Le sommet de la messe … De la vie chrétienne … De la vie de l’Église ?

L’Eucharistie, comme la liturgie sont « source et le sommet ». Oui, d’accord. L’appellation « eucharistie » elle-même reste cependant imprécise parce qu’elle désigne à la fois dans le langage courant, le sacrement, la célébration du sacrement, et la consommation des espèces par le prêtre et par les fidèles. Bref, c’est la confusion. Ayons malgré tout quelques idées complémentaires…

La communion du prêtre est le sommet de la messe : le sacrifice eucharistique est accompli non pas à la consécration mais ensuite, lorsque le prêtre consomme les espèces eucharistiques du pain et du vin qu’il vient de transsubstantier ; c’est même une condition de validité. Extérieurement pourtant, à cet instant, il ne se passe rien : le prêtre semble s’isoler dans un silence parfois oppressant, souvent comblé par des indications au micro pour la communion, comme si la liturgie, pour pouvoir se conclure, avait encore besoin de régler quelques questions logistiques…

Le missel romain dans les rites de communion, propose cependant une catéchèse méconnue : à l’instant précis où le prêtre se communie, on entonne le chant : le rite romain choisit une antienne tirée de l’Évangile du jour qui de cette manière souligne l’unité entre la liturgie de l’Eucharistie et la liturgie de la Parole. Le chant se prolonge pendant que le célébrant communie les fidèles, et exprime la hiérarchie mais aussi l’union intime du sacerdoce ministériel du prêtre et du sacerdoce commun.

La table au milieu de la nef le jeudi saint ?

En connexion avec les questions du Jeudi saint (notamment la fameuse question sans ambiguïté du « viri selecti » du lavement des pieds – mais c’est un autre sujet…), plusieurs nous ont demandé s’il était bien légitime de mettre une table au milieu de la nef le jeudi saint pour la célébration de la Messe vespérale de la Cène du Seigneur, comme cela a pu se voir dans certaines paroisses du diocèse. Certains ont même relevé que cela « pouvait donner un sens nouveau à la réalité de l’Eucharistie comme repas » et qu’à partir du moment où les gens qui ont participé à la liturgie ont été « favorablement émus », cela pouvait donc avoir un sens pastoral… Si bien que si cela n’était pas tout à fait dans les règles, comme cela « faisait sens », cela pouvait entièrement ce justifier à partir du moment où justement, il ne faut pas faire preuve de « pharisianisme ». Et que cela rentrerait justement dans les idées du Saint Père, qui se veut proche des gens et proche des pauvres, lui qui souhaiterait donner un sens nouveau aux gestes liturgiques, alors que leur signification aurait été perdue à cause d’une vision trop rigide de la messe lors du pontificat précédent…. Et puis il paraîtrait que ce n’est pas explicitement interdit, donc on peut considérer que c’est autorisé, voire juste.

En cherchant un peu on se rend bien compte que ce genre d’initiative non seulement n’est pas nouveau mais qu’en plus cet usage est injustifiable et a même tout à fait explicitement condamné sous Jean Paul II. La Congrégation pour le Culte divin s’est en effet prononcée sur cette question dans sa publication officielle, Notitiae, vol. 38, en 2002, p. 492 :

 


On se demande comment il est encore possible, pour les « équipes liturgiques », de se poser des questions sur ce point précis. A ce niveau là, il ne s’agit plus simplement de la naïveté, ou de manque d’éducation ou même de formation. Il s’agit purement et simplement de désobéissance, pleine et consciente.

Et c’est d’autant plus choquant en plein Triduum pascal, où l’Église célèbre Celui qui « S’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. »

Oui, c’est grave. Osons le dire. Et le dire n’est justement pas du « pharisianisme ».

Sur cette question comme sur celle du lavement des pieds, on se demande aussi jusqu’à quel point le clergé qui subit ou qui assume ce genre de comportement n’a pas complètement perdu sa liberté, sa liberté de choisir le bien…

O stulti et tardi corde ad credéndum ! (Lc24,24)