qu’on constate que bien loin d’avoir institué des ministères laïcs pour l’exercice, par exemple de la charité, la pratique de l’Eglise (de France, en tout cas !) a été d’ordonner des hommes au diaconat (permanent), c'est-à-dire en leur conférant un statut clérical. Ces mêmes hommes qui – à part d’heureuses exceptions – n’ont aucune idée du contenu de leur fonction liturgique…  Par ailleurs, ce qui est également curieux, c’est que le diaconat est le seul ministère qui peut avoir (au moins en France) un caractère permanent, alors même que ceux de lecteur et acolyte sont  toujours transitoires, dans l’attente de la réception du sacrement de l’ordre (diacre ou prêtre)…. C’est ce que l’on observe encore une fois en France – il y a des exceptions – non voulues – : comme par exemple un séminariste qui quitte le séminaire. On pourrait ainsi s’interroger pour savoir si, parmi les personnes qui ont reçu le sacrement de l’ordre dans son degré diaconal à titre permanent, il n’y en aurait pas certains qui auraient eu avantage à recevoir, plutôt que l’ordre et le statut clérical, l’institution et le ministère de la charité, par exemple…

Cette proposition n° 17 du Synode est donc susceptible d’ouvrir de nombreux débats…. Elle aura au moins le mérite de provoquer une clarification de tout cela, et pourquoi pas justement une meilleure définition de ce que sont aujourd’hui le ministère ordonné du diaconat, et les ministères institués de lecteur et d’acolyte. Ce qui est curieux, c’est que l’on voit que cette proposition est faite dans un groupe de travail francophone sous l’autorité d’un évêque français… Et nous avons justement vu qu’en France, il est établi qu’on n’applique pas le Motu Proprio « Ministeria Quaedam » de Paul VI. Il est peut être permis aussi de s’interroger sur le fondement d’un tel débat ou d’une telle proposition… La question n’est elle pas simplement soulevée dans le contexte ecclésial français ou francophone parce que justement les dispositions prévues par l’Eglise concernant la question des ministères n’y sont pas convenablement remplies ?

Ici, à l’oratoire de Birmingham, on voit clairement un novice oratorien, institué lecteur et acolyte, habillé avec une tunique, tenir le rôle de sous diacre institué. CQFD.

C’est une messe avec la forme ordinaire du rite romain. Il y a même un concélébrant, côté droit.On notera enfin avec intérêt la façon dont se fait le baiser de paix. A aucun moment on ne note des « effusions » et des « bisous ». Comme dirait le « Cardinal Ratzinger », on a du mal à distinguer cette célébration avec celle d’une messe selon l’ordo de 162…. Il faut, disons, un oeil exercé !