Du bon usage : la Prière universelle

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en continuons notre lecture commentée, car comme vous le constaterez, énormément d’usages fautifs présents aujourd’hui dans la célébrations liturgique proviennent de cet ouvrage qui a été probablement le manuel d’un certain nombre de séminaristes ou d’équipes liturgiques à qui on a inculqué ces idées lors de sessions officelles de formation, et qui sont convaincus de bien faire en faisant cela. Ce livre est bien sûr toujours en vente dans divers endroits et laisse entendre qu’il est un guide sûr pour bien célébrer. Ce n’est pas le cas. Bien sûr dans ce livre tout n’est pas à jeter. Mais il y a beaucoup de points particuliers à relever, ce que nous ne nous privons pas de faire ici.
Nos commentaires en rouge et les mises en gras sont de nous.

Le chapitre sur la prière universelle est d’un des plus longs du livre « le bon usage de la liturgie », tout simplement parce que ce livre ne comprend pas profondément ce qu’est la prière universelle et par voie de conséquence, cette dernière est particulièrement mal mise en œuvre dans les paroisses. Comme beaucoup de nos lecteurs s’en aperçoivent et le vivent chaque dimanche et malheureusement parfois davantage, la prière universelle est devenue l’exutoire de toutes les fantaisies des équipes liturgiques qui enfin ont « officiellement » la possibilité de prendre la place du prêtre en développant de longues logorrhées pleines de langue de buis. Cet article sera long, car il ya évidemment beaucoup à dire…

LA PRIÈRE UNIVERSELLE

UNE FONCTION SACERDOTALE – UNE FONCTION D’ACTUALISATION – UNE FONCTION D’ANNONCE – UNE FONCTION UNIVERSELLE – UNE FONCTION A EXERCER

En restaurant la liturgie de la Parole, la réforme liturgique de Vatican II ne s’est pas contentée d’augmenter le nombre des lectures, d’en élargir le choix et, surtout, de les présenter en langues vivantes, elle a rétabli une structure de dialogue où toute l’assemblée répond à la parole de Dieu qu’elle reçoit. La prière universelle, par laquelle l’assemblée transforme la Parole en supplication, en constitue le sommet. [On a du mal à voir à quoi veut en venir par cette phrase « le bon usage ». La prière universelle n’est certainement pas le sommet de la célébration. Elle est de toutes façon ad libitum. Elle est toujours omise si il y a avant ou au cours de la messe une litanie des saints (comme à la vigile pascale). Bien plus la tradition ancienne de la prière universelle provient bien du vendredi saitn où la prière universelle précisément est célébrée alors même qu’il n’ya pas de liturgie eucharistique. Car c’est bien la liturige eucharistique qui est le sommet de la célébration de la messe.]

UNE FONCTION SACERDOTALE

«Dans la prière universelle, le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes» (Présentation générale du Missel romain, n. 45 ). Cette petite phrase en dit long sur la prière liturgique et même sur la liturgie tout court. Parce qu’ils sont baptisés et, par là, incorporés au Christ-prêtre, les fidèles sont habilités à rendre un culte à Dieu, culte de supplication, d’offrande sacrificielle et d’action de grâce. Les fidèles ne sont donc pas là pour eux, ils ne supplient pas pour eux, ils n’offrent pas pour eux, ils ne rendent pas grâce pour eux. Ils supplient, offrent et rendent grâce au nom de toute l’Église qui les délègue pour exercer leur fonction sacerdotale au service de toute l’humanité. Qui aurait imaginé que nos modestes prières universelles avaient un tel poids? [Un aspect que manque clairement ici de façon fautive « le bon usage » est de souligner que cette fonction sacerdotale est d’abord dans la fonction du prêtre qui célèbre ; mais que justement lors de la prière universelle, cette fonction se transfère liturgiquement vers l’assemblée, à ce moment là seulement. Cela n’enlève rien à la fonction sacerdotale au sens du sacerdoce commun des fidèles qui s’exerce de façon ordinaire dans toute leur vie.]

UNE FONCTION D’ACTUALISATION

C’est aujourd’hui, et non pas n’importe quand, que telle parole, et non pas n’importe laquelle, est proclamée. En quoi rejoint-elle une catégorie de personnes vivant tel événement ou étant dans telle situation? La PGMR dit encore: «nourri par elle (la Parole), il (le peuple) supplie avec la prière universelle pour les besoins de toute l’Église et pour le salut du monde entier» (PGMR n.33 ). Voilà donc une fonction qui ne peut pas être intemporelle!

L’actualisation dont parle en fait la PGMR, et que ne souligne pas correctement « le bon usage », c’est l’actualisation de la Parole de Dieu : la bible / l’écriture sainte n’est pas en « bijection » avec la Parole de Dieu ; la fonction liturgique de la lecture publique de la bible met en place la sacramental de la Parole. La Liturgie a besoin de la bible pour s’assurer d’un lien sain avec l’enseignement apostolique mais la bible a besoin de la liturgie pour devenir Parole de Dieu. Il y a – c’est le sacramental – quelque chose qui se passe au-delà de la communication des idées contenues dans le texte. La liturgie de la Parole n’est pas fonctionnelle ; elle participe au contraire pleinement au mysterium liturgique, au sacrifice. C’est la raison pour laquelle ce sont des ministres et non pas de simples fidèles qui devraient – pour signifier cela – être présents à l’ambon.

UNE FONCTION D’ANNONCE

On ne prie jamais pour le passé! Cette évidence nous rappelle que la parole de Dieu, si éloignée qu’elle soit de nous dans le temps, a toujours, au sein de l’action liturgique, une fonction d’annonce prophétique : elle annonce le Règne qui vient et l’homélie précisera où et comment aujourd’hui. [Une prière universelle précisément se célèbre après l’homélie. Vouloir actualiser la prière universelle en fonction de l’homélie aboutit à des non sens où le texte de la prière universelle – c’est souvent vécu – contredit ce qu’a exprimé le prédicateur quelques minutes auparavant… Cessons donc de croire à la toute puissance de la prière universelle, au génie propre de l’équipe liturgique qui la compose et qui aurait une sorte de grâce d’état liée à son « mandat » ; acceptons aussi d’utiliser pour elle des formulaires qui soient préparés en dehors de la paroisse… Comme ceux du missel : oui le missel romain propose des formulaires tout rédigés de prières universelles…] Reste à transformer cette annonce et son explication en prière commune. La prière universelle n’est pas d’abord un examen de conscience de la communauté rassemblée ou une analyse des problèmes locaux et mondiaux. Elle est une prière pour que le règne de Dieu grandisse là où il est déjà planté et là où il ne l’est pas encore. Elle est une prière qui convertit déjà les réalités les plus concrètes du monde qui nous entoure. Voilà donc une fonction qui ne peut pas être alarmiste!

UNE FONCTION UNIVERSELLE

La communauté est rassemblée, mais ce n’est pas d’abord pour elle qu’elle prie. Bien au contraire, la prière universelle a pour fonction de faire sortir cette communauté d’elle-même en la tournant vers tout ce qui est autre qu’elle: l’Église universelle, les dirigeants des affaires publiques, tous ceux qui sont accablés par une difficulté (cf. PGMR n.46 ). [C’est précisément pour cela qu’il faut accepter d’imaginer qu’il n’ya pas toujours besoin de la rédiger pour l’adapter / l’actualiser à la réalité de la paroisse. Le Cardinal archevêque de Paris lorsqu’il était président de la Conférence des évêques de France avait demandé à ce qu’on utilise un formulaire rédigé pour tous au plan national un certain 15 août. Cela a effectivement été en conformité avec l’idée précise d’un rattachement de la paroisse à la prière de l’Église. Rappelons au passage que cette réflexion ne devrait pas guider uniquement la question de la prière universelle mais de toute prière liturgique. Sa valeur est d’autant plus grande qu’elle n’est précisément pas « seulement » la prière de la communauté rassemblée. Cela devrait donc également guider la réflexion des équipes liturgiques sur le choix des chants par exemple.] C’est seulement lorsqu’elle l’a fait qu’elle peut prier pour elle. Il faut ajouter à cela que la vraie prière pour l’assemblée, c’est la prière eucharistique: «Sur nous tous enfin, nous implorons ta bonté …» D’où vient alors que les intentions entendues tournent de plus en plus autour du «nous»: «afin que nous …»? Comment le «nous» pourrait-il être universel? Voilà donc une fonction qui ne peut être égocentrique!

UNE FONCTION A EXERCER

Cela dit, tout reste à faire et, particulièrement, à rédiger! A ce qui découle des réflexions précédentes, ajoutons quelques remarques.

On ne prie pas pour des idées, mais pour des personnes. On ne prie pas pour la liberté, mais pour ceux qui la recouvrent ou en sont privés. Les intentions les plus courtes sont toujours les meilleures. Une succession d’intentions et de refrains peut n’avoir de prière que le nom. La garantie de la prière réside aussi dans la part de silence qu’on y inclut. Ce que présentent les revues peut aider, mais il faut toujours une retranscription qui tienne compte des besoins concrets, mondiaux et locaux. [Une retranscription…. Ou pas. « Le bon usage » ne se rend pas bien compte de ce qu’il exige. C’est précisément parce que les gens se sentent obligés de faire valoir leur pauvres capacités littéraires que la prière universelle devient dans 95% des paroisses la pénitence du dimanche.] Prier engage …, même s’il n’est pas question de «nous» dans la prière. [Voilà le genre de phrase à l’emporte pièce qui détruit précisément l’aspect proprement littéraire exigé par la prière universelle. Nous le verrons plus bas (7- Rédiger les intentions) mais justement, la prière universelle est une suite de monitions qui doit impérativement utiliser la première personne du pluriel.] L’introduction et l’oraison conclusive reviennent au prêtre; les intentions, au diacre ou aux fidèles. [La prière universelle est précisément une fonction diaconale, puisque c’est à lui que reviennent les monitions de la messe. Il n’est pas normal qu’en sa présence, un fidèle laïc lise à sa place les intentions.] La prière universelle n’aura pas lieu sans la préparation et la réalisation qu’en font le prêtre et les fidèles. [Si : si elle n’a pas été préparée, rien n’empêche de prendre un des formulaires proposés par le Missel. Par ailleurs la prière universelle typique est justement celle du vendredi saint dont le texte est imposé. Le « bon usage » laisse fautivement croire qu’il est nécessaire pour la réussite de la célébration une préparation longue et pénible de la prière universelle ce qui est évidemment erroné. Dédramatisons la question.] Cependant, dans l’acte liturgique, elle n’est plus leur prière, mais celle de Celui qui est «toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes» (Hébreux 7, 25).

La fonction de la prière universelle est l’exercice liturgique du sacerdoce commun des baptisés. Cet exercice n’est pas essentiel à la célébration eucharistique ; elle puise sa source dans l’usage des litanies (par exemple la litanie des saints) mais aussi dans la prière universelle du Vendredi saint dont l’usage dans le rite romain est immémorial. On peut l’introduire – sans obligation – dans toutes les célébrations de messe, et surtout le dimanche et les solennités (lorsque le Credo est chanté – ou au moins récité – on peut considérer qu’il est bien venu de mettre en œuvre la prière universelle. Elle n’est cependant jamais nécessaire à la validité ou à la licéité de la liturgie. A l’inverse l’homélie est toujours prescrite les dimanches et fêtes.

La Prière Universelle

Préparer – Rédiger – Mettre en œuvre – Fiche technique (Célébrer n.281)

«Dans la prière universelle, le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes.» (PGMR n.45 Préparer et mettre en œuvre une prière universelle nécessite que l’on en ait compris les enjeux et ce que demande l’Église (voir l’ensemble de ce dossier Célébrer n.281).

Préparation

1. Commencer par se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu proposée ce jour. [Il y a ici un problème patent : il est effectivement intéressant de s’imprégner du formulaire liturgique du jour pour rendre consonante avec le reste de la célébration les intentions de la prière universelle. En parlant de formulaire, il faudra évidemment parler des lectures mais aussi des oraisons, des antiennes, le cas échéant des répons et de la séquence. Il y a dans ce formulaire des parties qui concernent l’Écriture sainte mais pas seulement. Par ailleurs cette écriture sainte ne devient Parole de Dieu que dans la célébration effective de la liturgie et la proclamation voire le chant de la péricope ou du passage de l’ancien ou du nouveau testament par un ministre. Il faut le rappeler ; la célébration de la Parole est un sacramental qui dit, procure, donne plus que simplement le rapport à l’idée qui est transmise par le texte. C’est en cela que le texte biblique devient Parole…]

2. Sans se limiter trop étroitement à cette Parole, s’interroger sur sa propre manière de la recevoir et la conversion qu’elle suppose. [Idem : même remarque que ci-dessus…]

3. S’interroger sur les personnes pour qui on pourrait prier, à la «lumière de la Parole de Dieu» et à l’écoute de la vie du monde qui nous entoure (monde proche et lointain).

Rédaction

4. Penser à la forme donnée aux intentions: que ce soit une invitation à la prière (Prions pour…) ou déjà une prière (Nous te prions pour…), l’essentiel est de faire naître la prière de l’assemblée selon les motifs proposés. Choisir en même temps le mode de prière de l’assemblée entre les intentions (choix du refrain, chanté ou non, d’un silence plus ou moins prolongé…) en accord avec les musiciens.

5. Veiller à ce que les intentions soient des supplications vraiment universelles – au delà de l’assemblée et au delà de la communauté chrétienne – et ne soient pas une seconde homélie (il n’est pas nécessaire de faire référence aux textes du jour pour prier pour les responsables politiques un jour d’élection).

6. Prier pour des personnes plutôt que pour des idées (ce n’est pas un exutoire pour se décharger des problèmes du monde, ni l’occasion de rappeler à Dieu ce qu’il a à faire!) en tenant compte de ce qui intéresse le monde d’aujourd’hui où se situe l’Église. Le Missel suggère de prier pour les besoins de l’Église, pour la vie et le salut du monde, pour ceux qui sont accablés, et pour la communauté locale.

7. Rédiger des intentions:

adaptées à l’assemblée présente (les propositions des différentes revues ne peuvent l’être a priori); brèves pour être mémorisées par l’assemblée et nourrir sa prière pendant quelques instants, avec des mots simples et un langage nerveux; avec un même destinataire – le Père, le Fils, ou plus rarement le Saint Esprit – commun avec le refrain, dans un style homogène.

Un élément essentiel que ne relève pas « le bon usage » c’est que la prière universelle est l’oratio fidelium, c’est-à-dire que c’est le moment de la prières des fidèles (sous entendu ce n’est pas le moment de la prière du prêtre ou du ministre qui intervient pour cette prière). Cela sous entend clairement une façon de rédiger la prière universelle, qui ne peut pas avoir la même structure littéraire que la collecte ou qu’une autre oraison de la messe. Le ministre ne doit pas s’adresser directement à Dieu mais faire des monitions :

Un bon exemple : « Supplions le Seigneur Jésus, Messie crucifié, ressuscité et monté au cieux, de secourir les malades de notre paroisse, afin qu’ils trouvent en Lui le chemin d’une guérison qui ne soit pas seulement physique mais aussi spirituelle »

… Qui s’oppose à un mauvais exemple : « Seigneur Jésus, Toi qui a été crucifié, es ressuscité et monté au cieux, secours les malades de notre paroisse, afin qu’ils trouvent en Toi le chemin d’une guérison qui ne soit pas seulement physique mais aussi spirituelle. ». Notez que le contenu est exactement similaire, mais que dans le premier cas, la prière des fidèles devient possible parce que c’est dans l’acclamation qui suit que se fera précisément la supplication. Une acclamation qui est justement nécessairement courte. L’usage des litanies (dont procède directement la prière universelle est justement de propsoer quelquechose de court. La formule traditionnelle n’est rien d’autre que « Kyrie Eleison », ou « Te Rogamus audi nos ». Un « refrain » de prière universelle qui n’en finirait pas serait contraire à l’usage immémorial de ce type de rite. Les mauvais exemples en l’espèce sont malheureusement trop nombreux.

8. Suggérer éventuellement l’invitatoire par lequel celui qui préside invite l’assemblée à la prière, et l’oraison conclusive par laquelle il confie au Père toutes les prières de l’assemblée.

Mise en œuvre

9. Confier, à l’avance, la prière à celui qui dira les intentions, afin qu’il s’y prépare. Il n’oubliera pas qu’elles s’adressent aussi à lui, et doivent susciter la prière. [Notons tout de même que justement, « celui qui le dira » est ordinairement le diacre ; si il n’ya pas de diacre, ce peut être un concélébrant, qui est chargé d’autres tâches diaconales pendant la messe ; à défaut un acolyte ou un lecteur institué. Soulignons aussi que l’usage de chanter les intentions est préférable, pour bien marquer la continuité rituelle entre l’usage dominical de la prière universelle et celui du vendredi saint ou des litanies.]

10. Les intentions sont lues normalement à l’ambon: le (les) «lecteur(s)» s’avance(nt) avant la prière, et y reste jusqu’au Amen qui suit l’oraison. [Il n’ya aucune raison qui justifierait de faire lire (chanter ?) les intentions de la prière universelle par plusieurs personnes / ministres, même pour des raisons prétendument « pastorales ». Ce n’est pas le lieu de faire une « représentation équitable » de l’assemblée, avec une sorte de délégation représentative de la communauté paroissiale qui se succéderait au micro. Malheureusement même dans els meilleurs endroits, on voit de telles pitreries, qui sont réellement dommageables et qui privent ce rite de sa signification profonde.]

Elles peuvent aussi – en certaines occasions – jaillir de l’assemblée. [A cause justement du caractère ministériel de la prière universelle il n’ya pas lieu de proférer les intentions ailleurs qu’à l’ambon. Il faut le préciser à cause de la phrase ci-dessous donnée dans « le bon usage » est qui n’est évidemment pas justifiable. On dit que la Prière universelle est ordinairement proférée à l’ambon par un diacre : « ordinairement » signifie dans l’ordre des choses », selon « l’ordre naturel ». Sous entendu à moins qu’il n’y ait pas d’ambon ; cela ne peut pas signifier que la prière universelle soit proférée hors du sanctuaire « presbyterium ». ]

11. Ménager un silence suffisant après l’invitatoire, et après chaque intention précédant le refrain, pour permettre la prière de l’assemblée; laisser se déployer cette prière avant de passer à l’intention suivante. [La PGMR 2002-71 laisse entendre qu’après chacune des intentions il y a soit une supplication chantée par le peuple, soit un silence. Pas les deux, semble t’il :

Le peuple debout exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse.

Populus vero stans precationem suam exprimit sive invocatione communi post singulas intentiones prolatas, sive orando sub silentio.

« Le bon usage » est donc ici fautif, semble t’il.]

12. L’attitude priante de chacun, prêtre, lecteur, animateur de chant, servants d’autel, etc. est aussi invitation à la prière pour toute l’assemblée. La prière de l’animateur de chant sera plus efficace que des gestes donnant la mesure. [Le « bon usage » semble oublier le sens même de la prière des fidèles » , « oratio fidelium » qui est l’autre nom de la « prière universelle ». Ce n’est pas le lecteur de la prière universelle qui prie : il se contente de proférer une intention à la suite de laquelle soit par un chant bref soit par un silence recueilli, les fidèles prient en exerçant dans ce moment précis de la liturgie, publiquement leur sacerdoce commun… Cette remarque 12 semble complètement hors sujet. Par ailleurs elle est d’une banalité complète : évidemment, l’attitude du clergé doit inviter les fidèles au recueillement. C’est même le minimum. Jamais la messe n’est le lieu du désordre, ou de la confusion. Malheureusement, peut être faut il le rappeler.]


La prière universelle : à l’ambon, chantée par un diacre…. Les mains jointes.

On voit assez bien tout ce qu’il y aurait à faire y compris dans les meilleures paroisses pour rendre au rite de la prière universelle sa signification profonde. Relevons tout de même ce que dit la PGMR de 2002 ainsi que l’excellent « Cérémonial de la messe à l’usage ordinaire des paroisses » pour essayer de réfléchir à tout remettre à l’endroit :

PGMR 2002 :

Oratio universalis

69.

In oratione universali, seu oratione fidelium, populus, verbo Dei in fide suscepto quodammodo respondet et, sui sacerdotii baptismalis munus exercens, preces Deo offert pro salute omnium. Expedit ut huiusmodi oratio in Missis cum populo de more habeatur, ita ut obsecrationes fiant pro sancta Ecclesia, pro iis qui in potestate nos regunt, pro iis qui variis premuntur necessitatibus, ac pro omnibus hominibus totiusque mundi salute.67

70.

Intentionum series de more sint :

  1. pro necessitatibus Ecclesiæ,
  2. pro rem publicam moderantibus et salute totius mundi,
  3. pro oppressis quacumque difficultate,
  4. pro communitate locali.

Attamen in celebratione aliqua particulari, uti Confirmatione, Matrimonio, Exsequiis, ordo intentionum pressius respicere potest particularem occasionem.

71.

Est sacerdotis celebrantis precationem a sede moderari. Ipse eam brevi monitione introducit, qua fideles ad orandum invitat, ipsamque oratione concludit. Intentiones quæ proponuntur sint sobriæ, sapienti libertate et paucis verbis compositæ et precationem universæ communitatis exprimant.

Proferuntur ex ambone aut ex alio loco convenienti, a diacono vel a cantore vel a lectore, vel a fideli laico.68

Populus vero stans precationem suam exprimit sive invocatione communi post singulas intentiones prolatas, sive orando sub silentio.

67 Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 53.

68 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Inter Œcumenici, 26 septembre 1964, n. 56 : A.A.S. 56 (1964) p. 890.

Prière universelle

69.

Dans la prière universelle, qui est la prière des fidèles, [la PGMR rappelle donc utilement qu’il s’agit de l’exercice du sacerdoce commun, un sacerdoce qui n’a pas à être pris en otage par la préparation trop souvent idéologique de cette prière par une « équipe liturgique » qui y trouve le leiu de sa propre expression.]
le peuple répond en quelque sorte à la parole de Dieu reçue dans la foi et, exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous. [C’est bien « le peuple ». Donc un ministre doit proposer des intentions à tous au nom du peuple. Il est logique que ce soit un diacre.] Il convient que cette prière ait lieu habituellement aux Messes avec peuple, afin que l’on fasse des supplications pour la sainte Église, pour les pouvoirs qui nous gouvernent, pour ceux qui sont accablés par divers besoins, ainsi que pour tous les hommes et pour le salut du monde entier.67

70.

Les intentions sont habituellement :

  1. pour les besoins de l’Église,
  2. pour les dirigeants des affaires publiques et le salut du monde entier,
  3. pour ceux qui sont accablés par toute sorte de difficultés,
  4. pour la communauté locale.

Toutefois, dans une célébration particulière, comme une confirmation, un mariage ou des obsèques, la liste d’intentions pourra s’appliquer plus exactement à cette occasion particulière.

71.

C’est le prêtre célébrant qui, du siège, dirige la prière. Il l’introduit par une brève monition qui invite les fidèles à prier, et il la conclut par une oraison. Les intentions proposées doivent être d’une sobre et sage simplicité comportant peu de mots, et exprimant la supplication de toute la communauté. [On voit pourtant dans beaucoup d’endroits la prière universelle citer un passage de l’Écriture sainte lue le jour même, avec quelquefois même un commentaire ; c’est non seulement contraire à ce que demande le missel mais en plus cela fait double emploi avec l’homélie, quand cela ne la contredit pas…]

Elles sont proférées d’ordinaire à l’ambon, ou à un autre lieu approprié, par le diacre, ou par le chantre ou le lecteur, ou par un fidèle laïc.68 [Il faut évidemment comprendre cela comme par le diacre ou à défaut le chantre ou le lecteur ou à défaut par un fidèle laïc. C’est une mécompréhension totale de faire proférer la P.U. par un ou plusieurs laïcs par principe, et encore plus hors du sanctuaire comme expliqué plus haut.]

Le peuple debout exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse. [« Soit, soit. » Il ne s’agit pas de faire et l’un et l’autre. On peut inférer également que le premier choix concerne les messes chantées, le second choix les messes lues.]

Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses :

3.9 La Prière universelle

Il convient que cette prière ait lieu habituellement aux Messes avec peuple, indique le missel, sans plus de précision ; l’usage le plus répandu est de l’employer aux Messes dominicales. Debout au siège, les mains jointes, le prêtre invite les fidèles à la prière par une brève monition [Notons également : tourné vers les fidèles, en commençant sa monition par « frères et sœurs » ; même pour une messe célébrée en latin, on peut considérer qu’il est loisible que cette monition introductive puisse être dite sans chant, en langue courante, si les intentions elles mêmes sont dites / chantées en langue courante. Notons également que cette monition est présidentielle et non pas diaconale parce que justement c’est le diacre qui profère les intentions à l’ambon. Le diacre ne dit jamais « frères et sœurs » dans le Missale romanum précisément parce que lui fait toujours des monitions, il ne s’adresse jamais directement à Dieu.] ; puis les intentions sont proposées, depuis l’ambon ou un autre endroit approprié, par le diacre, le chantre, le lecteur ou un autre fidèle, tandis que l’assistance répond soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse ; enfin, le prêtre, les mains étendues, clôt la prière par une oraison. [111]

Le missel latin propose onze formules comme exemples (Appendice V) [nous les mentionnons ci dessous], dont certaines sont destinées à des temps liturgiques déterminés. Ces exemples suggèrent à chaque fois quatre intentions auxquelles l’assistance est invitée à prier. [112] [Il est donc évident qu’elles sont utilisables, sans autre forme de procès, et sans qu’il y ait besoin pour une équipe liturgique de passer nécessairement des heures à les composer ou les rédiger… Évidemment un tel travail peut dans certains cas peu nombreux être nécessaire pour des occasions particulières : ex. décès, intentions particulière de l’ordinaire ou du souverain pontife…] Les textes sont concis et adaptés au chant, d’où la suggestion du missel qu’ils soient prononcés par le chantre à défaut du diacre. [Il faut chanter pour les intentions de la Prière universelle. C’est préférable, tout comme pour les lectures et bien sûr l’Évangile. Ajoutons enfin que les prières se concluent par uen prière dite ou préférablement chantée par le prêtre qui s’adresse alors à Dieu ; il pourra se tourner pour cela vers l’autel et si la messe est célébrée en latin, chanter également cette oraison en latin.]

111 IGMR 2002, nn. 69-71 et 138.

112 Les intentions ne sont pas des prières adressées à Dieu – qu’il reviendrait au prêtre de prononcer – mais des exhortations à l’assistance de prier Dieu dans une intention précise, par exemple : Ut Ecclesiam suam sanctam visitet semperque custodiat, Dominum deprecemur. R/. Kyrie, eleison. En langue française, cette forme exige que chaque intention soit formulée de sorte qu’elle pourrait s’achever, sans se contredire, par : prions le Seigneur.

Pour conclure, il faudrait souligner à quel point la question de la prière universelle est incomprise du clergé et des formateurs liturgiques pour ne rien dire des « équipes d’animation liturgique ». Il est plus que nécessaire de revenir à une pratique plus simple, plus autonome par rapport à une certaine idéologie qui a envahi les sanctuaires sur ce point au nom d’une pastorale liturgique qui se réclame à tort de Vatican II. On pourrait également insister sur le fait que cette prière universelle n’est jamais obligatoire, si bien que si elle est le lieu d’excès de toute sorte, alors il vaut mieux s’en passer. Remarquons que sa célébration non sacramentelle le vendredi saint trouve toute sa place ce jour là justement parce qu’en quelque sorte elle remplace la prière eucharistique. En toute rigueur de terme, l’exercice – difficile – n’est pas à la portée de la plupart des paroisses, qui devraient plutôt que de se lancer dans un n’importe quoi malheureusement trop courant se contenter d’utiliser ce qui est tout simplement écrit dans le Missel romain…

Voici ce que le Missale romanum de 2002 propose comme formulaires de prières universelle  (ne vous étonnez pas, oui : c’est en latin. Depuis 2002 ce missel n’a toujours pas de traduction officielle pour son usage en langue courante…)

SPECIMINA FORMULARUM PRO ORATIONE UNIVERSALI

1. FORMULA GENERALIS, I

Admonitio sacerdotis : Ad Deum Patrem omnipoténtem, qui vult omnes hómines salvos fíeri et ad agnitiónem veritátis veníre, tota mentis nostrae, fratres caríssimi, dirigátur orátio.

Intentiones 1. Pro Ecclésia sancta Dei; ut eam Dóminus custodíre et fovére dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

2. Pro totíus orbis pópulis; ut inter eos Dóminus concórdiam serváre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

3. Pro ómnibus qui váriis premúntur necessitátibus; ut omnes Dóminus subleváre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

4. Pro nobismetípsis ac pro nostra communitáte; ut nos omnes Dóminus hóstiam sibi acceptábilem admíttere dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

Oratio sacerdotis Deus, refúgium nostrum et virtus, adésto piis Ecclésiae tuae précibus, auctor ipse pietátis, et praesta, ut, quod fidéliter pétimus, efficáciter consequámur. Per Christum Dóminum nostrum. R. Amen.

2. FORMULA GENERALIS, II

Admonitio sacerdotis Fratres, in hac pública et commúni oratióne quam nunc incípimus, non quisquis pro se, nec tantum pro necessáriis suis, sed omnes pro toto pópulo orémus Christum Dóminum.

Intentiones 1a. Pro cuncto pópulo christiáno, divínae bonitátis abundántiam deprecémur. R. Christe, audi nos vel Exáudi, Christe.

1b. Pro ómnibus nondum credéntibus, largitórem spiritálium múnerum implorémus. R. Christe, audi nos.

2a. Pro rei públicae moderatóribus, Dómini poténtiam implorémus. R. Christe, audi nos.

2b. Pro áeris tempérie ac frúctuum ubertáte, rectórem mundi Dóminum implorémus. R. Christe, audi nos.

3a. Pro frátribus nostris, qui huic sacro co´ tui interésse non possunt, inspectórem ómnium implorémus. R. Christe, audi nos.

3b. Pro refrigério fidélium animárum, univérsae carnis iúdicem implorémus. R. Christe, audi nos.

4a. Pro nobis ómnibus plena fide supplicántibus et Dómini misericórdiam poscéntibus, Salvatóris cleméntiam implorémus. R. Christe, audi nos.

4b. Pro nobis et necessáriis nostris bonitátem Dómini exspectántibus, Christi Dómini misericórdiam implorémus. R. Christe, audi nos.

Oratio sacerdotis Précibus nostris, quaesumus, Dómine, aures tuae pietátis accómmoda, et oratiónes súpplicum benígnus exáudi. Per Christum.

3. TEMPORE ADVENTUS

Admonitio sacerdotis Advéntum Dómini nostri Iesu Christi, fratres caríssimi, votis ómnibus praestolántes, ipsíus misericórdiam impénsius implorémus, ut, sicut ipse ad evangelizándum paupéribus et sanándos contrítos corde venit in mundum, ita, nostris quoque tempóribus, cunctis egéntibus velit praebére salútem.

Intentiones 1a. Ut Ecclésiam suam sanctam vísitet sempérque custódiat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

1b. Ut Románum Pontíficem, Antístitem nostrum, universúmque órdinem episcopátus donis répleat spirituálium gratiárum, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

2a. Ut témpora nostra sint, ipsíus protectióne, tranquílla, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

2b. Ut mentes eórum, qui nos in potestáte regunt, secúndum voluntátem suam dírigat ad ómnium bonum promovéndum, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

3a. Ut morbos áuferat, famem depéllat, omnémque tribulatiónem avértat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

3b. Ut omnes persecutióne vexátos misericórditer liberáre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

4a. Ut caritátis suae testes coram ómnibus homínibus in veritáte maneámus, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

4b. Ut nos in suo advéntu vigilántes invéniat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

Oratio sacerdotis Omnípotens sempitérne Deus, qui salvas omnes et néminem vis períre, exáudi preces pópuli tui et praesta, ut et mundi cursus pacífico nobis tuo órdine dirigátur, et Ecclésia tua tranquílla devotióne laetétur. Per Christum.

4. TEMPORE NATIVITATIS

Admonitio sacerdotis Hac die (hac nocte, hoc témpore), fratres caríssimi, qua appáruit benígnitas et humánitas Salvatóris nostri Dei, non in opéribus iustítiae nostrae, sed in eius misericórdia confidéntes, preces Deo nostro súpplices effundámus.

Intentiones 1. Pro Ecclésia Dei; ut íntegra fide sustíneat et laetánter excípiat quem immaculáta Virgínitas verbo concépit et ineffabíliter generávit, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

2. Pro univérsi orbis proféctu et tranquillitáte; ut temporále donum in praemium tránseat sempitérnum, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

3. Pro iis, qui fame, infirmitáte vel solitúdine tribulántur; ut per mystérium Nativitátis (manifestatiónis) Christi tam mente quam córpore sublevéntur, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

4. Pro congregatiónis nostrae famíliis; ut Christum recipiéntes, illum étiam in paupéribus discant excípere, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

Oratio sacerdotis Quaesumus, Dómine Deus noster, ut fidélium tuórum supplicatiónes apud te ipsa comméndet, quae Deum et hóminem castis viscéribus méruit baiuláre. Per Christum.

5. TEMPORE QUADRAGESIMAE, I

Admonitio sacerdotis Omni quidem témpore, fratres caríssimi, preces debémus effúndere; sed in his praecípue diébus Quadragésimae vigilántius cum Christo et instántius ad Deum oratiónes dirígere nos opórtet.

Intentiones 1. Pro univérso pópulo christiáno, ut ex omni verbo quod procédit de ore Dei in hoc sacro témpore ubérius nutriátur, Dóminum deprecémur.

2. Pro univérso mundo, ut, tranquillitáte et pace serváta, vere fiant dies nostri acceptábile tempus grátiae et salútis, Dóminum deprecémur.

3. Pro peccatóribus et neglegéntibus, ut hoc propitiatiónis témpore revertántur ad ipsum, Dóminum deprecémur.

4. Pro nobismetípsis, ut in praecórdiis nostris tandem detestatiónem nostrórum súscitet peccatórum, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Da, quaesumus, Dómine, pópulum tuum ad te toto corde convérti, ut, quod audet cóngruis oratiónibus postuláre, tua miseratióne percípiat. Per Christum.

6. TEMPORE QUADRAGESIMAE, II

Admonitio sacerdotis Appropinquánte, dilectíssimi, sollemnitáte pascháli, Dóminum impénsius implorémus, ut et nos omnes, et baptizatórum multitúdo, et mundus univérsus, abundántius huius sacri mystérii partícipes evadámus.

Intentiones 1. Ut catechúmenis próxima sollemnitáte pascháli sacro baptísmo initiándis, fidem et intelléctum augére dignétur, Dóminum exorémus.

2. Ut, adiútis pópulis qui subsídio égeant aliéno, pax et secúritas ubíque stabilitáte firméntur, Dóminum exorémus.

3. Ut omnes afflícti et tentáti ipsíus grátia roboréntur, Dóminum exorémus.

4. Ut nos omnes discámus fructum abstinéntiae in bonum indigéntium erogáre, Dóminum exorémus.

Oratio sacerdotis Miserére, Dómine, deprecántis Ecclésiae, et quae inclinántur tibi corda propitiátus inténde, ut, quos divíni mystérii tríbuis esse partícipes, numquam tuis destituántur auxíliis. Per Christum.

7. IN FERIIS HEBDOMADAE SANCTAE

Admonitio sacerdotis Hoc Passiónis témpore, quo Christus Patri suo preces supplicationésque cum clamóre válido et lácrimis óbtulit, Deum húmiles exorémus, ut, pro reveréntia Fílii sui, preces quoque nostras cleménter exáudiat.

Intentiones 1. Ut Sponsa Christi Ecclésia, hoc Passiónis témpore, ipsíus sánguine plénius emundétur, Dóminum deprecémur.

2. Ut per sánguinem Crucis Christi ómnia in mundo pacificári váleant in salútem, Dóminum deprecémur.

3. Ut ómnibus qui infirmitáte et labóribus sunt Passiónis Christi partícipes, fortitúdinem et patiéntiam largiátur, Dóminum deprecémur.

4. Ut omnes per domínicam Passiónem et Crucem ad Resurrectiónis glóriam perducámur, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Adésto, Dómine, tuo pópulo supplicánti, ut, quod própria fidúcia non praesúmit, Passiónis Fílii tui méritis consequátur. Qui vivit et regnat in saecula saeculórum. R. Amen.

8. TEMPORE PASCHALI

Admonitio sacerdotis In hoc pascháli gáudio, fratres caríssimi, Deum instántius exorémus, ut, qui preces supplicationésque dilécti Fílii sui propítius exaudívit, humilitátem quoque nostram dignétur aspícere.

Intentiones 1. Pro pastóribus animárum nostrárum, ut gregem ipsis a Pastóre bono commíssum régere váleant providénter, Dóminum deprecémur.

2. Pro univérso mundo, ut pace a Christo donáta veráciter perfruátur, Dóminum deprecémur.

3. Pro frátribus nostris afflíctis, ut eórum tristítia vertátur in gáudium, quod nemo ab eis tóllere possit, Dóminum deprecémur.

4. Pro congregatióne nostra, ut testimónium Resurrectiónis Christi cum fidúcia magna perhíbeat, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Deus, qui praeséntium hóminum vitam agnóscis diversárum necessitátum passiónibus subiacére, exáudi desidéria supplicántium, súscipe vota credéntium. Per Christum.

9. TEMPORE  » PER ANNUM « , I

Admonitio sacerdotis In unum congregáti, fratres caríssimi, ad Dei nostri benefícia recolénda, rogémus eum, ut ipse nobis vota subíciat, quae digne possit audíre.

Intentiones 1. Pro Pontífice nostro N., et Antístite nostro N., et omni clero cum pópulo ipsórum gubernáculis commendáto, Dóminum deprecémur.

2. Pro moderatóribus rerum publicárum eorúmque minístris bonum commúne curántibus, Dóminum deprecémur.

3. Pro navigántibus, iter agéntibus, et captívis vel in carcéribus deténtis, Dóminum deprecémur.

4. Pro nobis ómnibus fide, devotióne et Dei dilectióne ac timóre in hac aula sacratíssima congregátis, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Fiant, Dómine, tuo grata conspéctui vota supplicántis Ecclésiae, ut tua nobis misericórdia conferátur quod nostrórum non habet fidúcia meritórum. Per Christum.

10. TEMPORE  » PER ANNUM « , II

Admonitio sacerdotis Omnes huc convénimus, fratres caríssimi, ad Redemptiónis nostrae recolénda mystéria; rogémus ergo Deum omnipoténtem, ut mundus univérsus his totíus benedictiónis et vitae fóntibus irrigétur.

Intentiones 1. Pro ómnibus qui seípsos Deo vovérunt, ut, illo adiuvánte, propósitum suum in fidelitáte custódiant, Dóminum exorémus.

2. Pro pace géntium, ut, omni perturbatióne remóta, líberis ipsi méntibus pópuli servíre mereántur, Dóminum exorémus.

3. Pro sénibus, qui solitúdine vel infirmitáte labórant, ut fratérna nostra caritáte firméntur, Dóminum exorémus.

4. Pro nobis hic congregátis, ut sic sciámus bonis uti praeséntibus, quibus nos Deus fovére non désinit, ut iam possímus inhaerére perpétuis, Dóminum exorémus.

Oratio sacerdotis Adsit, Dómine, quaesumus, propitiátio tua pópulo supplicánti, ut, quod te inspiránte fidéliter éxpetit, tua céleri largitáte percípiat. Per Christum.

Tempore  » per annum  » adhiberi possunt etiam formularia generalia, supra proposita, nn. 1-2.

11. IN MISSIS DEFUNCTORUM

Admonitio sacerdotis Deum Patrem omnipoténtem, qui Christum Fílium suum suscitávit a mórtuis, pro salúte vivórum atque mortuórum fidéliter invocémus.

Intentiones 1. Ut pópulum christiánum in fide et unitáte stabíliat, Dóminum deprecémur.

2. Ut ab omni bellórum nequítia orbem éruat univérsum, Dóminum deprecémur.

3. Ut frátribus qui carent ópere, victu vel tecto, se patrem dignétur osténdere, Dóminum deprecémur.

4a. Ut huic defúncto N., qui olim per Baptísmum aetérnae vitae semen accépit, perpétuam velit societátem donáre sanctórum, Dóminum deprecémur.

4b. Ut eum, qui manducávit Corpus Christi, panem vitae aetérnae, resúscitet in novíssimo die, Dóminum deprecémur.

(Vel pro presbytero): Ut eum, qui in Ecclésia sacerdótii munus exércuit, fáciat caeléstis partícipem liturgíae, Dóminum deprecémur.

4c. Ut animábus fratrum, propinquórum et benefactórum nostrórum mercédem labóris attríbuat, Dóminum deprecémur.

4d. Ut omnes, qui dormiérunt in spe resurrectiónis, in lúmine sui vultus accípiat, Dóminum deprecémur.

4e. Ut fratres nostros, qui in afflictióne versántur, ádiuvet et propítius consolétur, Dóminum deprecémur.

4f. Ut omnes, qui huc in fide et devotióne convenérunt, in gloriósum suum regnum congregáre dignétur, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Animábus, quaesumus, Dómine, famulórum tuórum orátio profíciat supplicántium, ut eas et a peccátis ómnibus éxuas, et tuae redemptiónis fácias esse partícipes. Per Christum.

Du bon usage de la liturgie (4) : la préparation pénitentielle

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en faisons une lecture commentée.  Notre commentaire est en rouge. Les mises en gras sont de nous.

Rappels – La Troisième formule

Mettons-nous bien d’accord! Il y a un peu plus de vingt-cinq ans [On voit par cette ligne que le livre « Du Bon usage » a vraiment vieilli. Mais notre propos ici est justement renforcé que la plupart des gens en restent à une compréhension du rite romain d’après Vatican II qui est imbibé de beaucoup d’affirmations péremptoires contenues dans ce livre issu d’une instance officielle, et qu’il faudra bien tôt ou tard corriger de façon ferme.] que commençait l’application de la réforme liturgique issue du deuxième Concile du Vatican. Depuis ce temps, des habitudes se sont prises, des façons de faire se sont installées, vis-à-vis desquelles il est indispensable que nous portions un regard critique. L’enjeu n’est pas de l’ordre de la censure, mais de la fidélité. [Nous sommes d’ailleurs convaincus que beaucoup de fidèles ont bien avancé dans le sens de la fidélité, aidés notamment en cela par une compréhension renouvelée des rites grâce notamment à tous les efforts dans la célébration mais aussi les catéchèses liturgiques faites par Benoît XVI.]

Sans doute faut-il à cet effet et par tous les moyens (bulletins diocésains et paroissiaux, homélies, réunions liturgiques, etc.) réintroduire dans notre vie chrétienne la pratique ancienne des «catéchèses mystagogiques», c’est-à-dire l’explication détaillée du sens des rites liturgiques que nous vivons, pour en mieux saisir le mystère. [Les catéchèses mystagogiques, nous en avons parlé encore récemment sur notre site en ce qui concerne le dimanche In Albis]

QUELQUES RAPPELS SUR LA PRÉPARATION PÉNITENTIELLE

1. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, la préparation pénitentielle ne forme pas un rite en elle-même: elle n’est pas un rite pénitentiel, mais fait partie d’un ensemble rituel que l’Ordo Missae appelle «l’ouverture de la célébration». [Nous l’avons déjà écrit mais en réalité, il s’agit non pas des « rites d’ouverture » mais des « rites initiaux ». Nuance sémantique, certes mais qui a son importance. Par ailleurs, ce n’est pas une « préparation » pénitentielle mais un « acte » pénitentiel. C’est-à-dire que nous ne sommes pas uniquement dans une démarche psychologique, mais bien dans l’action de reconnaître les fautes que nous avons commises, avec une gestuelle… Nous reviendrons là-dessus.] Cela ne signifie pas qu’elle soit secondaire, mais veut dire qu’elle n’est pas un tout en elle-même: elle est une partie de quelque chose qui est plus grand qu’elle.

2. Si curieux que cela puisse paraître, la préparation pénitentielle avec toute l’assemblée est une création de Vatican II. Rappelons que dans l’Ordo de saint Pie V, à la grand-messe, le prêtre célébrant était seul avec ses acolytes à réciter le Confiteor en arrivant au bas de l’autel. [En réalité, ce n’était pas la question : les choses sont beaucoup plus prosaïques. L’ordo dit de « Saint Pie V » ne prend pas en compte l’idée qu’il y a une assemblée. Donc, évidemment, l’ordo ancien ne prévoit pas de faire réciter le confiteor à une assemblée… Qui n’existe pas !] Pendant ce temps était chanté l’Introït puis le Kyrie qui est une acclamation au Seigneur miséricordieux et non un acte pénitentiel. [Oui et il faut le redire. Le Kyrie lui-même ne fait pas partie de l’acte pénitentiel] Vatican II a voulu que ce soit toute l’assemblée qui, au début de la célébration, confesse devant Dieu qu’elle est faite de pécheurs et proclame la miséricorde de Dieu.

3. A en juger par ce qui se passe dans nos célébrations, on croirait qu’il n’y a que deux formules de préparation pénitentielle: le «Je confesse à Dieu» et la triple invocation. Or il existe quatre possibilités. Qu’est devenue la deuxième formule, courte mais puissante: «Seigneur, accorde-nous ton pardon»? Qu’est devenue surtout l’aspersion? Trop d’Asperges me systématiques l’ont sans doute écartée au début; mais il est temps d’y revenir. [Rappelons que le rite de l’aspersion est réservé aux dimanches, en signe du baptême, c’est à dire de Pâques qui est une fête de dimanche qui et commémorée par la liturgie de chaque dimanche. Cela n’a pas de sens de reprendre le rite de l’aspersion en semaine. L’ensemble de la liturgie – et pas seulement de la liturgie de la messe – du dimanche est en relation avec Pâques, comme en témoigne par exemple aux vêpres le chant du psaume de la sortie d’Égypte 113, au rite romain] Il est temps surtout de revenir à une alternance des autres possibilités selon les périodes liturgiques ou les occasions. L’aspersion au Temps pascal, par exemple, a un sens pénitentiel lié au baptême, [Pas seulement au temps pascal : le reste de l’année aussi…] de la plus forte expression.

Ajoutons que d’après la dernière édition du Missel romain en français (le petit missel carré d’autel, 1978), la troisième possibilité, celle de la triple invocation, a trois formulaires, et non un seul, et qu’on peut en choisir d’autres, puisque le missel indique: «ces invocations ou d’autres». [Alors évidemment, depuis l’édition typique latine du missel qui date de 2002, et qui ne contient pas ces options, on doit probablement considérer cette remarque comme nulle et non avenue.]

4. La Préparation pénitentielle s’achève par ce que l’Ordo appelle la «prière pour le pardon» que prononce le prêtre: «Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde…» Il ne s’agit pas d’une formule d’absolution sacramentelle au sens strict, mais il est bien clair que le prêtre ne parle pas ici pour ne rien dire et que c’est bien le pardon de Dieu qui est offert à chaque membre de l’assemblée. Cela nous rappelle que si le recours au sacrement de pénitence et de réconciliation est requis pour les fautes graves, l’Église dispose de bien d’autres moyens pour apporter le pardon de Dieu aux chrétiens qui se reconnaissent pécheurs. Celui-ci en est un; les fidèles doivent le savoir.

LE CAS DE LA TROISIÈME FORMULE

La troisième formule est celle qui comporte les trois invocations et qui semble de loin la plus utilisée. [Comme si elle était la plus adaptée… Or nous le verrons, il n’en est rien. Bien au contraire.] C’est celle également qui permet le mieux une certaine adaptation selon, notamment, les lectures du jour. [Comme dans plusieurs passages de cet opuscule « le bon usage », il faut probablement considérer cette dernière phrase comme de trop . Rien dans l’édition typique du missel n’autorise ici une adaptation d’aucune sorte. Ce n’est pas le lieu. « L’équipe liturgique » n’a pas à « composer » une « prière pénitentielle adaptée aux lectures du jour ». Ce qui est curieux d’ailleurs, c’est que dans l’absolu le formulaire du dimanche ne contient pas que des lectures, mais a une antienne d’introït, de communion, trois prières propres : collecte, sur les offrandes et post communion, parfois une préface propre voire un communicantes ou même un hanc igitur propre. Mais jamais les tentatives de créativité des équipes liturgiques ne s’exercent sur autre chose que les lectures bibliques. Ce qui en dit long sur les présupposés qui alimentent l’esprit de ceux qui « préparent » les liturgies dominicales… ]

Mais grand Dieu, miséricorde (c’est le cas de le dire!), que s’est-il passé? Comment en une vingtaine d’années seulement, ce qui est une invocation au Seigneur («Seigneur Jésus…, O Christ…, Seigneur…») et un rappel de ce qu’il a fait pour nous sauver a-t-il pu devenir cette espèce d’examen de conscience maladivement narcissique, où l’on ne cesse de se regarder au lieu de le regarder, Lui? «Nous n’avons pas…, nous n’avons pas su…, nous avons oublié de…» Et quoi d’autre encore? [Bref : le Bon usage reconnaît que cette idée de « prière pénitentielle » qui a fini par s’imposer un peu partout, et qui est une adaptation française du missel puisque rien de tel n’apparaît dans l’édition typique est nulle et non avenue. Un rappel opportun : la raison pour laquelle la 3ème formule n’est pas à privilégier, c’est que de façon antique le Kyrie est traditionnellement attaché à une litanie (comme par exemple la litanie des saints). Que c’était le cri lancé dans l’antique Rome par ceux qui assistaient au triomphe du général. Que c’est concrètement impossible à traduire correctement du grec au français… Et que c’est une acclamation qui est beaucoup plus proche rituellement du Gloria que l’on chantera juste après. La preuve, il n’y a rituellement aucune pause requise entre le chant du Kyrie et celui du Gloria ; au contraire les deux chants doivent s’enchaîner pour justement ne pas laisser le narcissisme du retour sur soi nous faire oublier la présence glorieuse du Christ qui vient visiter Son peuple. L’utilisation de la 3ème formule oblige d’ailleurs à proférer la prière d’absolution – bien sûr non sacramentelle – entre ces deux chants : ce qui est contraire à la dynamique du rite. La 3ème formule si elle est licite, est dans la plupart des cas victime d’une jansénisation rituelle. Nous la déconseillons donc à cause de toutes les difficultés et les abus qu’elle entraîne…]

Ces données concernant la préparation pénitentielle doivent rejoindre chaque lieu, chaque équipe, chaque chrétien, prêtre ou laïc, qui prépare une célébration. Comment? Grâce à vous, lecteurs soucieux que la loi de notre prière liturgique soit la loi de notre foi: Lex orandi, lex credendi.


En tout cas ce qu’il faudrait retenir, c’est que justement le Kyrie ne fait pas partie de la préparation pénitentielle. Cela a donc plusieurs conséquences : la première, c’est que si on utilise par exemple le dimanche le rite de l’aspersion (le répertoire grégorien propose l’antienne Vidi Aquam au temps pascal et l’antienne Asperges me le reste de l’année), cela ne veut pas dire que l’on supprime automatiquement le Kyrie. Le célébrant peut même asperger les fidèles pendant le Kyrie en cas de besoin. Le répertoire grégorien propose ainsi un Kyrie de forme ornée pour les dimanches du temps pascal… C’est bien le signe qu’on peut l’utiliser ! Sinon, il ne serait même pas dans le livre officiel des chants du rite romain, parce que l’aspersion est fortement conseillée le dimanche surtout au temps pascal. La remarque vaut la peine d’être précisée : plusieurs fois des prêtres « formés » (!) nous ont expliqué que pour que ce soir « plus liturgique », il « fallait » supprimer le Kyrie. Mais de quelle liturgie parle t’on ? Deuxièmement, comme on l’a vu, le chant du Kyrie ne peut jamais tenir la place de l’acte pénitentiel qui n’est jamais ad libitum (optionnel) à la messe. Enfin, il faut tout de même préciser que l’acte pénitentiel qui est préféré en dehors du dimanche – c’est-à-dire les jours ordinaires – c’est bien le Confiteor, puisque c’est lui qui systématiquement est en choix 1 dans le missel. Nous ne nous étendrons pas sur le fait que la traduction française est bien pauvre par rapport à l’original latin, mais nous insisterons sur le fait qu’il est juste de s’incliner en signe de pénitence, et de se frapper la poitrine par trois fois à Mea culpa, Mea culpa, Mea maxima culpa si l’on célèbre en latin ou à « Oui j’ai vraiment péché » si on célèbre en Français. Encore une fois, ce n’est pas parce que la rubrique ne le mentionne pas que c’est interdit. Bien au contraire, c’est un geste immémorial en occident, qui est concrètement entièrement dans la culture, et qui doit donc être favorisé. Si le missel dans ses rubriques laisse une place légitime à l’inculturation de certains gestes, cela ne signifie certainement pas qu’il favorise la déculturation des usages reçus. Et ce geste en fait indéniablement partie.

Du bon usage de la liturgie (3) – le mot d’accueil

Suite de nos articles précédents :

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en faisons une lecture commentée. Notre commentaire suit chacun des paragraphes.

Le mot d’accueil. Son but est d’introduire les fidèles à la messe du jour. Ce n’est pas une petite homélie sur l’Évangile qui n’a pas encore été proclamé. Il peut y être fait allusion discrètement, cependant, surtout lorsque l’Évangile est très connu (Bon Pasteur, Fils prodigue …). On se rappellera pourtant que le mot d’accueil n’est pas fait pour inviter à célébrer quelque chose (le salut, la grâce, la guérison …), mais «Quelqu’un» qui rassemble ses disciples pour leur parler et les nourrir.

Le « mot d’accueil ». Voici effectivement un « rite » entré dans les mœurs. Mais de quoi s’git il vraiment ? Le Missel romain actuel nous dit :
Sacerdos, vel diaconus vel alius minister, potest brevissimis verbis introducere fideles in Missam diei.
Traduction : Le prêtre, ou le diacre ou un autre ministre, peut, par des mots très brefs, introduire les fidèles à la messe du jour.

Remarquons donc immédiatement que :

1 – le « mot d’accueil » n’a rien d’obligatoire.

2 – Il doit être très bref

3 – il n’est pas forcément fait par le prêtre, mais la rubrique mentionnant le diacre, il s’agit davantage d’une monition, c’est à dire d’un encouragement à la piété adressé aux fidèles.
On peut inférer de cette dernière observation que ce mot doit avoir le style littéraire de toutes les autres monitions diaconales, lorsqu’elles sont précisés par les textes : « Offerte vobis pacem » : littéralement « offrez-vous la paix », adapté dans le missel français par « Dans la charité du Christ, donnez vous la paix », ou « Ite Missa est » « Allez, la messe est dite » adapté en Français en « Allez dans la paix du Christ », ou encore « Procedamus in pace » au début des processions qu’on peut traduite par « avançons dans la paix ». Notons que ces monitions sont pour la plupart solennelles et chantées dans le rite romain et qu’effectivement elles sont « brevissime » : 3 mots. Voilà ce que signifie « brevissime » dans le rite romain… Le diacre s’adressant toujours aux fidèles et jamais directement à Dieu, il n’y a pas besoin de mentionner « frères et sœurs » etc… De plus, l’usage retient la position des mains jointes du ministre qui fait cette monition. On pourrait donc tout à fait imaginer le diacre, restant à la droite du célébrant, au siège, les mains jointes, annoncer simplement « célébrons le Christ dans le mystère de Sa glorieuse Ascension », ou d’autres mots en fonction évidemment, de la liturgie du jour. Et c’est déjà bien long… ! En tout cas, cela suffirait, ce serait digne, ce serait en conformité avec la sobriété et la noblesse du rite romain, surtout si ces mots sont suivis de quelques secondes de silence, exactement à la manière dont on fait par exemple la commémoration du mystère lorsqu’on récite le rosaire.

Toutes les fois qu’une catégorie de fidèles sera davantage concernée (parents des enfants du catéchisme, membres de tel mouvement ou association dont c’est la fête ou la journée nationale …), ou bien que l’assemblée est composée d’une part de fidèles qui ne sont pas là habituellement (touristes, pratiquants irréguliers à certaines grandes fêtes …), le mot d’accueil commencera, bien sûr, par leur souhaiter la bienvenue de la part du Seigneur et de la communauté qui les reçoit.

Trop souvent, et il est vrai que malheureusement, l’ouvrage « du bon usage » finit par l’encourager ce « mot d’accueil » se perd en considérations mondaines tout à fait discutables. Disons le franchement : non, ce n’est pas le lieu et l’instant de se congratuler. Le rite d’entrée a cherché justement à faire pénétrer les baptisés dans la célébration. Ce n’est certainement pas le moment de leur souhaiter la bienvenue, ou que sais-je encore, comme si l’église elle même n’était pas ouverte à tous ou comme si il y avait besoin d’avoir un cartons d’invitation pour satisfaire au précepte dominical…

diacre

Enfin, le mot d’accueil se terminera logiquement par l’introduction à la préparation pénitentielle.

Notons tout de même que justement, cette monition d’introduction à la messe du jour n’est pas la tâche naturelle du prêtre, puisque comme nous l’avons vu, la rubrique mentionne le diacre, donc considérer que la préparation pénitentielle est suivie ou achevée par la préparation pénitentielle qui elle est a tâche du prêtre (ses mots commencent dans le Missale romanum par « Fratres », Frères, pour bien indiquer qu’il n s’adresse pas à Dieu) est inexact, ou du moins un raccourci un peu rapide par rapport à la véritable dynamique de la célébration.

Du bon usage de la liturgie (2) – la salutation

Suite de notre article précédent.
Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie ». Nous en faisons une lecture commentée.

Après avoir vénéré l’autel, c’est au siège de présidence (et non à l’ambon ou en restant à l’autel) que le prêtre célébrant se rend pour accomplir le premier acte de sa présidence: faire avec l’assemblée le signe de la croix par lequel chacun marque son corps de la Pâque du Christ, et saluer l’assemblée pour manifester la présence du Seigneur parmi elle.

Dans beaucoup d’endroits, il sera possible, et donc souhaitable, de faire (et de dire) le signe de croix en se tournant vers la croix. Dans certains cas, le prêtre pourra même le faire avant de se rendre à son siège. Il entre dans le choeur, se place devant le crucifix, attend la fin du chant d’entrée et fait le signe de la croix, évidemment sans micro, même dans une grande église. En revanche, la salutation se fera, bien sûr, en regardant l’assemblée.

Il y a quelques idées intéressantes dans ce qui est indiqué ici : l’idée même que celui au nom de qui est célébrée la liturgie est justement extérieur à l’assemblée, et même extérieur à celui qui célébre, et / ou qui préside la célébration. Le signe de croix se fait vers le crucifix… Mais précisons immédiatement que le crucifix est supposé être sur l’autel ou dans sa proximité immédiate. Et donc c’est bien vers l’autel qu’on se tourne, et pas seulement vers le crucifix. Précisons tout de même qu’avant le signe de croix, les ministres ordonnés ont justement accompli le rite du baiser à l’autel, et son encensement… Se tourner vers l’autel est d’ailleurs un geste liturgique tout à fait et absolument commun, qu’on fait à l’office divin au début de la célébration, mis aussi aux répons et aux versets… Mais c’est un autre sujet.
Le texte du « Bon usage » mentionne « il entre dans le chœur ». Soyons précis ; il faut parler ici non pas du « chœur » (lieu où l’on chante) mais du sanctuaire (le vocabulaire liturgique parle du « presbyterium ») c’est-à-dire l’endroit où se tiennent les prêtres. Il y a dans tous les familles de rites (rites orientaux et occidentaux) une distinction entre les espaces sacrés ; on connaît bien la question du « saint des saints » dans le Temple de Jérusalem, où Zacharie devient muet ; on connaît aussi l’enclos délimité par l’iconostase des orientaux. Nous avons en occident un usage identique qui a malheureusement disparu presque partout depuis le Concile (de Trente… ! ) : le jubé, à l’entrée duquel on place un crucifix monumental (qui n’est justement pas celui de l’autel).
Il est tout à fait clair que le signe de croix se fait pr les ministres tourné vers le crucifix de l’autel, et non pas vers le crucifix du jubé, s’il y en a un (ce qui est le cas dans de nombreuses églises, encore aujourd’hui ; la distinction nécessaire entre ces deux crucifix est malheureusement trop souvent omise, et a encouragé quelques liturgistes mal inspirés à justement supprimer le crucifix de l’autel au motif de la présence de celui de l’ancien jubé… Erreur !).

Le baiser à l’autel : l’usage légué retient que le prêtre pose à plat ses deux mains sur l’autel en le baisant, le diacre une seule main. Dans les célébrations les plus solennelles, si ces deux ministres sont accompagnés d’un lecteur, il peut être de bon ton qu’il s’incline de façon profonde, en haut des marches, de façon synchronisée avec les ministres ordonnés, qui eux seuls, baisent l’autel. Il va de soi qu’avant tout cela, on aura également salué le Très Saint Sacrement, s’il est présent au sanctuaire, par une génuflexion.
Précisons encore quelque chose d’important à ce sujet. La génuflexion est due au Saint Sacrement, présent au tabernacle. Il va de soi qui si le tabernacle est dans le sanctuaire, il est de bon ton de génuflecter lorsqu’on passe devant. Mais il peut être vraiment utile de transférer le TS Sacrement dans une chapelle latérale avant la messe, dans le tabernacle d’un autel secondaire, avant le début de la célébration pour éviter par exemple de tourner le dos au Seigneur, ou de passer devant alors que les espèces consacrées sont sur l’autel. Cela va évidemment de soi, mais pourtant, dans de nombreux endroits, il semble qu’on fasse comme si le tabernacle (pourtant rempli) était inexistant pendant la messe le tout avec la meilleure bonne foi du monde, pour « appliquer les rubriques ». C’est évidemment erroné. Si on n’a pas d’autre choix que de laisser le TS Sacrement au sanctuaire, il faudra alors génuflecter à chaque fois que l’on entre et que l’on sort de l’enceinte sacrée et aussi se débrouiller pour faire en sorte d’éviter au maximum de passer devant le tabernacle pendant toute la célébration, ce qui est parfois non seulement très contraignant mais aussi handicapant pour le bon déroulement des célébrations.

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Le jubé de l’église Saint Etienne du Mont, à Paris

L’ouvrage du CNPL « Du Bon usage » ne mentionne pas les gestes des autres ministres (en particulier les enfants de chœur). Devant l’autel, la salutation requise est l’inclination profonde, sauf, évidemment, pendant tout le temps où le TS Sacrement est présent. C’est effectivement parfois assez complexe, surtout lorsque ces derniers sont jeunes. Non seulement parce que certains peuvent être distraits, mais aussi parce que le geste lui-même demande une certaine grâce, et une certaine retenue. Il s’agit en effet d’incliner le buste pour que ce dernier se trouve concrètement parallèle au sol, ce qui est souvent difficile à réaliser – avec beauté – pour des enfants. On pourra, comme cela se fait dans beaucoup d’endroits – leur donner comme consigne de toujours génuflecter devant l’autel et sa croix. Si cette option est éventuellement envisageable pour des servants d’autel ne portant rien, elle l’est toujours pour les acolytes porte cierges. Il est évidemment délicat de faire une inclination profonde le cierge à la main ! Rappelons encore que la coutume de ne pas génuflecter pourun acolyte portant un cierge ne s’applique que lorsque les acolytes céroféraires entourent le porte croix. On ne génuflecte jamais avec la croix en main, ni lorsqu’on entoure la croix (on se contente d’une inclination de la tête). Par contre dans le cas le plus courant, il n’y a pas de procession avant la messe, donc pas de croix de procession, donc, les acolytes porte cierge génuflectent même si les autres ministres font une inclination profonde. Les acolytes pourront donc toujours une génuflexion en lieu et place de l’inclination profonde.

Du bon usage de la liturgie (1)

DU BON USAGE DE LA LITURGIE – rites d’ouverture

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Notes, remarques, référence, actualité.

En 1999 le Centre national de Pastorale liturgique faisait paraître un opuscule, « Du bon usage de la liturgie », destiné à proposer un enseignement liturgique pour les fidèles mais aussi pour le clergé. Il est tout à fait évident qu’au regard de la position qu’a le CNPL devenu depuis le SNPLS,  en tant qu’organe officiel de la Conférence des Evêques de France pour la pastorale liturgique, cet ouvrage est devenu une référence pour la célébration de la messe. En effet, il regroupe un certain nombre de d’idées et de recommandations pour la célébration conforme de la sainte messe.
Il nous est apparu que depuis cette époque, une certaine maturité ainsi qu’une expérience plus concrète de la liturgie de la messe rendait possible, à cause d’un certain nombre de réflexions théologiques ou encore une évolution sensible des textes normatifs, de reprendre ce texte et de le confronter au réel. La situation liturgique d’aujourd’hui peut en effet faire comprendre avec des différences substantielles les textes officiels du rite romain.

DES RITES D’OUVERTURE

Le terme officiel qui désigne le début de la messe est donc le mot «ouverture», et non le mot «entrée» qui n’est employé que pour le chant. Cela signifie que ce début de célébration est bien plus qu’une entrée physique dans un lieu: c’est une mise en route qui a pour but, ainsi que le dit la PGMR n. 24 : «que les fidèles qui se réunissent réalisent une communion, et se disposent à bien entendre la parole de Dieu et à célébrer dignement l’eucharistie.»

La PGMR actuelle (2002) parle bien, pour le premier rite de la messe, du rite d’entrée, qui fait justement partie rites initiaux. Au numéro 46, il est mentionné : « RITUS INITIALES » ou rites initiaux, ou encore « premiers rites », et non pas rites d’ouverture ; et parmi ceux ci il y a bien un « rite d’introït », (Ritus qui liturgiam verbi præcedunt, scilicet introitus, salutatio, actus pænitentialis, Kyrie, Gloria et collecta, characterem habent exordii, introductionis et præparationis.). Ces rites initiaux ont un caractère non seulement d’ouverture ou plutôt d’exorde mais aussi d’introduction et de préparation. Par ailleurs, on ne peut pas ignorer qu’il s’agit bien, par le chant, de célébrer une entrée, l’entrée du célébrant, qui tient la place du Christ prêtre dans le sanctuaire. Résumer tout cela à « une » entrée « physique » dans « un » lieu est véritablement réducteur.

LE CHANT D’ENTRÉE

C’est par le chant d’entrée que tout commence. La PGMR n.25 lui donne pour mission «d’ouvrir la célébration, de favoriser l’union des fidèles rassemblés, d’introduire leur esprit dans le mystère du temps liturgique ou de la fête, et d’accompagner la procession du prêtre et des ministres». Quelle superbe fonction! On en déduira: que l’on choisira, dans le répertoire local, le chant dont le texte est le plus proche de l’esprit de la célébration du jour, et non pas d’abord tel chant parce qu’on l’aime bien; on tiendra compte également du fait que le chant d’entrée doit surtout introduire au mystère dominical du Seigneur mort et ressuscité. Il ne faudrait pas lui demander uniquement d’annoncer l’Évangile qui va suivre; chaque dimanche est avant tout une fête pascale. que, pour favoriser l’union des fidèles, le chant d’entrée devra être connu de tous et, sinon, appris avant le début de la messe. que, pour la même raison, il sera un chant d’assemblée ou, du moins, s’il y a une chorale, un chant comportant un refrain ou telle strophe qui reviendra prioritairement à l’assemblée. que, sans être nécessairement lent ou sans avoir forcément la forme «carrée» du choral, la mélodie du chant d’entrée devra avoir de la consistance et une certaine carrure.

La PGMR actuelle (parue en 2002, et même dans sa première version en 2000, soit après l’édition du « bon usage de la liturgie » dont nous parlons ici) dit (numéro 47) :

Populo congregato, dum ingreditur sacerdos cum diacono et ministris, cantus ad introitum incipitur.

Populo congregato : « Une fois le peuple rassemblé » : ces mots sont tout à fait importants dans l’optique de la liturgie d’après le Concile. Il faut comprendre que la liturgie se célèbre par l’Eglise, dont l’assemblée est une image, et que le prêtre célébrant la messe, préside (nous pourrons revenir utilement, plus loin, sur l’idée qu’il pourrait présider sans célébrer… eT oui. Mais c’est un autre sujet…). Tout ne commence donc pas par un chant mais par le signe théologique de l’assemblée, qui représente le corps du Christ, c’est à dire l’Eglise, qui célèbre l’entrée de celui qui est à sa tête, le prêtre (ou l’évêque). C’est seulement après le rassemblement du peuple que le prêtre entre solennellement, et que, par là, tous ceux qui sont présents dans l’église deviennent la représentation de l’Eglise universelle.
« alors qu’entre le prêtre avec le diacre et les ministres » : le prêtre dans la mesure du possible n’est pas seul : il est accompagné, servi, par d’autres ministres qui sont au premier chef le diacre, et les ministres qui sont le ou les lecteurs et les acolytes. L’entrée du célébrant dans le sanctuaire c’est en effet la célébration du mémorial de l’entrée du Christ à Jérusalem, sous l’acclamation des « enfants des Hébreux » (cf. les antiennes de la célébration des rameaux), que nous sommes en tant que Chrétiens. C’est une entrée solennelle, qu’accompagne le chant, précisément comme à la célébration des Rameaux ;  ce n’est pas un chant pendant lequel, incidemment, le prêtre se rend à son siège ! C’est une antienne de procession, avec versets de psaumes, et précisément pas un chant responsorial, si l’on s’en tient réellement à la liturgie romaine. Il faudrait pour se persuader de l’importance du rite d’entrée, comparer notre liturgie romaine avec d’autres liturgies, et pourquoi pas en particulier le rite zaïrois, qui, d’émergence récente dans l’histoire liturgique de l’Eglise, donne une place particulière et extrêmement solennisée (qui ne cadrerait d’ailleurs pas avec la noblesse et la simplicité du rite romain) au rite d’entrée, au début de la Messe.
« on commence le chant d’introït » : il ne s’agit pas de n’importe quel chant du «répertoire local ». Au contraire, il s’agit justement à ce moment précis de la constitution rituelle de la communauté locale comme image de l’Eglise universelle et corps du Christ, pour l’assemblée d’être véritablement de la voix de l’épouse à l’époux. Beaucoup d’enseignements théologiques pourraient justement être tirés des rites d’entrée (et non simplement « d’ouverture »): en tout cas au sujet du chant, l’Eglise a pris soin pour les formulaires de messes lues, de mentionner une antienne à lire, et pour les messes chantées de recommander l’antienne d’introït du Graduale romanum (IGMR 2002). C’est une ouverture de la communauté locale à quelque chose de plus grand qu’elle, à la réception et à l’incarnation dans sa célébration de la messe,à l’universalité catholique. Dans certains pays, on a composé en langue vernaculaire des antiennes et des répons utilisant des textes directement issus de l’ordo cantus missae latin. On peut regretter qu’en France on se contente de cantiques « dans l’esprit du jour » en se privant de la tradition de l’Eglise de textes chantés, en ayant même perdu la distinction ancienne de l’Eglise entre répons et antienne.

Le « bon usage » continue ainsi :

La valeur symbolique du chant d’entrée est très forte. Voici que se réunissent dans un même lieu des hommes et des femmes de tous âges, origines, milieux, conditions … Le chant est le premier acte qui manifeste de façon sensible la plus extraordinaire des réalités invisibles: du seul fait qu’elles se rassemblent au nom du Seigneur, ces personnes, malgré leur extrême diversité, ne forment plus qu’un seul Corps, celui du Christ.
«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Matthieu 18, 20). Parce que le chant commun est la seule réalité sensible capable de constituer une entité (la mélodie) à partir de plusieurs sources individuelles (les voix de chacun), il est l’élément humain le plus signifiant de la réalité mystique: au sens strict, il «symbolise» car il rassemble.

L’affirmation que le « chant commun est la seule réalité sensible capable de constituer une entité (la mélodie) à partie de plusieurs sources individuelles (les voix de chacun) » et que « il est l’élément humain le plus signifiant de la réalité mystique » semble quelque peu exagéré, pour ne pas dire carrément idéologique. Si on tire toutes les conclusions nécessaires de cela on infère que : si je ne participe pas par le chant à la messe, je ne signifie pas la réalité mystique ? Je ne constitue pas « une entité » à savoir le corps du Christ, si l’on s’en tient à la définition de la liturgie par Vatican II (l’œuvre du Christ et de son corps qui est l’Eglise) ? Cela a évidemment des implications problématiques au plan pastoral : la valeur du chant aurait donc une valeur plus grande à partir du moment où il est commun, ce qui décrédibilise d’avance le chant du célébrant (pour les oraisons, la préface la prière eucharistique) mais aussi pour la schola ou n’importe quelle chorale qui prétendrait chanter quelque chose qui soit un tant soit peu musical et qui dépasserait la rengaine « accessible à tous ».
Par ailleurs, au lieu d’insister sur la « valeur mystique du chant de l’assemblée » (enseignement qu’on peinera à trouver dans le magistère de l’Eglise universelle ou la patristique) il aurait été intéressant de souligner que le chant d’entrée est justement un chant qui accompagne le rite de l’entrée et de l’encensement (qui n’est même pas mentionné ici !) ; et que justement le chant d’entrée n’est pas un rite en lui-même ; qu’il ne fait qu’accompagner le rite d’entrée, et que dans cette mesure il doit s’arrêter au moment où le célébrant est parvenu au siège pour le signe de croix.

Pour une approche plus conforme des rites d’entrée, on lira avec profit le chapitre concerné dans Pour Célébrer l’Eucharistie , de l’abbé Henri Denis, du diocèse de Lyon, membre du CNPL pendant 20 ans. Nous continuerons la prochaine fois notre lecture du Bon usage de la liturgie avec les deux paragraphes suivants : « la salutation » et « le mot d’accueil ».