Un Missel romain « de Paul VI », avec lectures, en latin, librement téléchargeable

Le Missale romanum cum lectionibus, édité en 1977 editions Libreria editrice vaticana, remis à jour en 2000 (Éditions la Scuola, ISBN 13 : 9788820912406), semble définitivement épuisé. Ce missel plénier contenant tous les textes de la messe lue, ainsi que les lectures (en latin), est largement utilisé dans les bonnes maisons et par les bons prêtres. Nous avions cherché à acheter ce livre en Italie, mais il n’est jamais arrivé. On peut le trouver – rarement et hors de prix !- sur ebay. Certains amis prêtres chanceux en ont récupéré quelques jeux lors du grand saccage dans les séminaires… En dehors de ces occasions toujours bonnes à prendre, il reste très difficile de se procurer ce missel, conforme à l’editio typica altera (1975) du Misssale romanum dit « de Paul VI ». Rappelons que depuis, une nouvelle édition typique du missel d’autel (editio typica tertia)est parue en 2000/2001, promulguée par Jean-Paul II, avec une réimpression contenant quelques amendements sous Benoît XVI.

Bref, nous avions renoncé à trouver cet ouvrage fort utile qui nous aurait largement fait gagner du temps pour notre projet de mis en ligne des textes latins de la liturgie de forme ordinaire, avec leur traduction française : http://www.societaslaudis.org

 


Mais internet est venu à notre secours, et spécialement nos amis d’outre atlantique, (http://www.ccwatershed.org/ ) qui l’ont scanné et mis à disposition en ligne ici :

 

VOLUME I – Avent – Nativité, semaines per annum I à V • Pages 1-733 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME I – Avent – Nativité, semaines per annum I à V • Pages 733-1273 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME I – Avent – Nativité, semaines per annum I à V • Pages 1273-1983 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME II – Carême et Temps pascal • Pages 1-613 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME II – Carême et Temps pascal • Pages 613-1305 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME II – Carême et Temps pascal • Pages 1305-1932 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME III – semaines per annum VI à XXI • Pages 1-739 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME III – semaines per annum VI à XXI • Pages 739-1303 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME III – semaines per annum VI à XXI • Pages 1303-2031 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME IV – semaines per annum XXII à XXXIV • Pages 1-575 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME IV – semaines per annum XXII à XXXIV • Pages 575-1189 (Missale Romanum cum lectionibus)

VOLUME V – semaines per annum XXII à XXXIV • Pages 1189-1831 (Missale Romanum cum lectionibus)

Notons au passage que l’équipe du site web Corpus Christi Watershed s’est fait une spécialité de diffuser les éditions pdf des livres liturgiques et que leur site regorge de bonnes ressources.

 

Pour décrire cet ouvrage et son contenu, nous proposons ci dessous pour nos aimables lecteurs la traductions avec quelques adaptations pour les francophones, la recension qu’en fit à l’époque (en 1977) M. Harold Hudg, qui en explique tout l’intérêt :

 

Missale romanum cum lectionibus ad usum fidelium. Presses du Vatican. 4 volumes

C’est réellement un splendide travail, et finalement neuf ans après la promulgation du Missale romanum (édition d’autel) de Paul VI, on met dans les mains du laïcat un missel latin portable qui (par la grâce de Mgr Bugnini) contient tout ce qui est dit ou lu à la Messe. Dans cette mesure, il ressemble au missels datant d’avant Vatican II qui contenaient tout, en latin ou en langue vernaculaire ou en édition bilingue. La grande différence entre l’œuvre dont nous parlons et ses prédécesseurs, cependant est le nombre de pages nécessaires pour contenir l’ouvrage. Les missels plus anciens pouvaient avoir1300 pages, le nouveau a désormais 4 volumes d’environ 200pages chacun. L’augmentation du poids n’est pas seulement dû au nouveau cycle des lectures : car le missel est organisé pour le rendre le plus facilement utilisable possible.
Le premier volume contient l’Avent et le temps de Noël, ainsi que le temps avant le Carême. Le Volume II contient le Carême et le Temps pascal. Le Volume III contient les dimanches dans l’année du 6ème au 21ème. Le reste est contenu dans le volume IV. Chaque volume contient l’ordinaire de la messe, le propre des saints et les communs, ainsi que les messes rituelles et les messes pour les Messes pour les occasions particulières, les Messes votives et les Messes pour les défunts. La musique pour l’Ordo Missae et les autres chants nécessaires sont également disponibles. Chaque volume contient l’Ordo Missae, avec et sans peuple. Les propres des Messes pour le temporal de chaque volume contiennent les lectures, tout comme les autres Messes. En plus de cela, chaque volume contient toutes les messes pour les 34 dimanches per annum mais sans les lectures. La raison pour laquelle ces propres sont inclus est clairement indiquée en tête des pages contenant la Messe : il est rappelé que dans les semaines dans l’année, n’importe la quelle des 34 messes peut être dite en fonction de l’utilité pastorale des textes. Les quatre volumes contiennent toutes les Messes communes dans l’année, en commençant par le dédicace d’un église et en finissant par le Commune sanctorum et sanctarum. Les sections suivantes de chaque volume contiennent les Messes rituelles, les Missae et orationes
pro variis necessitatibus, les Missae Votivae et les Missae defunctorum. Une annexe est également présente dans chaque volume reprenant le sommaire de l’édition d’autel, avec la bénédiction de l’eau, un exemple de formules pour l’Oratio universalis, et des exemples de chants utilisés à la Messe, c’est à dire pour les rites introductifs, une préface, and les partie de la prière eucharistique qui peuvent être chantées. Il y a également dans chaque volume la bénédiction pontificale.
Cela paraît désormais évident que les presses du Vatican ont été tout à fait généreuses en ce qui concernent le contenu de cet ouvrage. Chaque volume par exemple, contient non seulement les préfaces propres pour le temporal qu’il concerne, mais aussi les autres préfaces qui pourront possiblement être utilisées. Le volume de l’Avent, par exemple, contient, en plus des préfaces de l’Avent, de la Nativité et des fêtes, également celles du Sacré cœur et des le Sainte Eucharistie. Les seules omissions de ces volumes saisonniers sont évidemment les préfaces de tempore qui n’ont pas à être utilisées pendant le temps concerné par le volume, c’est-à-dire celles de Pâques et de la Pentecôte. C’est difficile, dans une recension d’éviter d’être laudatif pour le travail réalisé. Son aspect extérieur n’est pas laid, l’édition bon marché (80 dollars) est reliée dans un vinyle marron, les rubriques complètes en un rouge brillant, et a six rubans marque-pages.

Pour tout étudiant sérieux du rite romain, c’est une acquisition indispensable ; elle devrait fermer la bouche à tous ceux qui prétendent que le Latin n’est plus la langue de l’Église romaine. – Harold Hudg

L’imbroglio de la numérotation des psaumes

Jeffrey Tucker, du site New Liturgical Movement propose un petit tableau synthétique fournissant une équivalence facile entre les deux systèmes de numérotation des psaumes. http://www.newliturgicalmovement.org/2013/07/how-to-keep-psalm-numbers-clear.html

En effet, vous avez probablement remarqué que dans les livres liturgiques, c’est toujours la numérotation grecque, c’est-à-dire celle de l’édition des Septante qui est retenue (avec parfois la numérotation massorétique entre parenthèses, alors que dans certaines bibles, catholiques ou non c’est la numérotation massorétique qui est indiquée.


L’usage catholique a cependant toujours été de donner la numérotation des psaumes avec le système grec et non massorétique.

Le verset Dixit Dominus Domino meo est bien du psaume 109 et non 110. Tout cela a tendance à engendrer énormément de confusions dans les références psalmiques. Certains indiquant la numérotation massorétiques, d’autres celle de la liturgie (c’est-à-dire des Septante). Résumons : la seule bonne façon de numéroter les psaumes est celle de la liturgie ; la liturgie elle-même précédant l’Écriture sainte et la bible elle-même étant avant tout une compilation de textes liturgiques.

Nous reproduisons ci-dessous ce tableau synthétique qui est il est vrai, bien utile :

Massorétique 

Septante (liturgique) 

Massorétique 

Septante (liturgique) 

Massorétique 

Septante (liturgique) 

1-8 

1-8 

52 

51 

102 

101 

*9 

9* 

53 

52 

103 

102 

*10 

9* 

54 

53 

104 

103 

11 

10 

55 

54 

105 

104 

12 

11 

56 

55 

106 

105 

13 

12 

57 

56 

107 

106 

14 

13 

58 

57 

108 

107 

15 

14 

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58 

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108 

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59 

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16 

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110 

18 

17 

62 

61 

112 

111 

19 

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63 

62 

113 

112 

20 

19 

64 

63 

*114 

113* 

21 

20 

65 

64 

*115 

113* 

22 

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65 

*116 

114* 

23 

22 

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66 

*116 

115* 

24 

23 

68 

67 

117 

116 

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24 

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117 

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118 

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La bible grecque des LXX (Septante) est datée d’environ 270 avant Jésus Christ. Traduction réalisée en Égypte, il est évident que c’est cette version qui a servi de référence à l’époque même du Christ dans le judaïsme palestinien mais aussi et surtout dans celui de la diaspora. Elle était connue du Seigneur et utilisée dans l’enseignement apostolique, à côté d’une tradition orale araméenne qui a été le moteur de la diffusion de l’Évangile, comme les résultats de l’exégèse scientifique récente le montrent (et non pas d’une hypothétique source grecque commune « Q ».)

La bible massorétique (hébraïque) est bien plus récente, puisque son élaboration a commencé au VIIIème siècle après Jésus-Christ et a été finalisée au XVème siècle, dans un contexte exclusivement judaïque. Les manuscrits les plus anciens contenants des fragments du texte massorétique remontent au IXème siècle. Ce texte hébraïque contient des variantes assez importantes par rapport à la bible des Septante mais aussi par rapport à d’autres manuscrits grecs découverts par exemple à Qumran au XXème siècle. Il n’en demeure pas moins que cette version massorétique n’est pas sans intérêt et a servi à l’exégèse biblique. Notons tout de même que S. Jérôme (347-420), le traducteur en latin de la bible a essentiellement travaillé sur l’ancien testament à partir de sources hébraïques, araméennes et grecques dont nous n’avons plus toutes les sources et que sa propre version latine de l’ancien Testament est donc dans beaucoup de cas plus authentique ou proche de l’enseignement apostolique que l’hébreu massorétique.

Favoriser le latin et l’araméen plutôt que le Grec et l’Hébreu.

Ne cédons donc pas à la fascination toute contemporaine face à la réputée « veritas hebraica » qui n’a de sens que par rapport justement à l’humus culturel sémitique dans lequel baigne la vérité révélée de l’Écriture sainte, et n’oublions pas non plus, comme rappelé en commentaire d’un article précédent, http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/le-latin-aux-sources-linguistiques-du-christianisme/ que le Concile de Trente lui-même n’a donné comme référence standardisée de la bible que la version latine d’une part pour l’Occident et la version araméenne d’autre part pour l’Orient. Le grec n’étant pas la version « canonique de l’écriture sainte, – en dépit de ce que s’imaginent la plupart des gens… – il ne faut pas être fasciné par ce dernier, certes… Mais il faut encore moins être fasciné par le texte hébraïque… Conclusion : vous voulez vous rendre familier avec l’Écriture sainte ? (S. Jérôme disait : ignorer l’Écriture, c’est ignorer le Christ lui-même …) Mettez vous donc au Latin et à l’Araméen… Et comme votre temps est limité, vous avez une raison objective de vous concentrer un peu moins sur le Grec et l’Hébreu…

Le latin aux sources linguistiques du Christianisme

Pour faire suite à l’article précédent sur le « latin mystique », http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/latin-deglise-latin-de-cuisine-latin-mystique/ nous publions ici, avec commentaires et mises en gras un excellent article sur le latin, dans sa dimension spirituelle tiré de la revue Pâque Nouvelle en 2004.

Le latin aux sources linguistiques du Christianisme

Il est aujourd’hui de bon ton de prêcher le retour aux langues de la Bible, et nombreux sont les chrétiens qui se plaisent à fréquenter les sessions d’hébreu, de grec ou autres langues orientales. On ne peut que rendre hommage à ces initiatives qui s’efforcent de mieux comprendre la littéralité et le sens de la Parole de Dieu à partir de ses langues d’origine. Mais on comprend mal le silence sinon l’anathème qui continue de peser en maints endroits sur une de ces langues : le latin, dont on oublie trop facilement qu’il a aussi été une des langues majeures de l’histoire et de la diffusion de la Bible, sans compter qu’il permet souvent de remonter à un état du texte biblique antérieur aux versions grecques ou hébraïques connues. [On oublie un peu trop que le latin biblique est au bout du compte plus proche des apôtres que le grec ou l’hébreu… ! Et que dans bien des cas le latin biblique est souvent en grande conformité avec la tradition orale araméenne ce qui n’est pas toujours le cas du Grec…] Le grand vent du renouveau biblique et liturgique n’a pas toujours fait le détail dans l’élagage de certaines pratiques jugées obsolètes, et, en l’occurrence, la défenestration du latin a induit un appauvrissement, sinon une amnésie culturelle, mais aussi spirituelle, liturgique et théologique qui a gravement affecté la connaissance de la Tradition, [La Tradition avec un grand T à comprendre ici comme l’enseignement oral des apôtres transmis puis mis par écrit, et approfondi par le Magistère de l’Église.] pourtant si nécessaire à la bonne intelligence et au développement harmonieux de la foi elle-même.

Le christianisme fut d’abord pratiqué en Occident par des orientaux parlant grec. Pendant presque deux siècles, le grec fut, en effet, la langue officielle de l’Église romaine dans la prédication, la catéchèse et la liturgie, et il l’est resté jusqu’au milieu du IVe siècle, lorsque, sous l’impulsion du pape Damase, le latin est devenu la langue de la liturgie romaine.

Le latin d’Église dès le IIème siècle.

Cela dit, dès la fin du IIe siècle, les papes utilisent déjà le latin dans leurs lettres officielles, [l’élaboration quasiment immédiatement après les temps apostoliques, d’un magistère en langue latine…] et les premiers textes chrétiens rédigés en langue latine commencent à circuler en Afrique du Nord dès le milieu du IIe siècle [Une Afrique souvent plus latinisante que Rome elle-même, qui se piquait d’un orientalisme un peu snob en utilisant le « noble » grec] : à côté dés premières traductions de la Bible, le plus ancien document chrétien latin dont la date, peut être fixée avec précision est la Passion des martyrs de Scillium en 180, bientôt suivie par la Passion de Perpétue et Félicité en 203. [Perpétue et Félicité qui sont citées au Canon romain, et qui sont des martyres d’Afrique du Nord. Nos amis Musulmans d’Afrique du Nord, pour revenir à leur propre culture, devraient donc revenir non pas à l’arabe littéraire, mais au latin… ].

À la même époque, l’apologiste Tertullien publie ses premières œuvres, qui exercent une influence décisive sur le premier essor du latin des chrétiens et sur la réflexion théologique; dans une langue nerveuse, difficile et militante, remplie de fulgurances et d’émotion, il forge notamment bon nombre de mots nouveaux, qui ne seront pas tous retenus par la tradition ultérieure, mais qui illustrent les efforts des écrivains chrétiens pour adapter la langue latine aux idées nouvelles, comme l’avait fait jadis Cicéron au moment de traduire en latin les concepts de la philosophie grecque.

Un vocabulaire proprement chrétien.

Comme chez Cicéron, le grec a fourni une grande partie du vocabulaire proprement chrétien, bientôt latinisé, à commencer par le nom du Christ, Christus, attesté pour la première fois chez Tacite, et les noms désignant l’organisation et les institutions de l’Église : ecclesia, episcopus, presbyter, diaconus, martyr, euangelium, baptisma. Par l’intermédiaire de la Bible, quelques hébraïsmes sont même parvenus jusqu’en Occident, par exemple sabbatum, pascha, satanas, gehenna. Les Latins ont si bien incorporé ces mots à leur langue qu’ils ont pu leur joindre des suffixes, créant ainsi les formations hybrides : episcopatus, episcopalis, baptizator, paschalis.

Alors que les réalités concrètes de la vie de l’Église ont souvent été rendues par des mots empruntés, les chrétiens latins ont préféré puiser dans leur patrimoine linguistique pour exprimer les notions abstraites de leur foi. On a ainsi chargé d’acceptions nouvelles les anciens mots latins credere, fides, gratia, salus, reuelatio et bien d’autres pour rendre le contenu chrétien qu’avaient les mots grecs correspondants, non sans connoter le concept ainsi exprimé d’inflexions proprement romaines induites par l’emprunt : l’histoire du mot sacramentum, qui signifie au départ le serment du légionnaire romain, est, sans doute, une des meilleures illustrations de ce phénomène.

En outre, plusieurs dérivés latins ont été forgés pour exprimer des concepts théologiques nouveaux : ainsi, par exemple, la doctrine chrétienne du salut (salus) a non seulement spiritualisé la vieille idée païenne de « santé » physique ou morale, mais elle a aussi entraîné la création de mots comme saluare, saluator ou saluificus; les progrès de la théologie trinitaire ont rendu nécessaire la création du mot trinitas, et les controverses christologiques du IVe siècle ont favorisé l’éclosion d’un vocabulaire de l’incarnation (incarnatio, carnalis, passibilis). [On se rend compte ici à quel point notre propre vocabulaire doctrinal en Français est directement tributaire ni du Grec ni de l’Hébreu… Mais du latin !] Par ailleurs, les chrétiens occidentaux ont pu aussi parfois choisir entre plusieurs mots latins quand ils devaient exprimer leurs idées. Le latin possédait, par exemple, toute une série de verbes ayant le sens de « prier » : obsecrare, orare, petere, precari, rogare, etc. ; de ces verbes, orare fut rapidement supplanté par les autres dans la langue courante et ne s’employait que dans quelques formules fixes qui souvent avaient une couleur archaïque et solennelle. C’est pourquoi les chrétiens ont choisi ce verbe pour traduire leur prière, et ils ont ainsi donné une vie nouvelle à un mot qui était en train de disparaître dans la langue latine.

Les traductions latines de la bible.

Nonobstant ces ajustements linguistiques à l’expression de réalités inédites, le latin des chrétiens a surtout évolué au contact de la Bible, lorsque celle-ci a commencé d’être traduite pour les nécessités de la liturgie et de l’enseignement.

Les premiers témoignages massifs de textes chrétiens écrits en latin sont, en effet, des traductions latines de la Bible grecque des Septante et du Nouveau Testament, antérieures au troisième siècle et regroupées sous l’appellation générique ueteres latinae ou « vieilles-latines ». [Et ce sont de ces bibles « vieilles latines » que proviennent la plupart des pièces grégoriennes, et non pas de la Vulgate de Jérôme.] Dans les premiers temps de la latinité chrétienne, les exigences de l’évangélisation de ceux qui n’entendaient que le latin supposaient que l’on s’adressât à eux dans une langue simple, essentiellement orale et sans autre prétention que d’offrir les rudiments de la foi chrétienne. Mais les nécessités ultérieures de la pastorale, dans la logique même d’une religion du livre, ont ensuite obligé les chrétiens à traduire le texte de l’Écriture. Par respect pour ce texte considéré comme inspiré, les premiers traducteurs se sont d’abord montrés soucieux d’en sauvegarder jusqu’à la lettre, au risque d’écorcher les oreilles formées à l’école classique du grammairien et du rhéteur; et l’on sait combien la singularité linguistique de ces premières traductions a commencé par rebuter saint Augustin avant qu’il ne prenne finalement la langue biblique comme modèle de sa propre écriture, en particulier dans ses Confessions. Ce premier moment est décisif dans l’histoire de la latinité chrétienne, non seulement pour lui-même, mais aussi parce qu’il a conditionné l’essor du christianisme latin : ces anciennes versions de la Bible ont été celles qu’ont utilisées, d’abord exclusivement, puis majoritairement, les Pères de l’Église latine jusqu’à l’époque carolingienne où s’est imposé l’usage de la version hiéronymienne des Écritures, mieux connue sous le nom de « Vulgate ».

D’un point de vue strictement linguistique, ces premières traductions ont induit pour longtemps l’usage littéraire d’une langue familière et non périodique qui rompt délibérément avec l’état « classique » de la langue latine; [qui est l’état qu’on nous apprend au collège en 5ème, alors même que c’est Saint Jérôme qui finalement assure par sa Vulgate le maintien de la culture latinisante dans tout l’Occident pendant 20 siècles… ] d’autre part, le latin biblique, qu’il soit vieux-latin ou vulgate, est marqué du sceau de l’invention lexicale, qui n’hésite pas à créer des néologismes ou à enrichir le sens de certains mots pour traduire au plus près le texte grec ou hébraïque de la Bible.

En revanche, à l’inverse des traductions latines de la Bible, des psaumes et des cantiques bibliques, le latin liturgique, qui se répand en Occident dès la seconde moitié du IVe siècle, est le produit d’une culture lettrée, [Comprendre : le latin de l’hymnographie et des collectes.] d’où les emplois populaires de la langue sont pour ainsi dire totalement absents.

Les Hymnes chrétiennes

L’art de la poésie hymnique chrétienne présente des raffinements extrêmes et une très grande souplesse, qui n’hésite pas à réinvestir les images du paganisme (le soleil, le phénix, la sibylle, le rituel du triomphe, etc.) et qui recourt aux subtilités métriques des Anciens pour satisfaire les oreilles des lettrés, en même temps qu’il ouvre la voie à une poésie rythmique populaire. [Oui oui, les hymnes latines, un chant populaire] À cet égard, les Hymnes d’Ambroise de Milan
[qui sont en lien avec bien sûr le rite ambrosien mais dont beaucoup de productions ont été reprises dans le rite romain. On pourra consulter à ce titre l’excellent livre de Dom Hala…] attestent l’efficacité d’une poésie liturgique tout à la fois riche d’une culture romaine totalement assimilée, ouverte sur les exigences pastorales et doctrinales, construite sur une structure métrique simple et sur des jeux symboliques subtilement organisés à travers la composition strophique de chaque pièce.

Ce genre littéraire a connu un succès fulgurant dès sa création et il a été une des formes les plus vivantes de la dévotion chrétienne, [et avouons le : on n’a jamais égalé ça jusqu’à aujourd’hui…] en particulier dans le cadre liturgique de l’office monastique dont il est devenu une partie intégrante. [Remarquons également que la réforme liturgique de Vatican II a repris les textes anciens qui avaient été malheureusement « revus » au XXème siècle (le psautier Béa, sous Pie XII), et qui sont désormais rétablis avec la Vulgate et la néo-Vulgate depuis 1980.] On trouve ce même raffinement dans les oraisons de la liturgie chrétienne, dont la rhétorique est particulièrement bien adaptée à la solennité et à la sacralité de la parole du sanctuaire. L’oraison liturgique et les prières de l’office chrétien empruntent à l’art de l’ancienne prière païenne plusieurs procédés de style : les parallélismes, les antithèses et les chiasmes, l’art de la formule, la structure binaire, l’accumulation de synonymes, l’homéotéleute, l’adresse à la deuxième personne, l’usage des clausules oratoires, sans compter les références romaines à la langue du droit et de la philosophie et la spécificité d’une prière qui réunit le passé, le présent et l’eschatologie dans la célébration du mystère. [faisant un beau pont entre une tradition orientale et la culture d’occident, que malheureusement un certain augustinisme – non pas littéraire mais philosophique a eu tendance à nous faire perdre].

Malgré le choc des invasions barbares.

Dans les derniers siècles de l’Antiquité, le choc des invasions barbares, la chute de l’Empire d’Occident et l’effondrement du système scolaire auraient pu faire craindre un étiolement de la langue latine. En réalité, si cet étiolement s’est bien produit, notamment dans la pratique de la prédication, induisant ainsi des facteurs de diversification et de fragmentation qui ont donné naissance aux langues romanes, le latin a continué d’être la langue de la liturgie romaine et de la Bible en Occident, et il s’est maintenu dans les marges de l’ancienne Romania, en Espagne et dans les îles anglo-saxonnes, d’où migreront bientôt les artisans de la renaissance carolingienne.


Triplement encouragé par une réforme de l’écriture, qui impose la minuscule caroline dans les grands scriptoria monastiques, par la généralisation de la liturgie romaine et de la Bible « vulgate »
à l’ensemble du territoire carolingien, [c’est bien la liturgie romaine et la création du répertoire appelé pour des raisons politiques « grégorien » qui dynamise et pérennise la langue latine] le latin redevient, en effet, à cette époque, et pour longtemps, une langue unificatrice et une langue d’échanges intellectuels, culturels et administratifs, comme il l’avait été dans l’Antiquité. Certes avec une différence qu’il faut souligner : le latin des époques médiévale et moderne n’est plus une langue « vivante » dans le sens où il ne repose plus sur l’instance normative d’un peuple, capable de lui donner les impulsions nécessaires à son développement. Il devient une langue d’école et de débat, la langue de l’intelligence européenne
[faire une Europe chrétienne, ne serait-ce donc pas redonner sa vraie place au latin dans les organisations de l’Europe… La vraie ?] sans ignorer totalement celle du cœur, mais, en toute hypothèse, une langue qui ne connaît plus les vicissitudes d’états de langue concurrents et fluctuants. Une langue de cette sorte, très robuste et indifférente aux rumeurs de la rue, a pu résister à tous les éclatements politiques qui ont déchiré les peuples et les nations en Europe; dans le même temps, elle a continué d’accueillir toutes les renaissances intellectuelles et les progrès du savoir, au-delà des frontières et des particularismes locaux.

Toujours la langue officielle de la l’Église romaine.

Du reste, nonobstant une ouverture généralisée aux langues vernaculaires, le latin reste encore aujourd’hui la langue officielle de la liturgie et du magistère romains, en ce compris les textes des encycliques pontificales et du Concile Vatican II. Capable d’exprimer tous les états de l’âme croyante et de la foi dans leurs raffinements les plus subtils et héritier d’une réflexion théologique et d’une spiritualité qui remonte aux premiers temps de l’Église, [Peut on donc, – vraiment – faire de la théologie et ignorer le latin ?] le latin est une langue que son ancienneté et son « immobilisme » immunisent contre les déviances d’interprétation, les singularités, sinon les fadeurs, les banalités ou les excentricités, auxquelles sont soumises les langues vernaculaires. A ce titre, on aimerait retrouver plus souvent dans nos églises d’occident une évidence que personne ne songerait à contester dans d’autres traditions liturgiques : il ne convient pas de parler dans le culte rendu à Dieu la langue que l’on parle quand on fait son marché
[Cette évidence devait être rappelée fortement : de même que le prêtre n’utilise pas un verre à la place du calice, fut il en cristal, une assiette à la place de la patène – fut il en porcelaine de Limoges, un manteau à la place de la chasuble fut il de chez Chanel, il devrait utiliser le latin plutôt que le vernaculaire, comme le rappelle le Missel romain actuel et bien sûr le Concile Vatican II] !

Quoi qu’on puisse penser aujourd’hui du choix du latin qu’a fait l’Église ancienne, il est évident qu’à l’époque le latin était le mode d’expression linguistique le mieux répandu et le plus efficace pour la diffusion du message chrétien.

Au-delà des vicissitudes temporelles, un garant d’indépendance.

Lorsque l’Empire a disparu, le latin a ensuite permis à l’Église de continuer à faire entendre sa voix au-delà de toutes les vicissitudes temporelles et des récupérations nationalistes, car en parlant une langue qui n’appartenait à personne, elle restait en mesure de proposer une référence linguistique stable à laquelle il était toujours possible de revenir pour s’accorder sur un discours souverain. [Combien le latin serait donc utile à des instances supranationales encore aujourd’hui…]

Certes, on pourra reprocher au latin de véhiculer une culture qui n’est plus nécessairement partagée par tous les fidèles d’aujourd’hui, mais l’objection vaut pour toutes les langues, et en particulier pour les langues vivantes, très liées aux sensibilités identitaires. Riche d’un système linguistique qui peut accueillir tous les progrès de la modernité
[rappelons l’élévation du statut de l’institut Latinitas par le S. Père Benoît XVI…] et porteur d’une tradition à la fois humaine et spirituelle qui a incontestablement contribué au rayonnement universel du christianisme, le latin demeure le meilleur garant de l’unité et de l’indépendance de l’Église romaine contre toutes les instrumentalisations de son message. [Donc aimons apprenons, et chantons le latin !]

Paul-Augustin DEPROOST, Professeur à l’Université Catholique de Louvain, Pâque Nouvelle 2004/2

Note de Pâque Nouvelle : Les sous-titres sont de notre Rédaction. – Signalons que, d’après Vatican II, la langue officielle de l’Église catholique romaine demeure le latin (Constitution sur la Liturgie, nn. 101 et 116).

Latin d’Eglise, latin de cuisine ? Latin mystique.

On nous fait le reproche d’aimer le latin ecclésiastique. Un latin qui non seulement n’est plus enseigné dans sa forme classique au collège ou au lycée mais qui est même méprisé par l’Eglise, malgré la volonté expresse du magistère, des Conclies et des papes, mais qui en plus de cela ne serait en find e compte qu’un mauvais sabir décadent, aussi décadent que la période de dérgadation culturelle qui l’a vu naître : l’antiquité tardive et le moyen-âge…. Et bien non : le chant grégorien, nous l’aimons aussi à cause de la langue qu’il chante. Laissez là nous au moins, si votre esprit obtu refuse de la goûter…

jerome

Extrait de Le latin mystique, les poêtes de l’antiphonaire et la symbolique au moyen-âge, Rémy de Gourmont, 1892.

Les ordinaires historiques de la littérature latine se clôturent sous la main des cuistres scandalisés, vers le quatrième siècle. Claudien, mentionné par condescendance, le compilateur orthodoxe, craint d’avoir été un peu loin et conseille, en épilogue, une relecture de l’Épître aux Pisons. Pour de telles gens, pour tous les professeurs, universitaires ou ecclésiastiques, franchir cette approximative date, c’est blasphémer, c’est attenter à une religion, c’est introduire dans le Canon les Apocryphes : — pas d’herbes fraîches : du foin. Pendant que ceux-là broutent au râtelier classique, quelques indépendants, libérés de l’étable et reprenant, comme l’Ane d’Apulée, la forme humaine, se mirent à botaniser parmi les vastes prés de la poésie latine : de ces chercheurs le plus mémorable fut Ebert, dont l’œuvre sûre s’arrête malheureusement à l’époque carlovingienne ; d’antres recueillirent des documents, prouvèrent une bonne volonté. L’ouvrage d’Ebert est un monument d’érudition et de critique directe ; les études que nous entreprenons à sa suite sont un travail, non d’érudition, mais de littérature, où l’exactitude a été priée, non la science ; le plan selon lequel elles se développeront est assez modeste : on voudrait établir une anthologie de la poésie latine du troisième au quatorzième siècle et entremêler de notes les citations et les traductions. Aucun des textes qui seront mis en français n’avaient encore été interprétés selon la méthode littéraire-littérale et la plupart n’avaient jamais été traduits : à ce point de vue, et aussi par son ensemble et sa logique, ce travail aura donc un intérêt certain pour tous ceux qui ne sont pas atteints de misonéisme qui ont échappé à l’incuriosité de ce siècle, à sa stupidité, à son incapacité spirituelle.

C’est à l’époque précise où on la délaisse que la langue latine commence à offrir çà et là les séductions de la décomposition stylistique, à s’exprimer non plus en un immuable jargon de rhéteur, mais selon le tempérament personnel d’orientaux ou de barbares étrangers à la discipline romaine, — jusqu’à ce que la victoire définitive des idiomes populaires la relègue au musée des instruments oratoires. Définitive, cette victoire, mais combien tardive : longtemps les deux langues, la mère et la fille, vécurent côte à côte dans les pays romans, parlées l’une et l’autre par de différents clients : le Libéra qui est du onzième siècle est écrit en une langue aussi vivante que la Chanson de Roland, et encore au quatorzième siècle, après l’expansion prodigieuse du français, le latin avait gardé des fidèles, qui n’auraient su formuler selon la mode du plus grand nombre ni leurs pensées, ni leurs prières. Ce latin, méprisamment connu sous le nom de latin d’église, est, nous semble-t-il, un peu plus attirant que celui d’Horace, et l’âme de ces ascètes plus riche d’idéalité que celle du vieux podagre égoïste et sournois. Seule, que Ton soit croyant ou non, seule la littérature mystique convient à notre immense fatigue, et pour nous qui ne prévoyons qu’un au-delà de misères de plus en plus sûrement, do plus en plus rapidement réalisé, nous voulons nous borner à la connaissance de nous-mêmes et des obscurs rêves contradictoires, qui se donnent rendez- vous en nos âmes éprises de jadis. Horace, pour ce dessein, ni Térence, ne nous sera d’aucun secours et de préférence nous nous adresserons à la Psychomachie de Prudence, aux Séquences de sainte Hildegarde, aux Rhythmes de saint Bernard, — mais cela sans nier la valeur, dite par les siècles, de spontanés tels que Catulle, ce Verlaine; de tendrement tragiques tels que Virgile; de roués, comme Ovide; de philosophes, comme Lucrèce. Il s’agit moins de détruire les vieilles admirations que d’en créer d’autres. Mystiques, barbares, ou décadents , il les a bien jugés, cet ermite (auquel ne convient que peu le De Laude Eremi de saint Eucher), — et cela serait une surprise pour qui ne connaîtrait pas l’absolue conscience littéraire de M. Huysmans, qu’en dix-huit pages sur ces ténébreux auteurs, l’épluchage le plus minutieux ne puisse trouver une épithète ou une glose, qui ne soit d’une merveilleuse précision. Ébert lui a été un bon guide. Ni pour la première période de cette littérature oubliée, ni pour la seconde, plus inconnue encore, nous n’avons cru nécessaires de bien particuliers détails biographiques. Moines, prêtres, évêques, ces poètes, à part quelques-uns, comme Théodulphe, comme saint Bernard, menèrent les vies les plus obscures et les plus monotones, des vies qui, écourtées, rapidement résumées, apparaîtraient toutes les mêmes, sans aventures, sans événements, sans presque de relations avec l’extérieur.

Un fait général surprend, c’est qu’à partir des environs du onzième siècle, presque tous les poètes, presque tous les écrivains sont des abbés de monastère ou des évêques : une poésie très différente de la poésie monacale allemande, très différente aussi des inspirations mystiques des Franciscains et des Dominicains, une poésie surgit, parénétique et sermonnaire, lyrique et pastorale. La surprise, c’est de voir qu’en des temps mal réputés, les évêques étaient choisis parmi les doctes, les doués de talent et d’indépendance d’esprit, parmi les dignes, — tandis qu’à cette heure ces fonctions très hautes sont uniquement conférées aux plus adroits quémandeurs, que les évêques ne sont plus que des préfets en robe violette, aussi peu mystiques que les autres. Les dixième et onzième siècles, c’est l’époque, avec les évêques, les abbés et les moines, de la séquence, de l’allitération et de la rime intérieure; c’est, depuis Godeschalk et les séquentiaires anonymes, une langue nouvelle, d’une simplicité magnifiquement compliquée par des musiciens barbares, que l’amour désordonné du verbe induit parfois aux trouvailles harmoniques les plus inattendues.

L’objection éternelle et professorale contre de tels poètes, contre tous les poètes de ces temps, c’est ce qu’on dénomme, en termes de maître répétiteur ou d’académicien, l’incorrection de leur latin, c’est-à-dire la non-conformité de leur lexique et de leur grammaire avec les règles verbales et syntaxiques d’usage aux temps augustes, aux siècles n°0 et n° 1, aux deux siècles qui contiennent, précèdent ou suivent le règne du premier imperator romain. Il ne faut pas mentir ; quelques-unes s’efforcent vers cette écriture type : ce sont les médiocres, les anti-poètes, les versificateurs, humbles abréviateurs et centonistes. D’autres écrivent le latin que l’on parlait de leur temps, du moins le latin littéraire tel qu’il s’était incessamment modifié de livre en livre : là leur mérite et leur intérêt. Il demeure difficile de le faire admettre. C’est le bon M. Hauréau, irréprochable savant, mais classique naïvement servile, geignant que les vers de Théodulphe offrent « beaucoup de locutions inconnues au siècle d’Auguste ». C’est un autre, navré qu’Abbon (Abbo le Courbé) néglige la césure, — loi émanée de Dieu même, loi primordiale, règle incréée. C’est un autre reconnaissant en une thèse doctorale à Marins Victor, une louable verbalité classique. C’est encore M. Hauréau félicitant un carlovingien, le grammairien Smaragde d’une langue « sobre d’images, plus sobre encore de subtilités ou de trivialités mystiques ». Et c’est le même encore qui nous affirme : « L’art gothique est élégant, subtil, ingénieux, mais il manque de style », — sottise que devait rééditer Renan. Pas plus que le respect du vocabulaire, ne nous séduit le culte de la prosodie. Le poète, s’il n’est lui-même, ce qui importe peu, créateur de règles, admet celles que lui dicte son temps, ou bien les récuse et n’en reçoit aucunes : des querelles, sont, à ce sujet, bien vaines ; il faut le prendre tel que sa fantaisie l’a façonné.

Plus urgente encore cette nécessaire bonne volonté, quand il s’agit d’une versification aussi factice que la latine, factice même aux années de sa gloire, toute grecque, importée violemment, insensible à des oreilles latines faites seulement pour la numération, l’allitération, la rime, l’assonance. Selon la plus stricte littéralité, on entre avec le christianisme dans un nouvel univers : les idées sont baptisées, et les mots.

« C’est, dit en son étude très savante sur Grégoire de Nazianze, M. A. Grenier, un des rares dévots de l’art rénové, c’est une langue neuve, indépendante, caractérisée, faite pour des sentiments nouveaux, ne relevant d’aucune grammaire classique, d’aucun modèle, imprégnée d’hébraïsmes, abondante en locutions et en images populaires, dure et barbare, mais grande dans sa dureté, et souvent d’une grâce divine dans sa barbarie. Elle se forma comme le métal de Corinthe, merveilleux alliage dont on ignore les proportions, dans l’incendie et la fusion du vieux monde. Se souvient-on de Virgile, d’Horace, d’Ovide, en écoutant le Pange lingua ? Pense-t-on à Didon ou à Ariane, en lisant le Salve Regina ? » Cette langue rigoureusement neuve, le texte latin de la Vulgate la contient toute et c’est là que vinrent, l’un après l’autre, puiser tous les écrivains mystiques, — et cette langue est au latin classique ce que Notre-Dame est au Parthénon, ce qu’un poème de pierres et de larmes est à une ode de Pindare, ce que le Calvaire est aux jeux Pythiques, ce que Marie est à Diane. Hello, en son livre, l’Homme, dit cela avec la simplicité de celai qui profère l’incontestable et le définitif : « Quant à saint Jérôme, il a créé le magnifique idiome dans lequel il a parlé. Tacite et Juvénal sont les balbutiements humains de la langue que saint Jérôme a parlée divinement. »

06

Messe chantée en latin

« Là où on a introduit l'usage de la langue du pays dans la célébration de la messe, les Ordinaires des lieux jugeront s'il est opportun de maintenir une ou plusieurs messes célébrées en latin, spécialement la messe chantée, dans certaines églises, de ville surtout, où se trouve un assez grand nombre de fidèles de diverses langues ».

Enchiridion documentorum instaurationis liturgicae, trad. française Documentation Catholique 64, 1967

Le latin dans la liturgie n’a t’il pas été aboli suite au II° Concile du Vatican ?

Contrairement à une opinion couramment admise, le II° Concile Œcuménique du Vatican n’a absolument pas banni le latin de la liturgie. Le Concile s’est contenté d’autoriser les langues vivantes dans la liturgie. Dans la constitution Sacrosanctum Concilium, n° 112, Vatican II rappelle d’ailleurs que : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui dans les actions liturgiques, toutes choses égales par ailleurs, doit occuper la première place (…). »

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Ce qu’en dit Vatican II dans Sacrosanctum Concilium

L’enseignement de Vatican II sur l’usage de la langue du pays pour la Liturgie dans Sacrosanctum Concilium.

1. Introduction

L’objet de cet article est de poser un
masque sur la constitution « de Sacra Liturgia » de 1963 pour en faire
ressortir les éléments concernant l’usage de la langue du pays dans la
Liturgie.

Le but est d’interpréter le moins
possible les rubriques de cette constitution et si il faut les
interpréter, cela est fait dans un sens de continuité de la Tradition
Ecclésiale, en considérant que le Concile Vatican II va dans la
continuité de toutes les réformes précédentes sans rupture :

4. Enfin, obéissant

fidèlement à la tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère
l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites
légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et
les favoriser de toutes manières ; et il souhaite que, là où il en est
besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une
saine tradition et qu’on leur rende une nouvelle vitalité en accord
avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui.

2. Principes Généraux pour la restauration et le progrès de la Liturgie

Le premier article faisant référence aux règles à observer sur l’usage de la langue est le suivant :

36. [Langue liturgique]

§ 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.

§ 2. Toutefois, soit
dans la Messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les
autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être
souvent très utile pour le peuple : on pourra donc lui accorder une
plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un
certain nombre de prières et de chants, conformément aux nommes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.

§ 3. Ces normes étant
observées, il revient à l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur
le territoire, mentionnée à l’article 22, § 2 (même, le cas échéant,
après avoir délibéré avec les évêques des régions limitrophes de même
langue), de statuer si on emploie la langue du pays et de quelle façon,
en faisant agréer, c’est-à-dire ratifier, ses actes par le Siège
apostolique.

§ 4. La traduction du
texte latin dans la langue du pays, à employer dans la liturgie, doit
être approuvée par l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le
territoire, dont il est question ci-dessus.

Donc la règle première est d’utiliser
le latin. Ce dernier n’est pas mis à l’index, au contraire il reste
dans la Tradition de l’Eglise la langue liturgique.

Pour pouvoir utiliser la langue du
pays, il faut se reporter à chaque chapitre de cette constitution et
observer les normes qui s’y trouvent. Néanmoins, quelque soient ces
normes, le Siège apostolique, donc Rome, doit agréer cet usage et la
traduction du texte latin.

En résumé, le Saint Concile autorise
l’usage de la langue du pays dans la Liturgie. Il définit des normes
pour cet usage dans chaque grande partie de la Liturgie : Messe,
Liturgia Horarum, sacrements, chant, …

De plus, pour les cas particuliers que nous verrons au long des chapitres suivants, des adaptations sont possibles :

39. [Ces adaptations relèvent de l’autorité ecclésiastique]

Dans les limites fixées
par les éditions typiques des livres liturgiques, il reviendra à
l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22. § 2, de déterminer les adaptations, surtout
pour l’administration des sacrements, les sacramentaux, les
processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les arts,
conformément toutefois aux normes fondamentales contenues dans la
présente Constitution.
Cet article montre quelle est la marge de manœuvre exacte des
adaptations. Il renvoie au livres liturgiques tel le Missale Romanum,
mais ce n’est l’objet de notre étude. Pour information, le titre IX de
la Présentation Générale du Missel Romain donne les indications pour la
Messe.

Enfin, l’article suivant donne les
possibilités exceptionnelles pour le cas particulier de
l’Evangélisation des peuples et des terres de mission :

40. [Urgence et difficultés de l’adaptation, surtout dans les missions]

Mais, comme en
différents lieux et en différentes circonstances il est urgent
d’adapter plus profondément la liturgie, ce qui augmente la difficulté :

1) L’autorité
ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à
l’article 22, § 2, considérera avec attention et prudence ce qui, en ce
domaine, à partir des traditions et de la mentalité de chaque peuple,
peut opportunément être admis dans le culte divin. Les adaptations
jugées utiles ou nécessaires seront proposées au Siège apostolique pour
être introduites avec son consentement.

2) Mais pour que
l’adaptation se fasse avec la circonspection nécessaire, faculté sera
donnée par le Siège apostolique à cette autorité ecclésiastique
territoriale de permettre et de diriger, le cas échéant, les
expériences préalables nécessaires dans certaines assemblées
appropriées à ces essais et pendant un temps limité.

3) Parce que les lois
liturgiques présentent ordinairement des difficultés spéciales en
matière d’adaptation, surtout dans les missions, on devra, pour les
établir, avoir à sa disposition des hommes experts en ce domaine.

Il s’agit du cadre missionnaire en vue
de l’évangélisation des peuples ne connaissant pas encore le Chirst.
Dans ces cas particuliers, après accord du Saint Siège, on peut
utiliser plus largement la langue du pays dans la Messe.

3. Le Mystère de l’Eucharistie

Notre second article à étudier est donc celui définissant la norme pour la Messe :

54. [Usage de la langue du pays]

On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec concours de peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l’article 36 de la présente Constitution.

On
veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter
ensemble en langue latine aussi les parties de l’ordinaire de la messe
qui leur reviennent
.

Mais si quelque part un
emploi plus large de la langue du pays dans la messe semble opportun,
on observera ce qui est prescrit à l’article 40 de la présente
Constitution.

L’usage de la langue de
pays dans la Messe est autorisé pour la proclamation de la Parole de
Dieu et pour la prière universelle. Cet usage est donc limité à la
seule Liturgie de la Parole.

Cet article dit clairement que les
chants et en particulier l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus,
Pater, Agnus, Ite) n’ont pas à être traduits.

4. Les autres sacrements et les sacramentaux

Le chapitre suivant nous enseigne :

63. [Langue du pays et rituels particuliers]

Puisque assez souvent
dans l’administration des sacrements et des sacramentaux l’emploi de la
langue du pays peut être d’une grande utilité chez le peuple, on lui
donnera une plus large place selon les règles qui suivent :

a) Dans
l’administration des sacrements et des sacramentaux, on peut employer
la langue du pays, conformément à l’article 36 ;

b) En suivant la
nouvelle édition du rituel romain, des rituels particuliers, adaptés
aux nécessités de chaque région, y compris en ce qui concerne la
langue, seront préparés au plus tôt par
l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur le territoire,
mentionnée à l’article 22, § 2, de la présente Constitution ; et, une
fois les actes révisés par le Siège apostolique, ces rituels seront
employés dans leurs régions respectives. Dans la composition de ces
rituels ou de ces recueils particuliers de rites, on n’omettra pas les instructions mises en tête de chaque rite dans le rituel romain, qu’elles soient pastorales ou rubricales, ou bien qu’elles aient une importance particulière au point de vue social.

Dans le cadre des sacrements et des
sacramentaux, l’usage de la langue du pays est recommandé. Le Saint
Siège se réserve un droit de regard sur les traductions mais ces
dernières doivent être très fidèles au contenu du texte latin original.

5. L’Office Divin

Pour l’office Divin, à ce jour plus connu sous le nom de Liturgie des Heures, Vatican II nous dit :

101. [La langue à employer]

§ I. Selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine ;
toutefois, pouvoir est donné à l’Ordinaire de concéder l’emploi d’une
traduction en langue du pays, composée conformément à l’article 36, pour des cas individuels, aux clercs chez qui l’emploi de la langue latine est un empêchement grave à acquitter l’office divin comme il faut.

§ 2. Quant aux moniales et aux membres, hommes non clercs ou femmes, des instituts des états de perfection, le supérieur compétent peut leur accorder d’employer la langue du pays dans l’office divin, même pour la célébration chorale, pourvu que la traduction soit approuvée.

§ 3. Tout clerc
astreint à l’office divin, s’il célèbre celui-ci dans la langue du
pays, avec un groupe de fidèles ou avec ceux qui sont énumérés au
paragraphe 2, satisfait à son obligation du moment que le texte de la
traduction est approuvé.

Là encore, les Saints Pères du Concile
nous enseignent à utiliser de préférence la version originale (et donc
latine) des textes. Selon le paragraphe 1, la célébration de l’Office
Divin en paroisse doit se faire en latin.

Néanmoins, en dernier recours, l’usage de la langue du pays est autorisé « pour des cas individuels ».

Encore une fois, on remarque le soin qu’il faut apporter à la traduction puisque le Saint Siège doit la valider avant usage.

6. La Musique Sacrée

Il faut d’abord répondre à une question légitime : qu’est -ce que la Musique Sacrée ?

La première du chapitre VI de la constitution Sacrosanctum Concilium nous donne la définition suivante :

112. [Musique sacrée et liturgie]

La tradition musicale
de l’Église universelle a créé un trésor d’une valeur inestimable qui
l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux
paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie
solennelle.

Donc la musique et le chant sacré représentent un ensemble de pièces ayant pour textes la Parole de Dieu.

Quant à l’usage de la langue du pays, un premier article nous dit :

113. [Le chant dans l’action liturgique]

L’action liturgique
présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés
solennellement avec chant, que les ministres sacrés y interviennent et
que le peuple y participe activement.

Quant à la langue à
employer, on observera les prescriptions de l’article 36 ; pour la
messe, de l’article 54 ; pour les sacrements, de l’article 63 ; pour
l’office divin, de l’article 101.

Il s’agit des articles étudiés précédemment.

Un second article s’attache à une spécificité du rite romain :

116. [Le chant grégorien]

L’Église
reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie
romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes
choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Les autres genres de
musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de
la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec
l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30.

Le renvoi concerne la participation des fidèles dans l’action Liturgique :

30. Pour promouvoir la
participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les
réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi
les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi
en son temps un silence sacré.
En donnant la première place au chant grégorien, l’Eglise

reconnaît également l’existence d’autres formes de chant. Néanmoins
l’article 30 montre que ces autres formes qu’ils trouveront plus leur
place dans l’Office Divin que dans la Messe.

Ce point de vue est confirmé par l’article suivant :

117. On achèvera
l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on
procurera une édition plus critique des livres déjà édités
postérieurement à la restauration de saint Pie X.

Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises.

Le résultat concret est la révision et
l’édition du Graduale Romanum, contenant toutes les pièces nécessaires
à la célébration des Messes dans tous les temps et années Liturgiques,
et l’édition d’un Graduale Simplex mettant à disposition des mélodies
plus simples facilement chantables par une assemblée.

De même, la prise en compte de l’existence du chant en langue du pays est notifiée plus clairement :

118. [Le chant religieux populaire]

Le chant religieux
populaire sera intelligemment favorisé, pour que dans les exercices
pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes,
conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix
des fidèles puissent se faire entendre.

On note que ce type de chant n’est pas
considéré comme chant sacré. De ce fait, il est réservé pour des temps
de prières non liturgique (groupes de prière, veillées de prière,
pèlerinages, …). Son usage dans la Liturgie devra se faire avec
attention et prudence afin de bien respecter le sens Liturgique de
certaines pièces ou célébrations.

Enfin, nous trouvons également les dispositions concernant les terres de mission :

119. [Musique traditionnelle des peuples]

Puisque, dans certaines régions, surtout en pays de mission,
on trouve des peuples possédant une tradition musicale propre qui tient
une grande place dans leur vie religieuse et sociale, on accordera à
cette musique l’estime qui lui est due et la place convenable, aussi
bien en formant leur sens religieux qu’en adaptant le culte à leur
génie dans l’esprit des articles 39 et 40.

C’est pourquoi, dans la formation musicale des missionnaires,
on veillera activement à ce que, dans la mesure du possible, ils soient
capables de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à
l’école que dans les actions sacrées.

Il dit clairement que ces adaptations ne s’appliquent qu’aux terres de mission.

Les articles 40 et 39 permettent de définir clairement les autorités compétentes pour ces adaptations.